I. — COCHINCHINE
La Cochinchine française est peuplée de 2000000 d'habitants sur une superficie de 70 000 kilomètres carrés , ce qui donne une population relative de 29 habitants par kilomètre carré.
La population est formée presque entièrement de Cochinchinois ou d'Annamites qui appartiennent, comme les Chinois, à la race jaune ou mongolique. Un de leurs caractères ethnographiques est l'écartement du gros orteil, ce qui leur a fait donner le nom indigène de Giaochi. Leur religion bouddhiste, leur culte des ancêtres, leurs mœurs démocratiques et familiales sont ceux des Chinois , qui ont été longtemps les maîtres du pays.
Aux Cochinchinois proprement dits s'ajoutent 100000 Cambodgiens, 40000 Mois ou montagnards sauvages, 60000 Chinois immigrants ou natifs, et 2 500 Européens, presque tous Français. On compte 60000 indigènes catholiques convertis par les missionnaires. Beaucoup d'enfants fréquentent aujourd'hui les nouvelles écoles françaises, où l'annamite est enseigné en caractères latins, en même temps que le français.
Administration. — La colonie est administrée par un lieutenant général, assisté d'un conseil colonial composé de membres français et de membres annamites élus. Elle nomme un député au parlement français.
La Cochinchine était anciennement divisée en six provinces, désignées par les noms de leurs chefs-lieux: Saigon, Bien-Hoa, Mytho, Vinh-Long, Chaudoc et Hatien. Depuis 1876, elle comprend seulement quatre circonscriptions ou provinces, subdivisées en arrondissements {huyeri), cantons (tong) et villages. Ce sont, au nord-est:
1° La circonscription de Saigon, avec les six arrondissements de Saigon, Tay-Ninh, Thudaumot, Bien-Hoa, Baria et le vingtième arrondissement (Saigon central) ;
2° La circonscription de Mytho, formant quatre arrondissements : Mytho, Tan- An, Gocong et Cholon;
3° La circonscription de Vinh-Long, formant quatre arrondissements : Vinh-Long, Bentré, Tra-Vinh et Sadec;
4° La circonscription de Bassac, au sud-ouest du fleuve, divisé en sept arrondissements: Chaudoc, Hatien, Long-Xuyen, Bach-Gia, Cantho, Soctrang et Bac-Lieu.
Au point de vue catholique, la Cochinchine forme un vicariat apostolique, confié aux Missions- Étrangères de Paris. 11 y a un grand séminaire (à Saigon) et une centaine de prêtres et missionnaires , avec 60 000 chrétiens. Des frères des Écoles chrétiennes, des carmélites et des sœurs de
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Chartres tiennent les écoles. Il y a aussi des écoles laïques, seulement pour les enfants d'Européens.
Villes. — Saigon (du nom d'un arbre cotonnier), 70000 habitants, chef-lieu de la Cochinchine, est bâtie en plaine sur les bords delà rivière de Saigon, et entourée de canaux. Détruite au temps de la conquête, elle s'est rebâtie plus belle, avec des rues larges, se croisant à angle droit. Le palais du gouverneur a coûté 12 millions et la cathédrale 2 millions de
Un sémaphore en Indo- Chine.
francs. Le quartier des Européens, d'un niveau plus élevé que le reste de la ville, est vaste et salubre; il est entouré de nombreux faubourgs ou villages indigènes. On y vénère le tombeau de l'évêque d'Adran. — Port excellent, quoique non pourvu encore de docks et de quais, mais accessible aux plus grands bâtiments par le Donnai ou Soirap, Saigon est la principale place de commerce de toute la région; néanmoins son éloignement de la mer (70 kilomètres) est cause que les paquebots rapides passent en vue des côtes sans s'y arrêter.
Cholon, 40000 habitants, la plupart chinois, est située à cinq kilomètres en amont de la capitale ; c'est le grand marché de Saigon et le principal entrepôt de la colonie pour le riz et tous les produits indigènes. Elle doit son origine à une colonie chinoise qui s'y établit au siècle dernier.
Bien-Hoa, sur le Donnai; Mytho, sur le Mékong oriental; Vinh-Long , « le jardin de la Cochinchine, » sur un autre bras plus central, et Chaudoc, sur le bras occidental du fleuve, près de la frontière du Cambodge, sont des villes de 5 à 10000 âmes et des marchés importants.
Les autres chefs-lieux d'arrondissements, quoique moins populeux, sont florissants ; la plupart ne datent que de la conquête.
En général, les villes indiennes, composées de petites cases ou paillottes de facile construction, deviennent vite populeuses dès qu'un marché s'y établit pour attirer le commerce.
A 100 kilomètres de la côte, les Poulo- Condor, «îles des Calebasses, » peuplées de 900 habitants, sont une station navale précieuse et une colonie pénitentiaire pour nos sujets asiatiques.
Industrie et commerce. — Les cultures alimentaires de riz, maïs, ignames, patates, manioc, canne à sucre, ananas, poivre et autres épices, celle du coton, de l'indigo, la fabrication de tissus légers, nattes, bijoux, ouvrages en bois et en rotin , ainsi que l'exploitation des salines , sont les principales industries des Annamites , dont les besoins sont d'ailleurs très restreints.
Le commerce intérieur dispose d'une multitude de canaux ou arroyos, de routes assez nombreuses, mais souvent rudimentaires, et d'un chemin de fer qui relie Saigon et Cholon à Mytho.
Le commerce extérieur s'est élevé en 1893 à 100 millions de francs, dont plus de la moitié pour les exportations, qui consistent en riz (pour les trois quarts), poisson sec ou salé, peaux, coton, pour la Chine et le Japon.
Les importations consistent en cotonnades anglaises (pour les deuxJiers) , soieries françaises , fers et ferronneries belges et français , charbon anglais ou australien, vins, liqueurs et comestibles de France, thé de Chine et opium de l'Inde.
Les échanges se font pour les trois quarts avec la Chine et le Japon par l'intermédiaire de Hong-Kong et de Shanghaï, pour un quart seulement avec la France et l'Europe. Les transports ont lieu par les navires anglais, français, allemands et hollandais.
Le commerce extérieur est concentré entre les mains des Chinois et se fait presque entièrement sur les places de Saigon pour l'importation et de Cholon pour l'exportation. — Les Messageries nationales et les paquebots anglais font plusieurs services par mois ; la durée du voyage de France à Saigon est de trente à trente -cinq jours.
Un réseau télégraphique sillonne la colonie , et des câbles sous-marins relient Saigon, par le cap Saint -Jacques, avec Hanoï, Hong-Kong et Singapour; de là, avec, la France.
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