‹ La France coloniale illustrâeeChapitre 62 sur 79 · CAMBODGE · texte numérisé non relu

CAMBODGE

Historique. — Le Cambodge occupe une partie de l'antique royaume des Kmers , dont la puissance et la civilisation , aux dix premiers siècles de l'ère chrétienne, sont attestées par les grandioses ruines d'Angkor. Les Portugais y arrivèrent au xvie siècle, suivis par les Hollandais en 1635. En 1750 les Annamites et en 1810 les Siamois y établirent leur suprématie ; mais leur rivalité donna occasion aux Français d'intervenir, pacifiquement toutefois, car ce fut par les pourparlers de l'amiral de la Grandière.

C'est ainsi qu'en 1863 le roi du Cambodge, Norodom, accepta le protectorat de la France. Il continua à gouverner par lui-même ses États jusqu'en 1884, où l'administration suprême lui fut enlevée pour être remise aux mains d'un résident supérieur français; ce qui amena une longue guerre de partisans. Aujourd'hui le pays est pacifié; il a pour roi le frère cadet de Norodom.

Géographie. — Le Cambodge est borné au nord par le Laos siamois et le Laos protégé, à l'est par l'Annam, au sud-est par la Cochinchine, au sud-ouest et à l'ouest par le golfe et le royaume de Siam. Sa superficie est évaluée à 120000 kilomètres carrés, et sa population à 1500 000 habitants. Les rives du Mékong et du Grand- Lac sont seules populeuses.

D'origine hindoue, les Cambodgiens sont d'un caractère doux et indolent; ils se laissaient naguère dominer par les Annamites, les Chinois et les Malais qui se sont introduits dans le pays. Chez eux, le bouddhisme,

religion officiellement reconnue, est superposé au culte des dieux brahmaniques et surtout des « esprits », dont ils semblent vouloir toujours conjurer l'action malfaisante parleurs pratiques superstitieuses. En somme, il y a autant de religions que de pagodes ou temples et même que de bonzes ou prêtres, lesquels sont légion. Au point de vue de Févangélisation , le pays forme avec la Gochinchine occidentale un vicariat apostolique , dont le centre est à Gulao-Gieng, où se trouve un séminaire. Il n'y a encore que peu d'écoles organisées.

Le Cambodge , avec la partie sud du Laos et de l'Annam.

Le royaume est divisé en dix résidences, ayant chacune un résident français et un tribunal. Ce sont celles de Pnom-Penh, la plus peuplée; Kampot, la seule province maritime; Kratié, Pursat, Kompong-Tom, Khong, Bassac, Battambang, Sisophon et Siem-réap, ces trois dernières rétrocédées au Cambodge par le Siam en 4907.

Pnom-Penh (pron. Phnome-Pène), la capitale du Cambodge, est une ville de 50 000 âmes, située à la bifurcation du Mékong, dans une position commerciale excellente autant que pittoresque. Les maisons ne sont généralement que des paillotes, ou cases en paille, au milieu desquelles s'élèvent le palais du roi, en style kmer, les maisons en briques des Chinois et les édifices plus importants récemment bâtis pour les administrations françaises. — Oudong, située un peu en amont, est l'ancienne capitale qui se dépeuple.

Battembang, sur un affluent et à l'ouest du Tonlé-Sap, est, par contre, une ville de 50 000 âmes et un important marché, en relation par vapeurs avec Pnom -Penh et Saigon. On y remarque, outre la citadelle, de nombreuses pagodes, un hôtel des monnaies, la résidence de la mission catholique française et l'établissement des Frères des Écoles chrétiennes.

C'est à 8 kilomètres sud de Siem-reap, situé près de la rive occidentale du Tonlé-Sap, que l'on admire les célèbres ruines d'Angkor. Les monuments des Kmers, en forme de rectangle allongé, sont entourés chacun d'une muraille percée de portes et souvent défendue par de larges fossés. A l'intérieur de l'enceinte sont enfermées des constructions, qui se retrouvent les mêmes partout : terrasses, escaliers, portiques, galeries, édicules et bassins. Les matériaux employés sont le calcaire ou le grès de Bien-Hoa pour les grands édifices, la brique pour les moins importants et le bois pour les plafonds, portes et autres détails. Ce qui distingue l'architecture kmer, c'est sa netteté, c'est-à-dire la correction du plan, l'harmonie des parties, l'élégance de l'ornementation.

Industrie et commerce. — Les Cambodgiens cultivent surtout le riz, base de leur alimentation, et qu'ils distillent en parue. Ils fabriquent du sucre de canne, provenant de leurs plantations, et élèvent des vers à soie en vue de la confection de leurs vêtements; ils cultivent aussi le coton et le poivrier, savent extraire et travailler le fer, mais produisent des objets moins artistiques que les Annamites. Une de leurs principales industries est la pêche du poisson, qui abonde surtout dans le lac Tonlé-Sap.

Par le fait de sa situation géographique sur les bords du Mékong, en amont de la Cochinchine, le Cambodge, au point de vue commercial, dépend entièrement de ce pays, qui possède les ports d'entrée et de sortie des marchandises. Les transports se font par jonques et par vapeurs sur les nombreux canaux qui, par le Tonlé-Sap et le Mékong, se relient avec les ports cochinchinois.

Les produits exportés sont : le poisson et le riz, pour la Chine et Java; le poivre, pour la France; le coton, les haricots, pour Singapore; les peaux, les nattes, le cardamome, pour la Chine.

Les produits importés consistent en sel , provenant de la Cochinchine et destiné aux salaisons de poissons, en vins et spiritueux de France, sucre, objets d'ameublement, tissus anglais et français.

ÀNNAM

L'ancien empire ou royaume a d'Annam», dont le nom chinois signilîe le « Sud paisible», était une extension méridionale de l'Empire du Milieu, dont il était vassal. Il forme aujourd'hui les trois parties principales de notre colonie indo -chinoise :1a Cochinchine, au sud; l'Annam, au centre,

et le Tonkin, au nord; aussi bien sont- elles habitées presque entièrement par des Annamites. C'est pourquoi nous compléterons ici ce qui concerne ce peuple si intéressant.

Les Annamites sont petits (4 m. 58 en moyenne); ils ont le corps grêle, mais bien pris et souple, la tête brachycéphale ou ronde, les pommettes saillantes, les yeux plus ou moins bridés, le teint brun ou cuivré, la barbe rare, les doigts effilés et les pieds très souples, notamment le gros orteil , dont l'écartement leur a fait donner le nom de Giaotchi par les Chinois.

Tous , hommes et femmes , relèvent leurs cheveux en chignon et se noircissent les dents en mâchant le bétel ou en les passant au vernis noir. Tous aussi fument le tabac et portent le même costume : un large pantalon, une longue tunique fendue sur les côtés, un turban surmonté d'un grand chapeau en feuilles de palmier, des chaussures recourbées à la chinoise. De tempérament gai, doux et docile, les Annamites sont courageux, intelligents et actifs; ce sont de bons soldats, et ils soignent admirablement leurs rizières pour leur faire produire le maximum; les artisans fabriquent des bijoux remarquables et témoignent d'un goût réel de la décoration.

Il existe deux langues chez ce peuple : l'annamite, qui est la langue parlée, et le chinois, qui est la langue écrite, enseignée dans toutes les écoles indigènes; les deux idiomes s'écrivent toutefois et avec des caractères chinois, sauf en Cochinchine, où l'on se sert de caractères latins; ils sont monosyllabiques, mais de syntaxe toute différente. Dans la langue annamite surtout, les différents tons jouent un rôle très important : chaque mot est une note; changer le ton, c'est changer le sens.

Dans l'Annam-Tonkin,la/tf/m7/e et le village constituent la véritable base de l'organisme social : la famille, par le triple pouvoir paternel, sacerdotal et juridique de son chef; le village, parce qu'il est entièrement autonome en ce qui concerne les affaires locales. On distingue deux catégories d'habitants : les inscrits, propriétaires, qui payent l'impôt et gèrent seuls les intérêts communaux; les non - inscrits , qui ne possèdent pas et sont dix fois plus nombreux.

Tous les citoyens sont égaux , et les charges de l'État leur sont accessibles au concours. Mais, en pratique, dans les villes on rencontre deux autres classes d'individus, qui pèsent assez lourdement sur le peuple : ce sont les marchands et les lettrés ; parmi les derniers se recrutent les administrateurs ou mandarins des divers degrés. Or ces prétendus lettrés, même du plus haut grade, ignorent ce que nous appelons sciences mathématiques, physiques et naturelles, pour ne parler que de ces branches. Quant aux écoles de villages, on n'y enseigne que les caractères chinois, avec la morale païenne du pays. Depuis notre occupation, des écoles ont été créées , surtout en Cochinchine, soit pour les Européens, soit pour les indigènes, — celles-

ci dirigées notamment par |les congréganistes, — sans compter les nombreuses écoles qui existent depuis longtemps dans les missions catholiques. En général, l'enseignement se calque peu sur celui de la métropole.

L' Annam est réduit à la partie la plus montagneuse et la moins riche de son ancien territoire, c'est-àdire à celle qui s'étend, d'une part, entre leTonkin au nord , la Cochinchine et le Cambodge au sud ; de l'autre, entre la mer de Chine à l'est et la Cordillère annamitique à l'ouest. C'est une longue bande recourbée en forme d'S majuscule, mesurant 4 400 kilomètres de longueur sur 400 à peine de largeur moyenne, soit une superficie de 440 000 kilomètres carrés.

LdLpopn laiton est de 5 600 000 habitants, avec une densité de 40 au kilomètre carré. Presque tous sont païens , car on compte à peine 200 000 chrétiens, répartis en trois vicariats apostoliques. Sur le plateau de la Cordillère, vivent les Mois « sauvages » , qui ont été refoulés par les envahisseurs.

Administration. — L'empereur ou roi d'Annam, « fils du Ciel, » est vis-à-vis de ses sujets un monarque absolu,

mais soumis à des usages selon les lois de Confucius : il est aidé notamment par six ministres. Depuis 4885, quel'Annam est placé sous notre protectorat, son gouvernement est soumis au contrôle d'un résident supérieur de la République française, siégeant auprès de la cour à Hué, et duquel relèvent les affaires étrangères, la police, les douanes, etc. De môme, dans les chefs-lieux administratifs , des agents français surveillent les mandarins des divers degrés.

L'Annam comprend douze provinces, désignées généralement par le nom de leurs chefs-lieux. Ce sont, du sud au nord : Nia-Trang, Phu-Yen, Binh-Dinh, Binh-Phou (chef-lieu Koui-Nhon), Kouan-Ngaï, Kuang-Nam, Thua-Thien (chef-lieu Hué), Kouang-Tri (chef-lieu Dong-Hoï), Kouang-

La région centrale de F Annam. et du Laos.

binh, Ha-tinh, Vinh ou Nghé-an (chef-lieu Vinh) et Than-hoa; en outre, la concession française de Tourane.

Ces provinces ou préfectures (phou) sont subdivisées en arrondissements, cantons et communes, chaque division ayant sa double administration indigène et française.

Boutiques de marchands à Hué.

Villes. — Hué, capitale du royaume, fut bâtie au xvip siècle à trois lieues de la mer, sur une petite rivière, au milieu d'un triple cercle de montagnes qui lui donnent un aspect riant et pittoresque. Peuplée de 50000 âmes, elle comprend deux villes : la citadelle ou « ville royale », immense quadrilatère de 2 600 mètres de côté , à front bastionné , habité par la cour, les fonctionnaires et les soldats; la ville marchande, bâtie sur le canal et composée de cases ou paillotes.

Tourane, au sud de Hué, est le port de cette capitale, à laquelle la relie un chemin de fer. Ce fut le premier gage donné à la France par Gia-

Long en 1790 et la première ville prise par elle en 1858. Érigée en commune française en 1888, elle se développe rapidement, en même temps que son port se transforme et prend une activité toujours plus grande , à cause principalement des houillères en exploitation de Nong-Son, situées non loin de là.

Koui-Nhon, sur la côte sud -est, dans l'importante province de Binh- Phou, est un port qui fut ouvert aux Européens dès 4874. Cette ville a, comme Hué, une citadelle du système Vauban, bâtie par les ingénieurs français au commencement du siècle dernier.

La géographie économique de l'Annam sera traitée en même temps que celle du Tonkin.

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