IV. — LE DAHOMEY
Le Dahomey est depuis 1892 une possession française.
C'était précédemment un royaume indépendant , peuplé d'environ 300 000 nègres, ayant pour capitale Abomey, et dont le territoire s'avançait sur la mer entre le Popo et le Porto-Novo français, qui en sont, du reste, des provinces détachées.
Géographie. — On peut distinguer dans le pays trois régions différentes. La première et la moins étendue est celle de la côte : limitée au nord par le marigot situé près de Savi, elle est elle-même partagée en deux parties par une lagune qui, sauf une ou deux interruptions, s'étend de la Volta à Lagos.
La côte est basse, plate et insalubre. La fameuse barre du golfe de Guinée, que, malgré toute leur habileté, les piroguiers indigènes ne réussissent pas toujours à franchir avec succès, rend les débarquements très pénibles.
La ville la plus importante de cette région est Whydah, qui renferme de 15 000 à 20000 habitants. Centre de transactions entre les indigènes et les Européens, elle a été depuis fort longtemps occupée par des maisons françaises, anglaises et portugaises. Le fort anglais est aujourd'hui délabré et abandonné; seul le fort portugais a été réoccupé il y a quelques années par un officier et quelques soldats de l'armée d'Afrique. Le Portugal fut d'ailleurs la nation dont l'influence était la plus considérable à Whydah.
La seconde région, appelée Ardra par les indigènes, et dont la ville principale est Allada, s'étend jusqu'au plateau de Toffé ; elle est couverte de forêts de palmiers, ou de prairies dont les herbes atteignent parfois une hauteur de quatre mètres.
Toutefois, le vrai Dahomey c'est la partie du nord, celle qui s'étend au delà du bourbier appelé Lama par les Portugais, et Cô par les indigènes. C'est véritablement la citadelle du pays. Là s'élèvent Caria, la ville sainte, et Abomey, la capitale. Elle renferme ce que contenait toute citadelle antique : le siège des dieux et celui du gouvernement.
Histoire. — Le souverain' qui régnait naguère à Abomey était le maître de toute la région que nous avons décrite; mais il n'en fut pas
toujours ainsi. A ces trois zones naturelles correspondaient autrefois trois États distincts : sur la côte, le royaume de Jouïda (Whydah) ; plus au nord, le royaume d'Ardra, qui touchait à la mer par Kotonou; au delà du Lama, le royaume de Faouïn. En 1610, un roi d'Ardra étant mort, il s'éleva une violente compétition entre ses trois fils au sujet de sa succession.
Des deux frères évincés, l'un fonda le royaume de Porto-Novo; l'autre appelé Toucoudrou, fut recueilli par le roi de Faouïn, puis réussit par trahison à supplanter son bienfaiteur. Alors commença entre le royaume du nord, qu'on voit dès cette époque désigné sous le nom de Dahomey, et ses deux voisins du sud, une longue lutte. En 1724, le royaume d'Ardra fut soumis. La conquête du royaume de Jouïda fut moins prompte. Constamment en révolte, son assujettissement fut cependant définitif à partir de l'année 1772.
« Le roi de Dahomey (écrivait M. Déhérain avant la dernière guerre) a maintenant vue sur la mer ; bien plus, il a une côte à lui, qui tire son nom de la marchandise qui s'y vend : c'est la Côte des Esclaves. Assuré désormais d'un débouché, il multiplia naturellement ses expéditions au delà de ses frontières. Rapporter beaucoup d'esclaves et les vendre très cher à Whydah, devint son but. Ce qu'il se commit de cruautés dans ce pays jusqu'au moment où les nations européennes prirent de sévères mesures pour réprimer la traite, c'est inimaginable !
« On peut aisément supposer que, devenu le fournisseur en titre des marchands de bois d'ébène, le roi de Dahomey fut obligé de se pourvoir d'institutions bien appropriées à ce genre de commerce. Pour ces chasses à l'homme, entreprises par toute la nation à des époques déterminées, que lui fallait-il? un pouvoir absolu et une armée, comme l'on dit, bien dans la main.
<r L'autorité du roi de Dahomey est indiscutée. Tous les voyageurs s'accordent pour dire que les marques d'idolâtrie rendues par les Dahoméens à leurs souverains sont difficiles à dépasser. Génuflexions, prosternations jusqu'au sol, le sujet n'omet aucun signe d'adoration quand il est en présence de son roi. Il n'est même pas nécessaire que le roi soit là en personne; sa canne, portée par un de ses serviteurs, est l'objet des mêmes hommages. Comme dans tout gouvernement absolu, l'autorité centrale est bien constituée. Un premier ministre, le méhou, s'occupe en particulier du commerce et des impôts ; le minghan est le chef de la police et des hautes œuvres (mission qui n'est pas une sinécure dans ce pays) ; enfin le premier ministre, ou to lotion, cumule les fonctions de chef du palais et celles de porte-paroles du roi.
s Le pouvoir discrétionnaire du souverain se révèle encore dans le sansgêne avec lequel il s'empare du bien de ses sujets. En effet, quand les ressources qu'il tire des péages ou des douanes établis sur les routes ou
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à l'entrée des villages sont épuisées, le roi envoie quelques-uns de ses gens lever un impôt extraordinaire sur les plus riches. Toute résistance serait inutile, car la fortune de ses sujets lui appartient au même titre que leur vie. Ce roi de pillards, qui a élevé sa fortune sur l'exploitation cynique de l'homme, a une armée aussi bien appropriée que ses institutions civiles au caractère de son État. Tous les hommes valides sont soldats. A l'appel royal, les cabécères (ou gouverneurs de village) de chaque province amènent leur contingent. L'armée permanente, cantonnée à Abomey, est ainsi considérablement augmentée par ce qu'on pourrait appeler les réserves. Peu brillantes dans un combat régulier, ces troupes sont excellentes dans la guerre de rapines et de surprises qu'elles pratiquent habituellement.
Les Amazones. — « Le caractère belliqueux de ce pays , — et ce n'en est pas une des moindres singularités, — apparaît en particulier dans cette garde royale formée du fameux corps des Amazones. Incorporer jusqu'à des femmes, c'est bien pousser le militarisme jusqu'à ses dernières limites. Régies par une sévère discipline militaire et morale, elles ont étonné par leur intrépidité les étrangers qui ont assisté à leurs simulacres de combat.
« Dans un espace approprié aux exercices, raconte un témoin oculaire, on avait élevé un talus, non de terre, mais de faisceaux d'épines très piquantes, sur quatre cents mètres de long, six de large et deux de haut. A quarante pas plus loin et parallèlement au talus se dressait la charpente d'une maison d'égale longueur, avec cinq mètres de largeur et autant d'élévation. Les deux versants de la toiture étaient couverts d'une épaisse couche de ces mêmes épines. Quinze mètres au delà de cette étrange maison, venait une rangée de cabanes. L'ensemble simulait une ville fortifiée. Après deux vigoureuses attaques censées infructueuses, le rôi va se placer en tête des colonnes, les harangue, et, au signal donné, les Amazones se précipitent avec une fureur indescriptible sur le tas d'épines, le traversent, bondissent sur la maison, en redescendent comme refoulées par un retour offensif, et reviennent trois fois à la charge... Elles foulaient de leurs pieds nus les dards des cactus. »
Leur courage semble n'être pas moindre dans un combat réel, a Dans une guerre contre les Nagos, le roi Ghezo avait envoyé le gao (général) surprendre la ville principale de cette peuplade à la tête de huit mille guerriers, hommes et femmes. Ce général donna l'assaut; mais, trouvant la ville très bien fortifiée et une résistance des plus vives, il parlait de se retirer, lorsque la générale des femmes, se jetant à la tête des siennes, lui déclara que, venus jusque-là, ils se déshonoreraient en reculant. Joignant l'action à la parole, elle se lança de nouveau contre les défenses de l'ennemi. La ville fut prise, et les habitants égorgés ou faits prisonniers. »
Sacrifices humains. — <r A vrai dire, il semble bien exister simultanément deux religions au Dahomey: l'une, le fétichisme, qui consiste
dans l'adoration d'une foule de petites divinités et à laquelle il faut rapporter vraisemblablement le culte des serpents, en l'honneur de Whydah ; l'autre, qui est la religion des morts. Celle-ci semble reposer sur l'idée que l'homme a les mêmes besoins après la mort que pendant la vie. Remarquez qu'une pensée analogue a donné naissance aux touchantes croyances grecques et latines qui obligeaient les enfants à apporter, à cerlaines époques, des gâteaux, des fruits et des fleurs sur la tombe de leurs parents. « Je verse sur la terre du tombeau, dit Iphigénie, le lait, le miel, le vin; car c'est avec cela qu'on réjouit les morts. » Au Dahomey, on les honore par d'horribles sacrifices humains. Les grandes coutumes durent plusieurs jours, parfois plusieurs semaines. C'est surtout à la mort d'un roi qu'elles sont célébrées dans toute leur atrocité ; il faut donner au monarque défunt un entourage digne du haut rang qu'il occupe.
a On lui immole des femmes, des guerriers et des serviteurs. Comme on est persuadé que tous ces malheureux vont aller retrouver le défunt, on leur fait des recommandations, et on les charge de présents qu'ils devront remettre à leur arrivée. Les sacrifices s'accomplissent solennellement et devant un grand concours de peuple. Certaines victimes sont décapitées; d'autres, emmaillottées dans des corbeilles, dont la tête seule dépasse, sont jetées du haut d'une plate-forme et déchirées par la foule. Pendant les deux dernières nuits, il était tombé plus de cinq cents têtes. On les sortait du palais à pleins paniers, accompagnés de grandes calebasses, dans lesquelles on avait recueilli le sang pour en arroser la tombe du roi défunt, s « Il est certain, dit Bazile Feris, que pendant mon année de séjour dans cette région, le cruel monarque du Dahomey a fait répandre le sang de plusieurs centaines d'individus (on en a évalué le nombre à plus de mille), à propos du deuxième ou troisième anniversaire des funérailles de sa mère. » (II. Déhérain, dans h Nature.)
La guerre de 1889-1890. — En 1878, le roi du Dahomey, Gléglé, avait cédé à la France la place de Kotonou ; mais ce fait n'avait pas empêché les Dahoméens d'exercer leurs déprédations,, et de venir razzier presque chaque année dans le Porto-Novo, notre allié : en 1889, ils avaient enlevé 1 800 indigènes dans la ville même de Porto-Novo, malgré la présence de notre drapeau, qui fut insulté au village de Dangbo, sur le fleuve Ouémé ; de plus, le représentant de la France, le lieutenant- gouverneur Bayol , venu en mission chez le roi de Dahomey, a été retenu de force par celui-ci et obligé d'assister à une nouvelle et effroyable série de sacrifices humains.
En outre, le roi du Dahomey ayant, au début de l'année 1890, nié le traité qui nous cédait Kotonou; ayant essayé également de nous reprendre par la force ce point par lequel passent les voyageurs et les marchandises à destination de la colonie, ainsi que les produits venant du pays; ayant
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enfin envahi le territoire soumis à la France, les hostilités se sont ouvertes, et, à la fin du mois d'avril, après plusieurs engagements avec nos troupes, les forces dahoméennes se sont repliées et sont rentrées dans les limites de leur pays.
Grâce à la médiation d'un missionnaire catholique, qui fut envoyé en parlementaire, le P. Dorgère, de la congrégation du Saint-Esprit, le roi con-
Guerres du Dahomey. — Combat de Kotonou.
sentit à relâcher vingt-sept prisonniers sujets français, dont huit Européens, puis à conclure avec la France un traité de paix. La courageuse conduite du P. Dorgère fut justement récompensée par la croix de la Légion d'honneur.
Par le traité du 3 octobre 1890, le roi du Dahomey s'engageait à respecter le protectorat français sur le royaume de Porto-Novo; il reconnaissait l'occupation illimitée du port de Kotonou, moyennant une redevance annuelle de 20000 francs, en compensation des droits de douane que la France pouvait y élever.
Malheureusement il n'avait pas été possible d'y faire admettre aucune autre clause, et le statu quo ante bellam subsistait en général.
On regrettait que la guerre n'eût pas été menée plus vigoureusement pour obliger ce gouvernement barbare à cesser les sacrifices humains, à donner la liberté de Tévangélisation, du commerce, etc. Cette expédition, un peu manquée, avait cependant coûté la vie à de nombreux soldats et un million de francs dépensés.
La guerre de 1892. — En 1892, tout était donc à recommencer. Béhanzin, successeur de Gléglé, maintenait toutes ses prétentions. Il n'était pas disposé, pour 25000 francs, à renoncer aux 400000 francs que pou-
Le colonel Dodds, vainqueur de Béhanzin.
vaient lui rapporter les douanes maritimes. Avec l'argent versé par la France, avec celui que lui rapportait le trafic des esclaves, il avait acheté des munitions et des fusils à tir rapide que lui fournirent les commerçants de Whydah et du Cameroun. Le 26 mars, il fit envahir le territoire de Porto-Novo et détruisit les villages d'Abouta, heno ou Dannon.
M. Ballot, lieutenant- gouverneur, se rendit sur les lieux à bord de la chaloupe canonnière la Topaze; il fut attaqué le 27, à la hauteur du village de Topo, par 400 Dahoméens armés de fusils à tir'^rapide et eut quatre hommes blessés à son bord. La guerre était déclarée. Les Chambres françaises votèrent les crédits nécessaires. De toutes parts affluèrent les tirailleurs algériens, sénégalais, gabonnais, et les détachements de troupes blanches. A leur tête fut placé le colonel Dodds (métis sénégalais, né d'une mère française). Les Anglais de Lagos , d'après une entente entre Paris
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et Londres, ouvrirent aux canonnières françaises l'entrée de la lagune de Porto -Novo. On acheta, on construisit des bateaux tout exprès pour na-
Béhanzin, ex-roi de Dahomey.
viguer sur cette lagune, d'une très faible profondeur, et sur les petits fleuves du Dahomey. Le 9 août 1892 commencèrent les opérations militaires.
« Le 19 septembre, dit M. Harry Alis, pour la première fois, la colonne est sérieusement aux prises avec l'armée dahoméenne, commandée par le frère du roi en personne. L'ennemi, qui cherchait à surprendre notre camp à Dogba, est battu, écrasé par les feux roulants de notre artillerie et de nos fusils à tir rapide. De nombreuses attaques des Dahoméens sont repoussées pendant trois mois. Ainsi, malgré la résistance vraiment remarquable de ces derniers, nous approchions peu à peu de Cana, la ville sainte, la capitale religieuse du Dahomey. Malgré ses défaites, Béhanzin disputait toujours le terrain pied à pied avec son armée décimée, jonchant des cadavres de ses sujets la route que nous nous ouvrions à coups de canon. Enfin, le 3 novembre, Cana tombe entre nos mains et l'armée dahoméenne prend la fuite , réduite qu'elle est à moins de 2000 hommes, tout ce qui reste des 12000 guerriers du début de la guerre. Aussi Béhanzin ne tente pas de défendre sa capitale. Le 17 novembre, nos troupes entrent sans coup férir à Abomey ? que le roi, ses dignitaires et ses gardes viennent d'évacuer après avoir mis le feu au palais.
« Abomey prise, le colonel Dodds fit savoir aux indigènes, par une proclamation que le roi Béhanzin Ahy-Djéré était déchu du trône de Dahomey, et banni à jamais de ce pays. Le royaume du Dahomey était placé sous le protectorat exclusif de la France, à l'exception des territoires de Whydah, Savi, Avrékété, Godomé et Abomey- Cal avi , qui constituaient les anciens royaumes de Adjuda et de Jacquin, lesquels étaient annexés aux possessions de la Bépublique française. »
Enfin, le 25 janvier 1894, Béhanzin à bout de ressources, craignant d'être pris de vive force, venait se rendre de lui-même sans condition. Transféré aussitôt au Sénégal, il fut de là expédié à la Martinique, où le fort Tartenson, à Fort- de -France, lui fut assigné pour résidence.
Dodds, nommé général, ayant ainsi brillamment complété son œuvre militaire, procédait à l'organisation de notre nouvelle conquête. A la fin d'avril il s'embarquait pour la France, laissant le commandement par intérim au colonel Dumas, qui l'avait bien secondé dans son œuvre.
Action civilisatrice et patriotique des missionnaires. — Nous profitons de l'occasion de la belle conduite du P. Dorgère pour citer le témoignage que rend de nos missionnaires catholiques en général un brave officier supérieur qui, lui aussi, s'est dépensé pour servir sa patrie, qu'il aurait voulu rendre héritière de cette belle contrée du bas Niger et du Soudan central, devenue anglaise.
Le commandant Mattéi fut pendant cinq ans agent général de la Compagnie française de l'Afrique équatoriale. Il avait créé, sur les rives du bas Niger et de la Binué, un grand nombre de stations de commerce, au milieu des stations similaires anglaises, lorsque malheureusement cette Société dont il était l'agent, mal secondée par le pouvoir français, dut vendre ses droits à la Compagnie britannique du Niger.
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La France perdait ainsi, malgré les avertissements du commandant Mattéi, une occasion unique d'agrandir son patrimoine colonial de l'une des plus fertiles contrées africaines.
Quoi qu'il en soit, cet officier avait vu à l'œuvre les missionnaires catholiques, et dans son livre intitulé le Bas-Niger, la Binué et le Dahomey , il leur consacre un chapilre dont nous extrayons les pages suivantes :
L'évangélisation des hoirs.
« Des hommes malveillants, dit-il, par esprit de secte, reprochent à nos missionnaires leur manque de patriotisme. Ceux qui parlent ainsi n'ont jamais voyagé, ou bien ils sont les ennemis de l'Évangile ; ils voudraient que les missionnaires fussent des agents politiques.
« Ils voudraient les voir abandonner leur sainte mission, qui plane radieusement au-dessus de toutes les gloires, de toutes les ambitions, et prendre parti pour telle ou telle forme de gouvernement. Leur rôle est
plus élevé, et la réserve à laquelle ils sont tenus n'implique pas qu'ils agissent contre l'intérêt de leur pays.
<r Les missionnaires avec lesquels nous avons vécu ont toujours été très corrects dans leur rôle spirituel, et nous ne les avons jamais vus s'immiscer dans les affaires politiques. Il est regrettable que, dans notre pays, on soit si peu juste envers nos missionnaires , qui exposent et perdent souvent leur vie dans des contrées où ils sont les premiers à porter la liberté, l'égalité et la fraternité.
<r Tous ces vaillants et modestes pionniers de la civilisation travaillent sans bruit au, milieu des sauvages. Nous avons été témoins de leurs efforts pour bannir l'esclavage et extirper les coutumes barbares que pratiquent ces malheureuses populations. Les ayant vus à l'œuvre, vivant de privations, et cultivant la terre en même temps que les âmes, nous nous découvrons devant ces héros, que nous sommes très fiers d'avoir servis.
« Nous les saluons les premiers parmi les premiers champions de la civilisation, parce qu'ils devancent souvent le drapeau de la France, pour laquelle ils savent mourir sans bruit et simplement par devoir. Ils sont les vrais précurseurs de la civilisation, dont l'Arabe est l'antithèse.
« C'est l'histoire en main, et libre de préjugés, qu'il faut apprendre à connaître cette vaillante milice. Pour nous, si nous lisons les annales de tous les pays, nous voyons dans tous la bonne influence des missionnaires. N'est-ce pas à eux, en effet, que l'Europe doit d'être civilisée, et n'est-ce pas par eux encore que l'Afrique sera régénérée?
<r Ces sentiments sont ceux de tous les grands voyageurs. Les explorateurs, les officiers de marine sont unanimes à reconnaître que c'est à l'influence des missionnaires que nous devons le bon accueil des populations. Si la politique les consultait plus souvent et suivait leurs conseils, elle verrait le succès couronner ses entreprises lointaines.
« C'est par la religion et le travail qu'il faut moraliser le sauvage ; il ne suffît pas de lui apporter les produits de notre industrie, il faut encore lui apprendre à mettre en œuvre les ressources dont abonde son pays, à se servir de son intelligence et de ses bras, en un mot lui montrer qu'il est un homme. Seuls les missionnaires ont le secret d'accomplir cette grande œuvre.
« Toutes leurs missions ont des écoles pour instruire la jeunesse, des ateliers pour la familiariser avec les travaux utiles ; les garçons apprennent la culture des champs, le jardinage, la maçonnerie, la cordonnerie, etc.; les jeunes filles, sous la conduite des Sœurs, apprennent la couture et ce qui est nécessaire à une femme de ménage.
« Quand ces enfants, ainsi formés, sont en âge d'être mariés, on choisit un petit coin de terre où bientôt s'élève une case, puis deux, puis trois; les champs sont défrichés et voilà un village à la fois chrétien et civilisé.
GUINÉE ET DAHOMEY
« Or ce que nous relatons ici se fait non seulement en Afrique, mais dans toutes les parties du globe.
« C'est avec les missionnaires du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie que M. de Brazza a accompli ses grands travaux du Congo ; c'est aux Pères des Missions africaines de Lyon qu'il aurait fallu s'adresser pour la pacification du Dahomey. C'est aux enfants de Son Eminence le cardinal Lavigerie que l'on doit en grande partie la solution du problème des Grands-Lacs. Seuls ils connaissent ces différents pays, car ils sont plus
Missions d'Afrique. — Les Sœurs françaises et leurs élèves nègres.
à même que les explorateurs d'étudier les mœurs et les caractères des populations avec lesquelles ils vivent continuellement. »
Le commandant Mattéi passe ensuite en revue les diverses missions fondées par les Pères du Saint-Esprit en Guinée et sur le bas Niger, à Whydah, Porto-Novo, Lagos, Abéokuta, Oyo, Quitta, Brass, Bida, Onitcha, Lokodja, etc. ; puis il ajoute, dans un langage de soldat croyant :
« Je termine ce chapitre en unissant dans un même respect et les enfants du cardinal Lavigerie et toutes les familles religieuses qui se dévouent à l'évangélisation de ces pays barbares. Les servir a été ma gloire, les respecter sera mon honneur. » (Commandant Mattéj.)
CONGO FRANÇAIS'