‹ La France coloniale illustréeChapitre 37 sur 80 · I. — COTES DE GUINÉE · texte numérisé non relu

I. — COTES DE GUINÉE

Historique. — Nul doute que les négociants français de Dieppe et de Rouen, en même temps que les Portugais , n'aient fréquenté les côtes de Guinée, aussi bien que celles du Sénégal, dès le xive siècle.

Ainsi que le dit M. Gaffarel , « en septembre 1365 , quelques marchands de Rouen s'associèrent avec ceux de Dieppe, et firent partir quatre vaisseaux. Les deux premiers avaient mission d'explorer les côtes depuis le cap Vert jusqu'au Petit-Dieppe, et d'y charger des marchandises. Les deux autres devaient pousser plus avant et découvrir de nouveaux pays à explorer. Ce second voyage fut également heureux. Au bout de sept mois, les deux premiers navires étaient de retour à Dieppe avec beaucoup de cuirs, de poivre et d'ivoire. Des deux autres navires chargés d'explorer de nouveaux pays, le premier s'arrêta sur la côte qu'on nomme aujourd'hui Côte du Poivre, et dans un village appelé Grand- Sestre , auquel les matelots donnèrent le nom de Paris. Ce navire ramassa si vite une telle quantité de cette précieuse denrée, qu'il ne voulut pas s'exposer à compromettre une aussi riche cargaison en poursuivant son voyage, et revint à Dieppe. Le quatrième navire longea la Côte des Dents et arriva à celle de l'Or. L'or était en poudre. Les indigènes en ramassent encore de nos jours dans les cours" d'eau qui descendent des monts Kongs.

« La nouvelle de ces découvertes , la facilité des échanges, la certitude de s'enrichir à peu de frais, excitèrent les Dieppois. En peu de temps, de véritables comptoirs, des loges, comme nous dirions aujourd'hui, s'élevèrent sur toute la côte de Guinée. Les indigènes , attirés vers nos compatriotes par la facilité de leurs mœurs, par leur entrain sympathique, par leur absence de morgue, apportaient en abondance à ces loges l'ivoire, la poudre d'or, le poivre, les plumes d'autruche, les peaux de bêtes féroces, que les Normands vendaient en France à des prix exorbitants. Peu à peu des relations régulières s'établissaient. Les indigènes apprenaient même notre langue , et accueillaient avec empressement tous ceux de

nos compatriotes qui n'hésitaient pas à s'enfoncer dans l'intérieur du pays...

« En 1380, quelques armateurs de Dieppe et de Rouen, voyant que la concurrence diminuait leurs profits, résolurent un nouveau voyage d'exploration. En décembre, le navire qui portait le beau nom de Notre-Dame 'de Bon- Voyage était déjà sur la Côte d'Or; neuf mois après il était de retour à Dieppe, chargé de poudre d'or. La voie était ouverte. Il ne restait qu'à s'y engager résolument.

« Le 28 septembre 4381 , trois navires partaient de Dieppe pour le nouveau comptoir de la Mme (El Mina des Portugais et des Hollandais). On a conservé leurs noms : la Vierge, le Saint-Nicolas , Y Espérance. La Vierge s'arrêta à la Mine ; le Saint-Nicolas s'avança plus au sud jusqu'au

Carte des côtes de Guinée.

cap Corse, et Y Espérance ouvrit des loges à Fantin, Sabon, Cormentin et Akara (Acra). En juillet 1382, les trois navires étaient de retour en France, et les capitaines vantèrent tellement à leurs armateurs les richesses du pays et la douceur de ses habitants, que ceux-ci résolurent d'y fonder une véritable colonie, et d'en faire le centre de leurs opérations commerciales.

« En 1383, trois vaisseaux partirent donc pour la Mine. Ils portaient des matériaux de construction, des instruments de travail et des semences. Ces trois vaisseaux s'acquittèrent heureusement de leur mission; et quand ils revinrent en France dix mois après, plus richement chargés qu'ils ne l'avaient encore été, ils laissaient derrière eux une partie de leurs équipages. Ce fut le premier établissement de nos compatriotes sur ce continent, où depuis l'influence française n'a cessé et ne cessera, espérons-le, de grandir. La colonie de la Mine prit tout de suite de grandes proportions. De nombreux vaisseaux s'y rendirent ; il fallut bâtir pour les nouveaux arrivants une église et un fort.

« Cette prospérité ne fut pas de longue durée. Les terribles guerres des Armagnacs et des Bourguignons désolèrent notre pays, et les Anglais profitèrent de nos discordes pour envahir nos provinces.

« L'heure était mal choisie pour fonder une France africaine, alors que notre patrie était foulée par l'étranger, que la Normandie devenait un des

GUINÉE ET DAHOMEY

principaux théâtres de la guerre, et que les Anglais, maîtres de Rouen, de Dieppe, de Honfleur et des autres ports, arrêtaient tout commerce. Nos armateurs normands essayèrent bien quelque temps de soutenir ces lointains comptoirs, mais ce fut peine perdue; dès 1413, la Mine était abandonnée ; toutes nos autres loges l'étaient déjà depuis quelques années: Peu à peu on renonça aux voyages sur les côtes d'Afrique. Le souvenir même de ces aventureuses expéditions se perdit, surtout lorsqu'une autre nation, le Portugal, substitua son influence à la nôtre sur les tribus indigènes, et, plus jaloux de ses droits que nous ne l'avons jamais été des nôtres, non seulement chassa nos négociants des marchés dont ils avaient longtemps été les seuls maîtres, mais encore nous enleva, par devant l'histoire et la postérité, la gloire de l'avoir précédée dans ces régions. » (P. Gaffarel, extrait de 1' 'Explorateur.)

L'histoire de notre colonisation en Guinée devient plus certaine depuis que fut fondée, en 1685, la Compagnie de la Guinée, qui cependant disparut en 1720. Le commerce, libre dès lors, fut repris par des maisons de Rouen et de Bordeaux; mais le trafic principal, il est triste de l'avouer, était celui des esclaves nègres, qui prit à cette époque une extension considérable pour le recrutement de nos colonies américaines.

C'est à cet effet que les Français, comme du reste les Anglais et les Portugais, fondèrent leur fort de Whydah sur la côte des Esclaves, tandis que tous les autres comptoirs furent abandonnés pendant les périodes de la Révolution et de l'Empire.

Mais, en 1843, le gouvernement de Louis -Philippe chargea le lieutenant, plus tard amiral Bouët-Willaumez, de prendre officiellement possession des territoires de Grand-Bassam, à'Assinie et du Gabon.

Le royaume de Porto- Novo , sur la côte des Esclaves, ne devint notre protégé qu'en 1863, et ne fut occupé -militairement que vingt ans après.

Le Popo est situé sur la même côte, en face du Dahomey. Par suite de négociations diplomatiques, en 1885, la France a obtenu le Grand- Popo, tandis que l'Allemagne a pris possession du Petit-Popo et du Togo, situés à l'est de la colonie anglaise de la Côte d'Or. Les Portugais s'étaient attribué officiellement le protectorat du Dahomey, auquel ils ont renoncé bientôt après. Enfin, par accord avec l'Angleterre (1889) et avec l'Allemagne (1890), le Dahomey a été reconnu comme faisant partie de la sphère d'influence française. Nous y reviendrons plus loin.

En somme, nos possessions en Guinée forment trois groupes isolés :

1° les Rivières du Sud et le Fouta-Dialon, ou Guinée proprement dite, dont on a parlé au chapitre du Sénégal ;

2° la Côte d'Ivoire, au centre;

3° la Côte des Esclaves ou de Bénin, à l'est.

Après 1890, elles furent administrées par deux résidents, siégeant l'un

à Grand- Bassam, l'autre à Porto-Novo, mais relevant tous deux du gouverneur de la Guinée, dont le siège est à Konacry. Le mode d'administration varie, du reste, selon les circonstances.

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