LES SATELLITES DE MADAGASCAR
Les choses de ce monde n'ont jamais qu'une valeur relative. Naguère, dans l'énumération des colonies françaises, on citait avec un certain orgueil Sainte-Marte de Madagascar, Nossi-Bé, Nossi-Mitsiou, Nossi- Fali, îlots rocheux plus ou moins stériles. Aujourd'hui que nous possédons en perspective la « grande terre » et ses innombrables richesses d'avenir, les modestes satellites de cette planète principale perdent beaucoup de leur intérêt. L'île Bourbon elle-même, l'une de nos plus précieuses provinces d'outre-mer, semble s'amoindrir en face du colosse, surtout lorsqu'on se souvient que Bourbon elle-même n'a été que le pis- aller des tentatives coloniales françaises dans ces régions aux xvne et xvme siècles. En effet , Bourbon doit surtout sa colonisation aux Français chassés de Madagascar, et dont les descendants n'attendent que l'occasion pour aller reprendre leur place dans cette <r France orientale » qui leur était destinée.
Cela dit, jetons un coup d'œil sur les satellites de Madagascar.
I. — Sainte-Marie de Madagascar. — Cette île, nommée «Nossi- Bahara» par les indigènes et « Nossi-Ibrahim » par les Arabes, est une petite île rocheuse de 465 kilomètres carrés, de forme très allongée, et séparée de Madagascar par un canal de 5 à 10 kilomètres de largeur. Vendue au roi de France en 1750 par la reine Béti, qui avait épousé un caporal français , elle est occupée militairement depuis 1821, et nous donne l'excellente rade de Port-Louis, ou Sainte-Marie, qui sert de refuge aux navires contre les cyclones ; mais son climat humide, chaud et très malsain, est trop funeste aux Européens pour lui donner un avenir assuré. Sa population est de 6 000 Malgaches et d'une trentaine d'Européens. Son commerce
Carte de Nossi-Bé et des îles Comores.
consiste dans le cabotage de denrées alimentaires pour une somme de 200000 francs.
Sainte-Marie est, comme Nossi-Bé, sous le commandement du gouverneur de Diego -Suarez.
II. — Nossi-Bé. Nossi-Bé et les îlots annexes sont situés sur la côte nord -ouest de Madagascar. Ce sont des îles rocheuses, nues, volcaniques, dont les côtes sont creusées de bons ports; elles sont peuplées de 10000 Sakalaves et esclaves africains ; mais leur climat chaud , humide , est meurtrier pour les Européens. Elles ont été cédées à la France en 1840 par la reine Tsimeco.
Nossi-Bé, en sakalave «l'Ile grande », n'a que 293 kilomètres carrés de superficie. Son chef-lieu, Hellville, fondé par l'amiral Hell en 1841 et défendu par un fortin , n'est qu'une bourgade peuplée d'un millier de créoles venus de Bourbon, de Sakalaves, de fonctionnaires et de soldats français. Au sud de l'île principale se trouve Nossi-Cumba, à l'est Nossi- Tali, au nord Nossi-Mitsiou et Nossi -Lava ; mais ces îlots n'ont aucune importance coloniale.
Le commerce de Nossi-Bé s'élève à 6 ou 8 millions de francs, et se fait avec Nantes, Marseille, la Béunion et Madagascar. Il comprend l'împor-
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tation de denrées alimentaires, bétail, riz, tissus, et l'exportation de sucre, café, huile de coco, bois d'ébène et de santal.
III. — Mayotte. — Cette île, dont le nom indigène est « Mahoré ou Mouetén, est la plus orientale du groupe des Comores, que découvrit en 1527 le Portugais Ribero. Longtemps délaissée comme inutile et presque inhabitée, le commandant d'un navire français y reconnut en 1840 la magnifique rade de Dzaoudzi, et traita pour l'acquisition de l'île avec le chef sakalave Adrian Souli, expulsé de Madagascar par les Hovas. Louis-Philippe accorda à ce chef une pension de 3 000 francs, et fit prendre possession de l'île en 1843.
Mayotte.
Mayotte a 350 kilomètres carrés de superficie ; elle est montueuse, haute de 600 mètres, d'origine volcanique, fertile et très boisée ; elle est entourée d'une ceinture de récifs de corail et de brisants redoutables, ainsi que de plusieurs îlots, dont le principal est Pamanzi. La rade de Dzaoudzi, résidence du gouverneur et du personnel administratif, est formée par une partie du Pamanzi. L'eau potable y fait défaut.
Ces îles sont peuplées de 10000 habitants, la plupart Arabes africains, ou Sakalaves émigrés de Madagascar, avec 200 blancs négociants, Arabes ou fonctionnaires européens; ceux-ci, peu nombreux, redoutent le climat chaud et malsain de la région.
Le commerce s'est élevé de 100 000 francs en 1852, à 2 500 000 francs en 1888. Il se fait surtout avec la France, la Réunion, Nossi-Bé et Madagascar. Il consiste dans l'exportation du sucre, du rhum, de la vanille, et dans l'importation de produits manufacturés européens, de vins, de riz
et de bestiaux. Le transport et le service postal de Mayotte et de Nossi-Bé se font régulièrement chaque mois par un paquebot de la Réunion correspondant à Saint- Denis avec les Messageries maritimes, ou à Mahé, avec les steamers anglais.
IV. — Les îles Glorieuses, situées à 100 kilomètres N.-O. du cap d'Ambre, sont une traînée d'îlots et d'écueils coralliens, inhabités, où cependant des Français ont établi des pêcheries depuis 1873. La France en a pris possession en 1892, alors que les îles Aldabra, situées plus au nord, étaient attribuées à l'Angleterre.
V. — Les îles Comores. — L'archipel des Comores, qui mesure une longueur de 250 kilomètres, comprend quatre grandes îles entourées de plusieurs îlots. Mayotte, dont nous venons de parler, est l'une de ces îles : les trois autres sont Anjouan, Mohilla et Ngazia ou la Grande- Comore.
Bien que depuis longtemps les Anglais eussent établi dans l'île Anjouan un dépôt de charbon pour leur marine, les agents français ont pu, en 1885, conclure des traités avec les roitelets de la Grande -Comore, puis avec ceux d'Anjouan et de Mohéli. Ces traités ayant été approuvés par les décrets du 24 juin 1880, le gouvernement a signifié aux puissances son protectorat sur les îles Comores. Aucune opposition ne s'étant produite de ce côté, tout allait pour le mieux, lorsque, au moment où le résident officiel français se disposait à se rendre à Anjouan, le sultan de l'île refusa de le recevoir, parce que la présence d'un résident n'était pas stipulée dans le contrat. Apparemment que, peu au fait de la diplomatie européenne, il n'avait pas compris que protectorat d'une part signifie dépendance de l'autre. Quoi qu'il en soit, il fallut enlever plusieurs chefs récalcitrants, puis l'incident se termina, comme toujours, bon gré mal gré, par la soumission des protégés.
Les quatre îles Comores sont, avec Nossi-Bé, comme les piles d'un pont qui relierait Madagascar au continent africain, à travers le canal de Mozambique. Ce sont des terres volcaniques, montueuses, boisées, fertiles, mais malsaines. Leurs côtes sont abruptes, bordées de galets et souvent de coraux.
Elles ont une superficie totale d'environ 2000 kilomètres carrés. Leur population, évaluée à 40000 habitants, est formée d'Antalots, Arabes mêlés de sang nègre et professant le mahométisme.
La Grande -Comore, ou Ngazia, la première au nord-ouest du groupe, est la plus considérable en étendue et en élévation, comme en population. Ses montagnes dépassent 2050 mètres au volcan actif dit <r la Marmite de feu ». Son territoire, dépourvu de ruisseaux, est généralement aride; ses côtes abruptes ne sont abordables que sur trois points, aux villages de Mouchamouli, Itzanda et Maroni. Ce sont les résidences de petits chefs ou sultans, plus ou moins soumis au roi d'Anjouan; — 20000 habitants.
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L'île Mohilla, ou Mohéli, la plus petite et la moins élevée, a pour village principal Douéni. En 1869, la reine de Mohéli vint trouver Napoléon III à Paris pour solliciter sa protection; — 0 000 habitants.
Anjouan, que les Anglais appellent Johanna, est remarquable par sa forme triangulaire; son point culminant s'élève à 1700 mètres. Politiquement, c'est la plus importante. Elle renferme deux villes murées, Pomomj et Moussamoudou : cette dernière est la résidence du sultan d'Anjouan, « roi des Comores, » dont l'autorité n'est sans doute que nominale en dehors de l'île. Moussamoudou est aussi la relâche habituelle des navires qui fréquentent ces parages; — 15000 habitants.
Les habitants d'Anjouan voyagent volontiers sur mer et sont d'actifs auxiliaires pour les négriers. Il y a, près de Moussamoudou, un chantier pour la construction des boutres. Quelques-uns de ces bateaux vont jusqu'aux Indes on profitant des moussons. La tissanderie et l'orfèvrerie sont très répandues j)armi eux. Les bijoux sont assez élégants, et l'infériorité des outils employés fait ressortir l'habileté des ouvriers.
L'époque de la colonisation des Comores par les Arabes est incertaine; elle remonte peut-être au vne siècle. Les arrivants y trouvèrent des noirs semblables à ceux de la côte d'Afrique. Le souhéli, idiome de la côte orientale d'Afrique, est le langage des habitants; les notables savent l'arabe, mais s'en servent rarement. L'état social des Arabes du moyen âge s'est conservé en grande partie dans ces îles, où l'on voit de petites villes rappelant, avec leurs murailles flanquées de tours carrées, les vieilles bourgades de Syrie et des contrées barbaresques. Les guerres intestines, et surtout les incursions des Malgaches septentrionaux dans les Comores, où ils faisaient régulièrement des razzias, avaient obligé les habitants de ces îles à fortifier leurs villes.