‹ La France dans l'Indo-ChineChapitre 7 sur 12 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

cocaracHiKB — Cambodge — siam

Si j*ai manifesté des craintes et des défiances h Tendroit de nos possessions du Tonkin et de TAnnam ; je suis, au contraire, plein de confiance dans Tave* nir de la Gochinchinei à condition pourtant que nous nous en occupions sérieusement et que nous sachions y faire les faciles sacrifices qu'elle réclame do nous. S*il en est ainsi, nous |x>sRédorons pix)chaincmont un vaste territoire, qui nous consolera de la perte de nos |)ossossions dans Tlndo nu sl^lo dornicr... Mytho peut devenir un |)ort do commerce do premier ordre et Saigon un puissant arsenal, nous permettant de soutenir au besoin, dans les mers de TExtrême Orient, une longue et pénible guerre maritime.

Cette dernière création est d'autant plus essentielle que nous devons prévoir le cas oCi nos troupes coloniales et nos bâtiments de guerre seraient pri-

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vés de communication avec la métropole, par une obstruction momentanée du canal de Suez.

Notre colonisation en Cochinchinen*estpas encore très avancée. Il serait facile do trouver des reproches à adresser h notre administration cochinchinoise. Mais à quoi ser\'iraicnt ces critiques?

Ne vaut-il pas mieux prendre la situation telle qu^elle est, examiner les résultats acquis, indiquer ceux qu*on pourrait obtenir, proposer enfln les moyens de les atteindre? Cette besogne est moins commode h coup sur que la première. Néanmoins elle m*est plus agréable, et c*est elle qui me tente. Il est aisé de se rendre compte de ce que nous pourrions vmisemblablement retirer de la Cochinchine quand on saura que son territoire mesure environ 59io8 kilomètres carrés.

Son étendue égale donc celle de dix de nos départements. La population y est fort dense. On Testime au chi(Tre de 1 600 000, soit 27 habitants par kilomètre' carré. L'Espagne ne compte que 33 habitants sur la même étendue de ten*ain I Le climat y est tempéré. On y fait jusqu'à deux récoltes par an et le riz y est abondant. Le Mékong est la grande artère qui met en communication les grandes villes situées en général sur son parcours.

Un service maritime : les Messageries flnviales^ subventionnées par TÉtat, fait le service entre Saigon, Mytho, Tay-Ninh et Baria, d'une part; puis de

C0CB1RCHI1CB — CAXBOOCB — SUM 87

Mytho à Soctrang, Chandoc, Denté, Travinb, d*autre

part.

Toutefois la Cochinchino se trouve comme reléguée au sud do rindo-Chine et pour ainsi dire rofoulée vers la mer.

Le royaume de Cambodge la sépare du vaste territoire qui forme les pays du bas et du baut Laos compris entre le Mékong et le Ménam, pays qui conOnent eux-mêmes h la Birmanie, au Tonkln, à la Cbine, à TAnnam.

Noti*e colonie ne peut donc communiquer avec le Nord qu*à la condition de traverser le Cambodge, royaume mal administré, dont les voies de communication sont dans un état d*abandon pitoyable et dont les frontiC^res avec le Siam ne sont pas même délimitées.

On comprend dès lors que la Cocbincliine ait eu besoin de se donner de Vair.

Pour cela, on a tout naturellement songé h mettre la main sur le Cambodge qui l'étoufTe, en y établissant un protectorat français!

Mais le Cambodge étant tributaire de Siam, il a fallu s'entendre avec la cour de Bangkok. Cest ce qu'on a fait, dès le début môme de notre occupation de la Cocliincliine.

£11 18G7, le gouvernement imi^érial a traité avec le roi de Siam h l'efTet de « régler définitivement, d*un commun accord, la position faite au royaume

de Cambodge, par suite du traité conclu à Oudon entre la France et ce royaume, le 11 août 1863.

Mais un traité de protectorat ne saurait suffire à ce que la Cochinchine doit réclamer de son protégé. CTest Torganisalion complète du royaume du CambodgOy aux points de vue flscal, commercial, militaire, qui peut seule répondre aux besoins de notre belle colonie cochinchinoise.

C*est ce résultat qu'il nous faut, à tout prx^ atteindre.

Le traité de 18G7 est bon, en tout cas, à connaître*

Kn voici le texte intégral :

TAAITft CONCLU LE 13 JOILLCT 1867 BNTIIB LA FrANCB RT LK ROYAUME DE SlAM

Art. l*^ — Sa Majesté le roi de Siam reconnaît solennellement le protoclorat do Sa Majesté Tempereur des Français sur lo Canii>od};c.

Art. 2. — l.o truite conclu, au mois do décembre 1803, entre les royaumes do Siam et de Cambotigo est déclaré nul et non avenu, sans qu'il soit possible au gouvenie* ment do Siam de Tinvoquer & l'avenir en aucune circons« tance.

Art. 3. — Sa Majesté le roi de Siam renonce pour lui et ses successeurs à tout tribut, présent ou autre marque de vassalité de la part du Cambodge.

De son côté, Sa Majesté Fempereur des Français 8*engage à ne point s*emparer de ce royaume pour l'incorporer à ses possessions de Cocbinchine.

GOCnUIClll!» — CAMBODGE — 8IAX S9

Ait. 4. — L«s prorinees de Battambang et d*Angkor (Nakon, Siemrap) resteront au royaume de Siain. Leurs frontiores ainsi que celles des autres prorinces siamoises limitrophes du Cambodge, telles qu'elles sont reconnues de nos Jours de part et d*autre, seront, dans le plus bref délai, déterminées exactement, à Taide de poteaux ou auti*cs marques, par une Commission d'officiers siamois el cambodgiens, en présence et avec le concours d oniciers français désigJiés par le gouverneur de la Cocbincliine.

La délimitation opérét*, il en sera dressé une carte exacte par los officiers français.

Art. 3. — Les Siamois s'abstiendront de tout empiétement sur le territoire du Cambodge et les Canibo«lgiens s'abslientli*ont également de tout empiétement sur le ter« ritoirc siamois.

Toutefois les habitants des deux pays auront la liberté' de circuler, de faire le commerce et de résider |>acilit|uemciit sur le territoire respectif.

Si des sujets siamois se rendent coupables de quelques délits ou crimes sur le territoire du Cambodge, ils seront jugés et punis avec justice par le gouvernement du Cambodge et suivant les lois de ce pays; si des sujets caui« bodgiens se rendent coupables de délits ou crimes sur le territoire siamois, ils seront également jugés et punis avec justice par le gouvernement de Siani, suivant les lois de Siam.

Art. 0. — Les b&timents sous pavillon français pour* ront navigucrlibrement dans les parties du fleuve Mékong et de la mer intérieure qui touchent aux |K>sscssiuns siamoises.

Le gouvernement de Sa Majesté le roi de Slara mettra à la disposition des autorités do Saigon le nombre de passeports qu'elles jugeront nécessaire, pour être délivrés, après avoir été signés et apostilles par lesdites autorités, aux sujets français qui voudront se rendre dans ces parages. Sur le territoire siamois, ceux-ci devront sa conformer en tout aux stipulations du traité de iS30

60 LA rRANCB DANS L^liVDO-CniIIB

entre la Franco et le Siam. 1^ passeport ci^desstts mentionne* tiendra lieu, en cas de rel&che, de la passe exigée par rarlicle 7 dudit traité et donnera aux porteurs, en cas d'urgonce, le droit d'adresser directement leurs réclamations aux autorités siamoises.

Aut. 7. — Le gouvernement s*engage à faire observer par le Cambodge les stipulations qui précèdent.

(L. S.) Signé : Moustier.

(L. S.) Signé : Puya, Suiuwongs, Waywat.

PORA, KaXA, SkNA.

Que diro de co traité? Comment rintcrpréter?

Par rarticlo 3, le roi do Siam veut attester de ses bons sentiments à notre égard : il renonce à la suzeraineté sur le Cambodge. Mais il y met une condidition précise : « La France ne pourra Tincorporer h la Cochinchine. »

En échange» qu'obtient Thabile négociateur siamois, de notre faiblesse, et surtout de notre ignorance? La reconnaissance d*une spoliation par lui faite; au détriment do qui? du Cambodge, le pays môme sur lequel nous voulons établir notre protectorat! Nous nous faisons ainsi volontairement, et Ton i)cut dire gratuitement, les complices d'une iniquité commise ù la fin du xvm* siècle, et contre laquelle tous les souverains de Pnôm-Penh ont protesté tour h tour, depuis cette époque.

COCBllICBUIB — > CAXBODCB — tUX IM

En dépit du traité de 1807, le roi Norodom prb» teste encore! Ainsi s'explique rempressement que le roi de Siam mit & demander au Gouvernement Impérial de lui reconnaître comme siennes les provinces fertiles qu*il avait violemment prises à son voisin. Et c'est la France elle-même qu'il chargeait de procéder & une délimitation de frontières que, depuis un siècle, il n'avait pas pu par\'enir h établir, d'accord avec le Cambodge.

Et nous avons accepté une pareille clause! Il est vrai de dire qu'elle n'a jamais été exécutée. Nous n'en avons pas moins, en y souscrivant, commis une faute que, coûte que coûte, il nous faut au plus tôt répa* rer. Nous devons, i)our y parvenir, nous attendre & rencontrer aujourd'hui des difllcultés qu'on eût facilement écartées en 18G7. Le roi de Siam semblo avoir d'ailleurs le pressentiment de ce qui doit lui arriver, car il a instamment prié M. Ch. Thomson, notre gouverneur de Cochinchine, Lors de son entrevue avec lui le i^' janvier 1885, de vouloir songer à la prompte exécution du traité consenti par le gouvernement de Napoléon III.

Eh bien I donc, qu'il soit fait selon son désir. Il est impossible que cette situation vague, indéfinie, dure plus longtemps.

La fln très prochaine de ce ûcheux état des choses a d*autant plus de prix pour nous que les provinces de Battambang et d'Angkor sont les plus

6i U PRAlfCB.DAlfS L*llfDO-CniIIB

fertiles de toutes ces contrées et qu'elles renferment des richesses de toute sorte qui sont encore à exploiter.

Avant do continuer, qu'il me soit permis de signaler une étude très soignée, très étendue, scientifique môme, sur tous les pays de TExtrôme Orient. Elle est l'œuvre de M. de Lancssan, qui a dû, h cet effet, se livrer aux plus minutieuses recherches. Rapporteur de la Commission chargée d'examiner la convention complémentaire de commerce signée entre la France et la Birmanie, Thonorable député a fait, à l'occasion de son rapport, un travail absolument remarquable. Je ne saurais trop conseiller de le lire, à ceux qui voudront apprendre ce qu'est rindo-Chine.

Toutefois, ce travail do l'éminent rapporteur n'est' pas aussi complet qu*il aurait pu l'être. M. de La* nessan s'est un peu trop exclusivement étendu, je crois, sur le cOté descriptif de la question qu'il a traitée. 11 a ainsi donné, il est vrai, une leçon de géugi'aphio des plus complètes h ceux de ses collègues qu'il avait mission d ccluircr avant le vote. I^a chose est assez, rare, en France, pour qu'on ne lui marchande pas des félicitations auxquelles il a droit pour ce fait exceptionnellement méritoire.

Mais, en la ciiHionstance, ce n'est pas à une leçon de géographie, si précieuse qu'elle pût être, qu'il aurait dû limiter son rapport. Qu'il veuille me par-

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donner cette très légère critique» qui ne lui enlftve d'ailleurs rien de sa valeur. C'est lui-même, du reste, qui s'est chargé d'expliquer les lacunes que je viens de signaler.

Il a expliqué très nettement dans quel esprit il l'avait conçu. Il a déclaré n'avoir voulu tirer aucune déduction des notions complètes et laborieuses qui ont été le fruit de ses laborieuses recherches, II a pensé, a-t-il dit, que les c déductions politiques de son œuvre au point de vue français n'échapperaient & personne >. J'ai beaucoup de raisons de croire que le savant rapporteur a eu une trop bonne opinion de la très grande majorité de ses compatriotes, et j'estime qu'il eût été préférable, pour la parfaite édification de tous, de le voir dégager lui-même, avec son esprit distingué et clairvoyant, les déductions qui découlent des notions par lui recueillies.

Les peuples de Tlndo-Cliine ne forment à propre* ment parler que des réunions de tribus encore à peu près sauvages, vivant sur les bords des fleuves et des cours d'eau au moyen desquels elles communiquent et commercent facilement entre elles.

Elles sont plus ou moins soumises ft des souvcrainii qui exercent sur elles des droits très irréguliers et souvent problématiques., c I^ force y primo avant tout le droit. » C'est, h leurs yeux, le seul argument qui soit irrésistible. Il est, par conséquent, difllcilc & qui n'a pas tout spécialement et profondément

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étudié les mœurs tout à £ait étranges de ces pays presque inconnus de tirer, au point de vue français, les déductions politiques dont M. de Lanessan parle avec tant d*aisancel

J*aî cru agir moi-même avec prudence et aussi d*une Tacon plus terre à terre, en recherchant exclusivement comment on pourrait arriver & établir de fréquentes et sûres relations d'échange entre la France et ces tribus nombreuses. Ces relations ne ne sont-elles pas les seules qui soient de nature à mériter notre attention?

Deux courants commerciaux bien marqués apparaissent immédiatement à ceux qui jettent les yeux sur une carte de Tlndo Chine.

Le premier est tracé» à Test, par le fleuve Mékong, le second, à Touest, par le fleuve Ménam.

Ce dernier, «entièrement siamois, traverse tout le royaume de Slam, du nord au sud, sur un parcours de 800 kilomètres dont 000 environ sont navigables. Le Ménam se jette h la mer à Bangkok, où Tinfluence anglaise règne sans conteste. Ce fleuve est donc une voie commerciale naturellement placée pour servir exclusivement les intérêts anglais.

Le Mékong au contraire semble destiné l\ favoriser une concurrence française faite à 1* Angleterre. Son parcours est de 2000 kilomètres. Il est presque partout navigable. Il Test particulièrement, à toutes les

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époques, dans sa partie qui traverse le Cambodge et la Gochinchine, sur les cOtes sud de laquelle il se jette à la mer. Cest donc un fleuve qui peut devenir aussi français que le Ménam est anglais, car il met la Cochinchine en communication directe avec la partie orientale du Siam les États shane, siamois et birmans et même une portion du Yun- Nan.

Qui aura suivi attentivement le cours de cette immense artère commerciale sera bien surpris d*apprendre que les produits des pays qu'elle traverse, au nord du Cambodge, au lieu d'être dirigés vers nos ports de Cochinchine qui en sont peu éloignés, sont presque exclusivement transportés à Bangkok, c'est-à-dire à une très grande distance de leur point de départ, à travers des chemins épouvantables et au prix de diflicultés sans nombre.

A quoi faut-il attribuer cet état de choses si anormal et en même temps si nuisible à nos intérêts? C*est ce qu'il importe de rechercher, c'est ce qu'il faut faire cesser. L'avenir de la Cochinchine en dépend.

Situé presque au centre du Siam, entre les deux grands fleuves du Mékong et du Ménam, un peu plus rapproché pourtant de ce dernier, se trouve uu vrai nid qui sert de refuge à tous les bandits, à tous les pillards du Laos et même d'ailleurs. On l'appelle Korat. Il est l'objectif de tout le commerce

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du Siam, do la Dirmanio et des peuplés riverains du MOkong et du Ménam. Do quelque point do cesdites régions que soient expédiés les produitsdestinésàdes éclianges, où qu'ils soient dirigés : qu'ils partent de Bangkok, de Battambang, de la Birmanie méridionale ou de Stung-Treng, Bassac, Oûbone, Kammerat jusqu'à Xien-Lang, c'est toujours à Korat qu'ils viennent aboutir.

Cette ville est donc un immense entrepôt.

Sa position géographique au centre de la courbe quo décrit le Mékong et son voisinage des grands lacs dont les inondations obligent les habitants des pays sud du L'xos & faire un détour et à la traverser pour atteindre le Ménàm, lui donnent une importance inappréciable. Les négociants qui y résident sont presque tous Chinois et presque tous aussi les commanditaires des maisons de Bangkok. On comprend dés Ioi*a que tout ce que renfcrine cet entrepôt privilégié soit expédié vers la capitale du Siam.

Mais que d'obstacles doivent vaincre voyageurs et marchandises avant d'arriver h cette situation!

Korat est pour ainsi dire enfermée dans le Long- Phya-Phaï (forêt du seigneur du feu), très insalubre, *ar suite très redouté des voyageurs, de telle sorte que le plus grand nombre de ceux-ci, au lieu d'aller directement de Korat à Bangkok, font un grand détour et passent par Battambang.

De \h ils gagnent Bangkok soit par la voie de

COCHWCnilfB — CAMMOGB — - SIAM SI

terre, soit en allant s'embarquer à Chantoboani sur le golfe de Siam.

Une ligne tcHégrapliique a été Jadis établie par les soins do M. Harmand, notre ancien cliargé d*af« (aires à Bangkok, reliant cette capitale h Pnûm-Penh en passant par Battambang et Pursat. J*ai oui dire qu'elle avait été détruite sur la première partie de son trajet. Mais ce qui est fort curieux & connaître, c'est la façon dont s'opèrent les échanges & Korat. J*ai dit que les caravanes de tous les points de Tlndo- Chine, d'une partie de la Birmanie et de Siam s'y donnent rendez-vous. Aussitôt arrivées, elles y cn« treposcnt toutes leurs marchandises. Tous les produits anglais venant de Bangkok y sont apportés; puis, le moment venu, on procède aux échanges, sur place. De cette façon chacun s'éiiargne une bonne partie de la route à faire. Dès que le trafic est terminé, les caravanes se remettent en marche vers leur point déi>art, emportant les proiluits échangés. On se rend facilement compte des ressources que peut retirer l'Angleterre de cet entrepôt véritablement anglais.

J'ai le regret de dire que jamais nous n'avons eu la pensée d'y installer un agent français ; nous ne sommes donc que très imparfaitement renseignés sur ce qui s'y passe. Ce que nous en savons provient de sources étrangères. N'en est-il pas de même, hélas! de tous les points de Tlndo-Chine, sans en excepter

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les pays limitrophes du Cambodg^e sur lesquels nous aurions tant besoin cependant d'avoir des notions escactes? En revanche, il y a quelques mois à peine, nous avons décidé qu*un agent consulaire français serait installé dans le Nord, au sud du Tonkin, à Louang-Prabang. Et sait-on qui a été désigné pour occuper ce poste? Un très brave garçon, il est vrai, mais un employé des télégraphes au Cambodge, M. Pavie. Le vice-consulat de Louang- Prabang lui a été confié, en récompense du voyage qu*il a fait récemment h Paris, 0(1 il a accompagné des jeunes Cambodgiens envoyés pour y faire leur éducation* GVst ainsi que la téli^graphio peut mener chez nous h la diplomatie I Ce n'est pus sans peine d'ailleurs que le gouvernement de Siam nous a accordé son exequatur.

Ce que Ton s'imaginera difficilement, c'est que ce diplomate hnprovisé, au lieu de se rendre à Hanoi et do 1}\ t^ son poste, qui n'en est pas trC's éloigné, soit depuis plusioui^ mois ^ Ikmgkok, attendant roccasion de se mettre en ix)ute. Arrivera-t-il Jamais à destination? C'est ce que nous saurons plus tard.

Devons-nous être étonnés de n'être jamais renseignés et de voir tous nos gouvernements successifs se lancer dans des expéditions lointaines avec la meilleure bonne foi du monde, je ne le nie pas, mais avec la môme ignorance persistante I Et moimême, pour faire ce travail, ne me suis-je pas heurté

COCBIlfCRmS — » GAMBODCB — - SIAX

souvent à une absence presque absoluede documents officiels français. A mesure que je pénétrais plus avant dans mes recherches, je ne rencontrais que le vague et l'incertitude. J'en suis arrivé néanmoins, à force de soins et de travaux, h établir que notre situation coloniale de Cochinchine est mal définie, dangereusement compliquée d'un protectorat organisé dans des conditions anormales. Faut-il attribuer la cause principale de ce malaise, comme certains le prétendent, à la convention de 188i?

Pour que chacun puisse en Juger, je vais publier ce document, qui est l'œuvre penonnelle de M. Thom« son, car il Ta accomplie sans avoir jamais reçu des instructions A cet eiïct?

CO!CVBNTIO.f COXCLCI BXTBB LB ftOI NoftODOX !•' BT M. Cl. TUOMPSOX, GOUYBRNCCB DB LA GoCBlNCfllNB, ilGNU A P.XO)H PkMI LB n JCIX i88^ KT A PaRIS PAU LB PRftsiDCCT DB

LA UftpinuQUB rRAMÇAhB, M. JUUKS GIU'YY, lb ax*

YIKR 1880.

(Promolgnée a« /ohtnaI offieiet au Itt Janvier IMOi)

Abt. l•^ -^ Sa Majesté le roi du Cambodge accepte toutes les réformes administratives, judiciaires, floancières et commerciales auxquelles le gouvernement de la République française jugera à l'avenir utile de procéder pour faciliter l'accomplissement de son protectorat.

Art. 2. — Sa Majesté le roi du Cambodge continuera, comme par le passé, à gouverner ses États et à diriger

70 U FlURCB DANS L*l!«DO-CniRB

leur administration, sauf les restrictions- qui résultent de la présente convention.

Art. 3. — Los fonctionnaires cambodgiens continue* ront, sous le contrôle des autorités françaises, à admlnistivr les pit>vinces, sauf en ce qui concerne rétablissement et la perception des impôts, les douanes, les con« tributions directes, les travaux publics et en général les services qui exigent une dii\>ction unique ou Vemploi d'ingénieurs ou d'agents eui*opéens.

Aai 4. — Des résidents ou des résidents adjoints, nommés piir le gouvernement français et pré^iosés au maintien de Tordre public et au contrôle des autorités locales, seront placés dans les chef-lieux de province et dans tous les points où leur présence sera jugée nécessaire,

ils seront sous les ordix^s du résident chargé, aux termes de Tarticle 2 du Traité du 11 août 1863, d*assurer, sous la haute autorité du gouverneur de la Cochinchine, Texercicc régulier du protectorat, et qui prendra le titre de résident général.

Art. 3. — Le résident général aura droit d'audience privée et personnelle auprès de Sa Majesté le roi du Cam* bodge.

Art. g. — Lej dépenses d'administration du royaume et du protectorat seront à la charge du Cambodge.

Art. 7. — Un arrangement spécial interviendra, après rét;iblissement définitif du butlget du royaume, pour fixer la liste civile du roi et les dotations des princes do la famille royale.

La liste civile du roi est fixée provisoirement à trois cent mille piastres; la dotation des princes est provisoirement fixée à vingt-cinq mille piasti*es, dont la répartition sera arrêtée suivant accord entre Sa Majesté le roi du Camliodgi^ et le gouverneur de la Cochinchine.

Sa Majesté le roi du Cambodge s'interdit do contracter aucun emprunt sans l'autorisation du gouvernement de la Uépublique.

COCHIRCHIIIB — CAMBODGE — 81AX 71

Art« 8. — L'esclavage est aboli sur tout le terriloire du Cambodge.

Art.O. — La sol (lu royaumo, Jus(|u*à ce Jour proprI<^M exclusive «lo la courouni», cessera «l'être inaliénahte. Il scia proctMt^ parités autoiili^s fi'auçjtUcsetcttmlio«if<i4Minefl à la constitution do la prui>ric*lé au («amlMxlixc

l«es clirtmontcs ot lf*8 pnK0<li*s conserveront on toute propriété les terrains cpiVIIos occupent acluell««ineiit.

Art. 10. — La ville do Pnoiu-IVnh sera adminislrée par une coniniissioti municipale comiH>sée du résident général ou de son délégué, président, de six fonctionnain*s ou négociants français nommés par le gouverneur de la Cochiuchine, de trois Cambotigiens, un Annamite, un Cliinois, un Malais, nommés par Sa Majesté le roi du Cambodge sur une liste présentée par le gouverneur général.

Fait à Pnom-Penh, le 17 juin 188i.

(L. S.) Signé : Coarlu Thomson.

(L. S.) Signé : Noiooom.

Cette convention a été, en France, Tobjct des plus vives critiques. Elles étaient, & mon avis, très méritées. Dire à un rot qu*il c continuera à régner i en lui enlevant toutes les prérogatives de la royauté; le condamner ainsi à toutes les humiliations de la vassalité la plus honteuse est un acte au moins ma« ladroit s*il ne se Justifle par des résultats importants et certains. 11 me semble, en tout cas, indigne d*un pays comme la France. Mieux eût valu mille fois déposséder complètement ce souverain, l'expédier dans rile de Poulo-Condore, l'y détenir et prendre

7S U FRAKCB DA!fS L*l!f00-C1U!«B

oarrément possession du Cambodge, en dédaignant le traité de 1867, que de sembler craindre la violation de ce traité inepte, en commettant une action hypocrite, plus nuisible à notre prestige, à nos inté* rôts, qu*une manifestation nette et vigoureuse.

Toutefois la convention de 188i a été approuvée |xir les Chambres, en janvier 1880! Pourquoi donc son auteur n*a-il pas été maintenu & son poste afln de. la faire exécuter? Pourquoi a-t-il été rappelé et remplacé par le préfet de la Loire, un parent et, par conséquent, une créature de M. Blancsubé, député de Saigon, dont un procès, qu'on a cherché à rendre scandaleux^ a démontré tout au moins les tendances non équivoques, très réfléchies, très calculées, à favoriser les intérêts de Norodom qu'il considérait avoir été compromis par M. Thomson.

Sans m'appesantir sur ce point délicat, je dois dire que renvoi do M. Filippini, comme gouverneur de la Cochinchiiie, ne pouvait que faire pressentir la dénonciation prochaine de la convention imaginée par son prédécesseur. Je ne mets paé néanmoins en doute, un seul instant, la parfaite bonne foi de ce haut fonctionnaire.

Il y avait quelques mois & peine que M. Filippini était arrivé h Saïgon, que nous apprenions sa visite solennelle à Pném-Penh, où il arrivait c muni de pleins pouvoirs » pour détruire l'œuvre do M. Thomson I Je ne crois pas pouvoir mieux agir pour faire

COCBmCRINB — CAMBODGB — 8UX 73

apprécier les résolutions de M. Filippini, que de reproduire textuellement les principaux passades d'une lettre, en date du 16 août, adressée de Paôm- Penh aux Tablettes des Charentes :

c Le nouveau gouverneur de la Cochinehiney M. Filippiniy est arrivé & Pnôm-Penh^ le jeudi 22 juillet, muni de pleins pouvoirs auprès de Sa Majesté Norodom. La convention du 17 juin a ôlé entièrement dénoncée, et une nouvelle entente a été conclue sur ces bases : c Le gouvernement fraa« çais rend au roi toute l'administration du royaume» sauf la régie de l'opium et les douanes; il n'y aura plus au Cambodge que quatre résidences-frontières.

c Le roi Norodom a lancé une proclamation invitant son peuple à rentrer dans l'ordre, et accordant une amnistie pleine et entière. Deux princes de la maison royale, les ministres et plusieurs mandarins partiront le cinquième jour de la lune (17 août), pour porter des messages de paix dans le royaume et engager les chefs des rebelles à se soumettre. Chaque mission sera accompagnée d'une escorte française, comprenant 100 fusils Gras et 10000 cartouches. Le ministre de la justice est parti hier, 15 août, pour les provinces du Nord, avec 30 jonques remorquées par la chaloupe-canonnière, la Baïonnette. Si cette nouvelle démarche ne réussit pas, Norodom fera des levées et marchera lui-môme à la tète de ses troupes contre les rebelles.

74 LA numcE dans L*iiu)o-cmHS

€ De son cOté, le résident général a informé le pays que rien ne serait changé dans l'administration da royaume jusqu'au 1'' janvier 1887. A cette époque, le roi reprendra la direction des alTaires, et le nombre des résidences françaises sera réduit & quatre : Pursat , Krati(^.h y Çoropong-Thom et Kampot. Les fonctionnaires cambodgiens seront conservés. Enfin, les commandants de poste ont reçu Tordre do ne plus sortir que s^ils sont attaqués, et pour secourir un poste attaqtté ou protéger un ravitaU» lement.

c La régie de Topium sera évidemment une source fructueuse pour la France; mais, à mon sens, elle sera aussi la cause de bien des conflits, et il eût mieux valu,^À tous égards, revenir au monopole du fermage. Toutes les recettes y passeront, avec Tarmée d'employés qui fonctionne dans la régie, dont le directeur a 25000 francs et les contrôleurs de 10000 à lâCKX) francs Avec le fermage, on eût prévenu la contrebande et réalisé bien des économies. Une économie à faire, ce serait encore de remplacer par un administrateur de 1" classe à. 20000 francs, le résident général, qui en touche 75 000. »

^ Un autre correspondant de Pnôm-Penh sous la date du 18 août, dit le môme journal, nous apprend que les milices cambodgiennes en formation dans cette ville refusent de partir pour les résidences auxquelles on les destinait, et que la plupart déser-

tait, arec armes et bagages, allant sans doota i» tarcer les rebelles.

c L'émotion est grande, ici, nous écrit-oo, el Ta se demande si, comme en mai et en aoAt i9S&^ Ion des deux tentatives de pacification, on va laisser des armes aux milices en les renvoyant dans leui» villages. En ce cas, attendez-vous à voir l'insurreo* tion reprendre de plus belle. >

La Liberté qui est un journal d'opinion très dkh dérée a jugé sévèrement les décisions prises par le nouveau gouverneur :

4 On avait parlé, dit celte feuille, il y a quelques jours de rexcellent eflfet produit par les mesura dont le nouveau gouverneur civil de la Cochinchine avait pris Tinitiative avec le roi du Cambodge. Tout» les diflicultés étaient aplanies. La rébellion étail vaincue et une paix ot-tavietuie étendait son actioa bienfaisante sur la colonie. Le représentant du gou vernement français s'était hâté de vendre la peaa de l*ours avant de lavoir tué. Les journaux de Saigon, arrivés hier, nous apprennent que les concessions inopportunes faites au roi Norodoin ont été in* terprétées comme une preuve de faiblesse de notre part, de sorte que les rebelles sont devenus plus audacieux que jamais et que le roi lui«méme se montre très arrogant. On sait que ce prince astucieux, qui paraît connaître Jugurthaet Salluste, avait êu (l'Oliver dcê appuie dans le Paiement frança'u, i

l U FRA!<CB OANH l/lRDO-Cniï«B

Les partisans de notre nouvelle politique au Camxlge diront que Tune des conséquences de la >nvcTition de 1881 a éié la réconciliation do Noro* om et do son fr^ro Si-Votha. Go dernier est devenu epuis lors, en cflet, le chef do la rébellion; il a son uartier général à Dahr, près du mont Thy qui lui srt de temps en temps de refuge. G*cst là que lui rrivcnt par les arroyos, après avoir passé à la arbe de notre résident de Compong-Thom, les armes tics munitions qui lui sont expédiées de Siam, par lattainbang.

Ils semblent donc logiques quand ils ajoutent : ^lisquo la rébellion do certaines parties du Cam- N>dgo a eu pour prétexte la convention de M. Ch. riioinson, il suffira de la dénoncer, et la paix sera vnduo h ces provinces. Eflacée la cause , détruit jera reflet.

C*est ainsi qu*a pensé M. Filippini. Il a agi en conséquence.

L'écrivain de la Liberté qui a eu à apprécier cette ^açon de penser et de faire me dispense d'exprimer anon opinion h cet égard.

: Il ne me reste qu'une espérance ; C'est que les Gham* très qui auront — sans doute? — à sanctionner la iconduite de M. Filippini se refuseront énergiquement à approuver la dénonciation d'un traité qu'elles ont ratifié, il y a neuf mois à peine : je veux parler de 4a convention Thomson.

COChMCniMB — CAXMDCB — SU» 77

Est-ce & dire qu'il (aut consen'er et appliquer l'œuvre de Tancien gouverneur?

Je me garderais bien de donner ce conseil.

Je no doute pas un seul inntant des scntimcnti excellents et pcrsonneHcmcnt très dcVIntércssés qui ont inspiré M. CIi. Thomson, lorsqu'il a conclu la convention de i88-i.

Il a cruy en conscience, servir les intérêts de son pays. Mais ii s*est malheureusement trompé. En imposant au vieux Norodom l'obligation de signer sa propre honte et sa dégradation, il ne s'est pas rendu un compte exact do la situation.

Il a voulu ménager la cour de Dangh'ok; et celleci no lui a certainement su aucun gré de cette faiblesse — qu'il me pardonne ce mot. II Ta au moins autant indispo^éo que s*il avait dépensé toute son énergie h prendre déflnitivement posscHsion du Cambodge, en s'installant à Pnôm-Penh comme M. P. Bort est installé à Hanoï.

Jusqu'à ces dernières années, l'Angleterre, déjà maîtresse d'une partie de la Birmanie et de la province malaise, était la puissance redoutée des Siamois. Aussi, h l'origine, a-ton vu sans déplaisir, à Bangkok, notre occupation do la Cochinchine. En signant un traité très avantageux pour lui avec la France, bien qu'il consentit à abandonner à notre profit sa suzeraineté sur le Cambodge, le roi de Siam nourissait secrètement l'espoir que notre voi-

tft U FnARCB UAKS L*i:<IDO«ailRB

nnago pourrait lui servir un jour contre les préten* ions, contro les envahissements britanniques qu'il sst contraint do subir.

Lo Siam est, on le sait, le seul royaume indépen* dont de toute Tlndo-Chine. Son roi a lo souci bien naturel de conscr\'er cette position privilégiée. La politique anglaise «fu^ont soigneusement secondée les Allemands a été, en tous temps, de présenter la France h la cour do fkmgkok, comme une puissance turbulente, aggivssive, no songeant h rien moins qu\\ la con(|uéto du Siam.

Ux convention de 1881 a malheureusement semblé donner raison h nos enneniis.

1/cxpédition du Ttinkin ost venue mettre le comble aux crainlos du pnitôgé do rAngleterre.

Nous aurions di\ innnédiatcment nous elTorcer de faire cesser des appréhensions qui n*étalcnt certes ixis justifiées; Lo gouvernement aurait dû être avisé par ses. agonis do cet état do choses. Ceux-ci sont restés muets. Nous ne nous en sommes donc point préoccupés, et nous nous tix>uvons aujourd'hui en face d'une politique anglo-siamoise sourdement hostile, ce qui est la plus dangereuse des politiques.

M. Filippini qui a remplacé M, Thomson, a-t-il compris cette situation? A-t-il pris les mesures que les circonstances lui commandaient?

J'estimo qu'il n*a fait qu'aggraver colle, si mauvaise, qu'avait créée son prédécesseur I

• cocninaiiNB — cambodoi — sun 79

Les décisions si malheureuses que Je vois prendre au nouveau gouverneur m'inquiètent h ce point que Je regrette sincôrement Tadministration précédente, et j'en suis arrivé à me dire : Qui sait, après tout, si M. Ch. Thomson n'aurait pas flni par atténuer les vices.de son irrationnelle convention?

Que lui a-t-il manqué pour cela? Un acte de force de la métropole et trois mille hommes pour faire une sérieuse campagne, ce qui lui aurait permis de placer Norodom entre ces deux alternatives : soit d'être enfermé lui-même, soit de faire saisir les agents de Si-Votha qui parcourent le s prov inces

limitro phes, l ance nt dos proclamations, r éveillent le zèle des sociOtOs secrètes, do nnent des fôtes et enrôlent des partisans contre la France. Kst-co que ce n'est pas le roi lui-mémo qui, retiré dans son palais de Pnôm-Penh, abruti par l'opium, encourage l'insurrection dont son frère est le chef? Ia perfldie asiatique aurait-elle donc déserté le palais de Norodom, que M. Fillppini ait pu naïvement croire aux fallacieuses promesses de celui qui l'habite?

Qu'il apprenne, s'il l'ignore, un fait caractéristique qui s'est passé en 1885.

A cette époque, le i^apo des bonzes du Camliodge, soi-disant délégué par le gouverneur de la Gochinchine et par Norodom se rendit auprès de Si-Votha. Il s'agissait d'obtenir la soumission de ce dernier.

U FRAICCB AARS L'IXOO-CHIKB

1^ Le pape des bonzes avait été son précepteur. Il y avait Heu de compter sur son influence auprès de lui. Il partit donc, se disant chargé d'ofTrir au ttàte da roi une pension de iO 000 dollars par an, à la condition qu'il cesserait ses hostilités. §i-Votlia eut le sentiment qu'aurait eu comme lui tout Asiatique, en pareille circonstance : On vient h nio Udonc on a peur . C'est tout dilTércnt quand on le menace et surtout quand on le maltraite. Donc le chef des rebelles trouva Toccasion excellente pour étendre son près* tige. Il fit connaître à tous ses partisans les oflres magniflques qui lui avaient été faites. 11 se déclara plus décidé que jamais h combattre. De grandes fiâtes furent données ù cotte occasion, et c'est le pape des bonzes lui-mCme qui bénit Veau du seniieiit versée à tous les compagnons de Si-Votha Jurant do mo urir pour rindép ondanco de la patrie. L'enthousiasme fut tel que le frère du roi osa écrire au consul anglais ù Uangkok pour lui demander de l'argent 'et des armes. £t sait-on celui qu'il chargea de lui faire parvenir sa missive? Son propre précepteur, le pape des bonzes, le négociateur envoyé par le roi Norodom et le gouverneur do SaTgont

N'est-ce pas là un fait inouï! Sous des formes plus ou moins variées, cette même félonie se retrouve partout, en Extrême Orient!

Je suis donc autorisé à penser que le roi do Siam,

cocniNcniNB — gaxdodgb — sux 8i

poussé par rAngleterre, est aujourd'hui le complice de Noroilom.

Lui aussi avait promis h notre cliargé d^alToircs à Bangkok, de faire cesser la contrebande de guerre.

Il avait même dépôctié, en novembre 1885, un haut mandarin, en qualité de commissaire extraordinaire, pour que les gouverneurs des provinces exécutassent ses ordres. Ceux-ci devaient laîre arrêter Si-Votha, s'il osait se réfugier en terre siamoise.

Mais qu'a produit cette manifestation du gouvernement de Bangkok? Si-Votha en a-t-il pas moins continué à s'approvisionner dans le Siam? Et d'ailleurs comment l'arrêter? Il se tient sans cesse aux conflns du Siam et du Cambodge.

Oîi commence la terre siamoise, oti flnit la terre cambodgienne? Depuis 1807, on n*a pas procédé, malgré tous les engagements pris, h cette époque, & la délimitation des frontières des deux pays.

N*est-ce pas là la cause permanente de notre fausse situation au Cambodge et dans le Siam? M. de Lannessan le déclare nettement, et Je |)artago son sentiment.

Aussi suis-je de ceux qui pensent qu'avane îquU c/iose, avant de dénoncer la convention Thomson, et mieux, pour arriver à la dénoncer et h la modifler notablement d'une façon honorable, si Ton veut, pour Noix>dom, mais ayant tout poiir la France, M. Fili-

82 L\ rnxycR dans l*i!<do-ciii:ib

piiii aurait dû provoquer la nomination de la Com« mission de délimitation des frontières.

11 eût été d'autant plus écouté que, comme je l'ai déjà dit, le roi do Siam Ta réclamée de M. Thomson, lorsqu'en janvier 1885, il a eu une entrevue avec le représentant de la France, dans les lies du

Tolfe.

Qu'attendons-nous pour répondre à ce désir si légitime?

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