CHAPITRE IV
OOMPONO-SOAÎ — UIATIEH — tlCRC-TRCKO
La Fhince n'a pas un moindre intérêt à délimiter les frontières du Siam et du Cambodge, à Touest du Grand Lac, qu'elle n'en aurait à le foire à Test. ^ La première province qui conflne, à Touest, ce c grand vivier » est colle do Coini)ong-Soa1, égalo* ment ravie en grande partie au Cambodge commo celles de Battainbang et d'Angkor, et contostéo comme ces dernières à la cour de Dangkok.
Or cette province limitrophe des provinces de Chicreng, Stung, Poroung et Proun-Tep, etc., met I 1q Grand Lac en communication avec le Mékong, partant avec OubOne, Bassac et Stung-Treng.
Elle est la plus fertile, la plus peuplée de toutes les provinces de l'ouest de Tlndo-Chine. Elle possède plus de 450 villages. On peut la traverser, pendant la saison des hautes eaux, du nord au sud jusqu'à la frontière de Siam, en suivant le
ilO LA FRANCE DAIVS L*1NI>0-CI11NB
Stung-Sen. Celle rivièi*e est le plus grand affluent du Lac. Elle traverse Coinpong-Thom et, faisant un détour au nord, elle forme une partie de ce que Ton considère comme la frontière siamo-cambodgienne. Le Stung-Sen n*a pas moins de 80 à iOO mètres de largeur et 8 à 10 mètres de profondeur dans tout son parcours. Une flottille de canonnières pourrait y être installée et y rendre de grands services. On n'en rencontre pas une seule pour faire la police contre les rebelles!! Suivant sa dénomination (Compong veut dire passage) ^ la province de Compong-Soal est robjectif de toutes les routes qui mettent en communication les provinces du nord avec le Cambodge. C*est par le Compong-Soaf que les caravanes des Laotiens descendent vers Pnôm-Penh, à Tépoque de la saison des pluies. Ces caravanes, qui transportent des produits de toutes sortes à vendre ou à éichanger, escortent eti même temps des troupeaux considérables. On compte fréquemment, parmi ces derniers, jusqu'à iOOO à 50U0 bœufs ou buffles et de 1200 à 1500 chevaux. Les Laotiens qui les dirigent voyagent en pareille compagnie pendant cinq et six mois. Mais, avant d!arriver à destination, ces malheureux sont victimes d'une exploitation désastreuse. Chaque fois que, sur leur parcours, ils ont à traverser un centre oU se trouve installée une autorité quelconque, ils sont tenus, pour que cette dernière leur permette de continuer leur route, h lui abandonner
COMPOHG-SOa! ^ KRATIEB — STOHG-TREIIG 111
une ou plusieurs tètes de leur troupeau : de telle sorte qu'en arrivant au terme do leur route, pour ne pas être ruinés, ils rehaussent considérablement le prix de leurs marchandises.
Le Compong-Soal est, en ce moment, livré complètement aux incursions de Si-Votha et de ses lieutenants.
Voisine de la province de Compong-Soal, celle de Chicreng est limitée, au sud et à l'ouest, par les Lacs, au nord, par la ù'ontière de Siam. Elle est traversée par une petite rivière qui porte son nom. On y compte 80 villages dont une dizaine assez populeux. On aperçoit dans la partie sud de vastes plaines 0(1 s*élèvent, de ditttance en distance, de superbes bouquets d'arbres, au milieu d*immense8 rizières produisant toutes du riz blanc et rouge. Les indigènes y ont creusé des étangs qui fournissent de l'eau pendant la saison- sèche. A partir des villages do Top-Siom et do Gou-Som-Kril Jusqu'au Siam, on no rencontre ({uo dos forets 6(1 se trouvent plus do 150 essences différentes d'arbres.
Or, li Suïgon, on lait venir de Singaporc, possession anglaise (1 t),ces essences qu'on a tout près de soi, inexploitées, sur les bords des lacs!
La province de Chicreng est traversée par des routes à peu près praticables, pendant la saison sèche, pour les voitures à bœu£s ou à buffles, ainsi que pour les piétons et pour les cavaliers. Les trou-
lis LA FRAIfCB DANS L'iNOO-CHllfB
peaax sont rares dans cette contrée. Mais» aux envi* rons du Lac, il y a de grandes pêcheries organisées pour la salaison du poisson. Les produits en sont achetés par des Chinois et expédiés en Chine.
Au sud de la province de Chicreng, limitrophe de celle do Compong-SoaY, est la province de Stung, qui compte, elle aussi, une centaine de villages très importants. Au sud des villages de Dong et de Ang- Long-Kranh, d*immenses rizières produisent exclusivement du riz blanc très estimé dans le pays. Cette contrée est riche en troupeaux. Pendant la saison Bèchcy vieillards et enfants restent dans les villages, femmes et hommes valides se transportent sur les bords du Lac et se livrent à la pêche.
Dans ces régions abondent également de grandes forêts produisant des bois très recherchés.
La fabrication de la cire est une des sources de richesse du pays.
Quant aux provinces de Poroung et de Proun Tep, qui,^ au nord et h Test, s'étendent jusqu'au Mékong, elles ne possèdent que des villages très éloignés les uns des autres. Elles sont montagneuses, peu peuplées. On y remarque l'absence presque complète de troupeaux.
Le commerce du bois est la principale ressource de ces pays. On en extrait de l'huile et de la résine. Ces bois servent également à la construction des chars k bufQes et des sampans.
GOSIPOIIG-SOaI — KRATIEH — STUIIC-Tllllia liS
Mais, aux environs de la montagne de Thy, où Si-Votha installe d'habitude son quartier général, le minerai de fer est très abondant. Avec des procédés très insufnsants, les habitants en extraient pourtant une quantité suflisante pour fabriquer un nombre considérable de couteaux, de sabres, de lances, de piques, d*outils, de marmites, etc., etc. Ce minerai sert également & la fabrication du fer des krouys» qui est la monnaie de tous ces pays jusqu'à Dassac. On exploite aussi avec beaucoup de profit le palmier, dont on extrait un sucre très estimé des Cambodgiens.
Les femmes se livrent également à la fabrication des sampots — vêtements coton et soie à l'usage des hommes et des femmes — qui sont très recherchés.
Je crois utile de revenir sur l'industrie du fer, si imparfaitement pratiquée dans ces régions. M. de Lanessan, qui y a constaté la présence de gîtes métallurgiques fournissant un minerai très pur, fait à ce sujet une observation qui est de nature à éveiller l'attention de ceux qui s'occupent tout particuliè-
rement de l'organisation de nos coV)nies indo^chi* noises, c II importe de noter, dit le savant député, qu'il n'existe pas, dans toute l'Asie, une seule usine européenne pour la métallurgie du fer. Cependant l'Inde contient des gisements de fer considérables. Mais les Anglais se sont toujours oppo* ses à leur exploitation en grand par des capitaux
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européens et & leur transformation en acier ou gros fers, dans le but évident de ne pas priver leur marine d'un élément de fret aussi important. On sait que l'on construit, de plus en plus, en fer les bâtiments européens de l'Inde et de Tlndo-Chine, de la Chine et du Japon. L'établissement d'une grande usine métallurgique au Cambodge pourrait nous rendre de grands services; les mines de charbon de la côte d'Annam faciliteraient beaucoup cette exploitation. Du reste le cliarbon de bois sufHrait pendant plusieurs années. »
N*csl-il pas désolant do voir de telles richesses abandonnées pour le plus grand profit de l'Angleterre? Si elles étaient exploitées, elles nous fourniraient tous les éléments pour construire à bon marché, sur place, au moins des flottilles destinées à faire la police des rivières. Nous pourrions sans grands frais établir, sur tous les points qui les réclament, des voies ferrées dont nous aurions tous les matériaux à notre 'portée. Nous pourrions produire, en Extrême Orient, à des prix modérés tout le fer, tout l'acier que TAnglcterre y exporte et fait chèrement payer. Nous pourrions organiser dé grandes fabriques d'ustensiles de toute nature à l'usage des populations qui n'en |K>ssèdent que de très imparfaits et chèrement acquis pour l'usage qu'ils en font.
Comment nos gouverneui^s de Cochinchine ne se sont-ils pas préoccupés do pareilles créations?
COMPOMC-SOA! — KIUTIEB -*- STClfC-TMOlG ilW
L*insta11ntion d*un grand établissement métattnr* gique de fer & Dahr, près du montThy, devrait faire l'objet d*études immédiates. Le gouvernement aunît de nombreux avantages à en favoriser la création. Un établissement de ce genre appellerait les popul*tions autour de lui. Ce serait un moyen bien plus sûr de pacification que Tenvoi de colonnes expéditionnaires pour en chasser Si-Votha et ses bandes.
Dalir so trouve & quelques kilomètres du Stung- Scn, qui, comme je Ini fuit observer, est navigable en tout temps et so jette dans les I^ics. Donc, avec peu t d'clTorts, ce villngc serait aisément mis en comniu* ! nication constante avec Pnôm-Penh, Mytho et Saigon. On aurait dès lors la facilité d'expédier ses \ produits en Gliinc, partout en Extrême Orient. Nous y trouverions tout ce ({u'il faut pour fonder ù Saigon un arsenal militaire et maritime de premier ordre, se suffisant \\. lui-môme, sans avoir besoin d'aucune ressource de la métro j>ole.
Combien seraient plus intéressantes des dépenses afTectées ù une innovation pareille qu*à des voyages pompeux et inutiles de nos gouverneurs de Cocliinchine à Pnùm-Pcnh, et à Tentretien d'un résident général auprès du roi Norodom f Je ne veux pas citer ici tant d'autres gaspillages auxquels il serait bien temps de mettre fin!
Le résumé qui précède démontra suffisamment, je suppose, que nous devons au plus tét compléter le
116 LA rnANCB DAnS L*lIIDO-€niNB
Cambodge, si Je puis m*expriiner ainsi, par toutes ces créations diverses.
li me reste enfln à examiner quelle est la partie du Mékong qui devrait nécessairement appartenir au royaume de Cambodge.
En toute saison, le sen'ice des Messageries cochinchinoises remonte régulièrement le cours du grand fleuve jusqu*à Kratieh, où nous avons un résident. Jjq lit du Mékong est partout accessible aux navires de grand tonnage jusqu'à Somboc. Les rives jus(iuo-lù en sont très peuplées. On rencontre même sur le fleuve des lies où se récoltent abondaiunieiU Tindigo et le colon. Bref, celte portion du Cumbodgo serait destinée au plus bel avenir, sous une administration honnête et intelligente.
Tout semblerait, dés lors, indiquer que la frontière cambodgienne, prenant Kratieh pour point extrême à Test, serait tracée dans les conditions satisfaisantes pour le souvr Jn du Cambodge. La possession de' ce poir.t eiunt d'ailleurs uctuellement acquise à ce dernier, aucune contestation ne pourrait se produire de ce chef avec le Siam, et la Commission de délimitation des frontières limitrophes des deux royaumes trouverait, de ce cOté, sa be« sogno toute faite. •
J*estimo néanmoins que la frontière ainsi établie no suffirait pas au Cambodge et no pourrait nous suflire surtout h nous, au point de vue do nos inté-
COXPOHG-SOaI — KRATIBB — STUHG-TREflG iil
rèU en Gochinchine. Cette frontière devrait, à mon avis, remonter au moins jusqu'à Stung*Treng et si c'était possible Jusqu'à Bassac!
Stung-Treng, que je considère devoir au moins être le point extrême de la frontière du Cambodge, ne peut pas correspondre avec Kratieh par le Mékong. A partir de Somboc,en remontant vers le nord, le lit du fleuve jusqu'à Stung-Treng est rendu inaccessible par des rapides qui s'étendent sur une Ion* gueur de 80 kilomètres et rendent impraticables toute navigation sur son parcours. Les avis sont partagés sur la possibilité de détruire la totalité ott la plus grande partie de ces obstacles.
Une route do terre mot aujourd'hui Stung-Treng en communication avec Kratieh. I^ pays qu'elle traverse est sauvage, seulement couvert do forêts. Il est inhabité à cause des marais qu'y forment les inondations. La route de Stung-Treng à Kratieh fiiit même un détour pour éviter ces passages, impraticables pendant une partie de Tannée. Mais il serait possible — beaucoup de voyageurs qui ont fréquenté ces parages l'attestent — de construire un petit chemin de fer, un peu en élévation afin de le préserver des inondations, reliant ces deux points importants.
Ces parages servent de refuge aux bandes rebelles commandées par Si-Votha. Nous aurions donc une raison péremptoire pour réclamer du Siam leur an*
as LA rRANCB DA:<$ L*IKDO-€ni:(B
nexion au Cambodge. Ainsi Stung*Treng devien-
dralt la limito oxtrôme st^parant le Siam du CSambodgc.
Lasituation géographique exceptionnelle de Stung- IVcng nous indique d*ailleurs clairement que celte ville doit faire partie du royaume du Cambodge, à l'est, sur le Mékong.
Slung-Trengcst un centre commercial de premier ordre. Il est ea môme temps un point stratégique que nous ne pouvons laisser aux mains des Siamois. Le développement que peut prendre cette ville sera considérable si les conHnunications avec le Cambodge et la Cochinchinc sont assui^ées.
M. do I.anessan s*oxprimo à son sujet de la façon suivante :
« Stung-Treng est évidemment le i)oint de concentration naturel do toute la vallée du Sô-Cong; ce qui lo prouve d'une façon indéniable, c*est que le Royaume du Oambodge |)ossédait auti*efois les bords tic cette rivière, si intéressante & beaucoup de points de vue et dont la branche orientale, le Sé-Kéman, se rapproche beaucoup de la province annamite de Quang-Nam, qui possède des baies excellentes, i
Pourquoi hésiterions-nous à faire faire retour au Cambodge de ce qu'il c possédait autrefois i? D'autre {Kirty le voyageur hollandais G, Van Wecsthof, qui a visité ces pays en IG il , rapporte que vers le commencement du XVII* siècle, c'est-à-dire à l'époque oti
CO)IPO?IC-SOaI — KRATIKIl — KTt'^G-TllCKG ilH
les dîvei*sc8 principautés du Cambodge relevalont d*un suzerain puissant, Stung-Trcng était une rési* dence royale. Alors, raconte-t-il,tou8 ces pays étaient sillonnés d'excellentes routes suppléant à Tinsufllsance des cours d*eau.
Le Siam ne pourrait donc s'opposer sérieusement à la reprise, au profit du Cambodge, de cette région, qui, par suite des circonstances, lui est devenue absolument indispensable.
Ces circonstances dont je veux parler sont celles qui détournent de Kratieh et do nos ports du sud tous les piXKhiits du Laos méridional et des bonis du Mékong ainsi que de ses afl1uents,pour les diriger h gramrpoino ix Ikuigkok.
Kn outre, Stung-Treng est situé sur le Sébong, qui compte parmi ses nfl1uentsleSé-Cohg,navigiible pour les banfues indigènes. Celles-ci remontent jusqu'à Attopcu, traversant des contrées très fer* tiles qui ronrcrmont des mines d'or et de cuivre. IjO Sé-Cong permet également de remonter jusqu'à Sien«Pang,qui communique par terre avec Dassac.
En désignant Stung-Treng comme devant faire indispensablcment partie du Cambodge, j'ai émis simplement le vœu que la frontière pût remonter jusqu'à Bassac, en absorbant cette ville bien en* tendu.
Si je no mo suis pas montré très catégorique 1 l'endroit de Bassac, c'est parce que je comproodi
itt U FRANCS DANS L*17ID0-GniNB
que là nous pourrions trouver de graves résistances de la part du Siam.
Toutefois le mandarin, 8*intîtulant vice-roi, qui réside & Bassac, pourrait bien un Jour, par son mauvais vouloir, par ses dispositions hostiles au Cambodge et à la Cochinchine et par sa sollicitude exagérée pour tout ce qui touche aux intérêts anglais concentrés à Bangkok, nous mettre dans la nécessité de le chasser de sa résidence et de nous y installer.
Nous ne pourrions, malgré tous nos sentiments pacifiques, soulTrir que son administration tyran* nique et arbitraire continuât quand même à nuire à nos intérêts.
Avant d*en arriver aux mesures extrêmes, je ne saurais trop conseiller au ministre des AlTuires étrangères do désigner au plus tôt un agent qu*il accréditerait auprès de ce souverain minuscule. Il lui confierait la nïission expresse de s*entendre avec lui pour l'établissement de relations commerciales entre les pays qui sont soumis à son autorité et Stung- Trcng, devenue la limite frontière du Cambodge.
De la sorte, Bangkok n'aurait plus le monopole des produits de toutes ces régions, au grand préjudice de nos possessions.
Bassac relié à Stung-Treng, et Stung-Treng rais en communication avec Kratieh, ce serait le courant actuel détourné de sa route dans la direction de
coxpoug-soa! — kiutibb — stuiig-tiikig lîi
Bangkok» qu'on n'atteint qu'après un mois et demi de route, et ce serait un courant nouveau s'établissant dans la direction de nos ports de Cholon, M)iho et Saîgon. J'ajoute que Stung-Treng est en relations fréquentes par des routes nombreuses avec toutes les provinces de la rive droite du Mékong.
Dès lors, la capitale de Battambang pourrait de son cété diriger les produits qu'elle recevrait vers Kampot et rendre ainsi à ce port sa prospérité ancienne perdue aujourd'hui.
Je signale tout particulièrement Bassac, car c'est, actuellement, le centre le plus important du bas Laos, sur le Mékong. !
Bassac est la capitale d'une principauté & qui elle a emprunté son nom et qui dépend du Siam. Son gouverneur s'est atîublé du titre de roi, parce que, bien qu'il aille do temps à autre à Bangkok boire € l'eau du serment » et qu'il paye un tribut déte^ miné au roi de Siam, celui-ci a reconnu son titre comme héréditaire.
Il a donc incontestablement de la sorte, en verta de ses droits régaliens, la faculté de nous laire bien des concessions que nous réclamerions de lui, sans avoir à nous opposer des objections provenant de son suzerain de Bangkok !
Tous les produits qui partent du Sé-Mon et des pays situés sur la rive gauche du Mékong viennent -se concentrer à Bassac.
123 U PAARCB DAMS L*lNDO-CilinB
Oubône, Kcmmcrat et Korat mémo communiquent sans cesse avec la capitale de la principauté, M. Ilarmand prétend que des villages situés dans le haut de la vallée du Sé-Bang-Hieng payent un tribut au roi. Il a môme vu fondre en bronze, à Bassac, une grande statue de Douddha.
Il faut donc, ù tout prix, ou avoir avec soi ce mo« narque qui tient pour ainsi dire entre ses mains la prospérité du Cambodge, ou Tabsorbcr.
Un agent vigoureux, intelligent, parlant la langue du pays, le convaincrait bien vite de Tintérôt qu'il aurait à établir avec nous des relations de commerce et d*amitié.
Cela obtenu, nous aurions assuré Tavenir de notre colonie de Cochinchinc.
Sur la principauté, et faisant partie de cette dernière, à Test, se trouve un magnifique territoire : le plateau dés Dolovens, qui relie Bassac & Âttopeu.
C*est avecMe plus vif intérêt que J*ai lu les renseignements recueillis par M. de Lanessan sur ces pays peu explorés d ailleurs, et je me plais h les relater ici textuellement.
c On peut dire, déclare-t-il,que larégion d'Âttopeu est une des plus isolées de tout le Laos, en dépit des ricliesses qui s*y trouvent. Cette région est une de celles qui ne peuvent manquer d'attirer un jour notre attention. Le magniAque plateau des Bolovens, qui sépare Bassac d'Attopeu, est à une altitude d'en-
COMPONG-SOaI — * KRATIBH — STUNG-TRERO 123
viron iOOO mètres au-dessus du niveau de la mer et jouit d*un climat à peu près semblable & celui des parties méridionales de la France. Ses plaines mamelonnées et ses vallons ofTrent la plupart des végétaux des régions tempérées : les charmes » les chênes, les châtaigniers, les conifères, etc. La terre y est d*une fertilité inouïe; toutes les cultures de l'Europe y sont possibles ; mais les populations clairsemées et sauvages ne tirent aucun profit de ce territoire superbe. On y pourrait établir une colonie européenne qui pourrait se livrer 2i toutes les exploitations agricoles et industrielles, sous un climat favorable et dans les meilleures conditions que puissent désirer Tagriculture et Tindustrie.
. c Les quelques personnes qui se préoccupent sérieusement de Tavenir de la France dans l'Indo- .Chine pensent que le plateau de» Dolovens, facile à relier au port de Tourane par une route de 150 kilo* mètres, devrait devenir le centre administratif et le sanitarium de nos possessions orientales, et qu'il rivaliserait aisément, h tous les égards, avec tout ce que la richesse des Lides a pu enfanter à Semia, à Outa Kamund ou à Buitenzorg. >
Voilà donc une sorte de paradis terrestre h notre porte, et nous ne songerions pas à Tutiliser, au lieu de porter nos efTorts sur Cayenno qui n*est pas solubre ou sur la Nouvelle-Calédonie où nous avons h vaincre des difficultés inutiles!
i24 U PRAMCB DAMS L*IND<H:RmB
n in*est difllcile de prolonger da\rantage cette par* lie de mon travail, presque exclusivement descriptive. Je crois être entré dans assez de détails pour la démonstration que j*ai uniquement voulu entreprendre de la nécessité qu*ii y a pour la France à procéder non pas seulement h la délimitation his* torique des frontières do Siam et du Camboilgc, mais encore h une délimitation nouvelle et plus étendue que nous commandent et le soin de nos intérêts matériels et le souci même de la défense de notre colonie cochinchinoise.
Je n*ai plus accidentellement qu*& dire rapidement quelques mots sur le traité qui lie la France à la Birmanie.
Une convention spéciale, ayant pour but c de consolider et d*accroltre » les relations existant entre la France et la Birmanie en vertu du traité du 24 jan« vier 1873, a été signée à Paris entre M. J . Ferry au nom de la République française et Mingghie, Min, Mâcha, Raya, Thin, Gian, Myothit, Myozah, Âtivin, AN'oom, Min au nom de la Birmanie.
Cette convention dernière porte la date du 15 janvier 1885.
Je n*ai pas Tintention d*examiner en détail cet instrument diplomatique. Je ne ferai que quelques ■observations sur les deux articles 5 et 6.
Akt. 5. — Le gouvernement birman s^inlcrdit de créer •des monopoles et d'en autoriser directement ou indirec-
COMPORO-MAI ^ KlATHB «— tmiO-tMOIG Itt
lement rétablissement sur les articles de eommeroe antrss que le thé datiné à être eoMommé à CéUU trait, La eom« merce de tous les autres articles sera libre.
Art. 0. — En aucun cas, les droits perçus en Birmanie, tant k rentrée qu*à la sortie, ne pourront excéder S p. 100 ad valorem avant le premier jour de l'année birmane 1257, correspondant au !•' avril 1805, tauf pour Fopium^ qui pourra être frappé d*un droit de 30 p. 100.
A respiration de ce terme, le gouvernement birman pourra, en tenant compte des circonstances et des besoins du commerce, augmenter lesdits droits de douane, sans qu'ils puissent dépasser 10 p. 100 de la valeur, sur quelque marchandise que ce soit, à l'exception de Topiuin, ainsi qu'il est dit ci-dessus.
Par Tarticle 5, le gouvernement birman a la faculté de créer un monopole, et de le créer directement, ou indirectement, 8ur le thé destiné à être consommé à Vétat frais.
Je ne m'explique pas bien cette restriction consentie (yar le négociateur f^mçais. Elle ne se trouve dans aucune des conventions signéesentre la Birmanie et les puissances européennes. Elle est absente de celles qu'ont signées l'Allemagne le 4 avril 1885, l'Italie le 3 mars 1871, l'Angleterre en 1802 et 1807.
Pour plus de motifs que n*en auraient pu opposer ces puissances, — l'Allemagne et l'Italie surtout,— nous aurions dû, ce me semble, ne pas souscrire à cette prétention du roi de Birmanie. Notre colonie du
126 U riU!ICB DAIIS L*0DO-€Hnil
. Tonkin produit de thé excellent en abondance. Ce thé pourrait être envoyé en Birmanie. Pourquoi nous priver gratuitement de cette source de bénéflces? L'exposé des motifs, disant quec le thé & Fétat frais est un aliment national qui n*cst Tobjct d'aucun commerce hors des pays habités par des populations birmanes », a induit les Chambres en erreur. Elles n'ont pas évidemment compris le préjudice que l'adoption do cet article pouvait causer au Tonkin.
Quant au droit do 30 pour iOO qui frappe exceptionnellement l'opium, est-il admissible ? Pourquoi avoir frappé cette denrée que produisent nos colonies de Cochinchine et du Tonkin d'une taxe à laquelle clic n'est pas soumise lorsqu'elle provient de source anglaise?
L'Angleterre conser%'e donc ainsi, h notre détriment, le monopole de cet important commerce. Il est vrai de dire que là encore l'exposé des motifs a induit lo K^glslateur français en erreur, c Cet articlo, dit-il, n'est consommé qu'en faible quantité en Binnanie. » Or il est avéré que l'opium est la denrée . la plus piXHluclive de rOncnt,au point de vue fiscal.
On se demande comment les agents français, qui ont pour mission d'éclairer leur gouvernement sur les hommes et sur les choses des pays 0(1 ils résident, n'ont pas mis, en 1885, le ministre des AfTaires étrangères en ganie contre les eiTCurs flagrantes contenues dans Y exposé des wotifs et qui sont évidem-
coxporo-soaI — biuthb — iTUNC-TRiKO m
ment la cause de son adhésion à des clauses aussi manifestement désavantageuses pour la France que les articles 5 et G du traité franco-birman.
Toute erreur peut se corriger. Nous avons pour devoir de négocier afin de ne pas rester, vis-à-vis de la Dirmanic» dans la situation d*une nation exceptionnellement défavorisée.
Mais ce que J'ai dit, à propos de la Birmanie, sur rinsuITlsanco, à l'étranger, de nos agents chargés d'édiflcr préalablement nos ministres cliargés de négocier et de signer des traités de commerce, vient de se justifier à propos de celui, avec la Chine, que l'on propose aux Chambres de ratifier.
M. de Freycinet a été frappé des inconvénients qui résulteraient pour nous du maintien de certaines clauses, et il a demandé à la Commission chargée d'examiner le traité de suspendre ses travaux.
Ainsi, par exemple, pour ne parler que de l'article 9, il y est stipulé que les marchandises ayant transité par le Toiikin seront, à leur entrée dans un port ouvert, considérées comme étrangères e payeront les droits imposés à ces marchandises. Pour faire comprendre la sottise d'une pareille clause, je prends un poil ouvert : Shangal, par exemple. La route la plus courte, la plus économique pour tous les produits du Yun-Nan, du Kouang-Si, d'une partie du Kouang-Tong, ù destination de Sliaiigal, est évidemment le fleuve Rouge jusqu'à Haï-
128 U PRANCB DAKS L*I!fDO-€BISB
phong, od elles peuvent prendre la haute mer pour se rendre & leur destination. Mais si l'article 9 du traité était accepté, cette route leur serait fermée, car, venant de Hatphong,ces produits arrivant à Shangal seraient considérés comme c marchandises étrangères » et soumis, en conséquence, à de lourdes taxes. On comprend donc que les expéditeurs des provinces ci-dessus désignées ont intérêt & leur faire descendre le Yang-Tsi jusqu'à Ci\nton, terre chinoise. Do là la perte pour nous du droit de douane, trôs modéré d'ailleurs, qu'elles eussent subi à notre profit si elles avaient traversé le Tonkin. C'est ainsi que nous serions récompensés de tant de sacrifices faits par nous au Tonkin I Mais pour le sel et l'opium, je trouve dans le nouveau traité i\ conclure avec la Chine les erreurs identiques à celles qui ont été commises dans notre traité avec la Birmanie.
De môme cjuc nous nous sommes interdit l'exportation du thé h l'état frais et de l'opium en Birmanie, on noua propose do nous interdire également l'exportation du sel et Timportation de l'opium par la frontière tonkinoise. C'est absolument niais, pour no pas dire davantage.
Le 8cl est une denix^o de première nécessité dans le Yun-Nan. Le Tonkin y fait do nombreuses expéditions. Mais les mandarins en Chine ayant le mOi* nopote du sel, il leur faut empêcher les exportations du Tonkin, et nous nous protons complaisamment
COMPONG-SOA! — KlUTini -— tTUnC-TIIBRG 129
au développement de leur commerce penonnelysans prendre garde au préjudice que*nou8 nous portons ainsi à nous-mêmes. Quant à Topium qui se ton* somme au Tonkin, il vient, en général, du Yun-Naa, qui en produit do grandes quantités et le vend aux Tonkinois bien meilleur marché que celui do l'Inde. € L*opium, écrivait, le St5 mai 1880, à son gouvernement le ministre do Belgique, représente en Chine le tiers do la valeur totale importée en Chine. »
Les conditions faites h ces denrées, sel et opium, par le nouveau traité auraient donc pour conséquence inévitable d*oncouragor la contrcbando sur les frontières limitrophes de la Chine et du Tonkîn.
Les mandarins chinois et le commerce anglais ont seuls avantage à nous voir accepter des clauses si désavantageuses. La Chambre le comprendra, elle ne permettra pas au gouvernement de les ratifier,
N*est-il pas désolant de voir la France si mal servie à Tétranger?... Il est vrai que le choix de ses agents est fait avec une légèreté incroyable. J*ai dit comment un employé des télégraphes du Cambodge avait été nommé vice-consul à Louang-Prabang... Je pourrais citer tant d'autres faits semblables. On veut se débarrasser de quelqu'un, on le nomme agent à Tétranger. Est- il étonnant que notre i)ersonnel soit des lors si inférieur à celui des autres nations? Ainsi s'expliquent les expéditions du Mexique, de Madagascar, du Tonkin et autres lieuse dé«
130 LA PRAIfCB DANS L'INDO-CHIKB
sastreax de même farine...^ et, après les expéditions, ces traités de commerce du genre de celui que nous avons lait avec la Birmanie et aussi de. celui que M. de Cogordan prétend nous faire signer avec la Chine M...
G*est M. Constans, notre nouvel ambassadeur & Pékin, qui serait chargé de réparer les erreurs commises par M. de Cogordan. Nul ne contestera les remarquables aptitudes du député de Toulouse. Mais sudlront-ellos à M. Constans pour mieux faire que M. do Cogonlau?
Kii mo posant cette question, Je ne puis mieux (ixivo pour y i\^ponilrû quW rappeler les rélloxions que faistiit ces jours dcrnici*s le Temps^ pour expliquer les conflits survenus récenunent au Tonkin entre l'autorité civile et Tautorité militaire.
c On a composé Tadministration, dit-il, en grande majorité de métropolitains qui n*étaient pas préparés par leurs antécédents à entrer dans une administration asiatique et ne se doutaient pas^ huit jours avant leur nominationfquils iraient servir en Jndo-Ckine. Ils ne savent rien du pays, rien de la vie coloniale, .
1. Ces lignes étaient écrites quand une note orflcielle a fait savoir que M. Cogordan n'est pas responsable de l'insertion des deux clauses que j'ai critiquées plus haut. Ce serait le commerce de Saigon qui les aurait réclamées ! N'esl-ce pas cerofime commerce, si J'ai bonne mémoire, qui a exercé une pression cou^idérablo sur la métropole pour la décider & enircprondre roxpédilion du Tonkin?,,*
CONaUSION