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TONKIN

Le Tonkin est le Bac-Hy ou « Pays du Nord » des Annamites; son nom est une corruption du mot chinois Dong-King, « Cour de l'Est. » Il est borné au nord par les provinces chinoises du Yunnan, du Kouang-si et du Kouang-toung, à Test par le golfe du Tonkin, au sud par l'Annam et à l'ouest par le Laos.

Sa superficie est d'environ 420000 kilomètres carrés, dont 45 000 seulement pour le Delta, et sa population évaluée à près de 6 millions d'habitants , soit une densité kilométrique de 60 Tonkinois. Mais ici, comme en Cochinchine, la majorité se masse dans le Delta, qui en possède les deux tiers; puis vient la région des collines, qui comprend l'autre tiers presque en entier.

Or, la population de ces deux régions peu étendues, mais fertiles et bien cultivées, ne comprend guère que des Annamites. Dans la seconde cependant, on trouve environ 200 000 indigènes, de tribus moins civilisées, dont une partie peuple le haut Tonkin; ce sont les Mans, les Méos, les Thos, les Muongs. 40 000 Chinois occupent surtout le Delta et la zone frontière de leur patrie. Parmi tous ces païens, 500 000 catholiques sont disséminés dans les cinq vicariats qui se partagent le pays.

Administration. — Le Tonkin est une colonie administrée par un résident supérieur siégeant à Hanoï. Il comprend vingt provinces, ayant les mêmes divisions que celles de l'Annam , avec une administration analogue. Ce sont : au nord, Bac-ninh, Thaï-nguyen, Lang-son etKao-bang; à l'est, Kouang-yen, Haïphong et Thaï-binh; au centre, Hanoï, Hongyen et Haï-dzouong; au sud, Ninh-binh, Ha-nam et Nam-dinh; à l'ouest, Hong-hoa, Sontay, Vinh-yen, Muong, Tuyen-kouang, Yan-bou et Laokay.

Ces provinces portent le nom de leur chef-lieu, sauf Ha-nam, chef-

lieu Phou-ly; Muong, chef-lieu Cho-bo; Vinh-yen, chef-lieu Houongkanh, et Thaï-Binh, chef-lieu Kien-xuong.

Localités. — Au Tonkin , comme en Chine, les villes sont essentiellement composées d'une citadelle et d'un marché plus ou moins important, autour desquels se sont groupés les cases en bois et paille des indigènes, des magasins, des habitations à un ou deux étages et d'un confort variable, etc. Généralement chaque nationalité a son quartier.

Le Tonkin, avec la partie nord de TAnnam et du Laos.

Quant aux villages, ils sont composés de hameaux indépendants les uns des autres, très nombreux dans les rizières, et entourés de végétation. Chaque habitation, en torchis et couverte de chaume, est séparée de sa voisine par des haies de cactus et des ruisseaux d'eau croupissante. Dans les hameaux, situés le long d'une route ou sur les bords d'un cours d'eau, on rencontre parfois un rudiment de rue quand il s'est établi un marché dans la localité.

Hanoï, la nouvelle capitale de l'Indo-Chine française et le chef-lieu du Tonkin, est une grande ville de 150 000 âmes, située dans le Delta, sur le Song-koï ou fleuve Rouge. Elle se compose de nombreux villages indigènes; mais l'occupation française l'a en grande partie transformée, et le quartier européen a vraiment grand air. On remarque notamment la

cathédrale, le palais du gouverneur et les demeures d'autres autorités administratives; les casernes, remplaçant la citadelle démolie; les promenades, les boulevards éclairés à l'électricité, les magasins bien achalandés, le Jardin botanique, le grand viaduc du chemin de fer sur le fleuve, qui est pourvu d'une digue. Hanoï possède un port toujours accessible, en relations journalières avec Ilaïphong; mais il est surtout le centre de plusieurs voies ferrées. Les industries indigènes des meubles incrustés, de la soie, de la chaudronnerie, de la bijouterie sont renommées; mais les industries européennes s'y développent également : papeterie, filatures de coton et de soie, fabriques d'allumettes et déglace artificielle, distilleries, ateliers de construction. En un mot, Hanoï, commune française, est bien le <r grand marché», la grande ville de commerce et d'industrie du pays; aussi les Chinois y font-ils les affaires en gros.

Nam-dinh, 30000 habitants, port fluvial et place forte dans le Delta, est la seconde ville du Tonkin; c'en est le principal marché de riz et un entrepôt pour le coton et la soie; c'est en outre la cité des examens; on y trouve, entre autres fabriques, une albuminerie française.

Haïphong, nouvellement créé à l'embouchure du Koua-cam, est une ville de 20 000 âmes d'aspect européen et formant une commune française. Son port, pourvu d'appontements, de docks, de chantiers des « Correspondances fluviales » , est le principal du Tonkin , dont il forme l'entrepôt ainsi que celui de l'étranger. Aussi les industries européennes y sontelles déjà nombreuses : ateliers métallurgiques, fabriques d'albumine, de savon, de poterie, etc.; un câble sous-marin le relie à Saigon, une voie ferrée et une ligne de chaloupes à vapeur le font communiquer avec Hanoï.

Au nord, Eongay, sur une baie communiquant avec celle d'Along, exploite les charbonnages d'une société française occupant plusieurs milliers d'indigènes. C'est une station navale destinée à devenir le port de guerre tonkinois. — L'île Kébao, près de la côte chinoise, est aussi le centre d'une exploitation houillère.

Haï-duong , sur le Taï-binh, est une jolie petite cité qui exporte surtout du paddy, riz non décortiqué. — Sontai, sur le Song-koï à la tête du Delta, possède une belle et solide citadelle, prise en 4883 par l'amiral Courbet. Située à l'entrée de la région forestière, cette ville est principalement un grand entrepôt de bois. — Bac-ninh, près du Song-Ga, est une ville bien propre et jadis rendue très forte par sa citadelle à la Vauban. Elle fut prise par le général Millot en 1884. Il y a aujourd'hui un important atelier pour le fer et le cuivre, avec fonderie. — Langson et Laokay, près des frontières nord et ouest, sont des localités en partie chinoises, sur les deux voies ferrées de pénétration dans le Céleste Empire.

Industrie et commerce. — Comme en Cochinchine notamment, l'agriculture est la principale occupation du Tonkin et de PAnnam. Les produits végétaux sont les mêmes, à commencer par le riz, cultivé sur-

tout dans le Delta tonkinois, mais beaucoup moins en Annam. Il en est ains également des animaux domestiques, de la volaille, du poisson. La production de la soie est d'environ un million de kilogrammes; elle pourra être triplée, mais on devra en améliorer les procédés de fabrication, pour lui donner plus de valeur.

Quant à la culture du riz, elle demande des soins plus minutieux qu'on pourrait le croire. Les opérations commencent vers la fin d'avril. La rizière est labourée légèrement au moyen d'une charrue primitive traînée par un buffle, immergé jusqu'au ventre. Les hommes travaillent eux aussi plongés dans l'eau jusqu'aux genoux. On sème d'abord très serré; puis, au bout de quatre ou six semaines, on repique les tiges assez hautes pour émerger. L'eau s'évapore peu à peu, de sorte qu'au moment de la récolte, il ne reste qu'un fond boueux. Nos deltas indo-chinois sont exclusivement occupés par les rizières, grâce à un système de digues très compliqué, qui permet de retenir ou d'évacuer l'eau selon les besoins. Au Tonkin, comme en Annam, on fait généralement deux récoltes par an, d'un produit total notablement supérieur à la récolte, unique pour l'ordinaire, de la Gochinchine, qui présente pourtant des conditions plus favorables d'humidité abondante et de chaleur constante.

Les minéraux s'exploitent assez activement, surtout la houille, dans les gisements de Kebao et Hongay, au Tonkin; de Nong-son, près de Tourane, en Annam.

L'industrie indigène produit les objets d'utilité : tissus, nattes, poteries, outils, meubles, et les ouvrages de luxe : travaux d'ébénisterie, bijoux, ivoires sculptés. L'extraction de l'huile de baniane est une des industries nationales du Tonkin. L'industrie moderne, qui emploie les machines et la vapeur, se développe de plus en plus, surtout dans les centres de Hanoï et de Haïphong, ainsi que dans les exploitations houillères.

Le commerce est en grand progrès, surtout avec la France. Les exportations consistent notamment en riz, houille, soie grège, coton, nattes en jonc, huiles, laques, gommes et caoutchouc; les importations, en filés et tissus de coton, minéraux et métaux, rails, machines et ouvrages en métal, boissons et denrées alimentaires destinées particulièrement aux colons européens. La valeur de ce commerce est confondue dans celui de l'Indo-Ghine française en général, comme il a été dit page 312.

Aux moyens primitifs de transport : gens, bêtes et jonques, s'ajoutent de plus en plus victorieusement les chaloupes à vapeur, sur le fleuve Rouge et ses branches, surtout les chemins de fer, qui ont un but à la fois économique et politique. Un emprunt de 200 millions a été émis en 1898 pour la construction de 1 600 kilomètres de voies ferrées. Il s'agit : 1° de relier le Tonkin à la Cochinchine par l'Annam au moyen d'un grand Transindochinois ; 2° de pénétrer la Chine méridionale. Quelques tronçons seulement sont terminés, entre autres les lignes de Hanoï à Langson et à

Laokay, celles de Hanoi à Haïphong et à Yinh, enfin celle de Hué à Tourane, En même temps, les tramways se multiplient. D'autre part, le cabotage entre le Tonkin, l'Annam et la Gochinchine suit une progression constante. Quant au commerce extérieur, notamment avec la Chine, le Japon, les Indes anglaises et l'Europe, il se fait surtout par navires français, anglais, allemands, norvégiens et japonais.

Or les principales transactions sont aux mains des Chinois depuis plusieurs siècles. Ce sont eux, en grande partie, qui traitent avec les négociants européens et qui introduisent les produits étrangers; les articles anglais et les cotonnades de Manchester et de Bombay pénètrent non seulement par les vaisseaux venus de Hong-kong et de Singapour, mais encore en transit par la frontière chinoise.

Le présent et l'avenir du Tonkin. — « Beaucoup de personnes en France s'imaginent encore aujourd'hui que le Tonkin est un pays neul au point de vue des relations commerciales avec l'Europe, et elles en concluent que, le pays étant maintenant sous notre domination, nos produits vont y trouver des débouchés faciles et immédiats. C'est là un point qu'il importe d'examiner.

« Il faut se rappeler que le port d 'Haïphong n'est ouvert au commerce européen que depuis trente-cinq ans, et savoir que de temps immémorial les Chinois sont établis au Tonkin. Depuis de longues années ils y importent, surtout par Canton, des produits européens et américains. Ce sont les articles anglais et en particulier les filés de coton, les colonnades de Manchester et de Bombay, qui depuis longtemps forment la grande majorité des produits étrangers introduits dans le pays.

«... Il est indispensable d'amener nos industriels à modifier leur outillage et, imitant l'industrie anglaise, à fabriquer spécialement pour l'étranger, à produire des tissus conformes aux usages et aux habitudes du pays auquel ils sont destinés, de qualité moyenne et à bon marché. S'ils peuvent arriver à ce résultat, nous pouvons leur garantir des débouchés certains dans l'Extrême-Orient et la possession au Tonkin d'un marché qui pourra rivaliser avec Singapore et Hong-kong.

« Le Tonkin n'est pas une nouvelle Californie, comme beaucoup de personnes se l'imaginent encore; mais ce n'est pas non plus un pays sans ressources. Il ne faut pas venir ici avec l'espoir d'y faire une fortune rapide, on se préparerait de grandes déceptions; il faut arriver avec l'idée de s'y établir pendant plusieurs années et de travailler avec persévérance à l'œuvre que l'on entreprendra. Il y a certainement à faire pour les chercheurs laborieux qui disposent de quelques capitaux. » (Notices coloniales.)

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