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III. — GÉOGRAPHIE POLITIQUE

Ethnographie. — La population de Madagascar est vaguement évaluée à 4 millions d'habitants, ce qui, pour une superficie de 600 000 kilomètres carrés , donne 7 habitants de densité par kilomètre carré en moyenne. Mais le plateau central est beaucoup plus peuplé.

On distingue trois races ethnographiques principales , assez mêlées :

1° les Hovas, de race malaise ou brune, dont les ancêtres auraient été transportés de la Malaisie à Madagascar par le hasard de la navigation et des courants marins. Intelligents, énergiques, rusés, ces Hovas habitent l'intérieur et dominent toute l'île; 2° les Sakalaves, les Betsimisaraks, les Baras et autres Malgaches de race nègre, les uns cultivateurs, les autres sauvages, peu industrieux et habitant les plaines côtières, surtout à l'ouest; 3° les blancs, les mulâtres et les métis, résultant du croisement des Arabes, peut-être des Juifs, des Cafres originaires du continent voisin; tels sont les Antalots de la côte sud -est, les Betsiléos des plateaux du centre.

Ces populations sont généralement ignorantes, païennes, superstitieuses, exploitées par des « sikydis » et des « ombiènes » ou sorciers ; toutefois la reine et sa cour sont devenues protestantes de la secte des méthodistes ou Wesleyens, et les missions des jésuites comptent près de 100000 indigènes catholiques répartis en 450 stations ou villages. Les écoles chrétiennes tenues par des Sœurs et des Frères français sont assez nombreuses, et renferment 40000 élèves.

Yoici un témoignage, non suspect de partialité, rendu au succès de ces écoles par le journal le Temps, en date du 1er novembre 4888 :

« Les examens des écoles françaises ont eu lieu le 23 octobre pour les filles et le lendemain pour les garçons. Pour la première fois depuis la guerre, cette fête était célébrée avec quelque solennité ; elle était présidée par M9r Cazet, évêque de Madagascar, assisté de M. Larrouy, résident général intérimaire, de M. Daumas, résident de France, du ministre de

l'instruction publique et de quelques agents supérieurs du gouvernement malgache. Les questions ont porté exclusivement sur la langue française, que les enfants des deux sexes étudient maintenant dès leur entrée dans les écoles. Les progrès, satisfaisants chez les jeunes filles, sont remarquables à l'école des Frères des Écoles chrétiennes, où les élèves de deuxième année parlent assez bien le français pour raisonner dans cette langue les problèmes d'arithmétique et de système métrique qu'ils ont eus à résoudre. Pendant la fête, la musique des Frères, qui est devenue excellente, nous a fait entendre ses meilleurs morceaux. On ne peut donc que féliciter les Sœurs et les Frères du soin qu'ils apportent dans l'éducation des jeunes Malgaches et de la direction des études. Aussi le nombre de leurs élèves augmente-t-il de jour en jour; sept des petits-fils du premier ministre et plusieurs enfants appartenant aux premières familles du pays, qui sont protestantes, suivent les cours des écoles françaises; cela vous dira en quelle estime sont tenus nos modestes instituteurs. »

Le code civil et criminel malgache est très rigoureux , même barbare ; les épreuves judiciaires par l'eau, le feu, le fer, le poison, sont en usage. La justice est rendue dans des assemblées populaires appelées « kabar ».

L'intérêt d'actualité qui se rattache à la conquête de Madagascar nous porte à donner ici quelques détails sur l'état social et les mœurs des Malgaches.

État social des Malgaches. — « Bien que la fusion entre les diverses races qui peuplent Madagascar soit loin d'être achevée, dit M. Vivien de Saint-Martin, le climat, des rapports continuels, une organisation politique peu différente, surtout l'usage d'une même langue dans tout le pays, ont donné aux habitudes, aux mœurs et aux coutumes de tous les Malgaches un caractère de similitude si prononcé, qu'il est possible de tracer à cet égard un tableau qui leur soit commun.

« Ainsi on peut dire que, sauf quelques exceptions, les Malgaches, comme tous les peuples dans l'enfance, sont curieux, superficiels, vantards, superstitieux, vindicatifs, sensuels, crédules, prodigues. Leur aversion pour tout exercice, soit corporel, soit intellectuel, est assez prononcée. Ils sont paresseux, et, s'ils travaillent, ce n'est que par force; leur jeunesse se passe dans l'oisiveté et les divertissements; leur vieillesse s'écoule dans l'indolence. Vivant au jour le jour, le présent est tout pour eux. La dissimulation, la fourberie, loin d'être considérées par les Hovas comme des vices, sont les objets de leur naïve admiration. Dans leur opinion, la mauvaise foi et la ruse sont des signes de capacité, d'habileté, de talent. La sensualité est générale à Madagascar. La polygamie est usitée dans toute l'île; le moindre chef de village possède d'ordinaire plusieurs femmes. Cependant, depuis l'adoption de la religion chrétienne comme religion d'État chez les Hovas, ceux-ci n'en prennent plus qu'une. L'ivro-

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gnerie n'a aucune borne chez la plupart des tribus, excepté dans l'Imérina ; et la passion des Malgaches pour les boissons alcooliques dépasse toute idée.

<r Mais, à côté de ces défauts, les Malgaches ont des qualités précieuses. Ils sont bons, affectueux, complaisants, hospitaliers. Les liens de la famille et de l'amitié sont très respectés parmi eux; l'animadversion publique vengerait l'oubli dans lequel un parent ou un ami laisserait son parent ou son ami malheureux, et le fatidra, ou serment du sang, est scrupuleusement tenu. L'amour des mères malgaches pour leurs enfants est extraordinaire, et la vénération des Malgaches pour les tombeaux est profonde. A la mort, comme à la naissance, il y a des prières et des sacrifices de bœufs ou de taureaux ; ces usages sont cependant tombés en désuétude chez les Hovas. Gomme tous les peuples indolents et sensuels, les Malgaches aiment passionnément la poésie et la musique. Tous les voyageurs parlent de leur éloquence. L'art oratoire est très cultivé chez eux, et leur langue s'y prête admirablement.

« Les coutumes superstitieuses sont très nombreuses à Madagascar, mais il est impossible de les connaître toutes, parce que les indigènes se cachent ordinairement des étrangers pour les accomplir. Partout l'on trouve des individus qui, outre le métier de médecin, exercent aussi celui de devin. Ces prétendus sorciers ont la plus grande influence sur l'esprit des indigènes, et il n'est guère d'affaires qu'on entreprenne sans les consulter. Les Malgaches font aussi un grand usage d'amulettes ou talismans; ils leur attribuent toutes sortes de vertus, même celle de faire connaître ce qui doit arriver.

i Le costume national des Malgaches se compose de deux pièces d'étoffe blanche, dont l'une, le sadika, entoure les reins, revient entre les jambes et fait l'office d'un caleçon, et dont l'autre, le simbo, drape largement le corps, les épaules et les bras. Dans les jours de fête, le simbo est remplacé par le lamba, qui est plus riche et plus beau. La tête, les jambes et les pieds sont ordinairement nus. Les Malgaches des castes guerrières de l'intérieur ont le corps couvert de cicatrices artificielles qui représentent diverses figures. Elles sont le résultat de tatouages qu'on leur fait dans leur enfance. Dans l'entourage de la reine, à la cour, les nobles et les officiers ont adopté le costume européen.

<r Le riz, dans l'est et dans le centre; le maïs ou le manioc, dans l'ouest, forment la base de la nourriture chez les Malgaches. Ils y joignent des légumes, des fruits, de la volaille, et parfois de la viande de bœuf.

« Les habitations sont, en général, des cases hautes d'environ deux mètres, espèces de chaumières composées d'une carcasse en charpente, couverte soit de feuilles de ravinala sur la côte est , soit en joncs ou en pisé dans l'intérieur, soit en roseaux dans l'ouest. Une natte étendue sur Je sol, une tente ou panier carré pour serrer leurs objets les plus pré-

cieux, une calebasse et une marmite, voilà à peu près tout le mobilier. La case du chef, excepté chez les Hovas, est absolument semblable à celle des autres habitants, et ne s'en distingue que par une perche à l'extrémité de laquelle est attaché un lambeau d'étoffe comme signe d'autorité. » (Vivien de Saint-Martin, Dictionnaire Géographique.)

Superstition des Malgaches1. — I. Métamorphoses. — « Ayant lu dans une revue que, d'après certains écrivains, Madagascar posséderait encore le <r singe proto-type de l'homme y, j'ai pensé qu'on pourrait bien

Indigène de la côte de .Madagascar vendant du charbon.

y trouver aussi la légende du « merveilleux changement » ; j'ai donc consulté les archives locales, et voici ce que j'ai découvert; je livre ce travail sans prétention et le recommande aux philosophes modernes.

« C'est à tort que certains savants (darwinistes) s'attribuent celle du « singe devenu homme ». Bien avant la mise au jour de leurs fausses déductions, il y avait à Madagascar des castes et des familles revendiquant l'honneur de descendre de ces colons velus de la forêt, et, plus logiques que nos docteurs, ces gens tiraient les conséquences pratiques de leur opinion, en honorant leurs prétendus ancêtres durant leur vie et en les ensevelissant après leur trépas.

1 D'après le R. P. Abinal, missionnaire catholique. Cette étude ethnographique et psychologique, du plus haut intérêt, nous parait mériter sa place ici. Nous la citons en l'abrégeant.

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<r La légende rapporte qu'un condamné à mort fuyait à travers champs devant son exécuteur armé d'un long coutelas. D'aventure, il parvient dans la forêt et se jette au milieu des broussailles au pied d'un arbre. Le bourreau arrive aussi et cherche. Il regarde et scrute chaque fourré ; mais, à sa grande surprise, il ne voit qu'un singe grimaçant sur la branche, au lieu d'un homme qu'il s'attendait à trouver au pied de l'arbre, blotti et glacé de peur. C'est fort étrange, se dit- il, je poursuis un homme, et le voilà qui devient singe en un clin d'œil ! Il devait assurément être inno-

Femme de Madagascar.

cent. Là-dessus il se retire, et l'homme-singe s'enfonce dans la forêt; il s'y allie avec ceux de son espèce et s'y crée une famille.

<r Or on ne sait par quel procédé la chose s'opéra, mais la légende ajoute qu'au bout d'un court espace de temps les petits -fils naquirent hommes, des pieds jusqu'à la tête. A l'inverse de leur grand -père, ils montèrent au lieu de descendre, et eurent le bon sens de regagner le côté le plus noble. Leurs fils, dont on trouve les familles sur la lisière de la forêt, au versant oriental de l'île, respectent le babakoto, qui est sacré pour eux...

« Un jour le P. Pagès ayant, sans malice et sans intention, lâché la détente de son fusil dirigé contre un arbre chargé d'oiseaux, étendit mort, avec les volatiles, un de ces types arriérés grimpant encore sur les arbres.

Fier de son coup, le bon Père prétendait faire de la viande un ragoût, et de la peau une fourrure; mais il avait compté sans ses porteurs, parmi lesquels le tué avait des petits-fils ; ils revendiquèrent à cor et à cri le cadavre de leur aïeul. Le Père voulut rire, mais on le fit composer par la révolte ouverte et le refus net d'aller plus loin. Se voyant abandonné au milieu de la forêt, le chasseur se rendit et livra le gibier. Le singe mort reçut les honneurs de la sépulture. Les fils donnèrent le suaire d'usage, y enveloppèrent son corps, lui fournirent un double linceul de rabanne, le portèrent à une fosse creusée pour lui, lui offrirent des chevelures ainsi que des pleurs et des lamentations, chantées et sanglotées tour à tour : conséquence tout aussi risible, mais mieux tirée, que celle des patrons de « l'homme-singe a queue retranchée j>.

« Plusieurs tribus, sur tous les points de l'île, se donnent une généalogie plus forte, mais moins agile : leur première source serait le caïman. A les en croire, un beau jour, les caïmans et les hommes furent fort étonnés, les premiers en se voyant devenir hommes, et ceux-ci de ne plus voir de caïmans. Malheureusement la métamorphose fut partielle, et beaucoup de sujets conservèrent les goûts et les appétits des caïmans. La descendance bipède, furieuse de passer ainsi sous la dent de frères implacables, menaça d'user de représailles. On discuta de part et d'autre, et à la fin on pactisa.

« Il n'est peut-être pas, dans toute l'île, une classe d'animaux ou d'oiseaux qui n'ait eu sa métamorphose en homme. Toutes ces castes se targuent de leur origine, et chacune respecte l'opinion de l'autre. Ces gens ont plus de foi en ces fables qu'à la lumière du soleil, tant il est vrai que le diable ravale et fait perdre de vue l'origine divine, afin de couper le chemin du retour à Dieu... »

II. Métempsycose. — « La foi à la métempsycose , comme croyance subjective, est universelle à Madagascar. Tous, à quelques exceptions près, admettent que l'âme de certains individus, de quelques peuplades même, émigré à la mort pour aller résider dans le corps des bêtes. Cependant l'âme du Betsiléo mourant n'entre point indistinctement dans un corps quelconque, car le premier venu n'est pas toujours digne de loger un tel hôte. Chacun sait d'avance chez qui il ira, attendu que son animal-domicile lui est marqué par son sang ou son origine. Aux nobles, le boa; aux roturiers, le caïman ou le crocodile; à la lie populaire, le toua, anguille assez semblable au thon de mer. Le menu fretin du peuple, dont l'âme passe chez les anguilles, use du procédé suivant pour faciliter et hâter la transmigration. Après le dernier soupir on ouvre le cadavre, on en retire toutes les parties internes, on les jette dans le lac sacré; l'anguille qui en goûte devient le domicile de l'âme avalée avec la première bouchée. Le Betsiléo ne mange point de cette anguille.

«■ Quand un noble passe de vie à trépas, sa demeure est mise en état

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de siège et interdite à tout mortel, excepté à la famille, aux esclaves et aux amis, afin de le laisser tranquille opérer le travail de sa permutation. Son corps, enveloppé de tissus de soie, est sanglé verticalement le long du pilier central de sa case. Sous ses pieds repose une gamelle d'argent, à son défaut un vase de porcelaine, afin de recevoir la matière liquide, résultat de la décomposition, à travers les étoffes. Au bout d'un certain temps, le liquide du bassin fourmille d'insectes ou vers grouillant et grossissant dans cette matière putride, qui devient boueuse. Ce n'est point là le résultat attendu ; on veille donc encore , et on s'enivre pour tuer le temps. Enfin paraît une grosse larve à tête noire qui dévore tous ses compagnons, vers et insectes. C'est lui, le noble, qui a terminé son travail. Le voilà en germe de vipère; bientôt, du train où il va, il sera couleuvre et enfin boa.

« Le boa ancêtre, le vrai boa, se nomme fanano, en langue du pays. Quelquefois il y a réception du fanano au village où le noble est mort. Quand il paraît, la parenté se porte à sa rencontre, étend à terre sur son passage un beau tissu de soie, et l'invite à s'y placer. S'il ne comprend pas, on l'y pose. Ensuite le chef le salue au nom de tous et ouvre le dialogue en ces termes : « Comment va Monseigneur? » L'ancêtre entortillé lève la tête, c'est-à-dire qu'il va bien. Le chef ajoute : « On va immoler un grand et gros bœuf en l'honneur de Votre Seigneurie. » Le grand-père, ne se sentant plus de joie, enfonce sa tête au centre de ses replis et la fait glisser circulairement tout autour de lui.

« Le boa est sacré dans ces pays ; tout Betsiléo lui fait la révérence, genou en terre, le front courbé entre ses mains, comme à son seigneur vivant. Jamais une main téméraire ne lui ravit la vie : on croit que celui qui en aurait la criminelle audace mourrait sur le coup, victime de sa barbare témérité. Pour ma part, j'en ai occis deux, et, chose plus merveilleuse encore, je ne m'en porte pas plus mal. Mon premier exploit faillit bouleverser la province. Mes amis, après m'avoir en vain supplié de ne point me suicider de propos délibéré, prirent le large au moment du coup , afin qu'on vit bien que j'allais mourir victime uniquement de mon opiniâtreté. Dire tout ce que j'entendis de malédictions tomber sur moi, pendant que j'enlevais la peau de mon boa, est impossible : deux mille bouches étaient occupées à les faire pleuvoir. Le soir, on savait à dix lieues à la ronde que j'étais mort sur le carreau, et, huit jours après, la nouvelle de ma fin tragique, portée par la renommée, arrivait à la capitale ; on la publiait à la cour, c'est-à-dire à cent lieues du théâtre de l'événement. Je paraissais au bazar, et les yeux de dix mille personnes s'obstinaient à ne voir que mon ombre !

« Qu'on ne m'attribue ni l'invention ni même la broderie, car j'ai été témoin et acteur ; j'ai tout cliché sur place et fidèlement reproduit sur l'original ; je ne donne que la copie exacte , dans le but de glaner quelques

prières à l'intention de ces pauvres aveugles et des missionnaires qui les instruisent. » (R. P. Abinal. Extrait des Missions catholiques, 1880.)

Gouvernement. — Le gouvernement est monarchique absolu , mais réglé par des usages ; il est aux mains du premier ministre, époux de la reine. Depuis 1881, il y a huit ministères, à l'instar de ceux d'Europe. Un code pénal écrit a été promulgué, et l'esclavage est aboli. Le résident général français a le contrôle des affaires étrangères.

Les gouverneurs des provinces cumulent toutes les fonctions : militaire, civile, judiciaire et financière, et ce cumul conduit naturellement à la tyrannie et aux exactions de tout genre.

Les provinces, qui sont avant tout des divisions ethnographiques, n'ont que des délimitations et des dénominations très incertaines ; signalons, au centre, Ylmérina, Émyrné ou Ankhova, pays des Hovas : c'est la province la plus importante de l'île ; le Betsiléo, également important ; le Vurimu, le Maschikora; — à la pointe septentrionale, Y Ankara ou pays des Antankaras; — sur la côte orientale, Y Antavaratsi, le Betsimisaraka, le Betanimena, Y Antatsimu, Y Antaimuri, Y Antarai, Y Anossi, pays des Antonosses ; — sur la côte occidentale, \eBouéni, Y Ambongou, le Ménabé, trois provinces de Sakalaves; enfin, au sud, le Fereniani , le Mahafali et YAndrui, qui sont des régions désertes et sauvages.

Villes. — Tananarive, ou mieux Antananarivo, située à 1 400 mètres d'altitude, sur le plateau de l'Émyrné et dans le bassin supérieur de l'Ikoupa, est la capitale du royaume et la résidence de la cour. C'est une ville relativement considérable, à laquelle on donne de 50 à 100000 habitants, selon que l'on ajoute les villages formant faubourgs. Son nom signifierait la cité des mille (harivo) villages (tanna).

< Tananarive est bâtie sur les sommets et le flanc d'une montagne de granit; l'arête supérieure, quoique un peu arrondie en dos d'âne, n'offre pas une large surface ; les flancs sont à peine abrupts. De loin l'aspect est grandiose et original ; on ne voit d'abord à une assez grande distance que le grand palais de couleur grise qui domine tout ; peu à peu les autres palais du sommet se dégagent , ainsi que les clochers des temples méthodistes. Il y en a déjà plusieurs dont les flèches s'aperçoivent distinctement de loin. Du haut de la ville on a une vue magnifique ; c'est un immense panorama avec des lacs et des rivières qui s'étendent autant que la vue, et, à l'horizon, des montagnes d'une teinte bleue. Tout le pays est complètement déboisé... En somme, une montagne escarpée avec des palais d'une assez belle architecture au sommet ; sur les flancs, des aspérités et des anfractuosités irrégulières, des cases de toutes formes, entassées les unes sur les autres, séparées par des espaces étroits qui ne peuvent avoir aucun nom ; la malpropreté et l'aridité à peu près partout ; dans ces rues et ces maisons, une population qui a toujours l'air de se promener, de ne rien faire ; la plupart des hommes et des femmes , vêtus de blanc ,

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nu -pieds, marchant solennellement ou accroupis le long des murailles quelques-uns portés par des esclaves sur leurs filanzanes; des peaux jaunes, noires , cuivrées ; rien n'indiquant la souffrance, le malaise; des figures d'un aspect peu gracieux en général ; les uns avec des airs d'autorité; les autres , plus humbles , à l'air doux, passif ; du sommet de la ville et de tous les côtés, mais surtout vers le sud, un spectacle magnifique et une des plus belles vues qu'on puisse rêver, tel est le tableau offert par Tananarive ! »

(Dr Lagaze. )

Les provinces centrales renferment des villes ou plutôt de gros villages, plus nombreux et plus populeux que ceux des côtes, qui sont malsaines ; mais on les connaîtpeu.Ondoit citer Fianarantsoa, 45000 habitants, la ville principale des Betsiléos, bâtie

par Radama à 1200 mètres d'altitude.

Sur la côte orientale, du nord au sud, se trouvent Vohémar, prise par

les Français en 1883; — Port-Choiseul, ancien établissement français de la baie d'Antongil; — Tintingue, qui, évacué par nous en 4831, est un bon mouillage, au nord de la Pointe-à-Larrée et en face de l'île Sainte- Marie; — Fénérive, fertile en riz; — Foulepointe, 1500 habitants, ayant un port assez sûr.

Tamatave, 16 000 habitants, avec une bonne rade, est le principal marché de l'île ; son port, en relation régulière avec Bourbon et Maurice, est le point d'accès le plus fréquenté vers Tananarive; c'est aussi la résidence des consuls européens et le siège d'un évêché, dont le titulaire est le supérieur des missionnaires de la Compagnie de Jésus dans l'île. Les Hovas y avaient une forteresse que les Français occupent depuis 1894.

Au sud de Tamatave, jusqu'à la baie Sainte-Luce, il n'y a plus de rade sûre ni de bon mouillage. On y trouve Andevorante , 2000 habitants, et Manoura, qui sont plus rapprochés de la capitale, mais moins pratiqués que Tamatave. La baie Sainte-Luce, ou Lucie, et Fort -Dauphin qui en est proche, furent les premiers établissements français de Madagascar, mais ils sont inoccupés aujourd'hui.

En remontant la côte occidentale, peuplée de Sakalaves et peu hospitalière, on rencontre Massikora, puis Tolléar, port sur la baie de Saint- Augustin ; mais au nord du cap Saint -André se succèdent, dans la baie de Baly, le port de Bouéni, dont le chef est protégé français ; dans la baie de Bombétok, celui de Mazangaye ou Majunga, 10 000 habitants, pris en 1883; il donne accès, par la vallée de l'Ikoupa, vers Tananarive. La baie de Passandava, commandée par l'île Nossi-Bé, est d'une grande importance par ses mines de charbon.

Diégo-Suarez. — Enfin, tout au nord de l'île, la magnifique baie de Diégo-Suarez, ou Antombok, dont le site est comparable à la célèbre baie de Rio-de- Janeiro, et que le capitaine anglais Owen, qui le premier en 1826 en fit le relevé, surnomma <r la citadelle de l'océan Indien», va devenir entre les mains de la France une station militaire d'une importance capitale. Subdivisée en plusieurs baies et criques pourvues de mouillages profonds, entourée de presqu'îles rocheuses faciles à fortifier et de forêts exploitables pour les constructions navales, capable enfin de contenir les plus grandes flottes de guerre et de commerce, Diégo-Suarez sera bientôt notre « Aden » de la mer des Indes, admirablement située pour commander les routes de l'Europe et de l'Afrique vers l'Asie et l'Océanie.

En raison de sa destination militaire, la ville nouvelle d'Antsirane, sur la côte sud de la baie de Diégo-Suarez a un gouverneur spécial, qui commande même les îles Sainte-Marie et Nossi-Bé. Elle a une garnison de 1200 hommes, et une population civile de 4000 habitants, indigènes comoriens ou mauriciens. Son commerce est de 2 millions.

Industrie et commerce. — La légèreté naturelle de son caractère et la facilité de satisfaire aux besoins essentiels de son existence n'ont pas

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stimulé le Malgache à développer l'industrie, pour laquelle il a toutefois des aptitudes remarquables. Construction de maisons en bois et de pirogues, tissage d'étoffes, fabrication de chapeaux en fibres, d'armes, d'ustensiles de ménage en fer, en poterie, en bois, rien ne lui manque; mais il est plutôt pasteur, agriculteur et pêcheur que fabricant.

Le commerce est en conséquence peu considérable; d'ailleurs l'île n'a pas de routes , mais seulement des sentiers ; les transports se font par bateaux et surtout à dos d'hommes, car le Malgache est un excellent et vigoureux porteur.

Le trafic extérieur consiste dans l'expédition de bœufs et de riz pour Maurice, Bourbon et le Cap; il faut y joindre les peaux, les tortues, la cire, les bois de teinture, qui s'échangent contre les cotonnades, les indiennes, la faïence, la poudre, les outils, les pots et marmites en fer, de provenance européenne ou américaine.

Le port principal est Tamatave, qui a des correspondances régulières avec les terres voisines et avec l'Europe. De même que Majunga et le port de Nossi-Bé, il recevra sans doute une impulsion favorable de la situation politique nouvelle qui va s'ouvrir pour notre « France orientale ».

Tamatave est à un mois de Marseille par les Messageries maritimes, qui font le service de la Réunion et des autres possessions de l'océan Indien : Sainte- Marie , Nossi-Bé, les Comores, etc. La station télégraphique la plus rapprochée est Zanzibar.

La guerre de Madagascar en 1895. — La France prépare en ce moment une expédition de 15 000 hommes à Madagascar. Le résultat n'est pas douteux. Les Hovas se font d'étranges illusions sur les forces respectives. Déjà les ports de Tamatave et de Majunga sont occupés par nos troupes. Apparemment le gros de l'armée débarquera à Majunga et remontera le cours de l'Ikoupa, pour atteindre le plateau de Tananarive par un chemin plus long que celui de Tamatave, mais beaucoup plus facile et plus salubre.

En attendant le résultat, voici dans sa forme un peu autoritaire l'appréciation d'un jeune écrivain, qui est à la fois un explorateur, un géographe, un politique de race royale.

<r La question de Madagascar est venue plusieurs fois devant le parlement français. Des expéditions ont été menées contre l'île. On sait à quel traité elles ont abouti. En 1885, notre grande erreur a consisté à ne faire les choses qu'à moitié et à nous y mal prendre. C'était une faute de s'attaquer exclusivement aux ports. Des gens médiocrement informés avaient conclu dans leur rapport à la nécessité d'un blocus. Or il suffit de connaître un tant soit peu Madagascar pour apercevoir bien vite ce qu'a d'absurde l'idée de blocus. En admettant même que nous puissions bloquer effectivement une île qui a quinze cents lieues de côtes, nous n'affamerons pas. les Malgaches. Ils tirent tout ce qui est nécessaire à leur

existence du plateau central, et ne prennent presque rien au dehors. Pour eux , le littoral n'est qu'une colonie ; loin de les gêner, c'est nousmêmes qui, comme l'a fait remarquer Mgr Freppel, nous trouvions bloqués dans les ports que nous croyions bloquer.

« Nous avons commis une seconde faute en prenant au sérieux le gouvernement malgache, c'est-à-dire une réunion de gens faux, de mauvaise foi, et dont la parole n'a de valeur que lorsqu'elle est dominée par la voix du canon. La vraie solution, la seule qui puisse aboutir, la seule qui convienne à notre dignité, la voilà : il faut du canon.

Soldat hova.

i Nous sommes instruits par les fautes du passé. Profitons-en. Plus de blocus inutile, mais une marche rapide et directe sur Tananarive. La chose a été étudiée , le plan est prêt. Il ne m'appartient pas d'entrer ici dans des considérations d'ordre purement militaire. Qu'il me suffise de dire que, de l'avis général, le corps expéditionnaire doit comprendre une douzaine de mille hommes ; que par la route de Majunga (nous l'avons parcourue), la montée est facile; que les troupes rencontreront moins de difficultés matérielles que beaucoup de gens ne se l'imaginent en France.

c L'effectif sur lequel pourrait compter le gouvernement malgache comprendrait 45000 Hovas et 15000 hommes de contingent étranger: Betsiléos, Antankars, etc., tous soldats médiocres, mal armés, et ces derniers plus mauvais soldats que les Hovas.

<r A combien évaluer les frais d'une expédition? La somme de cent millions, qui est l'estimation des pessimistes, serait, dit-on, exagérée. Quoi

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qu'il en soit, au point de vue même de la dépense, il est nécessaire d'éviter le danger des petits paquets.

« Les écueils auxquels on pourrait se heurter sont prévus. Pour rendre l'unité et la rapidité d'action possibles, il faut faire, durant la saison des pluies, des préparatifs suffisants pour l'approvisionnement et l'aménagement des troupes et leur transport rapide hors de la zone fiévreuse. Il faut l'occupation de certains points des côtes , l'entente avec des indigènes insoumis aux Hovas.

<r Cela fait et les soldats amenés sur le terrain, un piège peut nous être tendu, contre lequel nous devons nous mettre en garde. Il est possible que le gouvernement malgache, nous voyant prêts à nous mettre en marche, nous offre aussitôt de traiter dans des conditions qui , au premier abord , paraîtraient avantageuses. Défions- nous des belles paroles. Ne nous laissons pas prendre à des propositions qui ne sauraient séduire que des diplomates peu au courant de la tactique et des habitudes des Hovas. Un traité avec le gouvernement malgache n'aura de valeur que s'il est conclu au son du canon, scellé à la baïonnette, signé dans le palais de la reine, à Tananarive, à l'ombre du drapeau tricolore, enfin garanti jusqu'à son exécution par la présence dans la capitale de quelques milliers de nos soldats. Sans la force il ne faut attendre des Hovas, ni droit, ni justice, ni foi. » (H.-Ph. d'ÛRLÉANS, A Madagascar.)

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