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Carte de la Nouvelle-Calédonie.
doniens. La plupart sont encore sauvages et idolâtres, parfois anthropophages; ils vivent par tribus de 1000 à 4 500 individus, sous un même chef. Jaloux de leur indépendance, les Canaques ont longuement combattu les Français, notamment par l'insurrection sanglante de 4878; ils refusent de se mêler aux blancs et de travailler pour eux. Décimés par la guerre et par les maladies introduites par les Européens, leur nombre a décru de plus de moitié depuis la prise de possession.
Les missionnaires catholiques et protestants ont converti 45000 indigènes.
Le Néo-Calédonien. — «Au moral, le noir calédonien, si l'impression de ceux qui ont pu l'observer n'est pas outrée, se range parmi les plus insociables de l'Océanie. « Je suis encore à chercher en lui une « vertu, dit M. Bourgarel. 11 est intelligent, c'est incontestable; mais il
NOUVELLE-CALÉDONIE
« est paresseux , fourbe , cruel et orgueilleux au delà de toute expres- « sion. La cruauté, la férocité de ce peuple se révèle par l'existence trop « souvent constatée, de l'anthropophagie, par l'usage de mettre les têtes « des ennemis mangés comme un trophée au-dessus des maisons, de « massacrer sans pitié les naufragés, etc. »
« D'autres voyageurs, d'autres auteurs sont plus indulgents pour les Néo-Calédoniens ; ils reconnaissent les défauts signalés plus haut, mais ils insistent sur certaines de leurs qualités, notamment sur leur intelligence
Pirogue de la Nouvelle-Calédonie.
très réelle; ils admirent l'heureuse situation et l'installation de leurs villages, leur extrême habileté dans tout ce qui concerne l'irrigation de leurs jardins et de leurs petites plantations ; la finesse, l'éloquence, la réflexion, la maturité de leurs anciens dans les assemblées où se traitent les intérêts populaires. L'anthropophagie a disparu de plusieurs de leurs tribus, où la religion chrétienne a fait de grands progrès.
<r Leurs maisons, ou plutôt leurs cases, ont seulement de 2 à 3 mètres de hauteur ; les unes sont rondes, les autres sont carrées, et leur forme varie un peu suivant les tribus ; toutes ont une charpente de bois et sont recouvertes d'une épaisse couche de paille. Quelques-unes sont doublées d'une couche de l'écorce du niaouli, que l'on rencontre partout ; mais nulle part on ne trouve d'autre ouverture que la porte , qui a 3 à 4 pieds de haut au maximum, sur 2 de large. Le mobilier se compose de nattes,
de calebasses ou de moitiés de cocos destinées à contenir la provision d'eau, et d'un ou deux vases de terre cuite; on aperçoit aussi, pendus dans un coin, quelques morceaux d'étoffes et des armes. Les poux, les puces et les moustiques fourmillent dans ces infects taudis. Les palais des chefs ont beaucoup plus d'apparence vus du dehors, mais à l'intérieur ils diffèrent peu des cabanes du peuple. Les hommes et les femmes portent autour des reins une ceinture composée d'une espèce de corde en fil de coco ou de bourao, à laquelle sont suspendues de petites tresses généralement de même nature, qui ont de 10 à 15 centimètres de long, et forment plusieurs couches, comme dans une épaulette.
« Pour armes, les Néo- Calédoniens ont le casse- tête, la hache, la lance et la fronde; ils connaissent l'arc et la flèche, mais ne s'en servent guère qu'à la chasse. Parmi leurs coutumes particulières, on peut signaler le tabou, si remarquablement caractéristique de toutes les communautés océaniennes, et que les immigrants polynésiens ont dû apporter ici avec eux. » (Vivien de Saint- Martin, Dictionnaire de Géographie.)
On appelle tabou l'interdiction que les prêtres des îles de la Polynésie prononcent sur une personne ou sur un objet, pour lui donner une sorte de sainteté ou d'inviolabilité. C'est ainsi que les souverains sont tabous; les toucher, et parfois même lever les yeux sur eux, c'est encourir la mort, ou du moins une peine très sévère. Le terrain consacré à un dieu ou à la sépulture d'un grand chef est tabou. On devient aussi tabou rien qu'en touchant une personne supérieure par le rang.
Administration. — La colonie est administrée par un gouverneur général civil, et divisée en cinq arrondissements: Nouméa, au sud-ouest; Oégoa, au nord ; Touho, Houaïlou et Kanala, sur la côte nord-est. Elle forme un vicariat apostolique confié aux Pères maristes. Nouméa, ou Fort-de-France est une ville de 4000 habitants, située au sud -ouest de l'île, dans une anfractuosité d'une grande baie; malheureusement elle n'a pour eau potable que celle de citerne. Elle possède une belle rade abritée par l'île Nou, où se trouve le pénitencier- dépôt , et par la presqu'île Dacos, qui sert aussi de lieu de déportation.
Ouarail, sur le Foa , et Bourail, sur la Néra , sont deux autres pénitenciers situés sur la côte sud -ouest. Bourail, centre d'élevage florissant, cherche à se débarrasser des criminels.
Oégoa, sur le Diahot, est un groupe de petites localités situées dans une vallée de même nom, et Kanala, un centre important sur une baie de la côte est. Les exploitations minières et agricoles se trouvent dispersées notamment dans les vallées du Thio, du Diahot, du Foa.
L'île des Pins, ou Kounié, distante de 50 kilomètres, est montueuse, volcanique, couverte de conifères. Longtemps réservée aux indigènes, elle reçut en 1871 un grand établissement pénitencier pour les communards parisiens.
NOUVELLE-CALÉDONIE
Les îles Loyalty (mot anglais Loyauté) sont au nombre de trois grandes : Lifou ou Chabrol, Mare et Ouvéa ou Halgan. Elles sont de formation coralliaire, très boisées et peuplées de 15000 indigènes convertis et de quelques Européens. Leur commerce est presque nul.
Les Nouvelles- Hébrides comprennent six grandes îles, notamment Espiritu-Santo, et de nombreux îlots, ayant une superficie de 130000 kilomètres carrés. Il s'y fait actuellement des tentatives de colonisation fran-
Cases de la Nouvelle-Calédonie.
çaise et anglo -australienne. Si un jour elles sont annexées à la Nouvelle- Calédonie, elles nous donneront une population de 70000 indigènes de race noire, chétive mais tranquille. Déjà les Néo-Hébridais sont engagés par les Calédoniens comme domestiques et comme travailleurs aux plantations.
Commerce. — L'industrie, nulle pour les naturels, est très peu développée pour les blancs ; elle consiste dans l'élevage des bêtes à cornes (140000 tètes), quelques cultures de café, vanille, tabac, manioc, légumes, etc. On essaye l'extraction de la houille, du nickel, qui est très abondant, du cuivre et autres métaux.
Mais la Nouvelle-Calédonie est surtout une colonie pénitentiaire; les milliers de condamnés aux travaux forcés, détenus dans une dizaine de localités, sont employés soit dans les chantiers et ateliers de l'État, soit
dans les concessions et les exploitations rurales ou minières ; ils construisent des routes ou fabriquent une foule d'objets en fer et en bois propres à la marine, à l'industrie et à l'agriculture.
Le commerce de l'île s'est élevé en 1890 à 20 millions de francs, dont les deux tiers pour les importations , qui consistent en approvisionnements de vivres : bétail , vins , liqueurs , épiceries , ainsi qu'en articles d'habillement pour les colons et les transportés.
L'exportation comprend l'huile de coco, des écailles de tortue, du minerai de nickel et autres.
Le seul port de commerce est Nouméa, qui est en relation régulière, par vapeurs anglais et français, surtout avec San- Francisco, Sydney et l'Australie, la Nouvelle-Zélande, Taïti, et avec la France par Bordeaux. Le cabotage tient lieu de routes, qui manquent encore; un fil télégraphique fait le tour de l'île, et un câble sous -marin la relie à Sydney.