LA POLITIQUE KT LA LOI -M
après lui bien d'autres, ont appelé les brigands, hommes que Ton crut soudoyés (par qui? Personne n*a jamais pu le dire) et qui n'étaient sans doute que des criminels de profession, attirés de plus ou moins loin par le pressentiment du désordre et du pillage.
a L'aspect de Paris, dit Mathieu Dumas*, était sombre et triste ; les événements de la veille, l'inutile et maladroit essai de la force, les charges de cavalerie contre la foule inoffensive, dans le jardin des Tuileries et sur les boulevards, avaient indigné et affligé tous les honnêtes citoyens. Un grand nombre de vagabonds étrangers à la ville de Paris et qui s'y étaient fixés depuis le commencement des troubles, parcouraient les divers quartiers, se grossissaient d'ouvriers qui désertaient leurs ateliers. Ils s'étaient emparés çà et là de toutes sortes d'armes ; ils poussaient des cris de révolte; les habitants paisibles fuyaient à l'approche de ces groupes ; toutes les maisons se fermaient, et partout où ne se rencontraient point ces hordes frénétiques, les rues semblaient désertes et inhabitées. Lorsque j'arrivai chez moi dans le quartier Saint- Denis, l'un des plus populeux de Paris, plusieurs de ces brigands y répandaient l'épouvante en tirant des coups de fusils en l'air. . . »
L'autorité avait essayé de donner du travail, sur les hauteurs de Montmartre, à vingt mille de ces individus ; et ce n'était guère, assure Droz*, que la moitié de cette hideuse population. Mais un grand nombre d'entre eux se mêlent à des contrebandiers qui les guident à plusieurs barrières. Ils entrent au couvent de Saint-Lazare et ils le pillent. Ils pénètrent dans le garde-meuble et ils
* Mathieu Dumas, Souvenirs, tome I, p. 431.
* Droz, Histoire du règne de Louis XVI, II, 230. Cf» Ferrièbe, Mémoires, 79.
le dévastent, a On en voit sortir des gens en haillons, dont les uns étaient couverts d'armures antiques, dont les autres portaient des armes précieuses par leurs richesses ou par leurs souvenirs historiques : un d'eux avait dans les mains Tépée de Henri IV ». »
Voilà le modèle, voilà le type, toujours prêt à ressusciter, de nos journées révolutionnaires. Voilà les auteurs des massacres, voilà ceux qui font cortège à la guillotine. ou qui se disputent l'honneur des fusillades. Voilà ceux qui, se mélangeant à la foule irréfléchie et amie du tapage politique, lui communiquent bientôt leur férocité. Les femmes ne tardent pas à s'en mêler ; car ceux qui, sous un nom ou sous un autre, vivent de la prostitution, sont toujours là, ils disposent d*un personnel toujours prêt à allier à la débauche le vol et l'assassinat.
L'intervention de ces horribles personnages dans les troubles politiques a été bien observée depuis vingt ans. D'abord ces individus sont des flâneurs, toujours dans la rue, toujours au courant de ce qui s'y passe, liseurs de journaux dans les cabarets, liseurs d'affiches et de proclamations sur les murs, assidus dans les réunions publiques. Us savent parfaitement que dans les heures ou dans les périodes quelquefois longues où la démocratie se développe sans frein, sans but et sans boussole, ils n'ont qu'à mélanger l'argot politique à leur argot habituel. L'un fait passer l'autre, et tout obstacle cède devant qui revendique d'une certaine manière ses droits de citoyen.
a La plupart des souteneurs sont électeurs et votent : avec leur carte ils pénètrent partout. Bon nombre ont cependant subi diverses condamnations, ce qui ne les empêche pas cependant de faire usage de leur qualité de
* Cf. Taine, la Révolution, I, 18, 32, 41.