IV. — DISTRICT DE L'OUBANGHI ET DU LAC TCHAD
Les traités de 1894. — Pendant les années 1890 à 4894, les explorations françaises de Crampel, Dibowsky, Mizon et de Maistre, avaient reculé vers le nord les limites de nos conquêtes jusque dans le bassin du Chari, affluent du Tchad. Il était urgent de fixer les bornes des possessions allemandes et belges dans ces régions, ce qui, après des négociations laborieuses, fut heureusement terminé en 4894.
4° Le traité franco- allemand du 4 février 4894 détermine pour limite orientale du Cameroun allemand la ligne qui, partant de la Sanga, suit en général le 45e degré de longitude est de Greenwich, en faisant toutefois une pointe en dedans, puis une en dehors; celle-ci sur le 40e degré de latitude, pour rejoindre le cours inférieur du Chari jusqu'au lac Tchad, rive méridionale.
2° Le traité franco-belge du 44 août 4894 porte comme limite septentrionale du Congo belge le cours de l'Oubanghi jusqu'au Mbomo, puis le Mbomo jusqu'à la ligne de partage du bassin du Nil, ensuite le 30° de longitude est de Greenwich et le 5° 30' de latitude nord jusqu'au Nil.
La France bénéficie au nord de l'Oubanghi de vastes territoires, ci-devant explorés et occupés par les Belges. On a créé un district militaire dit de l'Oubanghi, qui s'étendra de , là jusqu'au lac Tchad.
Les territoires de trois nations aboutissent donc au lac Tchad : le Niger anglais, par la côte occidentale; le Cameroun allemand, parla côte méridionale, et le Congo-Soudan français, par les côtes orientale et septentrionale.
Voyons maintenant par quelle série d'expéditions la France est parvenue à ce glorieux résultat.
I. — Missions Crampel et Dibowsky (4890). — Paul Crampel, deux ans après son expédition vers l'ouest dont nous avons parlé, entreprit un second voyage qui avait pour but de gagner le lac Tchad par le
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Chari, puis de traverser le Sahara, et ainsi d'opérer la réunion de nos possessions d'Algérie -Tunisie avec celles du Soudan et du Congo.
Grampel était accompagné de quatre compatriotes et de plusieurs interprètes; sa caravane comprenait en outre une escorte de laptots et de tirailleurs, 95 indigènes gabonais ou loangos, et 128 porteurs noirs. Parti de Brazzaville le 16 août 1890, il arrivait le 25 septembre à Banghi, dernière station française, au coude de l'Oubanghi. Après avoir pacifié cette région, dont le chef de poste avait été tué et mangé quelques mois auparavant, le voyageur s'enfonçait dans l'inconnu avec une caravane déjà réduite et affaiblie par des épreuves de tout genre. Sa dernière lettre, datée du 19 janvier 1891 , marquait l'espoir. Mais bientôt on apprit l'échec complet de l'expédition, le massacre de son chef et d'une partie de ses gens, massacre qui eut lieu vers le 9 avril à El-Kouti, sur le Chari, par des musulmans Snoussya, semble-t-il. L'arrière-garde, sous la conduite de M. Nebout, battit en retraite pour rentrer à Brazzaville au mois de juillet.
Pendant ce temps, M. Dibowsky, avec des renforts et un matériel importants, s'était porté sur les traces de Crampel pour le soutenir; mais le désastre connu, on lui assigna pour but de rechercher les débris de la mission et de la venger : ce qu'il fit. De plus, il explora scientifiquement les rivières Ombella et Kemo, et il passa des traités avec les chefs des contrées parcourues jusqu'au delà du Chari, par 7° 27' de latitude nord.
II. — Mission Mizon. — Au moment de la convention anglo -française du mois d'août 1890, le lieutenant de vaisseau Mizon, ancien compagnon d'exploration de Brazza dans le Congo français, fut chargé d'une mission ayant pour but de se rendre au lac Tchad par l'embouchure du Niger. En conséquence, il pénétrait au mois d'octobre dans le Bio Forcados, un des bras de ce fleuve. Mais bientôt des difficultés lui furent suscitées par la Compagnie anglaise de la région; en février 1891 , il était encore retenu à Assab, sur le bas Niger. Quand, après l'intervention du gouvernement anglais, il put se remettre en route, les eaux de la Binué étaient basses, en sorte que sa chaloupe échoua sur des bancs de sable. Ce fut seulement au mois de septembre 1891, après des dangers et des difficultés de toute sorte, qu'il parvint à Yola, dans l'Adamaoua, où il reçut du sultan de ce pays le meilleur accueil.
De là, par suite des troubles qui régnaient dans le Bornou, Mizon dut se rabattre vers nos possessions congolaises. Il passa le mois de janvier 1892 presque en entier à Ngaoundéré, ville de 3 000 âmes, située par 7° 20' de latitude nord, et, le 7 avril, il rencontrait M. de Brazza à Comaça, au confluent du Mambéré et de la Kadéi, après avoir parcouru 700 kilomètres à travers des régions complètement inconnues. Le résultat de cette exploration a été de faire connaître la ligne de partage entre le bassin de la Binué et celui du Congo, de limiter à l'est Yhinterland du Cameroun, et de ranger sous notre influence une partie de l'Adamaoua, autrement dit de la région comprise entre Yola et la Sanga.
Mission Maistre. — M. Maistre s'est embarqué^à Bordeaux, le 40 janvier 1892, avec ses compagnons européens, MM. Clozel, de Behagle, Bonnel de Maisières et Riollot. Il toucha à Dakar pour y prendre une escorte, puis à Libreville, à Loango, d'où il expédia ses 400 charges, et partit pour Brazzaville. Avec deux bateaux à vapeur, YAlirna et le Djoué, il remonta le Congo, puis l'Oubanghi jusqu'au poste de Banghi, où l'expédition arriva dans les premiers jours de juin ; de là il continua en pirogues jusqu'au poste de la Kemo, fondé par Dibowsky sur la rivière de ce nom.
Le lieutenant Mizon , explorateur du Soudan central.
Le 29 juin 1892, toute l'expédition, composée de 181 personnes, Européens, Sénégalais et porteurs, s'engagea dans une région inexplorée. Après avoir passé par la tribu des Ndris, elle traversa pendant neuf jours un pays inhabité; chez les Mandjia, elle fut mal accueillie et eut à soutenir leurs hostilités pendant un mois. Quand la paix fut conclue, l'expédition continua sa marche vers le nord; le 2 septembre, elle arriva sur le Gribinghi, l'une des branches du Chari, qu'elle dut traverser sur des radeaux ; elle trouva sur la rive droite un pays marécageux, habité par les Akounga, peuplade douce et intelligente.
Au delà du village de Finda (vers 8° de latitude nord), après avoir traversé pendant trois jours une région inhabitée , l'expédition arriva chez les Arétou. A partir de ce moment, elle eut de la difficulté à se faire comprendre : la langue avait complètement changé, et les interprètes
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n'étaient plus d'aucune utilité. Au village de Mandjalezzé (vers 8° 39'), l'expédition change de direction, laissant la rivière à droite pour atteindre le pays de Sara et rejoindre dans les environs de Goundi l'itinéraire de Nachtigal ; mais pendant quinze jours elle eut à endurer des fatigues, des privations et des ennuis : désertion des guides, manque de vivres, étapes forcées, marche dans les marais, enfin mauvaise disposition des indigènes.
Après avoir traversé la rivière Bahr-Sara, qui doit être un affluent du Chari , l'expédition rencontra des musulmans du Baghirmi , parlant
M. Maistre, explorateur du Soudan central.
l'arabe; mais n'ayant pas de marchandises suffisantes, elle ne put entreprendre de se rendre au Baghirmi, et elle tourna vers l'ouest; elle arriva le 21 novembre à Laï, ville de 5 000 habitants sur la rivière Logone, et résidence du sultan des Gabéri. Elle traversa les plateaux formant la ligne de partage entre les eaux du bassin du Tchad et celles de la Binué, atteignit cette rivière près de Guéroua et enfin arriva à Yola, capitale de l'Adamaoua. Là, elle se fournit à la Boyal Niger Company de ce qui lui était nécessaire pour continuer le voyage jusqu'à Ibi , où elle eut à sa disposition un vapeur de la même Compagnie, sur lequel elle descendit rapidement la Binué et le Niger.
Le 23 mars 4893, l'expédition Maistre arriva à l'embouchure du Niger, à Akassa, quatorze mois après son départ de Loango. Elle avait refait, en sens inverse et sur une circonférence plus large, la route suivie par Mizon.
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Historique. — Avec les îles Maurice et Rodriguez, Bourbon forme le groupe des Mascareignes, ainsi appelées du nom de Mascarenhas, navigateur portugais, qui les aurait découvertes vers 1508; cette dernière fut d'abord appelée Santa- Apollonia. Après que la France en eut pris possession en 1638, elle reçut le nom d'île Bourbon. Louis XIV la concéda à la compagnie des Indes orientales, qui, en 1G65, fonda Saint-Paul, première résidence du gouverneur. En 1721, l'île Maurice, sa voisine, abandonnée des Hollandais, devint aussi nôtre et s'appela île de France. Toutes deux prospérèrent par la culture de la canne à sucre, sous les gouverneurs Daumas, la Bourdonnais et Poivre; mais, en 1810, elles tombèrent au pouvoir des Anglais. Bourbon nous fut rendue cinq ans après, mais non sa sœur, qui est encore britannique. La Révolution lui donna, en 1794, le nom d'île de la Réunion; l'empire, en 1806, celui d'île Bonaparte; puis elle reprit, comme à tour de rôle, ceux de Bourbon (1815) et de la Réunion (1848).
c Ce nom de Réunion ne veut rien dire, ajouterons -nous avec M. Onésime Reclus. L'île s'appelait Bourbon quand on la colonisa : réellement elle s'appelle encore ainsi. Flagornerie pour les heureux, insulte aux vaincus, enthousiasmes naïfs, foi dans des « éternités » qui vieillissent, mépris du vrai, offense à l'histoire, il y a de tout cela dans les changements de nom qui bouleversent la carte du monde. y>
Description physique. — L'île Bourbon est située dans l'océan Indien, par 21° de latitude sud et 53° de longitude est, à 600 kilomètres de la côte orientale de Madagascar. De forme elliptique, son grand axe, incliné au nord-ouest, a 71 kilomètres de longueur, de la pointe des Galets à celle de la Table. Sa superficie est de 2512 kilomètres carrés.
Le littoral a un développement de 207 kilomètres. Faiblement accidenté par le cap Bernard, la pointe des Galets et le cap Noir au nord- ouest, par les pointes des Cascades et de la Table au sud- est, il ne présente aucune baie profonde. Généralement bas et sablonneux, il n'a point de
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port naturel, mais seulement quelques mauvaises rades foraines exposées aux violents ouragans de cette région.
Vue de la mer, l'île apparaît comme un cône immense ou plutôt comme deux cônes juxtaposés, couverts de verdure ou de forêts. La nature de son sol, la disposition de ses plateaux en gradins, attestent que l'île est le produit d'éruptions volcaniques, dont les deux centres principaux sont marqués par les sommets du piton des Neiges et du piton de la Fournaise.
Le piton des Neiges, haut de 3069 mètres, et le Grand -Bénard, qui en a 2 892, sont entourés de trois cirques ou anciens cratères, appelés cirques de Salazie, de Mafate et de Cilaos. Ces cirques se sont formés par l'effondrement des laves et leur enlèvement par les eaux torrentielles qui se sont ouvert des passages vers la mer. Au sud-est de l'île, le piton de la Fournaise ou le Grand-Brûlé , haut de 2 625 mètres , est le seul volcan en activité ; mais il ne se réveille plus que par intervalles de 15 à 20 ans. Ses coulées de laves ont formé l'Enclos, dit aussi Grand -Brûlé, cirque grandiose de 45 kilomètres de pourtour, qui s'étend jusqu'à la côte, et dont les parois ont jusqu'à 300 mètres de hauteur.
Entre les deux cônes volcaniques s'étendent des plateaux élevés de 1 600 mètres d'altitude moyenne et désignés sous les noms de plaines des Salafres, des Cafres, des Palmistes. De ces plaines on descend par degrés vers la côte, et la plupart des habitations et des cultures se sont groupées sur les pentes inférieures.
Le massif de l'île est sillonné d'une multitude de ravines profondes, creusées par les torrents qui se rendent directement des plateaux à la mer comme autant de rayons d'une circonférence. Les plus considérables sont les rivières du Mât, des Galets et de Saint-Étienne, qui sortent des trois cirques de Salazie, de Mafate et de Cilaos, et celle des Marsouins et de l'Est. Ces torrents, loin de servir à la navigation, ont peine à porter leurs eaux jusqu'à la mer, et leur encaissement les rend peu propres même à l'irrigation. Toutefois un canal d'irrigation arrose la commune de Saint-Pierre ; l'île a quelques étangs dans l'intérieur et sur la côte, notamment celui de Saint-Paul (16 hectares) ; les cirques de Salazie et de Cilaos renferment des sources thermales.
Le climat de la Réunion, grâce à son relief, est varié et salubre : on n'y connaissait aucune maladie avant l'introduction des travailleurs indiens. La température moyenne sur le rivage est de 24°, mais elle est moindre sur les plateaux, et les sommets se couvrent même de neiges temporaires. Les pluies, très abondantes, donnent 1 mètre 80 centimètres d'eau en moyenne par an , et jusqu'à 5 mètres à Saint- Benoît, exposé au nord-est. C'est dans la saison de Y « hivernage n, de novembre à mai, caractérisée par la chaleur et les grandes pluies qui l'accompagnent, qu'ont lieu ces funestes ouragans ou cyclones et les raz
de marée si redoutés des habitants et des marins : celui de 1829 détruisit vingt navires, ainsi que tous les caféiers qui faisaient la principale richesse de l'île. La « belle saison » est due aux vents plus rafraîchissants qui soufflent du sud -est.
Sauf un peu de fer magnétique, extrait des sables de la plage, l'île a peu ou point de minéraux. Les animaux, même domestiques, sont aussi très rares. En revanche, la végétation est riche en fruits et en légumes; mais les forêts ont été en grande partie détruites par un défrichement inconsidéré.
Carte de l'île de la Réunion.
Voici quelques détails sur les volcans de la Réunion et leurs sources thermales, et sur le cyclone de 1879 :
Les volcans de Bourbon. — «... Bien que les feux souterrains aient singulièrement diminué d'intensité , et que l'un des deux volcans aient cessé depuis plusieurs siècles d'être dangereux, partout on retrouve des traces de la force ignée. Ici, des sources thermales qui jaillissent : à 872 mètres d'altitude, la source de Salazie, qui contient de l'acide carbonique; à 682 mètres, celle de Mafate, sulfureuse et ferrugineuse ; celle de Cilaos, dans le Bras - Rouge , dont la température s'élève à 48°, et qui est alcaline, acidulé et ferrugineuse ; là, des champs de lave, et, à l'extrémité orientale de l'île , le piton de Fournaise , sombre cratère qui , de temps à autre, allume ses incendies sur l'horizon. Par bonheur ses éruptions ne sont jamais accompagnées de tremblements de terre, ce qui indique le facile dégagement des gaz et peut-être aussi l'apaisement du foyer comburant. Le volcan semble les annoncer par un bruit sourd et continu.
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Bientôt une lave enflammée déborde du cratère et tombe dans la plaine , où elle continue de brûler ; par bonheur le fleuve de feu se dirige toujours du côté de la mer, c'est-à-dire vers le seul côté où une issue lui soit ouverte. De temps à autre il s'arrête, parce que la lave se refroidit ; mais de nouveaux flots de bitume ou de métal arrivent pour l'alimenter, et il continue sa marche avec un bruit assourdissant. Quand il arrive sur la côte, on entend comme le frissonnement de l'eau froide qu'on laisse tomber sur du fer rouge : c'est la lave qui tombe dans l'océan en cascades étincelantes.
<r La Réunion continue donc à être le théâtre de phénomènes volcaniques , mais qui ne présentent plus aucun danger pour la sécurité de ses habitants. Pourtant, le 29 novembre 1875, un grand malheur a frappé notre colonie. Une partie du piton des Neiges et du Gros -Morne s'est écroulée dans le cirque de Salazie, ensevelissant sous ses débris le village du Grand-Sable, situé sur les bords du torrent des Fleurs-Jaunes. Plus de 150 hectares ont été ainsi recouverts par des milliers de mètres cubes de rochers et de terre, qui forment, dans tout cet espace, comme un manteau d'une épaisseur de 40 à 60 mètres. Près de 120 victimes ont été ensevelies sous ces débris, sans qu'il fût possible de songer à retrouver leurs cadavres. »
Comme complément à la relation précédente, un de nos amis de l'île Bourbon nous adresse la note suivante : « L'éboulis s'est détaché du Gros- Morne, lequel est adhérent au piton des Neiges. Il y a eu soulèvement du sol et tremblement de terre au moment de l'éboulement. Une case renfermant une famille, les arbres qui avoisinaient cette case, et une petite parcelle du terrain, ont glissé à 200 mètres de distance. Une autre case, vide, a glissé, sans se désagréger, de la rive droite sur la rive gauche de la ravine des Fleurs- Jaunes , en passant sur les débris qui avaient comblé le lit de la rivière, parcourant ainsi un espace de près de 400 mètres. »
Le cyclone de 1879. — « Le cyclone a éclaté sur l'île, dans la nuit du 20 au 21 mars 1879, avec une violence excessive qui n'a pris fin que dans la matinée du 22. Le baromètre est descendu, le 21 à midi et demi, jusqu'à 727, l'une des plus fortes baisses observées depuis un grand nombre d'années.
« Dès le 20 au matin, il était déjà arrivé à 759 : la mer grossissait d'heure en heure; mais l'on espérait que le cyclone passerait au large. Vingt et un navires (dont neuf à Saint-Denis) se trouvaient alors sur les différentes rades. A midi , l'ordre était donné aux capitaines de rallier leur bord; à une heure et demie, le signal d'appareillage leur était fait. Cette mesure, due à l'initiative du capitaine du port, a préservé ces navires, qui eussent été perdus s'ils avaient conservé le mouillage. Les navires déradés ont été obligés de tenir la mer pendant plusieurs jours ; mais iJs
sont tous successivement rentrés, après avoir subi des avaries plus ou moins considérables.
« Le navire anglais China est venu se perdre sur le littoral de Saint- André, à l'embouchure de la rivière du Mât; ses neuf hommes d'équipage ont été sauvés. Les navires autrichien Volunteer et anglais Margarel Wilkie, rentrés à Saint -Paul le 27 mars, ont recueilli, le premier, l'équipage du navire anglais Revival of Cardigan, et le second, celui du navire italien Gloria, tous deux déradés de Maurice, où le cyclone a sévi, mais avec bien moins de vigueur qu'à la Réunion. Aucun bâtiment de l'État ne se trouvait dans l'île.
« Trente- cinq personnes ont péri, tuées sous les débris de leurs maisons ou noyées. On compte de nombreux blessés. La plupart des édifices publics et des propriétés particulières, dans les villes comme dans les communes rurales, sont plus ou moins endommagés et réclament de coûteuses réparations.
« Les routes sont coupées ou ravinées, plusieurs ponts ont été enlevés; les quais, les radiers des rivières et d'autres ouvrages ont été détruits sur plusieurs points. Les petites cultures sont dévastées. Les maïs, les vivres, sont perdus. Les cafés et les vanilles ont beaucoup souffert. La grande culture n'a pas non plus été épargnée. Les cannes, déjà hautes, ont été brisées ou couchées, et l'on estime que la récolte sera réduite d'un quart et peut-être même d'un tiers sur les habitations les plus éprouvées.
« A Saint-Denis, neuf personnes se sont noyées en cherchant à échapper à l'inondation. On annonce la disparition de plusieurs familles avec l'îlot qu'elles habitaient dans la rivière Mât. Dans les hauts de la rivière des Galets, une famille composée de cinq personnes a également disparu. Il est à craindre que le nombre des victimes n'augmente encore lorsqu'on aura pu pénétrer dans les points habités de l'intérieur.» (Journal officiel de la République française. Avril 1879.)]
Géographie politique. — ■ La population de l'île est malheureusement en décroissance. De 210000 habitants en 4867, elle n'en compte plus en 1887 que 163000, dont un millier de Français.
La superficie étant de 2 512 kilomètres carrés, la densité de la population est de 65 habitants par kilomètre carré, un peu moins qu'en France. La population comprend 120000 soi-disant Français, dont 30000 blancs ou créoles, un nombre triple de noirs affranchis, de Malgaches et de Métis , auxquels sont venus se joindre 30000 Hindous, 8000 Cafres, 5000 Malgaches, engagés comme travailleurs aux cultures, et quelques centaines de Chinois négociants.
Les blancs sont des créoles issus d'anciennes familles françaises plus ou moins alliées aux Malgaches, et quelques autres Européens.
Toute la population indigène parle le français, ainsi que le créole,
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mélange de vieux français et de malgache. Elle est catholique ; Févêché de Saint- Denis, formé en 4851 , relève de l'archevêché de Bordeaux.
Les travailleurs immigrants sont païens ; car, leur séjour dans l'île n'étant que temporaire , il est difficile de les christianiser.
L'île est administrée par un gouverneur civil, assisté d'un conseil privé
Cabanes ou paillotes abritant les Malabares des sucreries , à Bourbon.
et d'un conseil général. Elle envoie au parlement français un sénateur et deux députés.
Elle se divise en deux arrondissements , dont la circonscription est déterminée à peu près par la ligne de partage des eaux.
L' 'arrondissement du Vent comprend neuf communes, savoir, du nord au sud : Saint-Denis, Sainte-Marie, Sainte - S usanne, Saint-André, Salazie, Bras-Panon, Saint-Benoît, Plaine- des -Palmistes et Sainte- Rose.
Y? arrondissement sous-le-Vent est composé de sept communes : Saint-
Paul, Saint-Leu, Saint-Louis, Saint-Pierre, Entre- Deux, Saint- Joseph et Saint- Philippe.
Le territoire très étendu de ces communes s'étend généralement de la côte jusqu'au sommet des montagnes, de sorte que la population indiquée parles chefs-lieux comprend aussi celle des villages de la campagne.
Les seize communes bourboniennes renferment trois villes : Saint-Denis, Saint-Pierre et Saint-Paul, avec cinquante -trois bourgs ou villages.
Saint-Denis, 30000 habitants, située au nord de l'île, est le cheflieu de la colonie et de l'arrondissement du Vent. Siège du gouvernement, d'une cour d'appel, de l'évêché et d'un lycée, cette ville s'agrandit et s'embellit chaque jour, mais elle n'a pas de port. Elle a érigé des statues à la Bourdonnais et à Poivre, anciens gouverneurs de la colonie.
Saint-Benoît, 10000 habitants, à l'est et à l'embouchure de la rivière des Marsouins, a donné naissance à l'amiral Bouvet, le premier des enfants de la colonie qui fut appelé à la gouverner.
Saint-Pierre, 24-000 habitants, bâtie en amphithéâtre sur la côte sudouest, est le chef- lieu de l'arrondissement Sous-le-Vent ; elle a un port artificiel assez commode, bien qu'insuffisant.
Saint-Paul, 25000 habitants, sur la côte nord-ouest, est resserrée entre la côte et un étang de 16 hectares. C'est là que les premiers colons s'établirent en 1655. Sur son territoire on creuse le port de la Pointe des Galets.
Commerce. — Le café, qui faisait jadis la réputation de Bourbon, est en complète décadence. De 3 millions et demi de kilogrammes, la production est tombée, en moins d'un siècle, à 500000 kilos. Les arbres à épices : girofliers, muscadiers, poivriers, ont complètement disparu. La culture de la canne à sucre, qui occupe environ 30000 hectares, est presque l'unique industrie de l'île. C'est pour elle qu'il a fallu, depuis l'émancipation des esclaves en 1848, recourir aux travailleurs libres de l'Inde, de la Chine et des côtes d'Afrique. Néanmoins la production du sucre est tombée de 70 millions de kilogrammes en 1860, à 30 millions en 1888. Celte décadence explique le dépeuplement de l'île.
La culture des haricots, du thé, du maïs, de la vanille, du manioc, des patates, des légumes, est en progrès.
L'insuffisance d'élevage du bétail (8000 bœufs, 30000 moutons et chèvres, 2 000 chevaux) et une industrie manufacturière presque nulle font recourir à l'étranger pour les approvisionnements de toute espèce. Les forêts couvrent environ 50000 hectares.
Le commerce intérieur dispose d'une route, d'un chemin de fer à voie étroite et de fils télégraphiques faisant presque le tour de l'île, par Saint- Benoît, Saint -Denis et Saint -Pierre.
Le commerce extérieur s'est élevé en 1888 à 39 millions de francs,
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dont 16 millions pour les exportations ; il se fait pour la moitié avec la France, le reste avec Maurice, Madagascar et l'Inde anglaise et française.
Les exportations consistent surtout en sucre, pour environ 12 millions de francs, en café pour un million, en vanille, rhum, caoutchouc, clous de girofle; et les importations, en vins, tissus, meubles et machines provenant de France, en denrées alimentaires, riz de l'Inde et bétail de Madagascar.
Les villes de commerce sont surtout Saint-Denis et Saint-Pierre. Entre ces deux villes, un port nouveau avec bassin creusé dans une plaine de sable à la pointe des Galets, au nord de Saint- Paul, a été ouvert en 1886, et n'a pas coûté moins de 60 millions. Les messageries maritimes font communiquer chaque mois Saint-Denis avec le Havre, Marseille et Saint- Nazaire par le canal de Suez et le Cap.
En attendant qu'un câble sous-marin soit établi à Bourbon, celui de Zanzibar à Aden fait le service des correspondances avec l'Europe.