LA POLITIQUE ET LA LOI 4M
est un fait constant, auquel on ne saurait donner une trop grande place dans les causes qui expliquent le mouvement de notre criminalité.
On dira : mais ce sont là des événements extraordi* naires ; on ne les voit qu'aux époques de révolution ! Soit ! c'est déjà beaucoup dans un pays où toute génération voit la sienne et en voit plutôt deux qu'une. Nous ne faisons (en principe) de gros emprunts qu'en temps de guerre ; mais chaque emprunt une fois contracté, nous en payons indéfiniment les intérêts. Plus je prolonge cette étude, plus je crains que ces troubles périodiques ne créent chaque fois un capital de rébellion non moins difficile à amortir que celui de notre dette publique. Un rapport rédigé par la police en 1880 disait : « Depuis la rentrée des amnistiés de l'insurrection de 187] , il y en a en moyenne un tous les jours qui est arrêté pour délits de droit commun *. » L'année qui suivait la rédaction de ce premier rapport, trois cents de ces amnistiés furent encore arrêtés pour pareils délits. Ce n'est donc pas seulement dans l'année même où la révolution éclate, c'est dans celle où on la médite et dans celle qui la suit, que ce mélange du crime ordinaire et du désordre politique produit ses effets.
Les Comptes généraux du Ministère de la Justice en portent les traces. Dans le Compte de 1847, je lis : (c L'année 1847 ne fut pas Une année calme et prospère ; l'excessive cherté des subsistances qui fut la suite de la mauvaise récolte de 1846 devint une cause d'agitation et de troubles. Il y eut des .désordres graves ayant presque partout pour but le pillage des grains. Déjà, quoique dans une moindre proportion, les mêmes symp-
' Macé, Le service de la Sûreté, p. 125> 213.
tomes s*étaîent manifestés en 1840. » Oui, la cherté des grains souleva bien des tempêtes ; mais le vent de la politique soufflait ; 1848 se préparait. L*école de la barricade avait-elle d'ailleurs été fermée sous tout le règne de Louis-Philippe ?
En 1867, la criminalité qui avait baissé pendant les dix années précédentes, remonte tout à coup. L'optimisme officiel cherche d'abord toutes sortes de raisons. C'est au chef de l'Etat que le rapport est adressé ; on a pris l'habitude de constater tous les ans une amélioration dont on se fait gloire, il est pénible d y renoncer. On allègue donc la cherté des subsistances, l'attrait de l'Exposition universelle (car les grandes fêtes sont comme les grands troubles, elles allument des foyers de vice et de délit qui durent). On dit aussi — ressource commode — que ce sont surtout les délits de pêche et de chasse qui ont augmenté. Mais en 1868, la sincérité éclairée prend le dessus : « En deux années, il y a eu une augmentation de 19,718 affaires correctionnelles. Ce fait semble d'autant plus grave que les causes signalées dans le Compte de 1867 n'ayant plus excercé la même influence en 1868, il y a lieu d'en chercher de plus générales. » Le rédacteur du Compte opère cette recherche avec prudence. Il n'en dit pas moins :
« Parmi les 26 catégories d'infractions les plus graves, 18 présentent une augmentation qui varie beaucoup d'un délit à l'autre. . . Elle est de 21 0/0 pour la rupture de ban, de 20 0/0 dans la maraude, de 19 0/0 dans la mendicité ainsi que pour le vagabondage, de 6 0/0 pour le vol. Cet accroissement de méfaits qui intéressent particulièrement l'ordre public est affligeant. C'est également avec regret que l'on constate une augmentation de 12 et de 9 0/0 à l'égard de certains délits contre l'auto-