V. — PROVINCE DE CONSTANTINE
CONSTANTIN!! f , 40-47 000 habitants, est une place très forte, autrefois imprenable. Assise sur un plateau rocheux de 600 mètres d'altitude moyenne, elle est entourée presque entièrement par un abîme profond de 600 mètres, au fond duquel le Rummel roule ses eaux jaunâtres en passant sous quatre voûtes naturelles et formant de belles cascades.
Conslantine répond à l'antique Cirta, la capitale de la Numidie, dont il reste de belles antiquités, entre autres un pont romain, un arc de triomphe et le palais du bey. C'est là que régnèrent Massinissa et Jugurtha. Ruinée en 341, cette ville fut rebâtie par Constantin, dont elle porte le nom. Les Français la prirent d'assaut en 1837; ils l'avaient vainement assiégée l'année précédente. Les industries européennes qu'on y remarque sont la minoterie et la fabrication des pâtes alimentaires ; l'industrie indigène consiste surtout dans la tannerie, la cordonnerie et la fabrication des burnous. Cette ville, le principal marché aux grains de l'Afrique française, a pour port d'embarquement Philippeville.
« Avant de s'engager dans l'étroite gorge qui a donné sa force militaire à la « cité aérienne », le Rummel, ou « Rivière des Sables », s'est uni au Bou-Merzoug, la « rivière qui féconde ». Le passage est soudain de la vallée lumineuse à la noire allée de roches. Le torrent, brusquement rétréci, passe à côté d'un établissement thermal niché dans une anfractuosité de la roche, puis sous l'arcade du <r pont du Diable », et s'enfuit en rapides dans la gorge sinueuse. Des bords de l'abîme, on ne voit pas le courant d'eau, caché par le détour du ravin : les assises saillantes des rochers qui
se correspondent d'une falaise à l'autre et que des couloirs verticaux rayent de distance en distance, empêchent le regard de descendre jusqu'au fond du gouffre où tournoient des hirondelles.
« Cinq ponts unissaient autrefois les deux lèvres de l'abîme : de quatre d'entre eux il ne reste que des fragments informes ; le cinquième, bâti à l'angle oriental du rocher de Constantine, a toujours été reconstruit, et sous sa grande arcade de fer, jetée récemment à 105 mètres de hauteur par les ingénieurs français , se superposent des pans de murs de toutes les époques, depuis les temps d'Antonin le Pieux. Immédiatement au-dessous du pont, le Rummel disparaît sous une voûte de rochers; le ravin
Province de Constautine.
n'est plus qu'un val déchiré et percé de puisards, du fond desquels monte le murmure des cascades; à 300 mètres plus loin, le torrent émerge de ces noires galeries, et de part et d'autre, les falaises descendent verticalement jusqu'au fond de la cluse; seule, une arcade isolée, ogive naturelle d'une étonnante régularité de forme, unit encore les deux parois opposées. C'est là que la déchirure du sol offre son caractère le plus grandiose : les murailles, diversement colorées et çà et là surplombantes, se dressent à plus de 200 mètres de hauteur, portant quelques constructions au sommet; là -haut se trouvaient jadis les « trois pierres» placées sur le kef Chekora ou « rocher du Sac », du haut duquel le pacha faisait précipiter, cousus dans un sac, les victimes ou les esclaves dont il voulait se défaire. En bas le torrent se divise en plusieurs bras entre les pierres, puis, arrivé à l'issue de la gorge, plonge par trois ressauts successifs dans la vallée inférieure, cirque immense de verdure, parsemé de moulins et de maisonnettes et rayé de routes blanches descendant en brusques lacets. Des cascades du Rummel , on peut s'aventurer jusqu'à une certaine dis-
tance dans le défilé, mais l'odeur qui s'en échappe est méphitique. La cause en est exprimée par le proverbe souvent cité : « Ailleurs , les corbeaux « fientent sur les hommes ; à Gonstantine , les hommes fientent sur les « corbeaux; » et c'est ainsi que le ravin a été transformé en égout...
« Les maisons se pressent sur le grand bloc de pierre, au-dessus de la gorge profonde et silencieuse du Rummel. Au nord sont les constructions militaires, les casernes, l'hôpital, l'arsenal et la kasbah proprement dite.
Au sud de la kasbah , s'entrecroisent les rues régulières du quartier européen; les juifs habitent, à l'est, un labyrinthe de rues inégales; vers le centre, se groupent les Mozabites ; au sud, dans la ville basse, grouillent les Arabes, dans un dédale de ruelles et de cours, où les Européens ne s'aventurent d'ordinaire qu'accompagnés d'un guide. Trop à l'étroit dans leur quartier, les Arabes ont débordé de la ville et couvrent de leurs cabanes pittoresques un talus situé près de la porte occidentale. L'édifice le plus curieux et l'une des demeures mauresques les plus intéressantes de l'Algérie est le palais du dernier bey, Ahmed, occupé maintenant par l'état- major de la garnison française: vu du dehors, c'est un ensemble de masures, mais à l'intérieur il a de riches colonnades ornées de sculptures , de faïences , même de fresques , et ses beaux jardins con-
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trastent délicieusement avec le mouvement et le bruit des rues environnantes. >(É. Reclus, l'Afrique septentrionale.)
Sétif, 6-12000 habitants, à 1 085 mètres d'altitude, est une ville stratégique et commerçante qui garde l'entrée de la Kabylie ; elle fut fondée par les Français en 4839, sur l'emplacement de la Silifis romaine, capitale de la Mauritanie sitifienne. Ses environs, qui sont fertiles en céréales, furent incendiés en 1871 par les Kabyles insurgés.
Un des châteaux de Bougie.
Msila, 4 000 habitants, dans le Hodna, au sud-ouest de Sétif, fabrique de la sellerie, des haïks et des burnous.
Bordj-Bou-Arrerid] ', 2-6 000 habitants, à l'ouest de Sétif, dans la haute et fertile plaine de la Medjana , commande le défilé des Portes de Fer ou Bibans, dont les gorges, célèbres par leur profondeur, furent franchies en 1839 par le duc d'Orléans. Ses environs sont peut-être l'endroit du monde le plus riche en menhirs , que l'on appelle Es-Snan ou les Idoles ; on en compte par milliers, et l'un d'eux a 46 mètres de hauteur sur 11 d'épaisseur.
Reprenons au nord le long de la province de Constantine.
Bougie, 6-12000 habitants, au fond occidental du golfe de même nom, à trois kilomètres nord de l'embouchure du Sahel, possède un bon port
bien abrité par la presqu'île du mont Gouraya et fait un commerce assez important. Cette cité kabyle est entourée d'un nombre considérable d'orangers, de grenadiers et de figuiers. Elle a donné son nom à une sorte de chandelle qu'elle fabrique depuis longtemps.
Bougie, de Bedjaïa, nom d'une tribu, la Soldée des Romains, fut la capitale d'un royaume vandale, puis berbère, et eut peut-être alors 50000 habitants.
Djidjelli, 4-6 000 habitants, Ylgilgili des Carthaginois, qui creusèrent dans le roc des tombeaux que l'on y voit encore, devint colonie romaine , puis ville épiscopale chrétienne. Nid de corsaires au commencement de ce siècle, française depuis 1839, elle a été détruite le 22 août 1856 par un tremblement de terre ; son port est peu abrité et d'un accès difficile.
Collo, 2-3000 habitants, le Collops magnus des Romains, est située au sud-est du large massif des Sébarou-Bougiarone ; son port de pêche est petit, mais sûr; ses environs possèdent des minières importantes et de vastes forêts.
Philippeville, 16-22 000 habitants, fut construite en 1838 par le maréchal Valée au bord de la mer, sur l'emplacement de la Rusicada romaine. Son port artificiel, d'entrée périlleuse, sert d'entrepôt pour une grande partie du commerce avec Constantine et la province.
A quatre kilomètres nord- ouest de Philippeville se trouve la crique de Stora, 1 -3 000 habitants, qui a été longtemps l'unique port de la baie, quoique peu sûr; c'est encore là que les navires se réfugient par les gros temps.
Bône, 26-30000 habitants, voisine des ruines de l'ancienne Hippone, illustrée par l'épiscopat de saint Augustin , est YAnnaba ou « ville des jujubiers » des Kabyles ; elle est située au pied de l'Edough, à deux kilomètres nord de l'embouchure de la Seybouse, sur la côte occidentale d'une large baie , avec un port amélioré par de récents travaux ; son territoire est riche en oliviers, en forêts et en mines de fer; elle fait un commerce actif surtout en tabac, en corail et en grains. Elle est entourée d'un mur crénelé et défendue par le fort Génois, qui couronne le cap de Garde.
La Galle, 3-6 000 habitants, se dresse sur un rocher isolé et relié au continent par une plage de sable ; c'est le centre des pêcheries de corail si importantes depuis François Ier. A l'ouest de la Calle , on voit la tour du Bastion de France ou vieille Calle, construite en 1561, près du canal qui déverse le trop-plein du lac Mélah.
Guelma, 4-7000 habitants, la Calama des Romains, est une petite ville prospère, située sur un plateau fertile et boisé, à deux kilomètres sud de la Seybouse. C'est un des plus importants marchés aux bestiaux, principalement de bœufs exportés en France. On y trouve des ruines romaines.
A quinze kilomètres ouest de Guelma, sur les ruines de l'antique Aquae Tibiliranse, se voient les célèbres sources thermales d'Eammam-Meskoutine, dont le nom signifie les Bains enchantés ou maudits. Ces sources , d'une température de 80 à 95 degrés et donnant plus de 80000 litres
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d'eau par heure, sont situés au milieu de sites pittoresques, décrits ci-après.
Les « bains maudits » — « ...De loin déjà on reconnaît l'emplacement des eaux aux masses de vapeur qui s'élèvent au-dessus d'elles. Elles surgissent actuellement avec le plus d'abondance à l'extrémité d'un plateau où elles forment dix bouillons, dont l'un s'élève à quelques décimètres
Les Bains maudits
au-dessus du sol. Contenant en dissolution des sels calcaires blancs qui se déposent à mesure qu'elles se refroidissent, elles construisent ellesmêmes, en descendant les pentes , la roche sur laquelle elles tombent en cascade. Les formes de ce travertin (c'est le nom que les géologues donnent aux roches constituées ainsi par les eaux minérales) sont aussi variées qu'élégantes. Leur blancheur éblouissante ou leur couleur d'un brun rougeâtre donne à l'eau qui les baigne tantôt une teinte d'un bleu clair, quand le fond est blanc, tantôt une coloration brune lorsqu'elle repose sur du travertin coloré par l'oxyde de fer ou par des matières tinctoriales
employées par les Arabes. Quand la pente n'est pas trop forte, l'eau déposant de tous les côtés les sels dont elle est chargée, il en résulte qu'elle se forme à elle-même de petites digues de quelques centimètres de hauteur. De là des bassins à rebords circulaires plus ou moins ondulés, étages l'un au-dessus de l'autre; l'eau tombe d'un bassin dans l'autre en faisant autour de petites cascades, ou glissant sur le travertin déjà formé.
« Quand on approche des bains d'Hammam -Meskoutine , on aperçoit au haut du plateau une surface d'un hectare environ de superficie sur laquelle s'élèvent plus de cent petits cônes formés par les eaux jaillissantes retombant sur elles-mêmes. Les uns ont une large base, les autres semblent des aiguilles. Il y en a de toutes grandeurs, depuis quelques décimètres jusqu'à quatre à cinq mètres; les uns sont isolés, les autres disposés par groupes, ou même soudés entre eux deux à deux. La végétation s'est emparée de quelques-uns, et souvent au sommet un petit olivier sauvage ou un pistachier-térébinthe pousse comme dans un pot de fleurs. Rien de plus bizarre et de plus inexplicable au premier abord. Aussi l'imagination superstitieuse des anciens a cru voir dans ces élévations des personnages fantastiques subitement changés en pierre par une malédiction due à leurs crimes. De là, le nom de « bains des Maudits ».
« L'art pourrait, en guidant ces sources, les forcer à élever les constructions les plus compliquées, et même à mouler des vases, des statues, des bas-reliefs, comme on le fait aux eaux de Saint- Allyre , à Clermont en Auvergne. L'abondance de la source africaine est un élément qui manque à celles de l'Europe; on estime, en effet, son débit à 80000 litres d'eau à l'heure. Il peut se comparer à celui des eaux de Louèche en Suisse, et d'Aix en Savoie. Les Romains n'ont pas plus négligé les richesses thermales de la Numidie que celles de la Gaule et de la Germanie. Actuellement il existe près de ces sources un grand hôpital militaire. Plusieurs bouillons, situés à l'est et au-dessous de la cascade, sont couverts de baraques où l'on prend des bains de vapeur, et l'Arabe même y construit son gourbi de feuillage, quand le médecin roumi (français) lui persuade qu'il trouvera dans ces eaux un remède aux rhumatismes qu'il contracte en couchant en plein air dans ses haltes nocturnes. » (X., Magasin pittoresque).
Soukarras ou Souk-Ahras, « marché aux nippes, » 4-5000 habitants, bâtie sur l'emplacement de l'ancienne Thagaste, patrie de saint Augustin, est située sur le chemin de fer de Constantine à Tunis; son commerce est très prospère; elle a de beaux vignobles.
Tébessa, 2-4000 habitants, près de la frontière tunisienne, est bâtie à 1 088 mètres d'altitude, au milieu des nombreuses ruines de l'ancienne Theveste. On y remarque l'arc de triomphe dédié à Septime-Sévère, le temple de Minerve, aujourd'hui église catholique, et les débris d'une basilique. La plupart de ses maisons sont construites en pierres romaines, et la monnaie romaine y avait encore cours à l'arrivée des Français en 1842.
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Batna, 3-5500 habitants, dont le nom arabe signifie <r bivouac », est une position militaire importante au pied du massif de l'Aurès, à 1 020 mètres d'altitude; c'est aussi un centre d'échanges entre le Tell et le Sahara. Elle a des rues larges, bordées de platanes, un jardin public, un musée archéologique, et, à cinq kilomètres nord-ouest, une belle forêt de cèdres.
Lambèse, 1000 habitants, est un village et une maison centrale de correction établis à dix kilomètres sud -est de Batna, au milieu de remar-
El-Kantara.
quables ruines de l'ancienne Lambessa ou Lambœsis, la capitale militaire de la Numidie romaine. <r II est pour l'antiquité classique, dit M. Piesse, des lieux bien autrement célèbres que Lambœsis, mais on trouverait difficilement une ruine plus riche et d'un aspect plus intéressant. On a dans Pompéi la ville enfouie sous les cendres et surprise dans toutes les occupations de la vie; Lambœsis nous montre la ville abandonnée de ses habitants et dont le temps seul a rongé les pierres au milieu d'une imposante solitude. — Découverte de treize cents autels et tombeaux , de cinq belles mosaïques et d'inscriptions innombrables; voie romaine bordée de tombeaux; preetorium long de 28 mètres, large de 20, haut de 15 (c'est là qu'est logé le musée, riche déjà de vingt statues et de plus de deux cents autres antiquités); quatre portes (il y a environ cent ans, un voya-
geur en compta, y compris les arcs de triomphe, une quarantaine, dont quinze en bon état); restes d'un aqueduc conduisant à la colonie la source d'Aïn-Boubena ; ruines d'un temple d'Esculape élevé par les ordres de Marc- Aurèle et de Lucius Verus; ruines d'un temple de la Victoire; cirque de 404 mètres de diamètre avec quatorze portes; tombeau de Flavius Maximus, préfet de la troisième légion, monument carré de 6 mètres de haut, terminé en pyramide; rues dallées conservant l'empreinte laissée par les roues des chars, etc. : l'inventaire et la description de ces ruines exceptionnelles demanderaient un volume. » (Joanne.)
Le Medracen, le Kbor Madrous ou tombeau de Madrous des Arabes, est un monument analogue au tombeau de la Chrétienne dont on a parlé plus haut; mais il est plus ancien et de moindres proportions. Il se trouve à gauche de la route de Gonstantine à Batna, sur un plateau mamelonné, triste et nu, non loin du lac salé de Djendeli. Sa ressemblance avec le monument de la Chrétienne nous dispense de le décrire. On le considère comme ayant été bâti pour servir de tombeau à Massinissa, roi des Numides, et à ses descendants.
El-Kantara, 2200 habitants. <r Au sud -ouest de Batna, la route du désert et le chemin de fer en construction se dirigent vers le col d'El- Biar (1090 mètres), c'est-à-dire « des Puits », où commence, d'abord insensible, la descente vers le Sahara; un petit ruisseau, l'oued El-Kantara, qui descend brusquement par une succession de cascatelles d'une hauteur de plus de 300 mètres, coule à côté de la route. A droite, à gauche, se dressent des rochers calcaires, coupés de failles, hérissés de dents, offrant à peine çà et là, dans leurs anfractuosités , un peu de terre végétale où pousse un arbrisseau. Soudain les falaises s'écartent, le ruisseau se précipite en cascade, traversé par un pont romain d'une arche qui a donné à la vallée le nom d'El-Kantara : c'est le « Pont » par excellence, celui qui relie le Tell au Sahara. De tous les sites de l'Algérie, si riche pourtant en beaux paysages, nul n'est plus fameux : là est le contraste le plus net entre les plateaux et les oasis ; l'Orient se montre soudain par une « porte d'or j>. D'un côté est la région de l'hiver, de l'autre celle de l'été; en haut est le Tell, en bas le Sahara; sur un versant, la montagne est noire et couleur de pluie; sur l'autre, rose et couleur de beau temps. A ses pieds on voit s'ouvrir une vallée où l'eau serpente à l'ombre de palmiers; trois groupes de maisonnettes, formant ensemble le village d'El- Kantara, se montrent dans les clairières de l'oasis , tout différents de ceux qu'on a vus dans la région septentrionale : les demeures et les jardins, même les troupeaux et les hommes, tout a changé d'aspect, et c'est une autre lumière qui éclaire ces tableaux. Toutefois ce n'est pas d'El-Kantara que l'on peut contempler l'immense horizon du désert : il faut encore dépasser le vaste et fertile bassin d'El-Outaïa, sa montagne de sel et les thermes de Font-Chaude, appelés Hammam-el-Salehin ou « Bains des
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Saints j> par les indigènes et situés à six kilomètres de Biskra ; puis gravir un seuil, le col de Sfa, pour voir s'étendre au sud la mer des sables tachetée des archipels d'oasis : c'est là que s'ouvre la « Porte du Désert » , Foum es-Sahara, et que l'on voit la plaine immense se dérouler jusqu'à la ligne rouge ou violette, noire parfois, de l'horizon des sables. L'illusion est complète : cette barre lointaine, on dirait l'Océan! s> (E. Reclus, l'Afrique septentrionale. )
Biskra, 3-7000 habitants, Y Ad Piscinam des Romains, « la Reine » du pays des Ziban ou du Zab, est un poste militaire avec une redoute appelée fort Saint-Germain, au pied méridional de l'Aurès ; elle a un marché très prospère et fabrique des burnous, des haïks et de beaux tapis. L'oasis de Biskra renferme 130000 dattiers, qui ont là plus qu'ailleurs ce qu'ils demandent : les pieds dans l'eau et la tête dans le feu; ses 5 000 oliviers datent, dit-on, des Romains. Dans la villa Landon, tout près de Biskra, s'épanouissent toutes les merveilles de la végétation tropicale : ficus, bananiers, bambous, cocotiers, caféiers, cannes à sucre, eucalyptus, etc., etc. On y admire en toutes saisons les fleurs les plus belles et les plus rares. — C'est à Biskra que le vénéré cardinal Lavigerie a établi une maison de Sœurs Blanches, et qu'il se proposait de créer la confrérie chevaleresque des Frères du Sahara, destinés à soutenir militairement les Pères Blancs dans leurs missions périlleuses.
Le Zab renferme d'autres oasis, notamment celle de Zaatcha, dont les habitants révoltés furent exterminés par les Français, en 1849, après un siège héroïque, et celle de Sidi-Okba, célèbre par son pèlerinage au tombeau de Sidi-Okba, le fondateur musulman de Kairouan, qui fut tué en 682 par les Berbères.
Tougourt, 0000 habitants, chef-lieu de l'oued-Rhir et ancienne capitale des Rouara, ville de briques séchées au soleil, est située dans un groupe d'oasis renfermant 160000 palmiers, qu'arrosent 200 puits artésiens prenant les eaux de l'igharghar souterrain.
A l'est de Tougourt, VOued-Souf, peuplée de Berbères Souafa, est un autre groupe d'oasis , moins bien arrosé et aussi brûlant que le précédent. Au delà est la région d'El-Areg ou des dunes, que parcourent les maraudeurs Chaamba; c'est le désert dans ce qu'il a de plus aride, c'est aussi actuellement la limite naturelle de nos possessions algérienne et tunisienne tout à la fois.