IV. — GÉOGRAPHIE POLITIQUE
Superficie et population. — L'étendue du Soudan français est de près de 2 000 kilomètres de l'ouest à l'est, et de plus de 1 000 kilomètres du sud au nord, ou de Grand-Bassam à Tombouctou. La superficie peut en être évaluée à 2 500 000 kilomètres carrés , soit cinq fois celle de la France.
Quant à la population, on ne peut guère la connaître que par comparaison et supputation. En accordant â habitants par kilomètre carré, on obtient 7 millions d'habitants, très inégalement répartis sur ces territoires.
Ethnographie. — L'Afrique est le foyer de la race noire ou nègre, qui habite surtout les parties occidentales du Soudan, la Sénégambie et la Guinée. Mais dans le Soudan limitrophe du Sahara, les noirs sont mélangés de blancs ou de bruns; l'élément arabe est très répandu et domine despotiquement l'élément nègre. La religion est un fétichisme grossier plus ou moins mêlé de mahométisme.
Le nègre, l'un des trois types primordiaux de l'espèce humaine, se distingue par ses formes robustes, ses cheveux laineux, ses lèvres épaisses, son teint noir, etc. Moins intelligent et moins actif que les autres races, le nègre est resté généralement sauvage, ignorant, superstitieux, adorateur des fétiches; il se laisse dominer par des chefs absolus et féroces, qui le trailent comme bête de somme, le sacrifient à leurs plaisirs ou le vendent à vil prix.
Divisions de la colonie. — En 1890, le Soudan français se divisait administrativement en territoires annexés et pays de protectorat, oulre les territoires de la zone d'influence sur le moyen Niger. • — Depuis lors, cette division s'est profondément modifiée, car la plupart des pays protégés ont été conquis et sont devenus annexés.
I. — Pays annexés, ou Soudan proprement dit. — L'autorité du commandant supérieur commence à Matam, sur le Sénégal, et tous les postes ou chefs-lieux de cercles du haut fleuve : Bakel, Kayes, Médine, Bafoulabé, Kita, jusqu'à Bamako et Siguiri, sur le Niger, sont sous sa dépendance.
Principaux centres. — Les chefs-lieux de cercles se composent d'un fort et de quelques constructions européennes, entourés de villages indigènes, dits villages de liberté.
Matam est peu considérable.
Bakel, poste fortifié dès 1820, et qui a subi plusieurs sièges par les partisans du prophète Mahmadou- Lamine, compte 2000 habitants.
SOUDAN FRANÇAIS
Rayes, qui n'était qu'un village de 300 indigènes en 1880, compte aujourd'hui 4000 habitants, y compris les villages de liberté. Chef-lieu du Soudan depuis 1890, il est au point de jonction de la navigation fluviale et de la ligne du chemin de fer qui atteindra le Niger.
Médine, fortifiée en 1855 par Faidherbe, a subi un siège glorieux deux ans après. La fondation de Kayes lui a fait perdre de son importance.
Bafoitlabé, au confluent du Bafing et du Bakoï, est le terminus actuel du chemin de fer.
Kita n'est pas sur un cours d'eau, mais sur un plateau fertile où se
Le fort de Bakel, sur la rive gauche du Sénégal.
croisent les routes de caravanes. C'est un camp retranché du premier ordre, entouré de nombreux villages.
Bamako ou Bammako est au point d'accès du Niger. La navigation de ce fleuve commence plus en aval, à Manambougou.
Siguiri est à 250 kilomètres en amont de Bamako, dans un pays de sables aurifères.
IL — Pays protégés, qui, au début, conservaient leurs souverains et leurs administrations indigènes. Ils comprennent :
1° L'ancien empire toucouleur d'AiiMADOU, lequel, détruit en 1892, a servi en partie à former le Kaarta, capitale Nioro; — 300000 habitants;
2° L'ancien royaume de Ségou, sur la rive droite du Niger, capitale Ségou-Sikoro; — 120 000 habitants;
3° L'empire sénoufo de Kénédougou, au sud-est, capitale Sikasso; il est gouverné par Demba, fils de Thiéba(mort en 1893); — 100000 habitants;
4° L'empire malinké du Ouassoulou , gouverné par Samori , au sud des États de Ségou, capitale Bhsandougou; — 1000000 d'habitants;
5° Les États de Kong et leurs dépendances, capitale Kong, au sud-est du Kénédougou; — 500000 habitants;
6° Tous les États situés entre le pays de Kong et le golfe de Guinée : Bondoukou , Gamyan, etc.; — 300000 habitants;
7° Dans le Sahara, au nord de l'empire d'Ahmadou, le territoire des Maures Ouled-Embarek; — 25000 habitants.
8° et 9° Dans la courbe du Niger, le Macina, avec sa capitale Bandiagara, et le Mossi, capitale Ouoghodogho.
10° Sur le fleuve, les villes de Tombouctou, de Bamba, de Bouroum, où aboutirait le chemin de fer transsaharien; celles de Gogo, Garou, Sinder, et enfin Saï, à la limite de la sphère anglaise.
Tombouctou. — Cette célèbre ville, située à 20 kilomètres au nord du Niger, et occupée par les Français en 1894, était une sorte de république administrée par une djemmaa, corps municipal, mais subissant fréquemment les incursions des Touareg du désert. C'est le centre commercial le plus important de la région. Un marigot, ou rivière souvent à sec, la met en communication avec le port de Kabara, situé à mi-chemin vers le Niger, et celui de Koriumé, plus rapproché du fleuve lui-même.
« De loin , écrit un officier, la ville de Tombouctou a grand air, mais tout a été ruiné par les Touareg dernièrement; cependant depuis notre occupation le commerce reprend. Il y a ici 10 à 12000 habitants de toutes races; deux chefs de village : le chef des blancs, commandant aux Tripolitains, Marocains, Arabes, Maures, etc., et le chef des noirs: Djennenkés, Sonhraïs, Toucouleurs, Peuhls, etc. De grandes mosquées pyramidales et tronquées, des cases bambaras, cubes de terre dont beaucoup avec un étage et de petites fenêtres arabes; quantité de petites rues tortueuses; une grande place pour le marché où arrivent les caravanes. Il se fait ici un grand commerce de sel de Taoudni, d'étoffes, de dattes, de mil, de riz, de blé et de moutons; pas de poulets ni d'oeufs; beaucoup de pigeons, qui se vendent 80 à 100 cauries. Les cases sont des cubes de terre sans air; elles sont très insalubres, car le pisé qui forme les murs est en vase tirée du marigot et pétrie avec toutes sortes de détritus destinés à lui donner de la consistance : os, paille, etc. Tout autour de la ville, à perte de vue, le désert; un marigot permet en ce moment aux pirogues de venir jusqu'à Tombouctou; en avril, il n'y aura plus d'eau que deux mares; Kabara n'a qu'une mare également, car cette dernière n'est pas plus un port que Tombouctou. »
Commerce. — Actuellement les produits exportés du Soudan français sont : pour l'Europe, les peaux, la gomme, l'ivoire, l'or, lekarité, l'arachide, les plumes, le caoutchouc, la gutta-percha, etc.; pour le Soudan central et l'Afrique septentrionale (à travers le Sahara), la plupart des
produits précédents, et en outre le mil, les poissons secs, la vannerie, les objets en cuir, les viandes boucanées, les condiments, les potasses, les conserves (patates, piments secs, manioc, julienne d'oignons), les savons, les fils de coton, l'indigo, les cotonnades indigènes, les objets en cuir teint, etc.
Les produits importés d'Europe par le Sénégal, par la Gambie ou à travers le Sahara , sont : les armes de toute espèce , la poudre , le plomb , les pierres à fusil, les guinées, les cotonnades diverses, les mousselines, la parfumerie, les articles de Paris, la verroterie, la lunetterie, la miroiterie, la bijouterie en faux, les vêtements arabes confectionnés, les marmites en fonte, les objets en cuivre, les jouets d'enfants, les images et chromolithographies , certaines conserves , enfin le sucre ; quant au sel , il provient de l'une des contrées voisines.