‹ La France coloniale illustréeChapitre 46 sur 80 · I. — NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

I. — NOTICE HISTORIQUE

La France ne possède pas encore de fait la grande île africaine de Madagascar, mais elle y a des droits incontestés, le traité de 1885 et l'expédition militaire de 1895 en font présager la possession dans un temps plus ou moins rapproché.

Découverte par les Portugais, que ce soit en 1500, par l'un des lieutenants de Cabrai, ou en 1506, par Lorenzo d'Alméida, qui lui aurait donné le nom de son patron, Saint-Laurent , Madagascar, après des tentatives infructueuses de colonisation portugaise, vit arriver les navigateurs normands plus d'un siècle après. En 1642, Richelieu, voulant doter la France d'établissements d'outre-mer, créa la Compagnie de F Orient, dont les agents reçurent mission de se rendre à Madagascar <r pour y ériger colonies et commerce et en prendre possession au nom de Sa Majesté très chrétienne ».

A partir de 1648, les Français, conduits par Pronis, s'établirent successivement sur la côte orientale, à l'île Sainte-Marie et dans la baie d'Antongil, à la baie Sainte-Luce, puis à Fort-Dauphin, à Tamatave, à Fénérive et à Foulepointe. Malheureusement l'insalubrité de la côte, jointe à la mauvaise administration et aux cruautés de Pronis et de ses compagnons, qui pratiquèrent même la traite, capturant et vendant les indigènes qui approvisionnaient le Fort- Dauphin, firent échouer ces entreprises et attirèrent sur les blancs la haine des pauvres Malgaches, qui les avaient cependant reçus avec joie.

Toutefois, vers 1650, de Flacourt fut d'abord plus heureux et releva Fort- Dauphin; mais bientôt ses cruautés suscitèrent de nouvelle* guerres avec les indigènes.

En 1664, sous Louis XIV, la < Compagnie des Indes orientales », fondée par Colbert, succédant à la <r Société de l'Orient » , obtint pour siège principal d'exploitation Madagascar, qui prit officiellement les noms d'ile Dauphine et de France orientale. Les tentatives de colonisation recommen-

cèrent, mais échouèrent pour les mêmes causes que les précédentes : les derniers colons, expulsés par les indigènes, se réfugièrent à l'île Bourbon (1672), et la Grande -Terre, bien que « réunie au domaine de la couronne j> , continua pendant un siècle à être la proie des pirates et des négriers.

Carte de l'île de Madagascar.

En 1720, sous le ministère de Choiseul, la petite île Sainte -Marie fut achetée aux chefs de la côte. En 1773, Louis XV envoya 300 hommes conduits par le Hongrois Benyowski; celui-ci s'établit dans la baie d'Antongil et acquit une grande influence sur les Malgaches de la côte, qui le proclamèrent leur roi; il fit d'incroyables efforts pour annexer l'île à la France, et revint même à Paris pour faire agréer son projet. Le gouvernement commit une grande faute en ne profitant pas de ses offres. Bien

MADAGASCAR

plus, cet homme extraordinaire, rentré dans l'île, fut en butte à l'opposition jalouse des colons de Bourbon et de l'Ile de France, qui le firent assassiner en 4786.

Sous la Révolution et l'Empire , d'autres essais furent également infructueux, et en 1811 tous les postes français tombèrent au pouvoir des Anglais, qui depuis plusieurs années déjà aidaient les Hovas de l'intérieur à s'organiser en peuple conquérant.

Types Jioyas de Madagascar.

Le traité de 1814, en rendant à la France plusieurs de ses colonies, notamment Bourbon, ne stipula rien pour Madagascar, tandis que l'article 8 déclarait la cession à l'Angleterre de l'île Maurice « et de ses dépendances ». Cette formule pouvait prêter à équivoque, si l'on considérait les droits sur Madagascar comme « dépendances de la possession de Maurice ». Quoi qu'il en soit, tandis que nous continuions à influencer les chefs de la côte et à obtenir d'eux des concessions territoriales, le gouverneur anglais de Maurice, sir Furquhar, sut agir contre nous en aidant le jeune roi des Hovas, Radama Ier, à se rendre peu à peu maître de toute l'île. En 1817, ce prince, doué d'une intelligence remarquable pour sa race, et désireux de doter ses peuples d'une civilisation à l'européenne, conclut avec les Anglais un traité par lequel il se déclarait leur allié et supprimait

la traite des esclaves dans son royaume. Il accueillit les missionnaires méthodistes de Londres , et ceux-ci , après avoir créé des écoles à Tananarive et ailleurs, finirent par acquérir sur l'esprit de la cour une influence qui dure encore actuellement.

En 1825, Radama fit expulser les Français de Fort-Dauphin et de Foulepointe. Après sa mort, arrivée en 4828, sa veuve Ranavalona lui succéda; mais, subjuguée par le vieux parti hova et par les prêtres des idoles, son long règne se signala par des cruautés sur ses propres sujets et par une réaction contre les étrangers, qui furent souvent malmenés, malgré plu-

Tananarive. — Une batterie de canons et le palais de la reine.

sieurs interventions des navires de guerre anglais et français. Toutefois un de nos compatriotes, du nom de Laborde, avec l'approbation de la reine, sut créer près de Tananarive un vaste établissement industriel comprenant forges, fonderie de canons, verrerie, tuilerie, ateliers de menuiserie et de charronnage. Un autre Français, M. Lambert, exerça une certaine influence sur l'esprit même de Ranavalona et de son fils Radama II, qui, lui ayant succédé en 1861, conclut avec Napoléon III un traité où celui-ci le reconnaissait comme « roi de Madagascar ». Radama accordait les plus grandes faveurs aux Français; mais bientôt après, étranglé par les réactionnaires hovas, il fut remplacé en 1865 par sa veuve Rasoaherina, et en 1869 par sa nièce Ranavalona IL Celle-ci, ayant épousé son premier ministre, se convertit au protestantisme, et subit dès lors l'ascendant des méthodistes anglais.

Cependant la paix se maintenait à l'intérieur, et les missions catholiques françaises elles-mêmes étaient très florissantes dans l'île, lorsqu'en 1883,

MADAGASCAR

les réclamations du gouvernement français au sujet de quelques faits peu marquants n'ayant pas abouti, l'amiral Pierre vint bombarder et occuper Mazunga, sur la côte nord -ouest, Vohémar, Tamatave, Foulepointe, sur la côte orientale. La guerre, menée peu vigoureusement par notre expédition, qui pendant deux ans se contenta de bloquer l'île et d'inquiéter les côtes, aboutit néanmoins au traité signé le 17 décembre 1885.

Ce traité reconnaît la reine des Hovas comme souveraine de l'île entière et lui rend tous les postes occupés par nos troupes, sauf la baie de

Tananarive. — Entrée du palais.

Diego -Suarez. La France abandonne ainsi ses droits particuliers de protection sur les peuples malgaches de la côte nord-ouest et nord-est. Les étrangers ne pourront pas acquérir de biens dans l'île, mais seulement les affermer pour un temps renouvelable. Par contre, une indemnité de 10 millions est accordée par le gouvernement hova aux nationaux français et étrangers pour les pertes subies pendant les hostilités; les douanes du port de Tamatave resteront entre nos mains jusqu'au payement intégral de cette indemnité. De plus, la France acquiert le droit de construire dans la baie de Diégo-Suarez des établissements militaires à sa convenance, ce qui lui permettra d'en faire une position maritime du premier ordre. Le point capital c'est que la reine des Hovas subit la présence à

Tananarive d'un résident officiel français, ayant en mains toutes les relations diplomatiques avec les puissances étrangères, sans « toutefois s'immiscer dans l'administration intérieure des États de Sa Majesté la reine »,

C'est là une sorte de <r protectorat » déguisé; et, bien que le mot n'ait pas été introduit, il eût suffi d'agir avec prudence et fermeté pour en amener tous les effets. Du reste, par le traité du 5 août 1890, l'Angleterre nous a abandonné ses droits sur Madagascar : diplomatiquement, l'avenir nous appartient.

Malheureusement les relations n'ont jamais été cordiales avec le gouvernement liova, jaloux de ses droits, et cherchant à éluder ceux de la

Tananarive. — Cour intérieure du palais.

France. En janvier 1895, les choses en sont à ce point que les étrangers sont sortis de l'île et qu'une expédition militaire considérable se prépare à faire la conquête du pays.

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