‹ La France coloniale illustrâeeChapitre 66 sur 79 · OCÉANIE · texte numérisé non relu

OCÉANIE

NOUVELLE-CALÉDONIE

ET DÉPENDANCES

Historique. — La Nouvelle-Calédonie fut découverte en 1774 parle capitaine Gook, qui lui donna le nom primitif (Galédonie) de son pays natal (l'Ecosse). L'amiral d'Entrecasteaux en releva les côtes en 1791. Des Anglais y exploitaient le bois de santal, et des missionnaires français s'y étaient établis dès 1843, lorsqu'on 1851 quelques-uns de nos marins de YAlcmène furent massacrés par les indigènes de Balade, au nord -est de l'île. Par représailles , Napoléon III fit prendre possession de la Nouvelle- Calédonie en 1853, dans le but d'en faire une colonie pénitentiaire destinée à remplacer celle de la Guyane, reconnue trop insalubre. Les condamnés y arrivèrent dès 1864, et 1871 y vit déporter 4000 communards parisiens, dont les déprédations causèrent une sérieuse révolte des Canaques en 1878; mais il n'y a plus de nouveaux arrivants, depuis la suppression de la déportation en 1896.

Le groupe néo-calédonien comprend, outre la Grande-Terre, les îles Loyalty, annexées en 1864, l'île des Pins et de nombreux îlots côtiers.

Géographie physique. — La Nouvelle-Calédonie est une île de l'hémisphère austral, orientée du nord -ouest au sud -est, entre 20° et 22o24' de latitude, 161 °40' et 164°40' de longitude orientale de Paris, c'est-à-dire presque aux antipodes de la France.

Les grandes terres les plus voisines sont : l'Australie, située à 1 500 kilomètres à l'ouest; la Nouvelle- Guinée au nord-ouest, et la Nouvelle- Zélande au sud -est. Notre île, de forme allongée et étroite, mesure 370 kilomètres de longueur sur 50 de largeur moyenne, soit une superficie de 18 000, et avec les annexes, de 20 000 kilomètres carrés, l'équivalence de trois départements. Son littoral, très découpé, présente souvent de hautes falaises rocheuses, avec au nord les îles Paaba et Balabio; au nord-est, la baie de Kanala; au sud-est, le cap de la Reine-Charlotte; au sud-ouest, la baie d'Ouaraïl, celle de Saint- Vincent avec l'île Ducos; celle de Nouméa, fermée par l'île Nou et la presqu'île Ducos.

L'île est entourée de récifs présentant un assez grand nombre de passes.

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Ces récifs, formés d'immenses bancs de coraux, brisent la mer à une certaine distance; ils laissent entre eux et le rivage un canal d'eaux tranquilles, d'une grande ressource pour mettre en communication les différents points de la colonie, et d'une navigation sûre pour les caboteurs à voiles et à vapeur.

L'intérieur est montagneux et formé de terrains anciens et volcaniques, principalement de serpentines, roches souvent arides, qui donnent à l'île un aspect général assez triste. Une double chaîne , aux flancs abrupts ,

Carte de la Nouvelle-Calédonie.

s'allonge non loin des côtes et présente de nombreux sommets de plus de 1 200 mètres. A citer, au sud-est, le mont Humboldt, 1 650 mètres, point culminant, et la Dent-de-Saint-Vincent, 1 547 mètres; au centre, le mont Arago, 1030 mètres, et la Table-Unie, visible en mer des deux côtés de l'île; au nord, le mont Panié, 1 642 mètres, et le montHomedebua, 1300 mètres. Dans le sud-est, le sol forme le plateau des Lacs.

Les deux versants côtiers sont parcourus par des rivières fort courtes en général , qui bondissent en cascades avec une allure et un régime de torrents au fond de ravines étranglées. La principale est, au nord-ouest, le Diahot , qui dépasse 80 kilomètres, dont 50 navigables; mais aussi c'est la seule qui coule dans le sens de la longueur de l'île. Plusieurs rivières sont en partie souterraines.

Le climat est tropical, mais tempéré par les brises de mer ou vents

alizés du sud -est. La température, qui est de 12° à 20° pendant la belle saison (mai-novembre), monte rarement à 32° pendant l'hivernage (décembre-avril), qui est la saison des pluies et des ouragans; ceux-ci sont le fléau de la colonie. En résumé, le climat est très salubre, ce qui est dû au peu de largeur de l'île, constamment balayée par les vents maritimes, et à son sol découvert, produisant même un arbre fébrifuge, le ?iiaouli, qui est également excellent pour l'ébénisterie et la construction.

Pirogue de la Nouvelle-Calédonie.

Le règne minéral, très riche, offre l'or, le nickel, le fer, le cuivre, le chrome, le cobalt, l'antimoine, le plomb, la houille, le kaolin. Mais le règne végétal n'est pas très luxuriant, car la plus grande partie du sol , toute en hauts plateaux, est recouverte par la stérile latérite produisant la brousse; en outre, des sécheresses prolongées se produisent fréquemment. Toutefois la végétation est variée, comprenant blé, maïs, riz, canne à sucre, cotonnier, vigne, mûrier, tabac, caféier, bananier, patates, ignames, taros, etc. La zone côtière se caractérise par les palétuviers et les cocotiers; de superbes forêts occupent les vallées, où, entre autres essences, domine le précieux niaouli, si caractéristique de la flore néocalédonienne. Enfin les plaines ont des prairies assez étendues, mais de qualité médiocre, ne pouvant nourrir qu'un nombre restreint de bœufs.

Sauf le requin et le trépang, dans les mers; la sauterelle, très nuisible, et des oiseaux assez nombreux, il y a peu d'animaux sauvages; par

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contre, les espèces domestiques importées d'Europe s'y multiplient aisément.

Géographie politique. — La population du groupe néo-calédonien était, en 1906, de 52G00 habitants, se décomposant comme suit : 28000 indigènes, dont 12 000 dans les îles Loyalty; 13000 individus de la population libre: colons, fonctionnaires, employés et militaires; enfin 7000 condamnés, internés ou simplement surveillés. Parmi les étrangers, on compte G00 Anglo-Australiens.

Cases de la Nouvelle -Calédo-Die.

Les indigènes sont, les uns de race brune ou malaise, de taille assez grande, à cheveux longs et raides; les autres, de race noire, plus petits, à cheveux crépus. On leur donne à tous le nom de Canaques ou Néo- Calédoniens. La plupart sont encore sauvages et idolâtres, parfois anthropophages; ils vivent par tribus, sous un même chef. Jaloux de leur indépendance, les Canaques ont longuement combattu les Français, notamment par l'insurrection sanglante de 1878; ils refusent de se mêler aux blancs et de travailler pour eux. L'État les a parqués dans des réserves dont il leur garantit la jouissance collective. Décimés par la guerre et par les maladies introduites par les Européens, leur nombre a décru de plus de moitié depuis la prise de possession. Les missionnaires catholiques et protestants en ont converti 15000.

Le Néo- Calédonien. — « Au moral,. le noir calédonien, si l'impression de ceux qui ont pu l'observer n'est pas outrée, se range parmi les plus insociables de l'Océanie. « Je suis encore à chercher en lui une «vertu, dit M. Bourgarel. Il est intelligent, c'est incontestable; mais il « est paresseux, fourbe, cruel et orgueilleux au delà de toute expression. « La cruauté, la férocité de ce peuple se révèle par l'existence trop sou- « vent constatée de l'anthropophagie, par l'usage de mettre les têtes des <r ennemis mangés comme un trophée au-dessus des maisons, de mas- <r sacrer sans pitié les naufragés, etc. s>

€ D'autres voyageurs, d'autres auteurs sont plus indulgents pour les Néo-Calédoniens; ils reconnaissent les défauts signalés plus haut, mais ils insistent sur certaines de leurs qualités, notamment sur leur intelligence très réelle ; ils admirent l'heureuse situation et l'installation de leurs villages, leur extrême habileté dans tout ce qui concerne l'irrigation de leurs jardins et de leurs petites plantations; la finesse, l'éloquence, la réflexion, là maturité de leurs anciens dans les assemblées où se traitent les intérêts populaires. L'anthropophagie a disparu de plusieurs de leurs tribus, où la religion chrétienne a fait de grands progrès.

« Ils habitent des cases rondes ou carrées, en forme de ruches, cultivent le taro, l'igname, la patate pour leur nourriture et jouent de la flûte pour encourager les plantes à germer et les fruits à mûrir. Les hommes et les femmes portent autour des reins une ceinture composée d'une espèce de corde en fil de coco ou de bourao, à laquelle sont suspendues de petites tresses généralement de même nature, qui ont de 40 à 15 centimètres de long, et forment plusieurs couches, comme une épaulette.

« Pour armes, les Néo-Calédoniens ont le casse-tête, la hache, la lance et la fronde; ils connaissent l'arc et la flèche, mais ne s'en servent guère qu'à la chasse. Parmi leurs coutumes particulières, on peut signaler le tabou, si remarquablement caractéristique de toutes les communautés océaniennes, et que les immigrants polynésiens ont dû apporter ici avec eux.» (Vivien de Saint- Martin, Dictionnaire de géographie.)

On appelle tabou l'interdiction que les prêtres païens des îles de la Polynésie prononcent sur une personne ou sur un objet, pour lui donner une sorte de sainteté ou d'inviolabilité. C'est ainsi que les souverains sont tabous; les toucher, et parfois même lever les yeux sur eux, c'est encourir la mort, ou du moins une peine très sévère. Le terrain consacré à un dieu ou à la sépulture d'un grand chef est tabou. On devient aussi tabou rien qu'en touchant une personne supérieure par le rang.

Administration. — La colonie est administrée par un gouverneur général civil , et divisée en cinq arrondissements : Nouméa, au sud-ouest; Oégoa, au nord; Touho, Houaïlou et Kanala, sur la côte nord-est.

Elle forme un vicariat apostolique, confié aux Pères Maristes.

Nouméa, la capitale de l'île, dont elle est l'unique petite ville

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(4000 âmes), s'élève presque à l'extrémité sud-est, sur une rade bien abritée par la presqu'île Ducos et par l'île Nou. En dehors de ses édifices publics et de son port bien aménagé, elle se compose de bicoques basses en bois et en tôle qui la rendent peu pittoresque. Dans l'île Nou se trouvent actuellement tous les établissements pénitenciers des forçats, qui étaient aussi répartis jadis entre divers autres lieux : Bonrail, la Foa (Ouarail), etc.

L'île des Pins, qui prolonge la Nouvelle-Calédonie au sud-est, est volcanique, couverte de conifères auxquels elle doit son nom. En 1871 , elle reçut un établissement pénitencier pour les communards parisiens.

Les îles Loyalty, ou Loyauté, au nord, sont au nombre de trois principales : Lifou , Mare et Ouvéa, de formation corallienne et très boisées; elles comptent 12000 indigènes convertis, qui fournissent des travailleurs appréciés à la Grande- Terre.

Dans les îlots Haon et Chesterfield, au nord-ouest, on extrait le guano et l'on chasse les tortues.

Géographie économique. — L'industrie, nulle pour les naturels, est très peu développée pour les blancs; elle consiste dans l'élevage des bêtes à cornes (70 000), qui est en diminution; la culture d'un excellent café, du tabac, des légumes, et l'exploitation de riches mines qui font de l'île un bloc métallifère. Les exploitations minières et agricoles se trouvent notamment dans les vallées du Thio, du Diahot, du Foa. En somme, la ressource présente et future de la Nouvelle-Calédonie réside dans ses mines : conséquemment, c'est par leur active exploitation qu« la colonie sortira de la crise économique et financière où elle se débat en ce moment.

Les principaux minerais en extraction sont : le nickel, le chrome et le cobalt, pour lesquels la colonie est au premier ou au second rang dans le monde; viennent ensuite le cuivre et l'or; le fer surtout abonde, mais il est inexploité , faute de charbon pour le fondre sur place ; les autres minerais devant être eux-mêmes exportés bruts. Cependant la houille existe dans l'île, mais elle est trop peu exploitée.

Or, c'est à la présence du bagne que la colonie doit son développement économique. En effet, des milliers de forçats ont été employés pendant plus de quarante ans, soit dans les chantiers et ateliers de l'État, soit dans les exploitations rurales et minières : ils ont construit les édifices et le port de Nouméa, établi de nombreuses routes et fabriqué une foule d'objets en fer et en bois propres à la marine, à l'agriculture et à l'industrie.

C'est du bagne que sont sortis les 10 000 colons occupant aujourd'hui de petites propriétés. Parmi les 7000 condamnés qui achèvent de subir leur peine, ceux qui ne sont pas internés dans l'île Nou, c'est-à-dire ceux qui sont simplement surveillés, sont employés chez des particuliers

ou même cultivent pour leur propre compte des concessions agricoles. Dans quelques années le bagne n'existera plus , car la déportation est supprimée depuis 4896; il faudra recruter ailleurs des ouvriers mineurs et autres, ce qui a déjà lieu par l'engagement de coolies javanais.

En 4908, le commerce de la Nouvelle-Calédonie s'est élevé à 20 millions de francs, dont la moitié pour les importations , qui consistent en approvisionnements de vivres : bétail, vins, liqueurs, épiceries, ainsi qu'en articles d'habillement pour les colons et les déportés. L'exportation comprend les minerais de nickel et autres, principalement, l'huile de coco, les écailles de tortues, les bois de santal et de pin, etc.

Le seul port de commerce est Nouméa, qui est en relation régulière, par vapeurs anglais et français, avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande, Taïti, San Francisco et Bordeaux. Le cabotage tient en partie lieu de routes, dont il existera bientôt un réseau complet; un fil télégraphique fait le tour de l'île, et un câble sous -marin la relie à Sydney.

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