TA1TI ET DÉPENDANCES
Les plus grands attolons, Kairoa et Jakarava, qui est le chef-lieu, ont jusqu'à 40 kilomètres de largeur et 100 kilomètres de circuit, tandis que leur anneau n'a qu'une épaisseur d'un demi- kilomètre. Les polypes ou madrépores qui les ont construites n'ont pu les élever qu'au niveau de la mer; mais, grâce à des soulèvements sous- marins, les uns ont émergé et se sont couverts d'un peu de végétation; les naturels y ont planté le cocotier, qui, avec la pêche, fait leur principale subsistance.
Ci-devant, ces îles s'appelaient Iles Basses ou Pomoutou, c'est-à-dire soumises. Les habitants ont demandé à ce qu'on les appelât plutôt <r Touamotou », mot qui veut dire lointaines. Ces indigènes, au nombre de 7000, sont des métis de Taïtiens et de nègres; ils sont catholiques et vivent de la vente des perles.
Au sud-est de Touamotou, les îles Gambier ou Mangareva , annexées en 1844, sont au nombre de six, enfermées dans une même ceinture de coraux. Elles comptent à peine 800 habitants, convertis au catholicisme par les Pères de Picpus. La principale, Mangareva, haute et volcanique, renferme le chef-lieu Rikitea. Le commerce est de 100 000 francs, provenant de la vente de la nacre.
La pêche des perles aux îles Basses. — « La plonge commence dans la matinée; avant d'entamer le travail quotidien, les pêcheurs se groupent sur le bateau et chargent le plus digne ou le plus respectable d'entre eux de réciter une prière que tous suivent avec ferveur. Le bateau est sur le lieu de pêche. Les apprêts sont faits; ils ne sont pas longs. Pour tout vêtement, l'indigène a son pareo, pour tout outil une lunette. Destinée à examiner, de la surface, les fonds que le plongeur doit explorer, cette lunette est assez semblable à une lunette de calfat : elle se compose de quatre planches, longues de 40 à 45 centimètres, larges de 25 à 30, formant une chambre dont l'une des deux extrémités est ouverte.
« Le plongeur tuamotu est, à bon escient, considéré comme le meilleur plongeur de la terre. L'Indien employé aux travaux de la pêche dans le golfe Persique et à Ceylan , et qui passe à bon droit comme un des meilleurs fouilleurs de mer, ne peut lui être comparé.
« Après le travail du jour, les plongeurs se mettent en devoir d'ouvrir les huîtres récoltées, se servant pour cela d'un large couteau qu'ils manient avec une grande dextérité. Du premier coup, le muscle adducteur est tranché. Chaque coquille et son contenu sont ensuite examinés avec un soin extrême, pour qu'aucune perle n'échappe à leurs méticuleuses recherches et ne passe inaperçue. Les patrons ne manquent pas d'assister à cette opération; car, bien que dénué de toute poche pour la dissimuler, le Tuamotu a vite fait d'avaler la perle qu'il vient de découvrir. Les coquilles appartenant aux pêcheurs indépendants sont, une fois vidées, déposées dans le sable humide jusqu'au jour de la vente , afin que l'évaporation ne leur fasse rien perdre de leur poids.
« La plonge se pratique d'un bout de l'année à l'autre et plus spécialement pendant les mois de novembre, décembre, janvier et février. En juin, juillet, août et septembre, elle n'a lieu que l'après-midi, la température de l'eau étant trop fraîche dans la matinée. » (Extrait des Notices coloniales.)