‹ La France coloniale illustrâeeChapitre 68 sur 79 · I. — ILES DE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

I. — ILES DE LA SOCIÉTÉ

Ces îles, soupçonnées en 1606 par l'Espagnol Quiros, furent réellement découvertes en 1767 par l'Anglais Wallis et explorées l'année suivante par Cook. Le nom d'îles de la Société fut donné par ce dernier, en l'honneur de la Société royale de Londres, à l'un seulement des deux groupes qui constituent l'archipel, celui des Iles sous le Vent; plus tard, il fut étendu par Forster au groupe des Iles au Vent. Actuellement son usage est moins fréquent qu'autrefois; on désigne les Iles au Vent sous le nom de Taïti, la principale d'entre elles, et l'on garde à l'autre groupe son nom distinct d'Iles sous le Vent.

TAITI ET DEPENDANCES

Bougainville appela Taïti la « Nouvelle- Cythère » et fit une description aussi enthousiaste qu'exagérée de la nature enchanteresse de l'île, de la douceur des mœurs des habitants et de la perfection de leur régime gouvernemental, basé sur l'état de nature.

Dès 4797, des missionnaires anglais convertirent les Taïtiens au protestantisme, améliorèrent leurs mœurs, aidèrent l'un des chefs de l'île, devenu le roi Pomaré Ier, à conquérir les îles voisines et à établir une sorte de monarchie constitutionnelle avec parlement et ministres responsables.

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Taïti et ses dépendances.

Grâce à la rivalité qui s'établit entre eux et les missionnaires français débarqués en 1836, l'amiral français Dupetit-Thouars chercha, en 1842, à supplanter l'influence anglaise dans l'esprit de la reine Pomaré IV, qui sollicita le protectorat de la France. En face d'une protestation delà part du gouvernement anglais, le protectorat fut d'abord refusé par Louis- Philippe; toutefois, après quelques troubles et un payement d'indemnités au consul anglais Pritchard , le protectorat français sur Taïti fut établi de fait en 1847, et transformé en une annexion pure et simple en 1880, par suite de l'abdication du dernier roi, Pomaré Y.

Les îles principales de l'archipel de la Société sont, au sud -est, parmi les îles au Vent : Taïti et Mooréa, avec quelques îlots; au nord, dans le groupe Sous -le -Vent : Raïatea, Bora-Bora, Huachine et une dizaine d'autres.

L'Angleterre, qui avait avec nous, depuis quarante ans, des droits sur ces dernières îles, nous les a cédés en 1887, par un accommodement relatif aux droits de pêche que la France possédait sur les cotes de Terre-Neuve.

Au sud de Taïti, se trouve le groupe des îles Toubonaï, annexées

en 1874. Hautes et volcaniques, elles n'ont qu'un millier d'habitants, qui sont catholiques. Leur produit par excellence est le café. On y rattache, au sud, l'île Râpa ou Oparo, et, au nord, l'île Kouroutou, annexées en 4882 et 1900.

Taïti , ou Tahiti- Taïarapu, est pour ainsi dire une île double, formée de deux presqu'îles montagneuses, unies par l'isthme de Taravao, ayant

Paysage de Taïti.

à peine 14 mètres d'altitude et une largeur de deux kilomètres. Taïti, la partie la plus grande, au nord-ouest, a pour sommet l'Orohena, 2 237 mètres, formant le bord d'un immense cirque ou cratère, dit du Papenoo, volcan analogue à ceux de l'île Bourbon. Des lacs, des cascades, de nombreuses rivières torrentielles, dont la plus importante est le Papenoo, une grande fertilité sur la côte et un climat délicieux rendent le séjour de l'île enchanteur et sans danger pour les Européens.

La forme de Taïti est ronde, tandis que la presqu'île de Taïarapu est ovale. L'isthme, défendu par le fort de Taravao, protège au sud la baie

TAITI ET DÉPENDANCES

Phaéton, d'accès assez difficile. Le littoral, généralement élevé, sauf au sud, où s'étend une plaine d'un à trois kilomètres de largeur, est partout entouré de récifs coralliens très dangereux, entre lesquels s'ouvrent quelques passes navigables.

L'île Moorea, également montagneuse, possède les deux baies très vastes de Papetoai et de Gook.

Baie de Matavaï à Taïti.

Les îles de la Société sont peuplées d'un millier d'Européens, la plupart Français, et de 47 000 indigènes de race brune ou polynésienne, de mœurs douces , indolents, civilisés et convertis pour la plupart au protestantisme; c'est le reste d'une population autrefois bien plus considérable. Ils habitent de petits villages sur la côte et dans les vallées.

Papéiti, en anglais Papeete, ci -devant capitale de Taïti, est le chef-lieu des établissements français de l'Océanie. C'est une ville de 3 000 habitants, dont les maisons à un étage disparaissent sous la verdure.

Elle se développe sur une longueur de deux kilomètres autour d'une rade excellente. C'est le centre commercial, non seulement de l'île, mais encore de toute la région, et Tune des grandes stations navales du Pacifique.

Le trafic, d'environ 6 millions de francs, consiste surtout dans l'exportation de la nacre et des perles, du café, du rhum, de la vanille, des coprahs, amandes séchées des noix de cocos, et dans l'importation d'étoffes, devins et comestibles.

Il se fait par navires français, surtout anglais et américains, avec San- Francisco, Auckland, Bordeaux.

Les Taï tiens. — « La race taïtienne est fort belle.- Les hommes sont grands et bien proportionnés. Leur corps robuste annonce la santé, la souplesse et la force; agiles et adroits, ils excellent dans tous les exercices physiques. Les femmes ont les dents blanches et bien rangées, les yeux grands, les extrémités et surtout les mains d'une finesse remarquable. Le costume des femmes de Taïti ajoute un charme nouveau à l'ensemble de leur physionomie. Elles portent une gaule ou tapa, sorte de longue tunique flottante, de mousseline légère ou de calicot aux couleurs voyantes. Presque toujours nu-tête, elles laissent flotter leurs cheveux, qu'elles piquent de feuillages et de fleurs, ou bien elles se coiffent d'un petit chapeau de bambou ou de panama, orné de guirlandes légères. Leurs oreilles sont parées de fleurs. Les hommes portent aussi des couronnes; leur vêlement se compose d'un pareo tombant jusqu'aux genoux et d'une chemise flottante.

« Le caractère des Taïtiens est un peu celui de tous les enfants : ils sont capricieux , fantasques , boudeurs tout à coup et sans motif, foncièrement honnêtes, et hospitaliers dans l'acception du mot la plus complète. Les dispositions contemplatives sont extraordinairement développées chez eux, et ils se montrent sensibles aux aspects gais ou tristes de la nature. Ils sont paresseux; pourquoi travailleraient-ils? Les forêts produisent d'elles-mêmes tout ce qu'il faut pour nourrir ces peuplades insouciantes; le fruit de l'arbre à pain, les bananes, etc., croissent pour tout le monde et suffisent à chacun. La seule occupation qui plaise aux Taïtiens parce qu'elle n'est ni régulière ni forcée, c'est la pêche. Montés sur leurs pirogues légères, ils passeront des journées entières bercés par l'Océan : la mer est leur élément favori, ils s'y trouvent à l'aise, et la perfidie même des flots offre un attrait de plus à leur ardente imagination. Les goélettes qui font le cabotage entre Taïti et les îles voisines trouvent chez les indigènes de précieux auxiliaires, et les baleiniers ont souvent aussi recours à eux pour compléter leurs équipages.

« La nourriture ordinaire des indigènes consiste surtout en mayoré, fruit de l'arbre à pain; en fei, fruit d'un bananier sauvage, qui croît en abondance sur les montagnes de l'île; en poisson cru, accompagné d'une sauce appelée miti, que l'on obtient en râpant l'amande de la noix de

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coco et en la délayant ensuite avec de l'eau de mer. Dans les festins, accompagnement obligatoire de toutes les fêtes et de toutes les cérémonies, on mange des volailles, des cochons cuits tout entiers dans le four canaque, des taros, des ignames, des crabes, des homards, etc. » (Hue et Haurigot, Nos petites colonies.)

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