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LA POLITIQUE ET LA LOI

citoyen. Tout récemment, plusieurs de ces individus, arrêtés et ayant des antécédents judiciaires, ont été trouvés nantis de leurs cartes d'électeurs coupées, à Tun des angles, indice certain qu'ils en avaient fait usage * . »

Voyez dès lors à quel point de pareils êtres sont préparés au rôle qu'ils se réservent dans les moments d'émeute ou dans les préliminaires d'élections plus passionnées ou plus bruyantes que les autres. « Dans les temps calmes, alors que les passions politiques apaisées ne donnent pas chaque matin assaut au pouvoir, Tadministration de la police exerce sur eux un empire moral qui les retient un peu. Ils ne vivent qu'en se cachant, et l'approche des agents les fait fuir. Mais qu'il survienne un réveil d'opinion, que la presse quotidienne devienne agressive contre l'autorité, qu'elle entreprenne une campagne contre la légalité des actes du Préfet de police ; immédiatement ces gens-là deviendront arrogants et lèveront la tête. Ils résisteront aux agents et lutteront contre eux; ils prendront part à toutes les séditions, et si une nouvelle mesure les frappe, ils se poseront en victimes politiques. Vienne une révolution, eux et leurs maîtresses qu'ils entraînent avec eux en deviendront les agents les plus cruels, les plus redoutables-. »

C'est lorsqu'on est battu par de pareils adversaires qu'on y regarde enfin, qu'on se renseigne et qu'on voit de quel acabit ils sont.

J'ai sauté des premières journées violentes de 1789, aux périls toujours menaçants de l'époque actuelle. Mais dans l'intervalle, que de journées où ce personnel a joué son rôle sinistre 1 Que d'époques où il a su se mêler aux enthousiastes naïfs 1 Que de fois ils ont pu se mettre au

* Macé, Le service de la Sûreté, p. 84.

* Carlibr, Les deuœ Prostitutions^ p. 229.

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service bien payé d'ambitieux qui ne regardent point aux mains dont ils se servent, et qui excusent tout en disant : il faut bien avoir une police, et on la recrute comme on peut ! Je ne veux pas remonter à la Terreur, rouge ou blanche, ni aux atrocités de plus d'une guerre civile. Tenons-nous-en à des époques relativement récentes. « En 1848» de nombreux vols à main armée,, commis sur la voie publique, à Taide de violences, avaient jeté Teffroi et l'épouvante dans les communes qui avoisinent Paris. Chaque jour ou plutôt chaque nuit de nouvelles agressions avaient lieu. Chaque jour de nouvelles victimes venaient se plaindre, et rien ne semblait devoir mettre un frein à ce flot d'attaques noc~ turnes, à ce torrent de vols qualifiés * . »

Pourquoi les gens paisibles ont-ils tant applaudi à la sanglante répression des journées de juin ? Pourquoi, fait plus étonnant, s'est-il trouvé tant d'hommes élevés dans le respect de la loi pour excuser le coup d'Etat de 1832 ? Pourquoi ces mêmes hommes ont-ils protestécontre l'amnistie générale des condamnés de la Commune ? Pourquoi ont-ils si peu approuvé les pensionsdonnées par la Troisième République aux victimes du 2 décembre ? Pour cette raison, toujours la même, qu'ils avaient vu trop de gens sans aveu, trop d'hommes ressemblant aux « brigands » de la première révolution se mêler aux insurgés de bonne foi et en souiller la cause. Je n'entends émettre ici, ni directement, ni indirectement, aucun jugement politique sur aucun parti : c'est en quelque sorte un fait psychologique que je relève. Mais il me paraît que cet empressement de la canaille à se glisser dans tout mouvement qui promet du trouble,.

* Mémoires de Canler, p. 321.

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