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LA MARTINIQUE ET LA GUADELOUPE

Historique. — Les îles Antilles, si fertiles et si avantageusement situées entre les deux Amériques, furent les premières terres découvertes par Christophe Colomb en 1492 et 1493.

Exploitées ou colonisées d'abord par les Espagnols, un grand nombre d'entre elles tombèrent au xvne siècle aux mains des Anglais et des Français. C'est en 1625 seulement que Richelieu fonda la Compagnie française des Indes occidentales , et que le Dieppois Pierre Rélain, sire d'Esnambuc, « capitaine du roy dans les mers du Ponent (de l'occident), » vint occuper Saint- Christophe. On prit ensuite successivement la Guadeloupe, la Martinique, la Dominique, la Grenade, Tabago, Saint -Vincent et la plupart des îles du Vent, ainsi que la partie occidentale de la grande île Haïti ou Saint-Domingue. Malheureusement cette colonisation ne fut longtemps qu'une exploitation à outrance des hommes et des choses : les indigènes caraïbes furent massacrés, et l'on dut recourir au travail des esclaves nègres enlevés d'Afrique ; des îles furent vendues à des particuliers, dont l'un, Jacques Duparquet, obtint pour 00 000 livres la Martinique et Sainte- Lucie; des guerres de rivalité, des brigandages dévastèrent sans relâche ces colonies, que l'on ne considérait à cette époque que comme des entreprises purement financières.

En 1664, sous Louis XIV, Colbert constitua une seconde Compagnie des Indes occidentales, qui ne vécut que dix ans.

En 1674, la couronne racheta, pour plusieurs millions de livres, les Antilles, que l'Angleterre nous enleva plusieurs fois, de 1759 à 1814.

Après plusieurs essais infructueux de cultiver ces îles à l'aide à' engagés normands, on avait recouru aux noirs enlevés d'Afrique. En 1736, on comptait déjà 85000 de ces nègres dans la seule île de la Martinique, dont le mouvement commercial était de 44 millions de livres. Mais, après 1790, les noirs de Saint-Domingue, libérés trop brusquement et imprudemment par les décrets révolutionnaires de l'Assemblée constituante, se révoltèrent

ANTILLES

et se rendirent maîtres de l'île Haïti, qui forme aujourd'hui deux États indépendants. En 4815, les Anglais nous rendirent celles des Antilles qui nous restent, c'est-à-dire la Martinique, la Guadeloupe et ses dépendances, et la moitié de Saint-Martin. L'île de Saint- Barthélémy, que nous avions cédée à la Suède en 1784, nous fut rétrocédée en 1877, moyennant indemnité financière.

Géographie physique. — Les Antilles françaises sont situées par 14-18° de latitude nord et 63-65° de longitude ouest ; elles font partie de l'archipel des îles Sous-le-Vent ou des pelites Antilles occidentales, qui décrit une courbe remarquable des côtes de la Guyane aux grandes Antilles.

Elles comprennent deux grandes îles : la Martinique et la Guadeloupe , séparées par la Dominique anglaise, et plusieurs petites îles, savoir: la Désirade, Marie -Galante, les Saintes, voisines de la Guadeloupe, l'île Saint -Barthélémy et la moitié de l'île Saint-Martin, situées plus au nord.

La MARTINIQUE, ainsi nommée soit de son nom caraïbe la Madiana, soit par Christophe Colomb, qui la découvrit le jour de la Saint- Martin (1493), est une île de 70 kilomètres de longueur sur 30 de largeur, et de 987 kilomètres carrés de superficie. De forme elliptique elle est fortement ébréchée au sud -ouest par les deux baies de Fort-de -France et du Marin, que sépare la presqu'île du Diamant. La côte orientale projette la presqu'île de la Caravelle et dessine de nombreuses baies renfermant une multitude d'îlots appelés Cayes, de l'espagnol <r cayos », rochers. Ces baies sont malheureusement rendues inhospitalières par des bancs de récifs madréporiques.

Le sol, volcanique, montagneux, est surmonté de pitons boisés et de mornes ou collines de laves ; il est dominé au nord-ouest par la montagne Pelée, 1350 mètres, et par les pitons du Carbet ; la partie sud est moins élevée et de nature plus argileuse.

Parmi les nombreux torrents, souvent à sec en hiver, <|ui sillonnent les flancs des montagnes, les principaux sont la rivière du Lézard et la rivière Salée.

La GUADELOUPE, découverte le 4 novembre 1497, fut ainsi baptisée par Christophe Colomb, à la demande des moines du couvent de Notre- Dame de la Guadeloupe, en Estramadure. C'est une île double, formée en réalité de deux îles distinctes, séparées par la rivière Salée, sorte de canal maritime naturel, large de 20 à 50 mètres, qui semble creusé dans un isthme de terres basses. — L'île occidentale, de forme ovalaire, ou la Guadeloupe proprement dite, est aussi appelée la Basse-Terre , mais improprement, car c'est une île volcanique, montagneuse, élevée de 1 480 mètres au mont Sans-Toucher, et de 1 484 mètres au piton de la Soufrière, volcan en activité. Son cours d'eau principal est la Rivière à Goyave; son littoral, escarpé, bordé de brisants, est peu accessible. L'île orientale, aussi faussement appelée la Grande-Terre , est la plus petite

des deux : c'est une île basse , sans collines , sauf quelques mornes , sans bois ni rivières, car son sol calcaire boit l'eau pluviale ; elle est néanmoins très fertile et renferme les plus grandes cultures de canne à sucre.

Entre les deux terres s'ouvrent deux golfes appelés : au nord, le Grand- Cul -de -Sac -Marin, terminé par la baie de Lamentin; au sud, le Petit-Culde-Sac, avec la baie de Pointe-à-Pitre. La Grande-Terre, de forme triangulaire, projette à l'est la longue pointe des Châteaux terminée par des aiguilles basaltiques, et s'avançant comme pour séparer l'île de laDésirade de deux îlots qui, sans doute par opposition à la Grande -Terre , ont été appelés Petite-Terre.

La Dêsirade, ou la <r Désirée », est la première terre que l'on aperçoit en

Cartes des Antilles françaises et de la Martinique.

venant d'Europe ; c'est une île de forme allongée, rocheuse et peu fertile.

L'île Marie -Salante est ainsi appelée de la goélette de Christophe Colomb, la Maria Galanda (Marie -Gracieuse). De forme arrondie, elle est plate à l'intérieur, fertile et bien boisée.

L'archipel des Saintes, los Santos, est formé de six îlots volcaniques, découverts par Colomb le jour de la Toussaint.

Les îles Saint-Bar thélemy et Saint-Martin sont situées à 50 lieues au nord de la Guadeloupe, au milieu d'îles anglaises et hollandaises. Saint-Barthélemy est un îlot de 21 kilomètres carrés, tellement sec, que souvent il faut aller chercher de l'eau potable dans les îles voisines. L'île Saint- Martin, plus considérable que les précédentes (55 kilomètres carrés), n'appartient à la France que pour les deux tiers : la partie nord, avec l'îlot Tintamarre.

Climat et productions. — Par leur situation intertropicale, parleur nature volcanique et leur peu d'étendue, les Antilles ont la plus grande analogie avec l'île de la Réunion. Même climat chaud, mais tempéré par

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les brises de mer, même température variant de il0 à 33°, même somme de pluies abondantes (3 à 4 mètres), torrentielles et périodiques, même succession de saisons: hiver sec et rafraîchissant, été pluvieux et chaud

Consultation d'un guérisseur nègre (Martinique).

(car les pluies accompagnent toujours le soleil dans sa course). Il y a toutefois cette différence que, situées dans l'hémisphère opposé, les Antilles ont l'été en même temps que l'Europe, de mai à septembre, alors que Bourbon a son hiver, et réciproquement.

Les ouragans, les raz de marée, les tremblements de terre presque annuels, y font parfois de grands ravages. En 4838 Fort- de -France, et en 1813 Pointe-à-Pitre , ont été complètement détruits.

Les minéraux sont presque nuls, sauf le soufre et le sel marin. — La flore est riche en espèces tropicales: palmiers, fougères arborescentes, conifères, arbre à pain, mancenillier, avocatier, muscadier, caféier, goyavier, giroflier, tamarin, campêche, acajou, térébinthe, cotonnier, cacaoyer, ananas, etc. — La faune indigène, peu considérable, est pauvre en mammifères ; mais les reptiles, les vipères, les poissons sont communs; onj pêche même la baleine. Le manicou, sorte de marsupiau de la Mar-

Carte de la Guadeloupe et de ses dépendances.

tinique, et l'agouti, rongeur de la Guadeloupe, ont une chair comestible. Les espèces domestiques ont été importées d'Europe.

Géographie politique. — La population totale des Antilles françaises est de 360000 habitants, non compris 15 à 20000 travailleurs immigrants. Leur superficie, de 2 630 kilomètres carrés, n'égale que la moitié d'un département français; mais la densité de leur population est de 137 habitants par kilomètre carré : presque le double de celle de la France.

En voici le tableau statistique :

Martinique , superficie

987 kilom. carrés,

population

180000 habit.

Guadeloupe , —

i 380 kilom. carrés ,

150000 habit.

Désirade , —

26 kilom. carrés,

2 000 habit.

Marie -Galante ,

150 kilom. carrés,

15 000 habit.

Les Saintes, —

13 kilom. carrés,

1 600 habit.

Saint - Barthélémy , —

21 kilom. carrés ,

3 000 habit.

Saint - Martin , —

55 kilom. carrés,

4 000 habit.

ANTILLES

Ces îles sont peuplées, pour un dixième, de blancs ou créoles descendant de Français ; pour les huit dixièmes , de nègres libérés et gens de couleur (mulâtres, quarterons, griffons, câpres), résultant du mélange des deux races. Le dernier dixième comprend les Européens, soldats ou fonctionnaires, et les travailleurs immigrants hindous et chinois, qui forment la population flottante. Il est regrettable que la race indigène caraïbe ait

Paysage de la Martinique.

entièrement disparu par le massacre qu'en ont fait les premiers colons blancs.

Les mulâtres, qui constituent la masse du peuple antilien, sont intelligents, mais peu travailleurs, et leurs sympathies ne sont pas grandes pour les blancs, dont le nombre et l'influence diminuent. L'abolition de l'esclavage, décrétée plusieurs fois depuis 4790, ne fut définitive qu'en 1848.

La langue française est d'un emploi presque exclusif dans nos Antilles ; elle domine aussi dans la Dominique anglaise et à Haïti. La plupart des écoles primaires sont tenues par les congréganistes. Le christianisme est généralement professé.

Administration. — Les Antilles françaises forment deux gouvernements, dont l'un comprend la Martinique seule, et l'autre la Guadeloupe avec ses dépendances, qui sont toutes les petites îles. Depuis 1849, chaque gouvernement nomme deux députés à la Chambre française.

La Martinique compte 180000 habitants; elle est divisée en deux arrondissements : Fort-de-France et Saint- Pierre, et comprend neuf cantons et trente-deux communes, qui sont beaucoup plus vastes que celles de la métropole.

Fort- de -France, 12000 habitants, est le siège du gouvernement et de la cour d'appel. Situé sur une rade superbe, son port est excellent, sa position militaire magnifique. Le fort Saint- Louis, sur une presqu'île rocheuse, le domine.

Saint- Pierre , 23000 habitants, ville épiscopale sur la côte ouest, manque de port ; mais sa bonne rade foraine en fait la principale place de commerce des Antilles françaises.

Les autres centres populeux sont : le Lamentin, le Marin, la Trinité, la Basse -Pointe.

La Guadeloupe a 150000 habitants et ses dépendances 25 000; elles forment ensemble trois arrondissements: la Basse-Terre, Pointe-à -Pitre et Marie -Galante, comprenant onze cantons et trente - quatre communes.

La ville de Basse-Terre est- le chef-lieu du gouvernement, le siège de la cour d'appel et de l'évêché. Située sur la côte sud-ouest de l'île, qui porte le même nom, elle n'a qu'une rade foraine, et sa population, en décadence, n'est plus que de 8000 habitants.

Au contraire, Pointe- à-Pitre , 17000 habitants, est florissante. Située entre les deux îles, au sud-ouest delà Grande-Terre, sa rade, belle et bien abritée, en fait la principale place de guerre et de commerce de la colonie.

Le Moule, 8000 habitants, et Port-Louis, dans la Grande-Terre; Sainte-Marie et Capesterre, dans la Basse-Terre, sont d'autres petites villes maritimes.

La Désirade, 2000 habitants, ne forme qu'une commune, dont le cheflieu est le bourg de la Grande-Anse. Elle possède une léproserie.

Marie -Galante, 15000 habitants, forme un arrondissement et trois communes. Son chef-lieu est Grand- Bourg, au sud-ouest de l'île. Culture de canne à sucre et pêche.

Les Saintes, 1 600 habitants, forment les deux communes de Terre-d'en- Haut et de Terre-d'en-Bas. Rocheuses, bordées de récifs et bien fortifiées, elles sont le Gibraltar français des Antilles. Les habitants sont d'excellents marins et pêcheurs.

L'île Saint-Bartiiélemy, 3 000 habitants; forme la commune du Carénage, port que les Suédois avaient appelé Gustavia, et qui fat longtemps une retraite de flibustiers.

La partie française de l'île Saint - Martin , 4000 habitants, forme la

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commune du Marigot. Elles renferme d'excellents mouillages, et ses eaux sont très poissonneuses. — La partie hollandaise a d'importantes salines et pour chef- lieu Philippsburg, port actif.

Commerce. — Les Antilles sont, comme la Réunion, des colonies à cultures ou à plantations de canne à sucre, produit dominant, de cacao, de café, qui fut un instant abandonné, de coton, rocou, vanille, tabac, épices, etc. A ces cultures se joignent celles des «vivres» du pays:

Paysage de la Guadeloupe.

manioc, banane, igname, patate, arbre à pain, ananas. La canne à sucre fait la vraie richesse des Antilles ; elle se cultive sur les côtes jusqu'à 300 mètres d'altitude, le café jusqu'à 600 mètres; au delà s'étagent les forêts d'acajou, de bois de campêche, de bois de fer, de catalpas, etc.

La pêche est une grande ressource pour l'île Marie-Galante. Saint-Martin exploite des salines. Le soufre du volcan de la Soufrière est abondant, mais inexploité.

Les routes coloniales sont assez nombreuses , et la Grande-Terre possède même quelques chemins de fer à voie étroite, qui desservent les usines à sucre.

Le commerce général s'élève, année moyenne, à 100 millions de francs,

se partageant par moitié entre la Martinique et la Guadeloupe, et aussi à peu près par moitié en exportations et en importations.

Les exportations consistent, pour les 5/6 en sucre et ses dérivés : rhum et tafia (eau-de-vie), sirops et mélasses, puis en rocou, vanille, casse, bois de teinture. — Les importations consistent en vins, viandes salées et beurre, habillements, objets de luxe, outils et métaux ouvrés, venant de France, morue de Terre-Neuve, farine des États-Unis, guano, houille anglaise.

Les échanges se font avec la France, pour la moitié (2/3 des exportations et 1/3 des importations), le reste avec les États-Unis, l'Angleterre, les Antilles anglaises et espagnoles, Haïti. — Les pavillons américain et anglais prévalent pour les transports sur le pavillon français. Ce dernier correspond surtout avec le Havre, Saint -Nazaire, Bordeaux et Marseille.

Les grands marchés coloniaux sont Saint- Pierre de la Martinique et Pointe- à -Pitre, où, ainsi qu'à Fort-de-France, les transatlantiques français et anglais font relâche.

Des câbles sous-marins relient les Antilles françaises et leurs voisines à l'Europe par les États-Unis et Terre-Neuve, ainsi que par le Brésil et Lisbonne.

Ajoutons, comme termes de comparaison, que le commerce de Haïti s'élève à 100 millions, celui des Antilles anglaises à 300 millions, et celui de Cuba et Porto -Rico, aux Espagnols, à plus d'un milliard de francs.

La nature aux Antilles. — «Terminons le tableau des Antilles par une esquisse des grands spectacles que la nature y développe. Contemplons une matinée des Antilles dans la saison des fortes rosées, et, pour en jouir complètement , saisissons le moment où le soleil, paraissant avec tout son éclat dans un ciel pur et tranquille, dore de ses premiers feux la cime des montagnes , les larges feuilles de bananiers et les touffes des orangers. Sous les réseaux de lumière qui les gazent avec délicatesse, tous les feuillages divers semblent tissus de la soie la plus fine et la plus transparente : les gouttes imperceptibles de rosée qu'ils ont retenues ne sont plus qu'autant de perles que le soleil se plaît à colorer de mille nuances, et du centre de chaque groupe de feuilles étincelle l'insecte qui nage dans ces gouttes d'eau.

« Les prairies n'offrent pas un aspect moins ravissant : toute la surface de la terre n'est qu'une plaine de cristal et de diamant. Souvent, lorsque les rayons du soleil ont dissipé les brouillards qui couvraient le vaste miroir de l'Océan, une illusion d'optique vient en doubler les flots et les rivages. Tantôt l'on croit voir un énorme lit de sable là où s'étendait la mer, tantôt les canots éloignés semblent se perdre dans une vapeur embrasée, ou, soulevés au-dessus de l'Océan, ils flottent dans une mer aérienne, en même temps qu'on voit leur ombre s'y réfléchir fidèlement. Ces effets de

ANTILLES

mirage sont fréquents dans les climats équatoriaux. La douce température de la matinée permet à l'ami de la nature d'admirer les riches paysages de cet archipel. Quelques montagnes nues et renversées l'une sur l'autre dominent par leur élévation toute la scène inférieure. A leurs pieds se prolongent des montagnes plus basses, couvertes de forêts épaisses. Les collines forment le troisième gradin de cet amphithéâtre majestueux ; depuis leurs sommets jusqu'aux bords de la mer, elles sont couvertes d'arbres et d'arbrisseaux de la plus noble et de la plus belle structure. A chaque pas, ce sont des moulins, des plantations, des habitations qu'on voit percer à travers les branches, ou qu'on entrevoit ensevelis dans les ombres de la forêt.

€ Les plaines offrent également des tableaux neufs et variés. Pour vous en former une idée, réunissez en pensée tous ces arbres et arbustes dont la magnifique végétation fait l'ornement de nos jardins botaniques ; rassemblez les palmiers, les cocotiers, les plantaniers ; faites-en à plaisir mille groupes différents, en y joignant le tamarinier, l'oranger et tels autres arbres dont les nuances et la hauteur leur soient proportionnées; voyez jouer au milieu les touffes bizarres de l'épine de Jérusalem, les riches buissons de Xoléandre et des roses d'Afrique, l'écarlate vive et brillante des cordia ou sébestriers, les berceaux entrelacés du jasmin et de la vigne de Grenade, les bouquets délicats du lilas, les feuilles soyeuses et argentées de la portlandia ; ajoutez-y la magnificence variée des champs de cannes étalant la pourpre de leurs fleurs ou le vert émail de leurs feuilles; les maisons des planteurs, les huttes des nègres, les magasins, les ateliers, la rade lointaine couverte d'une forêt de mâts.

<r L'Océan même offre souvent ici, dans la matinée, un aspect rare partout ailleurs. Aucune brise n'en ride la surface ; elle est si étonnamment transparente, que vous oubliez presque que les rayons de vue y soient interceptés, vous distinguez les rochers et le sable à une profondeur immense; vous croyez pouvoir saisir les coraux et les mousses qui tapissent les premiers, et vous compteriez sans peine les mollusques et les testacés qui se reposent sur l'autre. » (Malte-Brun, Géographie universelle?)

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