DE LA GARDE NATIONALE
• Le salut du peuple est la suprême loi. »
Dans un pays libre et constitutionnel , où le peuple après s'être affranchi du joug de l'étranger, lui a renvoyé le souverain qui loi avait été imposé , pour appeler au trône un prince de son choix , la garde nationale , c'est la nation armée.
C'est dans ses rangs que se trouvent la réserve de Tannée , les électeurs, les jurés, les industriels et les propriétaires ; c'est elle qui représente le pays , qui le défend , qui fournit les impôts et qui est Vexpression de l'opinion publique.
Le gouvernement doit donc toujours l'écouter, la consulter et se rappeler sans cesse qu'il n'existe et ne peut exister que par elle et pour elle.
En assurant l'indépendance de la France, elle garantit celle du gouvernement, qui serait bien coupable s'il dédaignait oenobk
appui pour rechercher celui de l'étranger; s'il négligeait cette admirable institution dans le dessein de rassurer les puissances absolues qui la redoutent.
C*est elle qui, en 1792, a fourni ces nombreux bataillons qui ont repoussé et vaincu Fennemi , et qui ont élevé au plus haut rang rhonneur et la gloire de nos armes.
C'est la garde nationale de Paris qui, depuis 1830, a Tiincu Témeute et les partis acharnés, qui a sauvé la France et le trôoe, et préservé TEurope d'une conflagration générale.
L'empereur a succombé pour l'avoir repoussée ; car si elle eût existé, il l'aurait redoutée et n*eut pas entrepris tant dé guerres pour donner des trônes à ses frères ; il n'aurait pas osé se livrer aux folles et gigantesques entreprises qui l'ont perdu. Si elle eût existé en ISlb , elle aurait présenté à l'ennemi une barrière infranchissable; nos places fortes eussent été gardées et la France n'eût pas subi la honte d'une occupation étrangère. Mais pour que cette grande institution atteigne son but, il ne faut pas qu'on la néglige, qu'on la laisse s'éteindre ; il faut au contraire , en se rappelant ses services passés , songer à ceux qu'elle peut rendre à l'avenir et veiller surtout au maintien de son organisation. Voilà la tâche la plus difficile et le premier devoir imposés au gouvernement ;et, nous ne craignons pas de le répéter, s'il ne les remplissait pas, il renierait les principes de son origine, il chercherait ailleurs son appui.
Tant que la garde nationale sera sous les armes , l'ennemi n'osera jamais attaquer la France ; et qu'on y songe sérieusement : les dangers qui nous ont menacés, il y a quelques années, tant à Tintérieur qu'à l'extérieur , ne sont pas passés sans retour
La loi nouvelle relative à la garde nationale de Paris est bonne, car elle fortifie et affermit cette institution ; c'est pourquoi il est urgent de l'appliquer à tout le royaume et principalement de la faire exécuter.
Exécuter ! . . . chose si rare et si difficile dans cette France, où Ton se contente de faire des lois et des réglemens, sans s'inquiéter de leur exécution ; comme s'il suffisait de les voter et de les bire publier pour en recueillir les fruits ; dans cette France, où il y a cent lois sur un seul objet et dix qui se contredisent ; dans cette France, où le gouvernement oublie si vite les intérêts du reste du royaume , quand il a pourvu aux besoins de la capitale !
Nous tenons à T augmentation delà garde nationale pairce qu'elle est la souche de l'aranée et que ce sont les gros bataillons qui assurent la victoire; ce sont eux qui, par leur réunion, donnent de la confiance et du courage à ceux qui les composent et impriment du respect et de la crainte à ceux qui osent les affronter.
Le gouvernement doit donc, quand il aura obtenu des chambref les mesures propres à atteindre ce but , faire entrer dans les rangs de cette milice nationale tous ceux qui y sont appelés par la loi , sans aucun égard, sans aucune exception ; car plus il y a de personnes pour le porter, et moins le fardeau est pesant.
L'organisation de la garde nationale a encore un autre résultat que Ton n'a pas , ce nous semble, suffisamment apprécié; c'est qu'elle fait naître une véritable fraternité entre ceux qui en font partie. Cette fraternité se fonde sur l'échange des lumières par les discussions dans les relations particulières provoquées par les sympathies ou les intérêts ; sur une mutualité de petits services , quelquefois sur une communauté de dangers. Quand on est ainsi lié , qu'on a pu s'apprécier, il s'établit, dans les momens d'épreuve, une confiance qui est un des plus grands élémens de force pour les soldats. Viennent ensuite une guerre, un combat, et vous verrez les hommes les plus timides déployer une bravoure inattendue. C'est qu'à part le sentiment de l'honneur qui anime tous les cœurs français, ils auront un stimulant de plus : la crainte de se voir désigner par leurs camarades comme ayant déserté ou mal défendu le drapeau.
C'est donc dans les temps de paix et de calme qu'il faut préparer et organiser cette immense armée nationale , qu'il faut faire passer dans les masses l'énergie de l'individu.
Tel est l'objet de ce chapitre.
Ainsi, tous les citoyens sans distinction aucune et sauf les exceptions prévues , devront être appelés au service de la garde nationale , en vertu de nos principes d'égalité devant la loi et de l'article 2 de la charte.
Des peines sévères seraient établies pour atteindre ceux qui chercheraient à se dispenser de ce devoir, et voudraient rejeter sur les bons citoyens la défense du pays et la conservation de la paix publique, de leur repos et de leurs propriétés.
Il faut insérer dans la loi ces dispositions - a Nul citoyen ne
n pourra exercer aucun droit civil ou |K>litit]UO , occuper aucun » emploi du gouverncmeiit , obtenir un foueporî , s'il ne jiMlific » de son inscription sur le matricule de la garde nationale. »
A la demande de la 2" légion de Paris , nous avons ajouté l'o^ tention du passeport , attendu qu'au bas de cette pièce on récbmf pour le porteur protection , aide et assistance , et que la société ne doit pas aider et assister celui qui lui refuse son concours.
Bien plus encore : tout individu qui, lors du paiement des droito de succession , ne justifierait pas de son inscription sur le matricule de la garde nationale de sa commune et do l'accomplissempnC de ses devoirs militaires, paierait moitié en sus de ces droits. Nous fondons cette pénalité sur la considération suivante : a Celui qui refuse de contribuer personnellement au service do » pays , doit y contribuer do sa bourse quand il recueille un 9 héritage. »
Ici la punition sera d'autant plus juste qu elle sera proportionnée à la fortune du délinquant.
Des peines à ce sujet sont |>ortées dans toutes nos lois , â partir de l'ordonnance de 1167/ jusqu'aux lois de 1790 et 1791.
D'autres dispositions encore doivent être prescrites : r«xermf. k tir et Vuniforme.
Pour être utile, il faut qu'un corps armé sache marcher et manœuvrer. Si Ton no doit pas fatiguer les citoyens et les priver longtemps do leur temps, il est nécessaire, au moins, de les organiser et de les rendrepropres au service qui leur est demandé; afin de concilier ces deux points, les {^rdes nationaux ne seraient, selon nous, astreints chaque année qu*à deux jours de manœuvre et surtout de tir et d'exercice à f«'U.
Du moment que vous avez décrété une organisation militaire pour la garde nationale , l'uniforme en est la conséquence rigooreuse comme pour Tarmée. 11 est faux de dire que Tuniforme répugne a l'esprit civique et indépendant de cette milice; l'uniforme n*a jamais été une livrée, mais un insigne glorieux ; d'ailleurs fl ne faut pas oublier que la garde citoyenne n'est pas seulement militaire parce (|ue ce mot est écrit dans la loi, mais parce que le bot
* Tuiit liomnift doiiioimnl dan^ la \ille, ayant feu et lien eiqnine sera pat rin<:^^ SOU4 uiir liannifTe, sera rontraint , sous peine d'une amende de rtal
io\f, rliîn'y fairp pnr<*gUlrcr
do riiistituUon est de maintenir Tordre, au besoin par la force , et do se joindre, en cas de gaerre, i nos soldats. Ensuite, runiforme a pour avantage spécial d'entretenir et d'aviver Tesprit de corps » et do faire aimer le drapeau. Cela est si généralement senti , que les citoyens qui montent la garde en habit de ville , font ainsi et avec préméditation une espèce de protestation contre la loi qui les oblige à faire un service nécessaire et tout patriotique. Os ne se regardent pas comme incorporés déGnitivement dans les rangs et , à la première occasion , ils se dérobent i un devoir dont ils reconnaîtront volontiers toute Tutilité théorique, mais donl ib redoutent l'application personnelle.
On a dit que l'uniforme est une dépense coûteuse, une espèce (1 impôt considérable prélevé sur la partie laborieuse de la natioM , à laquelle déjà on enlève un temps qui , évalué en argent , produit une somme énorme. Nous ne nierons pas la force et la vérité de ('(^ objections , mais nous demanderons au proGt de qui cet impM est prélevé. Est-ce au profit du gouvernement ou de la nation tout entière? S'il était possible d'évaluer aussi en argent la somme de sécurité que l'institution de la garde nationale procure à la France k l'intérieur ; s'il était possible d'apprécier en chiffres l'influanco qu'elle nous donne à l'étranger, on verrait que cet impôt, qui n'est qu'un don patriotique au pays , est largement compensé par les avantages qu'il nous procure.
Mais enfin , continuc-t-on , la garde nationale ne peut^Ile pas eiister sans l'uniforme? Nous ne le pensons pas; l'esprit français est tellement empreint des idées d'ordre et d'unité , qu'un corps militaire armé comme les troupes soldées, enrégimenté comme elle^ et ayant en définitive les mêmes attributions, tomberait réelle^ ment sous le domaine du ridicule , et par suite perdrait toute influence morale, s'il apparaissait aui yeux du peuple sous notre trnc écourté , bariolé de toutes les couleurs , et présentant l'assemblage des équipemens les plus variés et les plus bizarres. Qu'on ne dise pas que c'est un préjugé, car nous avons |>rouvé plus liaut q«e ce préjugé, si c'en est un, repose au moins sur des raison» plaosiMit Remarquons encore que l'uniforme établit une espèce d'égaMé rntroles hommes d'un même corps, égalité qui disparaîtrait ealtt^ icment s'il était permis à chacun d'eux de s'équiper selon set goûts ou s«*lon sa fortune. Or, tout ce qui contribue à Tégalité , surtout
dans les rangs militaires , vient aussi en aide à cette fraternité qui doit autant que possible y régner, comme nous Tavons dit précédemment.
La nécessité de l'uniforme une fois admise, il faudra trouver un remède au luxe extrême que certains cheb veulent apporter dans rhabillement de leur compagnie et de leur bataillon ; un règlement à ce siqet est indispensable.
Et f chose remarquable ! ce ne sont pas les citoyens dotés d'une fortune médiocre qui repoussent Tuniforme; ce sont presque toujours les gens les plus riches et les méconteus; ce sont les républicains et les légitimistes, qui veulent, avant tout,lerenTer8ement d'une institution devant laquelle toutes leurs ientathres ont été et resteront vaines.
Évaluons maintenant en argent la valeur de cet impdt de l'unifbrme : un uniforme simple et sufiQsant coûte de tô à 60 fr . au plus, et comme il sera endossé peu de jours dans l'année , il pourra servir au moins dix ans ; ainsi il reviendrait, pour chaque garde national, à une dépense annuelle de ^ à 6 fr.
D est certain cependant que Tuniforme est une dépenset qudquefois au dessus des ressources d'un très grand nombre de citoyens. Aussi demandons-nous au gouvernement , aux départemens , aux communes de contribuer, chacun, dans une certaine proportion, i l'habillement et à l'équipement des citoyens peu aisés. Nous désirerions même que , dans les communes rurales , on prescrivit le pantalon et la blouse à la gauloise avec une ceinture et le schakos en toile cirée.
Mais il ne sufllrait pas à nos projets que toutes les gardes nationales fussent organisées comme celles de Paris , il enhre dans qotre plan d'en tirer encore un puissant appui dans les temps de guerre.
A cet effet, la garde nationale serait divisée en deux grandes sections : la partie sédentaire, chargée de garder les villes et les places; la partie active , chargée d'appuyer l'armée et de défendre le territoire.
En évaluant cetto milice citoyenne à k millions , dont un quart de gardes nationales urbaines et trois quarts de gar ' ~ nationales
rurales / sur une population de 33,500,000 âmes, nous ne croyons faire aucune erreur. Eh bien 1 sur ces k millions, nous prendrions pour former la garde nationaiO mobile un cinquième, soit 800,000 hommes, parmi les jeunes gens et les célibataires âgés de vingt à trentecinq ans **y ainsi que le prescrit la loi du 19 avril 1832. Ces 800,000 gardes nationaux mobilisés seraient inscrits sur des registres matricules tenus dans chaque département par les soins du préfet , de l'intendant miUtaire , du conseil de recrutement et du général commandant la brigade et la réserve de guerre dont il sera parlé plus loin. Ces registres matricules seraient revus et rectifiés chaque année , soit pour les additions nouvelles, soit pour les déductions à opérer pour cause d^âge , de décès, d'inGrmités, etc.
Au moindre signal de guerre, tout ou partie de ces 800,000 hommes, divisés par la loi en six classes, serait appelé pour former des bataillons de réserve , des corps mobiles et garder les places et les postes fortifiés. Par cette disposition, toute Tannée de ligne serait disponible et pourrait se porter en avant.
En cas d*une guerre générale , c'est-à-dire d'une nouvelle coalition, la France, avec Tannée de ligne , la réserve de la garde nationale et les corps francs, aurait pour se défendre 1,500,000 de ses eufans sous les armes, sans compter la garde nationale sédentaire.
Mais alors il faudra songer à se procurer le nombre de fusils nécessaire pour armer des masses aussi nombreuses; déjà le gouvernement a pourvu àTentretien et à la conservation de 750 ,000 armes mises aux mains de la garde nationale; cette mesure est excellente, mais elle ne suffit pas; il faut encore avoir dans nos arsenaux deux fois plus de fusils que nous n'en possédons.
A ceux qui objecteraient qu en temps de guerre la garde nationale ne rendrait pas d'utiles services, nous citerons seulement deux faits*** qui seront bien plus concluansque les discussions les plus
* Voir à ce sujet rexcellent ouvrage de M. Ymbert, intitalé : Évaluation numérique des forces actives et sédentaires de la garde nationale en France,
**M. Ymbert évalue le nombre des hommes susceptibles d'être mis en mouvement à 445,000 pour ceux qui sont Agés de vingt à vingt-cinq ans, et à 640,000 pour ceux qui ont de vingt-six à trente ans.
*** Avant la campagne do Moscow, Napoléon avait fait abandonner le fort de Kodomak, près Thionville (Moselle). En 1814 ce fort resta inoccupé, mais en 1815 il fut restauré tant bien que mal , armé d'un obusier, de trois pièces de canon dont deux en fer et défendu par 250 gajrdes nationaux de la Mo-
longues et le«Biieux motivées. Sans doute, au début d^une guerre, il serait imprudent de mettre en campagne, con^e des troupes eiercées et aguerries, des bataillons de citoyens arrachés à leurs domiciles et à leurs habitudes domestiques; mais il n*en serait pas de
Mlle et de la Mcarthe, soiu le commuidement de MM. Ytrda al Martin.
A deux reprises différentes, il fut attaqué Tlvement par le corps prussien commandé par le prince de Hesse-Hambourg qui se proposait, après la prisa de ce poste, de former le siège de Thionville. La première fois (26 Juin 18IS) les assiégeans, an nombre de 5 i 6,000 hommes , avec ans artillerie de 12 pièces , se virent repoussés et perdirent 285 hommes tués ou blessés ; la seconde fols (sa Juillet 18t5), ce poste fût encore cerné et attaqué quoiqu'il eûl arboré le drapeau blanc ; mais , malgré leurs efforts , nos soi-disant alliés se virent contraints de se retirer avec une perte moins considérable que la première^as lard, quand Louis XVIII eut, & la réquisition des étrangers , ordonné le licenciement de la garde nationale, la garnison porta chez le maire les dés da fort et se retira dans ses foyers. Il fut totalement évacué le 3 septembre
Malgré cette glorieuse et vigoureuse défense, et peut-être ponr essayerde la flétrir ou de la faire oublier, le gouvernement de la restauration ordonna la démolition et la vente de ce fort.
Le second fait d'armes est plus concluant encore :
Bans cette désastreuse campagne de 1815, la petite vUle de Longwy, dépourvue de troupes, reçut pour garnison 2,600 hommes environ ; savoir :
I bataillons de la Moselle et de la Meurthe formant environ 1,500 h.
1 bataillonde militaires retraités ZSO
Douaniers 100
Artilleurs 17
Total 1,967 h.
A ce nombre il convient d'ajouter les habitans formés en garde nationale (1). Us organisèrent, parmi eui, un corps de 400 hommes dont 70canonnlers. La place était mal approvisionnée et manquait principalement de pondre et de projectiles.
Après la bataille de Waterloo (le 27 Juin 1815), le prince de Hesse-Hambourg flt sommer la place de se rendre ; son gouverneur, le digne et brava général Ducos, répondit en homme d'honneur à cette sommation.
Dans la nuit du 1«' au 2 Juillet, le corps prussien marcha sur Longwj, cnlbuta tous les pestes avancés et enleva, avec 3,000 hommes, la lunette située i droite, sur la route de Luxembourg, en avant de la ville.
Aussitôt l'artillerie de la place dirigea sur ce point un feu si terrible, qu'an bout de trois heures, l'ennemi fut obligé de l'abandonner avec une perte da près de 800 honunes.
Après cet échec, il établit ses batteries et commença le bombardement. Du 2 au 12 Juillet, il lança environ 7,000 projectiles sur la ville ; mais II fàl arrêté dans ses attaques par une circonstance imprévue qui le contraignit i lever le siège.
Trois corps francs de la Meurthe, des Vosges et de la Moselle, commandés par le colonel Viriot ayant sous ses ordres les chefli de bataillon et capitaines
(1.) lA ville de Longwy renferme 2,480 ameiF.
Blême si ces baUiilons étaient destinés à la garde des {^ces de guerre ; ils sauraient les défendre tout aussi bien que les troupes de ligne, surtout s'ils étaient dirigés et secondés par quelques détachemens de vieux soldats.
Yung, Brice , Frantz et autres, araient été réunis â ThionTille, Là, Ils furent renforcés de SOO hommes, de 4 bouches à feu et de 200 douaniers oo volontaires à cheval. Celte colonne composée de S,000 hommes environ, se mit ea marche sur Longwy, et le 12 Juillet, dans la soirée, elle arriva sur les hauteurs qui dominent, au sud, la ville basse.
L'attaque poussée aussitôt avec une grande énergie, fut secondée par uns sortie vigoureuse de la garnison , quoique déjà réduite de plus de moitié par les désertions ; le succès couroima d'héroïques efforts ; l'ennemi, culbuté sur tous les points , abandonna à cette poignée de braves 1 mortier, 2 canons, 6 caissoDS, nombre d'affûts, de chevaux d'artillerie etenviron 3,000 projecUles; protégé par la nuit , il s'enfuit jusqu'à Luxemlwurg et ne se rallia que sont les murs de cette forteresse. Dans cette affaire , il perdit SOO hommes tués oo blessés et 200 prisonniers.
Les communications étant devenues libres, le gouverneur et les habitans , après avoir détruit les travaux de l'ennemi, arborèrent le drapeau blanc et envoyèrent leur soumission an roi ; d'après cette conduite , ils étaient loin de s'attendre à un nouveau siège : cependant leur espoir fut trompé. Le 28 Juillet, le prince de Hesse-Hambourg revint investir la place, à la tèto d'un corps de 15 à 18 mille hommes, pourvu d'un nombreux équipage de siège.
Sommé de nouveau de rendre la place, le général Ducos répondit qu'il ne pourrait le faire que sur l'ordre du roi , et obtint du prince une suspension d'armes jusqu'au retour du commandant du génie qu'il envoya à Paris à l'effet de prendre les ordres du gouvernement.
L'ennemi profita de cet intervalle pour répandre l'ordre du roi qui ordonnait le licenciement des gardes nationales ; son but était de protéger et d'encourager la désertion. Il était soutenu dans cette tentative par les légitimistes qui, malgré la nécessité de conserver an roi cette place importante, continuaient d'exciter les soldats à abandonner leurs drapeaux , en .disant :
« A quoi bon les défendre !... Ne sont-ils pas là (les Prussiens) pour re- » mettre les places au roi quand on les leur aura rendues. •
Ces manœuvres et ces intrigues réussirent si bien, qu'au bout de hoitjoorf, la garnison fut réduite à 300 habitans. Averti de cette situation précaire, Tennemi, au mépris de ses engagemens, reprit ses travaux et arma ses batteriet.
Enfin l'officier du génie revint de Paris et apporta les ordres du gouvernement ; ils portaient : «Que l'intention du roi était que les habitans, conjolnte- • ment avec la garnison, fissent tous leurs efforts pour conserver la place à ses » armes et à la patrie. •
Dès-lors, la détermination des militaires et des habitans ne fut plus douteuse, et tons jurèrent de défendre la ville jusqu'à la dernière extrémité.
En conséquence des conventions qui avaient été faites, le 8 octobre à neaf heures du matin un parlementaire vint annoncer, de la pari du prince, qve l'armistice était rompu, et que le feu serait ouvert dans les vingt-quatre he«* res, si la place ne lui était rendue. En conséquence, les batteries commeneèrent à jouer le 9 septembre au matin, et poussèrent leur feu avec une vfolenee sans égale. Dans la nuit du 15 au 16, l'ennemi fit une attaque générale sur toaa les poinU eilérieurs de la place avec les démonstrations d'an assaut. Daivi
Eq citant les sièges de Rodemak et de Longwy, en 1815 , qu V Yons-nous voulu prouver? deux choses importantes : l'une » que la France a besoin de postes fortifiés , de places de guerre , et surtout qu'elle doit les tenir bien approvisionnés ; l'autre , que la garde nacelle drcoof tance, poar suppléer i la faiblesse de la garalsoD, op vit des femmes se porter sar les remparts, et se préparer à roalerdes prqt^titoi dans les fossés, aa moyen d'aogets placés sar les parapets.
Mais cette attaque n'était qu'une ruse pour diviser les forces et détonner l'attention des assiégés ; en effet, dans le même temps, les Pmssient dirigeaient 2,000 liommes et 300 sapeurs pour enlever la lunette n* 44, titoée sar la route de Luxembourg, seul ouvrage extérieur qui les gênalL Ce poste Important et périlleux était défendu par vingt-^ix officiers, commandés par le chef de bataillon Sicco. Séparés de la place, accablés parle nombre, ces braves furent obligés de se retirer dans le blokhaus, au centre de la lunette ; malgré leur défense héroïque, l'ennemi parvint à entourer ce réduit de fucines et de matières combusUbles humides auxquelles il mit le feu. La famée épaisse qui s'introduisait parles créneaux dans le blokhaus les étouffiit; cependant ce ne fut qu'au bout de cinq heures de résistance que ces dignes offlcien, à moitié asphyxiés et sans espoir de secours, consentirent à se rendre.
Nous rappelons cette action héroïque parce qu'elle est on des pins iMaux faits d'armes d/B nos armées.
Après cette perte, l'éloignement de tous secours, le licenciement eomm de l'armée de la Loire, le manque de poudres, les fatigues et le dénuement de la faible garnison, décidèrent le gouverneur à traiter de la reddition de la place.
Le digne prince de Hesse-Hambourg lui accorda une capitulation Imoorable et, en homme distingué et généreux qui sait apprécier les vertus mUitaires et le courage malheureux, il ajouta ces mots au t>as du double de l'acte resté entre les mains du général Ducos :
« La garnison de Longwys'étant défendue avec la plus grande bravoure et » opiniâtreté, Je me ferai toujours un plaisir de prouver à tous les Individus » qui la composent mon estime particulière. Toutes les troupes qui sont tous » mes ordres lui portent la même admiraiion. »
Aux termes de l'article 1" de la capitulation, la garnison sortit le 18 septembre 1815, à dix heures du matin, par la porte de France. Qu'on se figure rétonnement et la stupéfaction de l'ennemi quand il vit défiler, devant 18,000 hommes, une garnison de 290 hommes, dont environ 100 douaniers et 7 artilleurs de la ligne.
Dans ces deux sièges, les Prussiens ont perdu 3,000 hommes tués ou blessés.
Trente mille projectiles tirés par des pièces de siège ont été lancés sor relie petite ville, dont la surface est À peu près égale à celle de la place de la Révolution à Paris ; et cependant il n'y a eu que deux maisons de renverséei et sept de brûlées. La plupart des autres ont eu la toiture et les étages enfoncés Jusqu'au rez-de-chaussée ; les pertes des habitans ont été évaluées à 473,000 fr., sur quoi ils ont reçu 40,000 francs du roi et 10,000 francs du préfet.
D'après ces données et les suites de ce bombardement, on conçoit à peine comment les Parisiens ont pu craindre en 1814 l'effet des proJecUles lancés sur l'immense étendue de leur cité, avec des pièces de campagne. Mais ils ignoraient donc que toute rarlilierit^ des alliés aurait tiré pendant huit Jonrs qu'elle n'aurait pu renverser un seul de nos grands édifices !
tionale pout les défendre avec courage et succès. Et qui en douterait après les exemples que nous venons de rapporter ! . . . . Les Français n'ont-ils pas tous le même courage, le même patriotisme et la même horreur du joug de l'étranger?...
Armez donc tous les citoyens , approvisionnez donc toutes les places, car si les habitans d'une ville de 2,500 âmes, dénués de ressources et abandonnés i eux-mêmes ont su, sans espoir de secours, défendre si bien leurs remparts et l'honneur du pays, que n'aurait-on pas à attendre des habitans de toute la France quand leurs villes seraient en bon état de défense , quand eux-mêmes seraient armés, exercés et certains surtout d'être soutenus et appuyés par une ar«mée de 750,000 hommes et une réserve de 750,000 gardes nationaux mobilisés!...
Passons maintenant à l'organisation de l'armée de ligne.