‹ La France coloniale illustrâeeChapitre 46 sur 79 · V. — L'EXPLORATION DU BAHR-EL-G1IAZAL · texte numérisé non relu

V. — L'EXPLORATION DU BAHR-EL-G1IAZAL

V. — Le capitaine Marchand va du Congo au Nil. — Le commandant de l'intrépide colonne française qui, partie du Congo en 1896, a occupé Fachoda sur le Nil en 1898, et dont l'héroïsme et les glorieux efforts ont occupé justement l'opinion publique, le commandant d'infanterie de marine, Jean Marchand, était âgé de trente-quatre ans seulement. Ses états, de service portaient déjà sept campagnes africaines et trois blessures.

La présente expédition devait, dans la pensée du gouvernement français, occuper la vaste province du Bahr-el-Ghazal, dans le bassin du Nil, atteindre ce fleuve et rejoindre l'Abyssinie et Djibouti, de façon à couper aux Anglais la communication de l'Egypte avec l'Ouganda sur le Haut-Nil.

Pour comprendre la raison des événements de cette époque, il est bon de remonter de quelques années en arrière.

En effet, de 1892 à 1894, les officiers belges Van Kerkhoven, Milz, Delangle, Nilis, de la Kéthulle, au service de l'État indépendant du Congo, combattirent les Arabes esclavagistes d'abord sur le haut Oubangui; ensuite ils les poursuivirent jusqu'au Nil à l'est (1892) et jusqu'aux rives du Bahr-el-Ghazal au nord. C'était un territoire ci- devant égyptien; mais l'Angleterre avait sans doute été consultée ; car pour régulariser la situation politique, cette puissance signait le 24 mai 1894, avec le roi des

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Belges, une convention qui accordait à celui-ci, pour sa vie durant, le droit d'occuper la province du Bahr-el-Ghazal , depuis le 25e degré de longitude orientale jusqu'au Nil, à Test, et jusqu'au 10e degré de latitude nord, y compris le poste de Fachoda sur le Nil.

En conséquence, les Belges occupèrent bientôt la plus grande partie de la province, traitant avec les sultans de Bangasso, Rafaï, Semoï et autres. Ils prirent possession de Dem-Ziber, ancienne résidence du mal-

Le commandant Marchand.

beureux Lupton-bey, qui y avait été massacré; et le capitaine Hanolet poussa dans le bassin du Chari jusqu'aux confins du Darfour, pays d'origine du nouveau mahdi Abdullah.

Mais pendant ce temps, la France, qui contestait à l'Angleterre le droit de céder même à bail un territoire qu'elle n'occupait pas par ses troupes, s'opposa à l'établissement des Belges dans le bassin du Nil, et, après un an de pénibles négociations, un traité fut signé le 14 août 4894, d'après lequel les Belges se retirèrent , en remettant au commissaire français Liotard, secondé par les capitaines Vermot, Ditte, Hassinger, les postes de Dem-Ziber, Rafaï, Tamboura et autres (février 1896).

Ici intervient la mission Marchand, qui débarquait à Loango le 23 juillet 1896, un mois après son départ de Paris.

Outre son chef, elle se composait des capitaines Baratter , Germain,

Mangin, des officiers Largeau, Morin, Dyé, de 42 sous- officiers et de 450 laptots ou tirailleurs sénégalais.

Grâce au chemin de fer belge de Matadi à Léopoldville et aux steamers du Congo, huit mois après, la colonne se trouvait à Bangui, au coude de FOubangui. C'est de là que le commandant a cherché à atteindre Fachoda par trois étapes successives : de Bangui à Semio, de Semio à Tamboura, de Tamboura à Meschra-el-Rek et Fachoda.

La plus grande difficulté était le transport des lourds et nombreux bagages de la mission.

En dehors du matériel ordinaire, celle-ci devait transporter à dos d'hommes deux canonnières démontables, le Faidherbe et le Duc-d'Uzès, de 48 mètres de long, plus trois chalands en aluminium : le Pleigneur, le Crampel et le Lauzières, longs de 45 mètres; en tout près de 7000 charges de 30 à 35 kilos.

Ce n'est que le 43 avril 4897, que le dernier convoi quittait Bangui à destination de Gango, à 550 kilomètres. Le 47 juin, l'avant- garde de la mission arrivait à Semio, et le 27 août 4897 les pièces du Faidherbe étaient à Tamboura, où la mission se déploya en éventail pour opérer des reconnaissances.

Il quitta ce dernier point sur la fin de janvier 4898, et tandis que l'administrateur Liotard occupait Dem-Ziber le 4er juin, il se dirigea sur Roumbek et Meschra-el-Rek, vers Fachoda. Dans le Bahr-el-Ghazal, le commandant établit une série de postes , notamment sur les rives du Sueh et au Fort-Desaix.

De ce dernier point il écrivait : « Je pourrais facilement nourrir ici, et jusqu'à Fachoda, deux mille hommes si je les avais, hélas! ce qui ne serait pas de trop pour résister aux efforts de quarante mille qui s'avancent par les deux extrémités du Nil.

« Cent cinquante hommes contre quarante mille!... Si ce n'est pas tordant l C'est avec cela qu'il a fallu traverser l'Afrique, en occupant le Bahr-el-Ghazal et le Nil bientôt, après avoir pacifié le Congo, apporté sept mille charges, charrié une flottille !

<r On ne doute de rien en France ; et il faut croire tout de même qu'on doit avoir une dose de confiance dans les officiers auxquels on confie une tâche de ce calibre! C'est inouï... mais flatteur! ... »

C'est le 40 juillet que notre héros fit son entrée à Fachoda, petite bourgade de la rive occidentale du Nil ; il s'y installa comme chez lui, après avoir hissé le drapeau tricolore.

Mais, quelques semaines après, arrivait en canonnière à vapeur le général Kitchener, sirdar ou généralissime de l'armée anglo- égyptienne, qui venait, par la victoire mémorable d'Omdurman, près Khartoum, d'anéantir complètement l'armée des Mahdistes, insurgés depuis 4884 contre le pouvoir égyptien.

CONGO FRANÇAIS

Suivant les ordres qui lui avaient été donnés, le sirdar planta les drapeaux anglais et égyptien non loin du drapeau français.

Ce dut èlre là pour les deux braves officiers un moment d'anxiété patriotique; mais l'un et l'autre avaient fait strictement leur devoir. Personnellement ils se traitèrent avec estime et courtoisie, remettant à leur gouvernement respectif la tâche difficile de régler la situation politique.

Traité de 1899. — On sait ce qui est advenu. L'Angleterre revendiqua le Bahr-el-Ghazal au nom de l'Egypte, dont elle a pris la tutelle depuis 4881.

La Fiance, malgré ses droits de premier occupant d'un pays qu'elle considérait comme .abandonné par ses anciens maîtres, crut plus sage

Carte de la missioa Marchand.

de donner l'ordre au commandant Marchand d'évacuer Fachoda, dont la possession ne valait d'ailleurs pas les risques d'une guerre effroyable.

L'expédition, s'embarquant sur le Faidherbe, prit la route de l'Abyssinie par la rivière Sobat, arriva dans la capitale de Ménélik, qui la combla d'honneurs, puis à Djibouti d'où, à bord du d'Assas, elle rentra en France, où elle fut reçue avec enthousiasme (mai 1899).

D'ailleurs, ses efforts ne furent pas perdus. Une convention intervint et fut signée le 21 mars 1899, par laquelle l'Angleterre, qui retenait sous son influence le Bahr-el-Ghazal, le Darfour et le désert de la Libye, accordait à l'influence française toute la région située entre le Darfour et le lac Tchad, c'est-à-dire le Baghirmi, où Gentil venait de se signaler, le Ouadaï, sultanat important, et au nord -est du Tchad, le Kanem, le Borkou et le Bilma jusqu'aux montagnes du Tibesti.

Historique. — Avec les îles Maurice et Rodrigues, la Réunion forme le groupe des Mascareignes, ainsi appelées de Mascarenhas , navigateur portugais, qui les aurait découvertes vers 1508; la Réunion fut d'abord appelée Santa Apollonia. Après que la France en eut pris possession en 1638, elle reçut le nom d'île Bourbon. Louis XIV la concéda à la Compagnie des Indes orientales, qui, en 1665, établit à Saint-Paul le premier gouverneur. En 1721, l'île Maurice devint aussi nôtre et s'appela île de France. Toutes deux prospérèrent par la culture de la canne à sucre, sous les gouverneurs Daumas, La Bourdonnais et Poivre; mais, en 1810, elles tombèrent au pouvoir des Anglais. Bourbon nous fut rendue cinq ans après, mais non sa sœur, qui est restée britannique. La Révolution lui donna, en 1794, le nom d'île de la Réunion; l'Empire, en 1806, celui d'île Bonaparte ; puis elle reprit, comme à tour de rôle, ceux de Bourbon (1815) et de la Réunion (1848).

€ Ce nom de Réunion ne veut rien dire, ajouterons- nous avec M. Onésime Reclus. L'île s'appelait Bourbon quand on la colonisa : réellement elle s'appelle encore ainsi. Flagornerie pour les heureux, insulte aux vaincus, enthousiasmes naïfs, foi dans des « éternités » qui vieillissent, mépris du vrai, offense à l'histoire, il y a de tout cela dans les changements de nom qui bouleversent la carte du monde, d

Description physique. — L'île Bourbon est située dans l'océan Indien, par 21° de latitude sud et 53° de longitude E., à 660 kilomètres de la côte orientale de Madagascar. De forme elliptique, son grand axe mesure 71 kilomètres de la pointe des Galets, au nord-ouest, à celle de la Table, au sud-est. Sa superficie est de 1980 kilomètres carrés.

Le littoral a un développement de 207 kilomètres. Faiblement découpé en baies évasées et non abritées, il n'a point de port naturel, mais seulement quelques mauvaises rades foraines exposées aux violents ouragans de cette région. Il est en général rocheux, sauf à l'embouchure des torrents ; ceux-ci en effet y accumulent des deltas de galets et d'alluvions, où l'on peut creuser des ports artificiels. Vue de la mer, l'île apparaît comme un cône immense ou plutôt comme deux cônes juxtaposés, couverts de verdure ou de forêts. La nature de son sol, la disposition de ses plateaux

en gradins, attestent que l'île est le produit d'éruptions volcaniques, dont les deux centres principaux sont marqués par les sommets du piton des Neiges et du piton de la Fournaise.

Le piton des Neiges, haut de 3069 mètres, et le Grand- Bénard, qui en a 2892, sont entourés de trois cirques ou anciens cratères, appelés cirques de Salazie, de Mafate et de Gilaos. Ces cirques se sont formés par l'effondrement des parois volcaniques et leur enlèvement par les eaux torrentielles qui se sont ouvert des passages vers la mer. Au sud-est de l'ile, le piton de la Fournaise ou le Grand -Brûlé, haut de 2625 mètres,

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