‹ La France dans l'Indo-ChineChapitre 8 sur 12 · DÉUMITATION DES FRONTIÈRES DES ROYAUMES DE SIAM ET DU CASIBOOGB · texte numérisé non relu

DÉUMITATION DES FRONTIÈRES DES ROYAUMES DE SIAM ET DU CASIBOOGB

(bATTAMBARO, AMGKOi)

Le gouveraement français, sans plus tarder» doit donc s'occuper do la délimitation des frontières du royaume de Siam et du Cambodge. Mais avant de procéder & la nomination de la Commission qui serait chargée de cette tâchCy il est absolument nécessaire qu'il décide préalablement ce qu*il veut faire, afin de donner des instructions précises à ses agents. Il faut prévoir, je le réi)ète, des résistances de la part du Siam si nous sommes fermement résolus, et nous devons Tôtre, à restituer au Caml)odge ses anciennes provinces. Il ne suflit pas de dire avec M. de Lanessan : « Le traité de i8G7 n'existe plus depui» la signature de notre nouveau traité avec le roi du Cambodge. » Cette déclaration sera platonique tant que la France ne lui aura pas donné par ses actes une

86 U PttARCB DA5S L*15D0-ail?IE

sanction déflnitive diplomatique, matérielle. Il n*e8t plus temps de nous payer de mots. Agissons» et surtout agissons vite et énergiquement.

Si la parole de M. de Lanessan avait la valeur qu'il a voulu lui donner et que certains lui prêtent, nous ne saurions trop remercier M. Thomson d*avoir signô et fait signer par Norodom la convention de 18Hi, tout en regrettant cependant qu'il fût resté en si bon chemin. Kn revanche, on ne saurait assez blâmer M. Filippini d'avoir dénoncé une convention si avantageuse, si précieuse pour nous, et d'avoir, par son inexplicable conduite, redonné au détesta- Lie traité de 18G7, sa force et sa valeur d'il y a vingt ans, détruites par son prédécesseur. La France ne peut plus supporter la spoliation commise par le Siam, au détriment du Cambodge. Tout lui commande : ses intérêts, sa dignité même, de mettre fln a cet état de choses.

L'Angleterre encouragera, dira-t-on, le Siam dans ses résistances. Elle nous menacera de s'installer dans toute la presqu'île malaise. Que nous importe! L'occupation par elle de ce territoire se fera tût ou tanl. Nous n'avons donc pas & nous préoccuper de rôpoque où elle s*accompIira : que ce soit aujourd'hui ou que ce soit demain. Mais, avant tout, l'Angleterre a, pour l'instant, & terminer ses alTaires passablement emmêlées dans la Birmanie. Elle a des embarras dans l'Inde, en Egypte, sur le continent,

FnOXTlÊRES DE SIAM ET DU CAMBODGE ff!

un peu partout. Suivant son habitudo, elle oommen* cera par protester contre nos agissements. Si nous passons outre, elle se taira.

Quant au Siam, il est notre ennemi, qu*ôn n'en doute i^as, et il le sera tant qu'il y aura un Anglais h Bangkok. Kt Je no vois pas que le Jour soit proche où ce pa)^ sera débarrassé do rinllucneo britannique.

Nous devons songer à notre sécurité. Cette absence permanente, qui date d'un siècle, do fron* tières régulièrement établies entre les deux royaumes, do Siam et du Cambodge, dont l'un est notra ennemi et l'autre notre pvoiégé^ nous expose sans cesse h des contestations, h des périls désonnaiâi intolérables. Qu'on essaye de transiger avec le Siam, rien ne s*y oppose. Je le conseille. Mais aussi bien je ne saurais trop insister pour qu'on n'en tint pas compte, s'il refusait de négocier. Mieux vaut la gueiTO avec les Siamois chez eux, que la guerre dans le Cambodge, & notre porte, avec des rebelles armés, renouvelés sans cesse par le Siam !

Nul ne me trouvera exagéré, agressif, qui voudra se donner la peine d'examiner la situation de Dat* tambang. Cette ville — je {iai'lerai ensuite de la pn>vince entière dont elle est la capitale — est la clef du Cambodge, et le souverain de PnOm-Penh ne sera jamais chez lui tant que son voisin la gardera en son pouvoir.

88 LA PRAIfCE DA!«S L*IIfDO-Gni?CB

Je pose donc tout d*abord en principe :

L'existence du Cambodge, partant de la Cochin* chine, sera toujours précaire, le commerce de tous les pays de Tlndo-Chine, au nord et à Test des Grands Lacs, continuera h aflluer 21 Dangkok, tant que le Cambodge ne possédera pas, comme ligne frontière, Battambang : à Toucst du Grand Lac, et Stung- Trong, à Test, sur le Mékong.

Ce sentiment est absolu chez moi; il résulte de toutes les études que j*ai faites avec le plus grand soin sur toutes ces contrées.

Cola bien établi, il me reste à expliquer comment, indécis à lorigine, mal renseigné, mal impressionné, je pourrais même dire presque sans opinion, je suis arrivé h en avoir une si ferme et si arrêtée.

Je vais, à cet elTet, parler d*abord de la province de Battambang, de ses ressources, de ses habitants, de leurs mœurs, en un mot de sa situation générale. Je m'eflforcerai de démontrer Timportance de sa capitale, et par conséquent l'intérêt absolu que nous avons ù ne pas la laisser plus longtemps aux mains d'un voisin qui, je le dis encore avec certitude, ne nous aime pas, et subit l'induence de nos ennemis les plus acharnés : les Anglais.

La province do Battambang occupo une étendue d*environ 100 000 kilomètres carrés, compris entre

FROimÉRES DE 8UX ET DU CAMBODGE 89^

12*30 et i3*d0 de latitude N. et i00*20 et 101*30 de longitude E.

Sa population est très mêlée, comme on peut le ' voir par le tableau ci-dessous :

GambQiIffieni inicriU.. 15 000 45 000

ComliodKiens Siamoii. 8 000 15 000

SUmoli inscrits 200 600

Laotiens 1500 4 600

Malais 100 300

Annamites. S 000 000

Cliinois 3 000 3 000

Uirinnns ..•.••• 3 000 j

A ce chiflrey il est inutile d'ajouter quelques cen» taines d'Indiens et de Peongs.

Les mouvements d'émigration et d'immigration dans ces contrées rendent impossible tout recensement et tout établissement d'état civil. Je ferai obserx'er que les cbiiTres qui précèdent doivent être considérés comme des données approximatives. Néanmoins, il est facile de voir que la population est, en très grande majorité, cambodgienne.

Il y a foi*t peu de chrétiens dans la provinco. Un village du nom do Ksach-Pouï, contenant 180 habitants, & iO kilomètres en amont de la ville du Jlat* tambungOHt tout entier chrétien. Un second, lx>nf{.Sa villoge annamite sur lo Tu'k-Thio a été récoinincnt érigé en chrétienté.

90 U FRANCE DA?IS L*II«DO-€ni!IB

La température varie entre d8<' et 25*, ce qui fait que le climat tient le milieu entre celui de la Cochinchine et celui du Tonkin.

Ijq total des revenus i»cut présentement être évalué h environ une detnupictstre par habitant, soit au total 51 000 piastres environ, dont la récapitulation est indiquée par les clnlTrcs suivants :

Piulret.

Ferme des alcools de riz ....•• 15 000

Fermo da Topium , 74 800

Ferme de l'alMlai^e dcn {tores i 500

Fcrtuo du poisHon dit I^c i 300

Fcnuo de riiiiilo du poi«son. .••••• 1 400

Kocalion de;* arroyos .*......... 1 550

Fermo des rix C 200

Ferme des cardamomos, cornes, |>caux,ctc. 1 330

Ferme des jeux 1 200

Fermo de la loterie des trente-six bùlcs. 150

Fermo de la monnaie 2 000

Ferme» rùu n ies de Pa yrinli 3 000

Quote-part de la capitation des mineurs

de ^ayfinh (environ) 1000

IntértH du 1/10 sur les paddys Mémoire

Revenus. provenant de la Justice Mémoire

Total 51 110

La plus importante de ces fermes, celle des alcools lie ri/, a été concédée pour une durée de trois ans et expire en 1887,

I^ province do ]li\ttambang administi>>c comme oîlo restactucllomcnt, avec toutes les imperfections (|ue nous avons tous le droit d*iniputcr h son systv^ino administratif, est, assurent ceux qui Tunt par-

FROXnÊAES DK 8UX ET DU CAMBODGE 91

courue, la plus tranquille et la plus heureuse du royaume do Siam '.

En sus du gouverneur qui est Cambodgien et qui

réside dans la capitale, il y a cinq mandarins qui

' administrent la province. Ils sont installés h Mong-

Kolborey,Tu*k-Thio et Tcnot, au nord, Mong au sud

et Dontry au sud-est.

Quant à la ville de Battambang, elle est située sur le Song-Ké qui la traverse. Elle s*étend sur les deux rives, sur une longueur d'environ lO kilomùtres. Les maisons sont construitcK au milieu des cocotiers, araquiers, bananiers, manguiers. L*aspcct en est charmant et furt pittoresque.

Elle possède même un Hôtel des monnaies dont les machines et Tortillage ont été achetés & Paris et qui constitue l'un des principaux revenus du Trésor.

Il y a, au centre de la ville, une briqueterie qui fabrique des briques, des carreaux, des tuiles pour toitures. A Compong-Ampll, il y a également une poterie. Mais la briqueterie de Khveng est aussi importante que celle de llattambang. Toutes les montagnes de cette région renferment, en général, des pierres calcaires dont on pouirait faire de la chaux.

1. Dans une publication qui M fait A Salgoo soui lo titra: Ercursions et lifcomiaissunces, un écrivain tK*a couMlentricui, .\l. Urioii, a pulilid sur la province dit DattAnilMnff (Juillet* AoiU iR8S et Jnuvier*ri^vri«*r IMHii) Icm rcUNulKneiuentit jeu |4iti coinpIuU qui in'uul élO det pluii utiles dan« nivi rei*lierrliei.

99 U FIIAXCK DAXS L'hNDO-GllMB

Sur la routû do Sisaphon h Payrinh, & Da-Meas, il y a des mines d*or. Ces mines qui produisaient de Tor un peu pûle et qui étaient exploitées par les procédés primitifs, ont été abandonnées, il y a une dizaine d*années. Toutefois, si on appliquait à l'extraction de ce métal, les procédés nouveaux adoptés dans nos grands centres miniers européens, ces mines pourraient acquérir de l'importance. On prétend qu*i\ proximité de Ba-Meas, il y a d'autres gisements d'or qui seraient, eux, d'une richesse réelle.

Mais à Payrinh, à mi-chemin de Chantaboun à Ikiltambang, à trois jours de marche par conséquent do celto dernière ville, il y a des mines do pierreries qui occuponl justiu'îi lUKH) ou lUOO ouvriers. Les exploitants sont prestpio tous lliriuans et Koullias. Ces mines contiennent des siipliirs, souvent do qualité infévieure. Mais les rubis qu'un en i*otiro sont superbes, j'ajoute qu'ils sont rares. 11 est de mémo pour les topazes blanches et les émoraudes.

Les proix>rtions dans lesquelles on trouve ces pierres précieuses se calculent ainsi : On compte cinq fois plus de rubis que de topazes et d'émeraudes et cinq fois plus de siiphirs que de rubis. Ces pierres sont presque toutes transportées à Chantaboun oii elles font l'objet d'un commerce spécial. Très peu sont vendues à PnOm-Penh.

M. l'ingénieur Druel a découvert des beaux échan-

PROjmÈlIBS DE SIAN CT DU aSIDODCB 93

tillons de cristal de roche dans les montagnes de Pnôm-Krevanh. Il y a également des sources thermales entre Battambanget Chantaboun.

La chasse est abondante dans la province, et celle du cerf, au lieu d*étre faite comme chez nous, par des chiens, est pratiquée par des chevaux d'une race particulière, h demi sauvages, dressés h cet effet

Monté par son cavalier, dès que le cheval aperçoit le cerf, il se précipite à sa poursuite avec une vitesse vertigineuse qui lui permet même de le dépasser. Dès qu*il l'a atteint, il se jette sur lui, il le mord avec rage et l'achève à coups de sabot. Comme récompense, on charge la victime sur son dos et il rentre ainsi triomphant au village. Kn outre, on chasse lo tigre do grande race, ainsi que les panthères cl les éli^phants sauvages (jul vivent d'tutlinairo sur les bords du lac. On trouve ausxi lo renard, lo loup, lo lapin, la belette, des fouines cl, sur les bords du Song-Ké, à Ilassou, des loutres.

Le guano de chauve-souris peut devenir une source réelle de revenus si l'on veut s'appliquer à l'extraire des grottes de montagnes ù Pnôm-SAm- Pôu et à Pnôm-Chûk-Kreem. Dans certaines de ces cavernes, il existe des couches d'excréments secs de chauves-souris et de vampires sur une hauteur de plusieurs mètres. On pourrait très facilement les en retirer et en faire l'objet de transports très lucratifs.

94 U rRANCB DX^S L*I«'<U0-CI1INB

Los diâtricts boisés ilo Mong Kolboroy et de Tu*klltio fdurnisssoiU beaucoup ilo miel.

On cultive aussi, dans la pin)vincc« lo rix, le cai*» dantomo, le inals, les arachides, lo concombre, la citrouille. Le cafô y est abondant. LMndigo de Compong est renommé. Le commerce du riz est réservé aux Chinois. Ils Texpédient à Saîgon et ù Cholon par les messageries à vapeur cochinchinoises qui font les transi>orts des marchandises et des voyageurs de ces deux points à Pném-Penh.

M. Brien prétend qu*une décortiquerre de nz qui s*installerait îi Dattambang, envoyant seulement ses produits à Pnùm-Penh et à Saigon, aurait chance de procurer promptement une belle fortune a\ son propriétaire, C*est à considéi*er.

Les bois de teintui*e sont communs dans les forêts de Mong Kolbery et de Tu'k-Thio. On y trouve toutes sortt^ de variétés de bois de charpente et charronnagc, d*ébénisterie, et, en général, tous les riches bois do la Gochinchine, ainsi que do la gomme laque. Parmi les principales importations qui sont faites, il faut citer particulièrement le sel dont ou fait un usago considérable pour les salaisons du Lac. On remarque aussi les nombreuses cotonnades qui viennent toutes d*Âllemagne, d'Angleterre et de Hollande. Ces mômes produits venant do France sont, hélas! absents. M. Paul Bert cherche fort intelligemment ù remédier au Tonkin à un état de choses

PRONTIÊRBS DB SIAM ST DU aXBODCB

analogue & celui que je viens de signaler, au Cambodge. Ici comme \h se sont les commerces anglais et allemand qui trouvent des di^bouclit^s que Ton n*a |)as su créer au commerce français. Est-ce surprenant? Nous n'avons nulle part d*agents pour nous renseigner, et quand, par hasard, nous en avons, ils font de la politique. Ils considèrent les aflaires commerciales indignes de leurs préoccupations et de leur mission diplomatique, Ijcs soies de Gliine sont également impoilées dans la province, ainsi que Thuile de coca — expédiée, elle, presque exclusivement de Cochinchine — etropium que jadis fournissait le Cambodge, mais qui maintenant provient entièi'emcnt de Bangkok, par suite de la sottise des agents de la régie de Pnôm-Penli. Ceux-ci, ont, en elTet, élevé à 800 piastres le prix de vente de la caisse do cette denrée.

Mais, pour ne pas fatiguer le lecteur |)ar une nomenclature trop étendue, j*arrivo sans plus tarder à Texamcn de Tindustrie considérable de la |)écbe du Lac. Ce seul examen, entre une foule de considérations dé toutes sortes, suflira à démontrer combien la possession du Lac tout entier nous est nécessaire .

Lorsqu*il a eu à parler du Grand Lac et de ses émissaires connus sous le nom do bm» du Lae^ M. de Lanessan a écrit :

« Cet immense réservoir est un inépuisable vivier

96 U FIUNCB DANS L^lSlDO-CniIfS

de masses énormes de poissons qui, séchés, fumés, salés, transformés en huiles et en préparations diverses, alimentent une foule d'industries variées et donnent lieu & Tun des commerces les plus étendus do notre possession. Le Grand Lac n*a pas seulement une importance économique, il olTre encore une immense valeur politique, La possession entiérc de cette grande dépression et celle du bassin qui vient y déverser ses eaux est Tun des desiderata les plus graves de Tœuvre que nous avons poursuivie empiriquement jusqu*ici, mais que nous pouvons et que nous devons désormais accomplir de propos délibéré. La partie occidentale du Grand Lac, notamment, c*est-^-dire celle qu*une diplomatie trop ignorante ou trop légère a cédée au Siam avec les provinces de Battambang et d*Ang- Kor, un des nœuds vitaux de la presqu*ile, quel que soit le point *do vue, commercial, politique ou militaire, auquel on veuille se placer.

« On reste confondu quand on i*énéchit à la faute que nous avons commise, en '|8G7, lorsque nous avons consacré de nos propres mains la spoliation de notre nouveau protégé, le roi du Cambodge* laissant ainsi la porte ouverte à Tun des plus grands dangers qui puissent menacer nos possessions. »

La compétence indiscutable de Thonorable écrivain qui a émis des affirmations si nettes et si catégoriques donne à ces dernières un tel caractère de

pno:fnÊiiBS de siam et du Cambodge 97

gravité que les hommes d*Êtat qui sont & la tête de nos affairos no peuvent laisser se prolonger cette situation.

No serait-ce môme qu'au point de Vue spécial de la police du Lac, il importerait qu*à tout prix le Cambodge seul fût libro do Tcxcrcor, & Toxclusion de tout autre. Un oxcmplo suflira h le faire comprendre :

LMiuile de poisson du Lac donne lieu & un commerce très productif. Elle se fabrique avec des poissons qu*on fait bouillir dans de grandes marmites. L'huile qui, produite par cette cuisson, arrive h, la surface, est recueillie avec des cuillers et versée dans des touques.

Alors le poisson qui a subi cette première. opération est jeté sur le rivage dans des réservoirs clayonnés et exposé au soleil qui le fait fermenter. Une nouvelle couche d*liuile se forme qui est également recueillie, et les détritus de ces deux opérations successives abandonnés h Tair libre produisent une sorte d'empoisonnement de Tatmosphère qui devient irrespirable. L'eau est décomposée, elle n'est plus potable.

Le gouverneur de Dattambang ne pouvant tolérer de tels procédés de fabrication, décida, en i88 i, d'interdire la fabrication de l'huile de i)oisson. Or des marchés avaient été passés. Cette interdiction prononcée par le fonctionnaire siamois compromet-

98 LA PRANCB DAifS L*UID0-CH1?IB

tait de graves intérêts. Il pouvait en résulter un anéantissement complet d'une source de richesses pour le pays.

C'est alors que le gouverneur de la Cochinchine tut obligé d'inten-enir auprès du gouverneur de Dultambang. Celui-ci jugea & propos d'en référer &. Bangkok.

Il fallut de grands efforts et de longs mois pour arriver à obtenir que la pêche pût être de nouveau permise; elle le fut, en effet, à condition : 1* que les détritus de poisson seraient enfouis en terre — ce qui n'a jamais été pratiqué ; 2" que le gouverneur de la province percevrait un premier droit de pêche, sous prétexte de location d'arroyo, et enfin un second droit de douane sur l'huile exportée. C'est un Indien de Pnûm-Penh qui obtint aussitôt le monopole de la douane, à raison de 1 iOO piastres. En outre, la/aculté lui fut accordée do prélever er^ espèces le dixième de l'huile exportée, ainsi qu'un droit de pêche iniineux pour les pêcheurs, calculé sur le nombi^e do mailles de filets employés.

Telles ont été les concessions que la cour de Ilangkuk dulgna faire à notre gouverneur de la Cochinchine!

G*est cet état de choses déplorable, humiliant, qu^a consacré le traité de 1867! Nous ne pouvons, ne iierait-co que pour la sauvegarde de nos intérêts, le tolérer davantage. . .

FR0!rnÊRE8 DB SIAM BT DO GAXBODCB M

Bien que je ne me sois pas arrêté & exposer longuement les motifs qui font que la province d*Ar gkor, appartenant historiquement au Cambodge comme celle de Battambang, a les mêmes raisons qu'elle de revenir h, ce royaume, Je dois dire que cette contrée égale sa voisine en richesse et en fertilité, et qu*clle est, elle aussi, sur là routé qui conduit des pays du Laos h Bangkok.

Ces ressources qui font la prospérité de la pro* vince de Battambang et d'Angkor, ne sont pas les seules causes qui commandent à la France de restituer ces provinces au Cambodge. L*importance de la ville de Siem-Beap, voisine des superbes ruines d*Angkor, comme celle do Battambang, tant au point de vue commercial qu*au point de vue politique et militaire, nous en font une loi expresse, immédiate. J*ai indiqué comment Battambang était, par sa situation géographique, une étape obligée pour les voyageurs et pour une grande quantité de convois allant de Korat à Bangkok et vice vena,

Kn outre, plusieurs routes, si Ton peut op|)clcr ainsi les sentiers d*élépliants et de chars qui forment toutes les voies de communication de ces pays primitifs, relient Battambang & Siem-Ucap, Sisaphoiii Kabine, Pursat et tous les points importants do ces contrées. Une route la met également en communication avec Chantaboun, véritable colonie annamite

LofC.

lOO LA nXSCE DATtS L^INDO-CUKNB

OÙ nous devrions bien installer un vice-consul, ne fût-ce que pour empocher le transport continuel de la contrebande de gueiTe qui, de ce point, se dirige vers le Cambodge.

Les rapiK)rts entre Battambang et Pnôm-Penh sont irréguliers. Ils n*ont Heu que pendant huit mois environ, au moyen des bateaux des Messageries & vapeur de Cochinchine qui, toute l'année, font le service entre Mylho et Pnôm-Penh,

C'est principalement à cette irrégularité de communications entre Battambang et la capitale du Cambodge qu*il faut attribuer cette habitude des Laotiens, si nuisible à notre colonie, d'expédier tous leurs riches produits ù Bangkok. Il se trouve, en elTet, que les caravanes et les voyageurs descendant do Korat, arrivent ^i Battambang précisément pendant la période des quatre mois oU les bateaux des Messageries' à vapeur cochinchinoises ne peuvent plus remonter jusqu'à ce dernier point. Il est dès lors très diflicile de gagner le sud.

Mais qu'on constmise des routes, qu'on organise des moyens de transport réguliers et rapides entre Battambang et Pnom-Penh et Ton détournera aussitôt de Ikmgkok, au profit de la Cochinchine, la plus grande partie des juarcliandises' qui y sont transportées, d autant plus que la barre formée à l'embouchure du Ménam rend inaccessible la capitale du Sium aux navires de fort tonnage.

PR0?IT1È1IE8 DE SIAM BT OU CAMBODGE iA/

Le voyage de Battambang à Mytho ne dure pas plus de deux jours. Celui de Battambang à Bangkok en dure douze. La distance qui sépare ces deux villes est de 3Q0 kilomètres. Jadis les Annamites avaient construit, assez élevée pour qu'elle fût à l'abri des inondations, une chaussée reliant Battambang au Grand Lac en passant par Sisaphon. Les Siamois l'ont laissé tomber en ruines, et cela se conçoit : tout ce qui peut servir & Mytho nuit à Bangkok. Or l'intérêt du Siam est de protéger cette dernière ville au détriment de la première. Cependant il existe encore, à peu près intactes, des portions assez importantes de cette ancienne route qu'iJ serait facile de refaire en entier sans trop de frais.

Si l'on se décidait un jour à entreprendre ce travail, il ne serait pas inutile de procéder alors à des études sur les améliorations à introduire dans les Lacs. Bien des choses contradictoires ont été dites sur certains phénomènes qui s'y produisent : sur leur assèchement possible, par exemple, il serait utile de connaître la vérité. 11 n*en existe pas moins un chenal assez profond pour y permettre la navigation cb toutes saisons.

Une clause — Tarticle 7 — de la conventioa Thomson a éveillé ma curiosité. Elle a trait h l'abolition de l'esclavage. J'ai examiné cette question et j'ai recueilli & ce sujet de fort curieux renseigne^ ments.

lOà U FRANCE DANS L*I\D0-CI1INB

Il y a dans ces provinces du Cambodge trois sortes d esclaves :

Les esclaves pour dettes, les esclaves héréilitaii'es et enfln les esclaves formant une catégorie spéciale. Cette dernière so com^iose de sauvages volés autres* fois dans les régions du LaOs. Mais, ù l'honneur de la province de Dattambang, je dois dire qu*on n*y rencontre que des esclaves pour dettes. Cotte sorte d*csclavage très curieuse d'ailleurs peut éti*e facilement détruite. Il suffit à un Européen d en connaître la provenance pour qu'il iudiijue aussitôt le moyen do l'anéantir.

I^ tiers de la population dans la province de Ihttambang appartient à la première catégorie! Il est vrai de dire que l'esclavage pour dettes est chose ti*6s supportable. Il est d'usage que le créancier ne traduise pas son débiteur devant le tribunal. J^ débiteur insolvable se constitue volontairement Tesdave du créancier, qui le nourrit, le loge, l'habille et le fait travailler pour son compte jusqu'à ce qu'il soit parvenu à se libérer de sa dette. Mais cet esclavage est personnel, il n'est pas liéréditaire. Néanmoins l'enfant d'un esclave né dans la maison du maître et qui occasionne ainsi des frais d'entretien, donne lieu à un supplément de rachat.

Ce sont surtout les préU sur récoltes qui sont causo quo le cultivateur devient esclave. Le maître, je veux dire le préteur, est généralement Chinois.

Fno?in£nES db sux et du caxbodce i(Xi

Le Chinois est le Juif de TExtrèine Orient. Il en a tous les instincts, la ruse, la finesse, l'inteiligence, et surtout la rapacité.

Un Cambodgien, par exemple, qui possède des rizières, a besoin d*argent ; il s*adrcsHe invariablement ù un Chinois qui lui fait des avances sur sa récolte prochaine. Celle-ci est mauvaise, le débiteur ne peut pas payer : il devient esckive du préteur. Aussi voiton ces pays sillonnés par des colporteurs chinois qui transportent les marchandises les plus diverses ù Tusage des habitants, et les leur vendent h condition d*étre payés après la récolte.

D'ordinaire un débiteur ne nie pas sa dette. Pou^ tant le créancier ne possède aucun titre qui Tatteste. Ce sont lu certes des mœurs que certains Européens doivent bien envier aux peuples de TExtréme Orient!

Mais si des contestations se produisent entre les parties, la justice est saisie. Le débiteur qui ne s'acquitte pas est mis aux fers dans Tenccintc de la citadcll<;^ attendant qu'un acheteur le délivre. Il devient aussitôt son esclave pour dettes. Ce système a évidemment de graves inconvénients. Mais pour détruire ce mal tout d*un coup, sans apporter le remède qui doit le guérir, suffît-il d'un simple article inséré dans une convention, suilout dans un pays oii, je le répète, par suite des circonstances que j'ai indiquées, le tiers de la population se compose d'esclaves pour dettes?

104 U FlUNCK DAMS L*1M)0-CIU:CB

Je no le pense pas. No semble- t-il pas qu'il eût mieux valu, qu*ii vaudniit mieux encore chercher le moven de venir en aide aux cultivateurs, en leurfaisanl des avances dans des conditions peu onéi*euses qui leur. oITriraient toutes chances de pouvoir se liiR^rer. Kl ces conditions ne leur coAtei*aient pas ccrtiinoincnt les sacrilicos que leur imposent on ce moment les usuriei*s cliinois.

Donc Particle 7 do ki convention Thomson ayant \x>\xv but do dtitruire lesclavago appelle forcément la cn^ation d'uno institution de pi*ùts ixmr TagricuN turo et I*industrio. Ello pourrait fonctionner sous la surveillance d*un agent désigné par le gouvernement do Cochincliino et rendrait do trC's grands services (i ces ()opulations. Quant aux doux premières catégories d'esclaves, elles doivent disparaître pour les mêmes raisons qui nous ont fait abolir l'esclavage dans nos colonies.

Je ne crois pas avoir besoin d'insister sur la nécessité de fortifier très solidement la ville de Battambang si elle nous appartenait. Elle occupe une position stratégique très importante. C'est par Battambang que les ennemis du Cambodge ont toujours pénétré sur ce territoire. Nous Tavons bien compris, puisqu'on arrière do Battambang que nous no possédons pas, h Pursat, nous avons élevé des défenses.

Mais celles-ci seraient insuffisantes si elles devaient supporter uno attaque sérieuse des Siamois.

rnosmtes db siam bt du caxboocb i05

En môme temps qu'un entrepôt de premier ordre, Battambang devrait donc 6tre une position militaire solide, défendant, à l'ouest des Lacs, les frontières du Cambodge.

II serait utile qu'elle fût reliée au port de Kompot par un chemin de fer. Siam-Ilenp devrait aussi ôtre occu|K^o militairement.

11 me reste maintenant à étudier comment do- ATaicnt s'établir les frontières du Cambodge, & VaA des I^cs.

Page 1