COCHINCHINE
La Cochinchine, formée par le delta du Mékong, est la partie la plus méridionale et la plus basse de l'Indo-Chine française. Elle a 60000 kilomètres carrés et 3000000 d'habitants. Du reste, la population est très inégalement répartie; car, tandis qu'elle compte de 110 à 160 individus au
La Cochinchine et les territoires avoisinants.
kilomètre dans le centre ouest, elle est très clairsemée au nord et surtout au sud, où l'arrondissement de Rach-Gia n'a qu'une densité de trois personnes.
Aux Annamites, qui composent presque toute la population, s'ajoutent 200 000 Cambodgiens, les véritables autochtones de la basse Cochinchine; 40000Tsiams et 10 000 Mois, aborigènes du haut pays; 160 000 Chinois, immigrants adonnés au commerce, à l'agriculture ou à un métier, surtout dans les arrondissements de Cholon et de Saigon; enfin 5 000 Européens, presque tous Français, parmi lesquels, sur 20 militaires ou fonctionnaires, se trouve à peine un colon exerçant le négoce ou un métier ; la plupart sont concentrés à Saigon et environs.
Administration. — La colonie est administrée par un lieutenant-
gouverneur , assisté d'un conseil privé et d'un conseil colonial, composés de membres français et annamites. Les colons français élisent un député à la Chambre. La Cochin chine est divisée en quatre circonscriptions et subdivisée en inspections ou arrondissements (huye?i)y cantons (tong) et communes. L'administrateur de chaque arrondissement est assisté d'un conseil nommé par les notables indigènes.
Les circonscriptions et arrondissements sont, d'abord au nord du Delta:
1° La circonscription de Saigon, avec les cinq arrondissements de Saigon ou Gia-Dinh, Tay-Ninh, Thudaumot, Bien-Hoa et Baria.
2° La circonscription de Mytho, formant quatre arrondissements : Mytho, Tan -An, Gocong et Gholon;
3° La circonscription de Vinh-Long, ou le Delta propre, qui forme quatre arrondissements : Vinh-Long, Bentré, Tra-Vinh etSadec;
4° La circonscription de Bassac, au sud-ouest du fleuve, divisée en sept arrondissements : Ghaudoc, Hatien, Long-Xuyen, Rach-Gia, Cantho, Soctrang et Bac-Lieu.
Au point de vue catholique , la Cochinchine forme un vicariat apostolique, dont le siège est à Saïgon; en outre, la circonscription de Bassac et l'arrondissement de Sadec dépendent du vicariat du Cambodge. Il en résulte que la colonie possède une centaine de prêtres indigènes, autant de prêtres des Missions Étrangères et environ 80000 catholiques. Les Frères des Écoles chrétiennes, les Carmélites, les Sœurs de Saint- Paul de Chartres et des laïques européens y font la classe, en même temps que de nombreux instituteurs indigènes, ceux-ci en grande partie aux frais delà Mission catholique. L'annamite y est enseigné en caractères latins, ainsi que le français et les éléments des connaissances. On distingue des écoles rurales, cantonales et d'arrondissement. L'enseignement secondaire compte plusieurs collèges, deux petits séminaires et, pour la formation des prêtres indigènes, un grand séminaire établi à Saïgon. Cette ville est enfin le siège d'une Cour d'appel, à laquelle ressortit toute l'Indo-Chine; un tribunal de première instance fonctionne au chef- lieu de chaque arrondissement.
Villes. — Saïgon, capitale de la Cochinchine, mais non plus de l'Indo- Ghine française, est bâtie en plaine sur les bords de la rivière de son nom, dans un carré complété par des arroyos ou canaux. C'est une ville de 50 000 âmes, transformée à l'européenne, avec des boulevards, des rues larges et régulières, des squares, des parcs éclairés à l'électricité.
Le palais de l'ex-gouverneur a coûté 12 millions; la cathédrale est plus modeste, et devant, sur la place, s'élève le monument de l'évêque d'Adran, dont le tombeau se vénère à quatre kilomètres de là. Le quartier des Européens, d'un niveau plus élevé que le reste de la ville, est vaste et salubre; il est entouré de nombreux faubourgs ou villages indigènes. Le port, très bien aménagé, est accessible aux plus grands bâti-
ments par le Donnai ou Soirap; aussi fait-il presque tout le commerce extérieur, bien que son éloignement de la mer (55 kilomètres) oblige souvent les paquebots rapides à passer en vue des côtes sans s'y arrêter. C'est, de plus, le port militaire de notre Indo -Chine.
Ce port est complété parla nouvelle ville française du Cap-Saint-Jacques, admirablement située sur une haute presqu'île- dominant la baie des Cocotiers et l'embouchure de la rivière de Saigon. On y compte une vingtaine de batteries, disséminées sur les hauteurs, et 2 000 hommes de troupe.
Un sémaphore en Indo -Chine.
Cholon est une ville chinoise de 465000 habitants, située à cinq kilomètres à l'ouest de la capitale. C'est le principal entrepôt de la colonie pour les produits indigènes et chinois, surtout pour le riz, et il y a plusieurs usines pour le décorticage et le blanchissage de cette précieuse denrée. La ville doit son origine à une colonie chinoise qui s'y établit au xvme siècle.
Bien-Hoa, avec ses carrières de calcaire rouge, sur le Donnai*; Mylho bâtie à moitié sur pilotis au bord du fleuve antérieur; Gocong, célèbre par sa lutte contre nous en 4862; Vinh-Long , « le jardin de la Cochinchine, » à une bifurcation du fleuve; Chaudoc, sur le fleuve postérieur, o,i Batien, pori, tous deux à la frontière du Cambodge : tels sont les centres et les marchés les plus importants de la colonie.
Les autres chefs-lieux d'arrondissements, quoique moins populeux, sont florissants; la plupart ne datent que de la conquête.
En général, les villes indo -chinoises, composée de cases ou paillotes de facile construction, deviennent vite populeuses dès qu'un marché s'y établit pour attirer le commerce.
A 400 kilomètres de la côte, les Poulo-Condor , «îles des Calebasses,» peuplées d'un millier d'habitants, constituent une station navale précieuse et possèdent une colonie pénitentiaire pour nos sujets asiatiques.
Industrie et commerce. — Le Gochinchinois est presque exclusivement agriculteur. Les trois quarts des cultures sont des rizières, lesquelles ont sextuplé depuis vingt ans. La production approche d'un million de tonnes de riz, dont un tiers est consommé dans le pays. Pour les autres cultures, les exploitations agricoles et minérales, l'élevage des animaux domestiques , on en trouvera le détail à l'énoncé des productions naturelles, page 302.
Parmi les industries importées par les Européens, la principale consiste dans le blanchissage et le décorticage du riz, qui occupe à Gholon et à Saigon une dizaine d'usines à vapeur, dont plusieurs appartiennent aux Chinois. Ces usines, qui tendent à augmenter, remplacent de plus en plus les nombreux décortiqueurs se servant de moulins à bras. Une industrie indigène également répandue , c'est la distillation de Y alcool de riz; puis viennent l'extraction du sucre de canne et celle de l'huile, la fabrication des tissus légers et la sparterie.
Le commerce intérieur dispose d'une multitude de cours d'eau et de canaux naturels ou arroyos, que sillonnent les barques indigènes; des lignes de vapeurs des « Messageries fluviales » , d'un imposant réseau de bonnes routes, de tramways nombreux, enfin dévoies ferrées qui relient Saigon , d'une part avec Cholon et Mytho , de l'autre avec le réseau annamitain.
V exportation particulière de la Cochinchine consiste pour les quatre cinquièmes en riz, expédié sur la Chine, l'Hindoustan , Java et l'Europe ; puis viennent le poisson séché ou salé, le coton, la soie, pour l'Extrême- Orient; le copra et le poivre, pour l'Europe.
V importation comprend les cotonnades anglaises et françaises , les soieries, les boissons et comestibles de France, les métaux, machines et wagons belges et français, les charbons anglais, français et tonkinois, le pétrole russe et américain , des denrées coloniales de consommation.
Les échanges se font moins avec la France et l'Europe qu'avec la Chine, e Japon et l'Hindoustan, par l'intermédiaire de Hong-kong, Changhaï, Singapore. Les transports ont lieu surtout par les navires français, anglais, allemands, hollandais et japonais.
Le commerce extérieur se fait presque entièrement sur les places de Saigon pour l'importation et de Cholon pour l'exportation; celle-ci est
surtout entre les mains des Chinois. — Les Messageries maritimes et autres Compagnies françaises, ainsi que les paquebots anglais, font plusieurs services par mois; la durée du voyage de France à Saigon est de quatre ou de trois semaines, selon qu'on passe ou non à Bombay.
Le réseau télégraphique de la colonie se soude aux câbles sous-marins qui relient Saigon, par le cap Saint- Jacques, avec Hué et Haïphong, Hong-kong, Pontianak, Singapore et la France.
Depuis 1901 il n'est plus dressé de statistiques séparées du commerce de nos colonies indo-chinoises. On ne peut donc donner que la valeur totale de ce dernier. En 1906, elle était de 457 millions de francs, dont 261 millions à l'importation et 196 millions à l'exportation. La moyenne quinquennale de 1899 à 1903 était de 341 millions de francs. Donc augmentation de 106 millions, ce qui est un magnifique résultat, donnant en outre de belles espérances pour l'avenir économique de notre grande possession d'Extrême-Orient. De fait, en 1908, le commerce chiffrait 526 millions.