C-de.La.Tuhle
Carte de l'ile de la Réunion.
est le seul volcan en activité; mais il ne se réveille plus que par intervalles de 15 à 20 ans. Ses coulées de laves ont formé l'Enclos, dit aussi Grand-Brûlé, cirque grandiose de 45 kilomètres de pourtour, qui s'étend jusqu'à la côte, et dont les parois ont jusqu'à 300 mètres de hauteur.
Entre les deux cônes volcaniques s'étendent des plateaux élevés de 1 600 mètres d'altitude moyenne et désignés sous les noms de Plaines des Salazes, des Gafres, des Palmistes et autres. De ces « plaines » on descend par degrés vers la côte, et la plupart des habitations et des cultures se sont groupées sur les pentes inférieures ainsi que dans les véritables petites plaines du littoral.
Le massif de l'île est sillonné d'une multitude de ravines profondes, creusées par les torrents qui se rendent directement des plateaux à la mer comme autant de rayons d'une circonférence. Les plus considérables sont les rivières du Mât, des Galets et de Saint- Etienne, qui sortent des trois cirques de Salazie, de Mafate et de Gilaos; celles des Marsouins et de l'Est. Ces torrents, loin de servir à la navigation, ont peine à porter
leurs eaux jusqu'à la mer, et leur encaissement les rend peu propres même à l'irrigation ; toutefois un canal arrose la commune de Saint-Pierre. L'île a quelques étangs dans l'intérieur et sur la côte, notamment celui de Saint-Paul (16 hectares); les cirques de Salazie et de Cilaos renferment des sources thermales.
La Réunion, grâce à son relief, jouit d'un climat varié et salubre : on n'y connaissait aucune maladie avant l'introduction des travailleurs indiens. La température moyenne sur le rivage est de 24°, mais elle est moindre sur les plateaux, et les sommets se couvrent même de neiges temporaires. Les pluies, très abondantes, donnent 180 centimètres d'eau en moyenne par an; beaucoup moins toutefois au sud, qu'au nord-est-ouest, exposé au vent et où Saint -Benoît en reçoit plus de quatre mètres. C'est pendant l'été austral, ou 1' <r hivernage », de novembre à avril, caractérisé par la chaleur et les grandes pluies, qu'ont lieu les funestes ouragans ou cyclones et les raz de marée si redoutés des habitants et des marins : le cyclone de 4829 détruisit vingt navires, ainsi que tous les caféiers qui faisaient la principale richesse de l'île. L'hiver, de mai à octobre, est la saison sèche et rafraîchissante, alors que soufflent les alizés du sud-est.
Sauf un peu de fer magnétique, extrait des sables de la plage, l'île a peu ou point de minéraux. Les animaux, même domestiques, sont aussi très rares. En revanche, la végétation est riche en fruits et en légumes ; mais les forêts ont été en grande partie détruites par un défrichement inconsidéré.
Voici quelques détails sur les volcans de la Réunion et sur le cyclone de 1879.
Les volcans de Bourbon. — « ... Bien que les feux souterrains ait singulièrement diminué d'intensité, et que l'un des deux volcans aient cessé depuis plusieurs siècles d'être dangereux, partout on retrouve des traces de la force ignée. Ici des sources thermales qui jaillissent : à 872 mètres d'altitude, la source de Salazie, qui contient de l'acide carbonique; à 682 mètres, celle de Mafate, sulfureuse et ferrugineuse; celle de Cilaos, dans le Bras-Rouge, dont la température s'élève à 48°, et qui est alcaline, acidulé et ferrugineuse; là, des champs de lave, et, à l'extrémité orientale de l'île, le piton de Fournaise, sombre cratère qui, de temps à autre, allume ses incendies sur l'horizon. Par bonheur, ses éruptions ne sont jamais accompagnées de tremblements de terre, ce qui indique le facile dégagement des gaz et peut-être aussi l'apaisement du foyer comburant. Le, volcan semble les annoncer par un bruit sourd et continu. Bientôt une lave enflammée déborde du cratère et tombe dans la plaine, où elle continue de brûler; par bonheur, le fleuve de feu se dirige toujours du côté de la mer, c'est-à-dire vers le seul côté où une issue lui soit ouverte. De temps à autre il s'arrête, parce que la lave se refroidit; mais de nouveaux flots de bitume ou de métal arrivent pour l'alimenter, et il con-
tinue sa marche avec un bruit assourdissant. Quand il arrive sur la côte, on entend comme le frissonnement de l'eau froide qu'on laisse tomber sur du fer rouge : c'est la lave qui tombe dans l'Océan en cascades étincelantes.
« La Réunion continue donc à être le théâtre de phénomènes volcaniques, mais qui ne présentent plus aucun danger pour la sécurité de ses habitants. Pourtant, le 29 novembre 4875, un grand malheur a frappé notre colonie. Une partie du piton des Neiges et du Gros -Morne s'est écroulée dans le cirque de Salazie, ensevelissant sous ses débris le village du Grand-Sable, situé sur les bords du torrent des Fleurs-Jaunes. Plus de 150 hectares ont été ainsi recouverts par des milliers de mètres cubes de rochers et de terre, qui forment, dans tout cet espace, comme un manteau d'une épaisseur de 40 à 60 mètres. Près de 120 victimes ont été ensevelies sous ces débris, sans qu'il fût possible de songer à retrouver leurs cadavres. »
Le cyclone de 1879. — « Le cyclone a éclaté sur l'île, dans la nuit du 20 au 21 mars 1879, avec une violence excessive qui n'a pris fin que dans la matinée du 22. Le baromètre est descendu, le 21 à midi et demi, jusqu'à 727, l'une des plus fortes baisses observées depuis un grand nombre d'années.
« Dès le 20 au matin, il était déjà arrivé à 759 : la mer grossissait d'heure en heure; mais l'on espérait que le cyclone passerait au large. Vingt et un navires (dont neuf à Saint-Denis) se trouvaient alors sur les différentes rades. A midi, l'ordre était donné aux capitaines de rallier leur bord; à une heure et demie, le signal d'appareillage leur était fait. Cette mesure, due à l'initiative du capitaine du port, a préservé ces navires, qui eussent été perdus s'ils avaient conservé le mouillage. Les navires déradés ont été obligés de tenir la mer pendant plusieurs jours; mais ils sont tous successivement rentrés, après avoir subi des avaries plus ou moins considérables.
« Le navire anglais China est venu se perdre sur le littoral de Saint- André, à l'embouchure de la rivière du Mât; ses neuf hommes d'équipage ont été sauvés. Les navires autrichien Volunteer et anglais Margaret- Wilkie, rentrés à Saint-Paul le 27 mars, ont recueilli, le premier, l'équipage du navire anglais Revival of Cardigan, et le second celui du navire italien Gloria, tous deux déradés de Maurice, où le cyclone a sévi, mais avec bien moins de vigueur qu'à la Réunion. Aucun bâtiment de l'État ne se trouvait dans l'île. Trente-cinq personnes ont péri, tuées sous les débris de leurs maisons ou noyées. On compte de nombreux blessés. La plupart des édifices publics et des propriétés particulières, dans les villes comme dans les communes rurales, sont plus ou moins endommagés et réclament de coûteuses réparations. » {Journal officiel de la République française. Avril 1879.)
Géographie politique. — La population de l'île, après avoir compté 210000 habitants en 1867, est tombée à 162000 en 1887, pour remonter à 175000 en 1906.
La superficie étant de 1980 kilomètres carrés, la densité de la population est de 87 habitants par kilomètre carré, ou 1/6 plus forte qu'en France. La population comprend 130000 nationaux français : blancs ou créoles, noirs affranchis, fonctionnaires, soldats de la marine et de la garnison, auxquels sont venus' se joindre 28000 Hindous, 7000 Malgaches, 10000 Africains, engagés comme travailleurs aux cultures, et quelques centaines de Chinois négociants.
Les blancs sont principalement des créoles issus d'anciennes familles françaises, plus ou moins alliées aux Malgaches.
Toute la population indigène parle le français ou le créole, mélange de vieux français et de malgache. Elle est catholique; l'évêché de Saint-Denis, créé en 1851, relève de l'archevêché de Bordeaux. >^
Les travailleurs immigrants sont païens; car leur séjour dans l'île n'étant que temporaire, il est difficile de les christianiser.
La Réunion est administrée par un gouverneur civil, assisté d'un conseil privé et d'un conseil général. Elle envoie au parlement français un sénateur et deux députés. Elle se divise en deux arrondissements, dont la circonscription est déterminée à peu près par la ligne de partage des eaux, allant du nord-ouest au sud-est.
V arrondissement du vent, au nord, comprend neuf communes, savoir : Saint-Denis, Sainte- Marie, Sainte-Suzanne, Saint- André, Salazie, Bras- 'Panon, Saint-Benoît, Plaine-des-Palmistes et Sainte-Rose.
\J arrondissement sous-le-vent, au sud, est composé de sept communes : Saint-Paul, Saint-Leu, Saint- Louis, Saint-Pierre, Entre-Deux, Saint- Joseph et Saint- Philippe.
Le territoire de ces communes s'étend généralement depuis la côte jusqu'au sommet des montagnes, de sorte que la population indiquée pour les chefs-lieux, situés presque tous sur le littoral, comprend aussi celle des villages de la campagne.
Les seize communes de la Réunion renferment trois villes : Saint-Denis, Saint-Pierre et Saint-Paul, avec cinquante-trois bourgs ou villages.
Saint-Denis, située au nord de l'île, est le chef-lieu de la colonie et de l'arrondissement du Vent, ainsi que le siège d'une cour d'appel et d'un évêché. Cette ville de 33000 habitants est agréable et prospère; mais elle n'a de port que celui de la pointe des Galets, à 17 kilomètres au sud-ouest. Elle a érigé des statues aux anciens gouverneurs de la colonie, La Bourdonnais et Poivre.
Saint-Benoît, bourg de 10000 habitants, à l'est et à l'embouchure de la rivière des Marsouins, a donné naissance à l'amiral Bouvet, le premier des enfants de l'île qui fut appelé à la gouverner.
Saint-Pierre , bâtie en amphithéâtre sur la côte sud-ouest, est une ville de 24000 habitants, chef-lieu de l'arrondissement Sous-le-Vent, avec un port artificiel assez commode, bien qu'insuffisant.
Saint- Paul est une cité de 25000 âmes qui s'élève au nord -ouest, resserrée entre la côte et un étang de 16 hectares. C'est là que les premiers colons s'établirent en 1655. Sur son territoire se trouve le port militaire et
Paillotes ou cabanes abritant les Malabares des sucreries, à Bourbon.
marchand de la pointe des Galets, dont la construction, en 1886, a coûté la somme de 60 millions de francs.
Industrie et Commerce. — Le café, qui faisait jadis la réputation de Bourbon, est en complète décadence. Les arbustes à épices : girofliers, muscadiers, poivriers, ont plus ou moins disparu. Les vanilliers se sont au contraire multipliés; mais la principale culture est celle de la canne à sucre, qui occupe environ 35000 hectares. C'est pour elle qu'il a fallu, depuis l'émancipation des esclaves en 1848, recourir aux travailleurs libres de l'Inde, ou <l coolies », appelés ici « malabares », et aux
nègres des côtes d'Afrique. Il s'ensuit que l'industrie sucrière, c'està-dire la fabrication du sucre et du rhum, est presque la seule de la Réunion. Elle semblait un moment remplacer toutes les autres; mais, ne pouvant lutter contre la concurrence du sucre de betteraves, beaucoup d'usines ont dû cesser le travail. D'autre part, l'insuffisance de l'élevage (5000 bœufs, 6000 moutons et chèvres, 5000 chevaux et mulets) et une industrie manufacturière presque nulle font recourir à l'étranger pour les approvisionnements de toute espèce. Quant aux forêts, à bois de construction et d'ébénisterie, elles occupent environ 55000 hectares de collines; sur les hauts plateaux se cultivent les céréales.
<r Dans ce pays ruiné, dit M. Dupontès, le capital qui serait nécessaire pour reconstituer l'industrie sur des procédés plus modernes fait complètement défaut. Il permettrait aussi de s'occuper de nouvelles cultures ou exploitations, de manière que le sucre et ses dérivés ne soient pas les seuls produits autour desquels gravite l'activité économique de la Réunion. »
Le commerce intérieur dispose notamment d'une route faisant le tour de l'île et d'un chemin de fer à voie étroite qui suit également le littoral, mais ne va que de Saint-Benoît à Saint- Pierre par Saint-Denis et Saint- Paul. Le commerce extérieur, qui était de 411 millions de francs en 1861, est tombé par la crise sucrière à 30 millions. Il se fait pour la moitié avec la France, le reste avec Maurice, Madagascar, l'Inde anglaise et française.
Les exportations, qui comprennent les deux cinquièmes, consistent surtout en sucre, pour environ 12 millions de francs, en rhum, vanille, tapioca, café, clous de girofle, et les importations, en vins, huiles et farines, tissus, meubles et machines de France et d'ailleurs, en riz de l'Inde, bétail de Madagascar.
Les villes de commerce sont surtout Saint -Denis et Saint- Pierre. Les Messageries maritimes font communiquer chaque mois Saint-Denis avec le Havre, Marseille et Saint-Nazaire par le canal de Suez ou le Gap.
Un câble sous-marin réunit Saint-Denis à Tamatave; il se relie par celui de Majunga à Mozambique à la ligne qui fait le service des correspondances avec l'Europe.