‹ La France criminelleChapitre 3 sur 45 · AVANT-PROPOS IX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS IX

Comment cet homme faible, ayant en lui le bien et le mat, glisse- t-il vers le crime qui le déforme et le dégrade peu à peu? Tel était l'objet de mon premier volume.

Gomment ce penchant au mal s*est-il accentué ou amorti dans la société ? Quels sont les périls que la société met auprès de l'individu aux différentes époques de son existence, dans les places ou dans les rangs que la division du travail social Tamène à occuper? Comment s'opère la transformation de la criminalité individuelle en criminalité collective, ou plutôt la fusion intime et continue de Tune et de l'autre ? Comment des hommes qui ne commettent matériellement ou ostensiblement aucun crime sontils en partie responsables de ceux qui se commettent? Tel est le problème que j'aborde aujourd'hui.

Je ne cherche donc pas ici à donner du crime une explication métaphysique. Ce n'est pas tout uniment par la liberté, pas plus que par la nature ou par l'humanité, par la « grâce ou la disgrâce divine » que j'en rends compte. Dans la science proprement dite ces choses-là n'expliquent rien en particulier, précisément parce qu'elles expliquent tout ou, si Ton aime mieux, sont au fond de tout.

Mais si ces études n'ont reposé sur aucune théorie spéciale, sur aucune explication, ancienne ou nouvelle, de la liberté, s'ensuit-il que Tidée de la liberté humaine en soit absente ? Ceci est une tout autre question. Je crois fermement, au contraire, que ni l'individu coupable, ni la société complice du délit ne

X LA FRANGE CRUflNBLLE

sont SOUS l'empire d'une fatalité insurmontable. J'estime même que cette conclusion ressort à chaque instant de l'étude impartiale du crime, aussi bien dans la vie publique que dans la vie privée. Mais c'est là une doctrine qu'il sera temps de recueillir et de fixer, quand nous aurons à assurer la théorie de la responsabilité individuelle ou collective et à étudier les meilleurs modes de répression.

LA

Page 1