‹ La France coloniale illustrâeeChapitre 49 sur 79 · I. — NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

I. — NOTICE HISTORIQUE

Découverte par les Portugais, que ce soit en 4500 par l'un des lieutenants de Cabrai, ou en 1506 par Lorenzo d'Alméida, qui lui aurait donné le nom de son patron, Saint -Laurent, Madagascar, après des tentatives infructueuses de colonisation portugaise, vit arriver les navigateurs normands plus d'un siècle après. En 1642, Richelieu, voulant doter la France d'établissements d'outre-mer, créa la Compagnie de l'Orient, dont les agents reçurent mission de se rendre à Madagascar, « pour y ériger colonies et commerce et en prendre possession au nom de Sa Majesté très chrétienne. »

A partir de 1643, les Français, conduits par Pronis, s'établirent successivement sur la côte orientale, à l'île Sainte-Marie et dans la baie d'Antongil, à la baie Sainte-Luce, puis à Fort-Dauphin, à Tamatave, à Fénérive et à Foulepointe. Malheureusement l'insalubrité de la côte, jointe à la mauvaise administration et aux cruautés de Pronis et de ses compagnons, qui pratiquèrent même la traite, capturant et vendant les indigènes qui approvisionnaient Fort- Dauphin, firent échouer ces entreprises et attirèrent sur les blancs la haine des pauvres Malgaches, qui les avaient cependant reçus avec joie.

Toutefois, vers 1650, de Flacourt fut d'abord plus heureux et releva Fort-Dauphin; mais bientôt ses cruautés suscitèrent de nouvelles guerres avec les indigènes.

En 1664, sous Louis XIV, la « Compagnie des Indes orientales », fondée par Colbert, succédant à la « Société de l'Orient », obtint pour siège principal d'exploitation Madagascar, qui prit officiellement les noms à' île Dauphine et de France orientale. Les tentatives de colonisation recommencèrent, mais échouèrent pour les mêmes causes que les précédentes : les derniers colons, expulsés par les indigènes, se réfugièrent à l'île Bourbon (1672), et la Grande-Terre, bien que « réunie au domaine de la couronne », continua pendant un siècle à être la proie des pirates et des négriers.

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En 4720, sous le ministère de Choiseul, la petite île Sainte-Marie fut achetée aux chefs de la côte. En 1773, Louis XV envoya 300 hommes conduits par le Hongrois Benyowski ; celui-ci s'établit dans la baie d'Antongil et acquit une grande influence sur les Malgaches de la côte, qui le proclamèrent leur roi; il fit d'incroyables efforts pour annexer l'île à la

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Carte de l'île Madagascar.

France, et revint même à Paris pour faire agréer son projet. Le gouvernement commit une grande faute en ne profitant pas de ses offres. Bien plus, cet homme extraordinaire, rentré dans l'île, fut en butte à l'opposition jalouse des colons de Bourbon et de l'île de France ou Maurice, qui le firent assassiner en 4786.

Sous la Révolution et l'Empire, d'autres essais furent également infructueux, et en 4844 tous les postes français tombèrent au pouvoir des

Anglais, qui depuis plusieurs années déjà aidaient les Hovas de l'intérieur à s'organiser en peuple conquérant.

Le traité de 1814, en rendant à la France plusieurs de ses colonies, notamment Bourbon, ne stipula rien pour Madagascar, tandis que l'article 8 déclarait la cession à l'Angleterre de l'île Maurice « et de ses dépendances ». Cette formule pouvait prêter à équivoque, si l'on considérait les droits sur Madagascar comme « dépendances de la possession de Maurice ».

Types hovas de Madagascar.

Quoi qu'il en soit, tandis que nous continuions à influencer les chefs de la côte et à obtenir d'eux des concessions territoriales, le gouverneur anglais de Maurice, sir Furquhar, sut agir contre nous en aidant le jeune roi des Hovas, Radama Ier, à se rendre peu à peu maître de toute l'île. En 1817, ce prince, doué d'une intelligence remarquable pour sa race, et désireux de doter ses peuples d'une civilisation à l'européenne, conclut avec les Anglais un traité par lequel il se déclarait leur allié et supprimait la traite des esclaves dans son royaume. Il accueillit les missionnaires méthodistes de Londres, et ceux-ci, après avoir créé des écoles à Tananarive et ailleurs,. finirent par acquérir une grande influence sur l'esprit de la cour.

En 1825, Radama fit expulser les Français de Fort-Dauphin et de Foulepointe. Après sa mort, arrivée en 1828, sa veuve Ranavalo lui succéda;

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mais, subjuguée par le vieux parti hova et par les prêtres des idoles, son long règne se signala par des cruautés sur ses propres sujets et par une réaction contre les étrangers, qui furent souvent malmenés, malgré plusieurs interventions des navires de guerre anglais et français. Toutefois un de nos compatriotes, du nom de Laborde, avec l'approbation de la reine, sut créer près de Tananarive un vaste établissement industriel comprenant forges, fonderie de canons, verrerie, tuilerie, ateliers de menuiserie et de charronnage. Un autre Français, M. Lambert, exerça une certaine influence sur l'esprit même de Ranavalo et de son fils Radama II, qui, lui ayant

Tananarive. — Une batterie de canons, au temps jadis, et l'ancien palais royal.

succédé en 4861, conclut avec Napoléon III un traité où celui-ci le reconnaissait comme « roi de Madagascar ». Radama accordait les plus grandes faveurs aux Français; mais bientôt après, étranglé par les réactionnaires hovas, il fut remplacé en 1865 par sa veuve Rasoaherina, et en 1869 par sa nièce Ranavalo II. Celle-ci, ayant épousé son premier ministre, se convertit au protestantisme, et subit dès lors l'ascendant des méthodistes anglais.

Cependant la paix se maintenait à l'intérieur, et les missions catholiques françaises elles-mêmes étaient très florissantes dans l'île, lorsqu'en 1883 les réclamations du gouvernement français au sujet de quelques faits peu marquants n'ayant pas abouti, l'amiral Pierre vint bombarder et occuper Majunga, sur la côte nord-ouest, Vohémar, Tamatave, Foulepointe, sur la côte orientale. La guerre, menée peu vigoureusement par notre expédition, qui pendant deux ans se contenta de bloquer l'île et d'inquiéter les côtes, aboutit néanmoins au traité signé le 17 décembre 1885.

Ce traité reconnaissait la reine des Hovas comme souveraine de l'île

entière et lui rendait tous les postes occupés par nos troupes, sauf la baie de Diégo-Suarez. La France abandonnait ainsi ses droits particuliers de protection sur les peuples malgaches de la côte nord-ouest et nord-est. Les étrangers ne pouvaient pas acquérir de biens dans l'île, mais seulement les affermer pour un temps renouvelable. Par contre, une indemnité de 10 millions était accordée par le gouvernement hova aux nationaux français et étrangers pour les pertes subies pendant les hostilités; les douanes du port de Tamatave restèrent entre nos mains jusqu'au paye-

T ananarive. — Ancienne entrée du palais.

ment intégral de cette indemnité. De plus, la France acquérait le droit de construire dans la baie de Diégo-Suarez des établissements militaires à sa convenance, ce qui lui permit d'en faire une position maritime de premier ordre. Le point capital, c'est que la reine des Hovas subissait la présence à Tananarive d'un résident officiel français, ayant en mains toutes les relations diplomatiques avec les puissances étrangères, sans « toutefois s'immiscer dans l'administration intérieure des Etats de Sa Majesté ».

C'était là une sorte de « protectorat d déguisé; '[et, bien que le mot n'eût pas été introduit, il suffisait d'agir avec prudence et fermeté pour en amener tous les effets. Du reste, par le traité du 5 août 4890, l'Angle-

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terre nous abandonna ses droits sur Madagascar : diplomatiquement, l'avenir nous appartenait.

Malheureusement les relations ne furent jamais cordiales avec le gouvernement hova, jaloux de ses droits, et cherchant à éluder ceux de la France. En janvier 1895, les choses en vinrent à ce point que les étrangers quittèrent l'île et qu'une expédition militaire considérable se prépara à faire la conquête du pays.

Tananarive. — Cour intérieure de l'ex-palais royal.

La guerre de 1895. — ■ En effet, la reine Ranavalo, ou plutôt son mari et premier ministre, Rinilaiarivony, ayant refusé l'ultimatum du gouvernement français, qui réclamait l'exécution du traité de 1885, les relations diplomatiques furent rompues le 27 octobre 1894. Le résident, M. Le Myre de Vilers, et tous les Français, négociants et militaires, évacuèrent l'île sans entrave. Les Chambres votèrent 65 millions pour l'envoi de 15000 hommes, sous les ordres du général Duchesne, secondé par les généraux Metzinger, Voiron et Torcy.

Le 12 décembre 1894, le port de Tamatave est occupé par les marins, et Majunga le 16 janvier 1895. Les premières troupes débarquent en avril à Majunga, où le général "Duchesne arrive le 6 mai. Elles s'échelonnent en remontant les vallées de la Betsiboka et de l'Ikopa, qui conduisent à Tananarive, situé à 1 400 mètres sur le plateau d'Émyrne. On est, le 23, à Ambato, le 9 juin à Suberbieville (centre des exploitations de mines d'or, dirigées par M. Suberbie). Mais déjà les fièvres paludéennes font des ravages parmi les troupes mal approvisionnées, trop nombreuses sur un espace restreint, obligées de séjourner trois mois par défaut de ravitaillement. Des milliers de soldats meurent ou sont évacués

malades vers la côte pour être rapatriés; beaucoup d'entre eux succombent en route.

Pressé d'en finir, le général Duchesne organise une colonne volante, qui arrive le 22 août à Andriba, à mi-chemin de la capitale,, passe le défilé d'Isinainondry le 17 septembre, les monts Ambohinena le 19, les monts Ankaratra le 23. Jamais on ne rencontre de résistance sérieuse de ■ la part des Hovas, qui fuient désorganisés. L'armée française, réduite à 3000 hommes, arrive en vue de Tananarive le 29; le lendemain commençaient le bombardement et l'attaque de la ville par six colonnes, lorsque la reine Ranavalo demande à capituler. Le 1er octobre, les généraux font leur entrée dans la capitale, et la reine signe le traité de paix, se soumettant au protectorat français et à toutes ses conséquences. Le 40, la forteresse de Tarafatra, près de Tamatave, se rend à l'amiral Bienaimé.

La prise de Tananarive n'a coûté que 7 hommes tués et 50 blessés. La résistance des Hovas n'était donc pas aussi redoutable qu'on le supposait : que peuvent des troupes indigènes d'un peuple semi- barbare contre les armées européennes? Le grand ennemi fut le climat débilitant et fiévreux, Finsuffisance des ambulances et des approvisionnements, et surtout la lenteur de la marche. Plus de la moitié des troupes fut ainsi mise hors de combat, et 6000 hommes au moins moururent dans l'île ou sur mer pendant leur rapatriement.

Quoi qu'il en soit, Madagascar appartenait dès lors à la France. On conservait le gouvernement de la reine, qui commandait à quatre-vingts gouverneurs de provinces et qui jouissait d'un grand prestige sur les peuples de l'île. Il eût suffi d'en corriger les abus et d'améliorer les rouages administratifs, en s'appuyant surtout sur l'influence acquise par les missions catholiques. On sait que la cour était convertie depuis longtemps au méthodisme anglais; mais elle respectait les œuvres catholiques. L'année suivante, la paix s'évanouit de nouveau. <r Jamais Madagascar n'a été aussi troublée que depuis la présence de nos troupes, » disait le Journal des Débats. Il est vrai que la faute en fut moins à Farmée d'occupation qu'à l'administration du résident, M. Laroche, dont l'impéritie amena la destitution, et dont l'esprit, protestant était, ce semble, plus favorable à l'influence des méthodistes anglais qu'à celle des missionnaires français eux-mêmes. Toujours est-il que depuis plus d'un an régnait la guerre civile, menée par les révoltés fahavalos et fomentée, paraît-il, par de hauts fonctionnaires hovas, avec l'approbation de la reine. De nombreux villages furent incendiés et les abords des villes, même de la capitale, interceptés.

Enfin le gouvernement français envoya le général Galliéni, un ancien du Sénégal, avec pouvoir discrétionnaire, et celui-ci débuta par le renvoi des ministres de la reine et l'exécution à mort de plusieurs princes du

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sang. Le calme parut se rétablir dans cette colonie importante, où l'on parla de créer bientôt un chemin de fer qui relierait ïananarive à Tamatave, peut- être aussi à Majunga.

Pont de bois et porteur à Madagascar.

Annexion. — Enfin, en 1897, la royauté de Madagascar disparut, et la grande île devint simple colonie.

C'est le 27 février que le général Galliéni, pour mettre fin aux intrigues de la cour et désespérer les patriotes hovas, fit signifier sa déchéance à la reine Ranavalo. Malgré les sanglots de la pauvre femme, le lendemain ses nombreux serviteurs la transportaient en filanzane jusqu'à Tamatave,

et le Lapérouse la conduisit à la Réunion, d'où elle fut transférée en Algérie. Là une modeste pension de 25000 francs est servie à cette reine qui commandait à trois millions de sujets. Telle est la vanité des grandeurs de la terre !

Toujours est-il que la France comptait une colonie de plus.

Le drapeau tricolore fut en même temps arboré sur les trois îlots madréporiques : Juan da Nova, Europa et Bassas da India, situés dans le canal de Mozambique; ces humbles satellites de Madagascar complètent la couronne formée autour de la « Grande Ile d par les Comores, les Glorieuses et la Réunion elle-même.

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