NOS PROCÉDÉS DE COLONISATION ET DE GOUVERNEMENT
J'ai montré comment la colonisation française en Algérie, en état permanent de crise, prenait toutes les allures d'un échec assez pénible pour notre amour-propre, et surtout fort inquiétant pour notre avenir.
Cette excursion dans le domaine colonial de la France m'a donné envie d'en voir davantage, et j'ai continué mon exploration, m'occupant cette fois des affaires de Tlndo-Chine.
L'Indo-Chine mérite d'ailleurs qu'on s'intéresse à sa situation, car nous avons assumé là-bas une responsabilité fort lourde.
(1) Ouvrages a consllteu : J. Silvestre : V Empire (VAnnam et le peuple Annamite, in-12, 1889 ; hitroduction à Vétude du droit annamite, ap. Annales de l École des Sciences politiques, 1889-1890. — H. Mager, Cahiers coloniaux de 1889; Paris, Colin, 1889, in-12. — E. Luro, le Pays d'Annam, 1879, 1 vol. ~ De Lanessan, Vlndo- Chine française, 1889, l voJ. — J. Laffitle, la Vérité sur le Tonkin, VAnnam, etc., 1888, 1 vol. — P. Vial, les Premières années de la Cochinchine, 1 vol, — J. Ferry, le Tonkin et la mere patrie, 1890, 1 vol. — P. Vial, Un Voyage au Tonkin, 1887, l vol. — J. Chailîey, P. Bert au Tonkin, in-8'>, 1 vol. — P. Bourde, de Paris au Tonkin, 1 vol. — A. Mahé de la Bourdonnais, Un Français en Birmanie, 1886, 1 vol.
LA SCIENCE SOCiALi;.
Vingt à vingt-cinq millions d'indigènes voient leur sort remis entre nos mains. Il dépend de nous qu'ils soient livrés à tous les hasards de la guerre, ou bien qu'ils jouissent du bienfait de la paix. Leur progrès moral et leur développement matériel sont également à notre discrétion. Kéussissons-nous à maintenir la paix, à favoriser le progrès, à développer la prospérité parmi ces populations soumises à notre action? La question vaut, je pense, le temps et la peine d'un examen attentif.
En second lieu, nos intérêts à nous autres Français, auxquels il nous est bien permis de songer, sont engagés là-bas dans une assez large mesure pour nous inspirer de sérieuses préoccupations. Ce n'est pas tout que de dominer un peuple, encore faut-il être certain de ne l'avoir pas à dos en un jour d'embarras. 11 est bon de voir aussi les résultats directs de cette domination au point de vue de notre avantage matériel; nos sacrifices sont-ils compensés par des profits convenables? Pouvons-nous estimer du moins que cette compensation soit probable? Est-elle même simplement possible? Voilà les questions diverses et graves, qui se présentent à notre examen. Essayons de les résoudre d'une façon précise et complète; et, d'abord, demandons-nous dans quelle mesure et à quelles conditions nous pouvons coloniser l'Indo- Chine?