DE L^ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL DE L*ARMÉB
Dans Tétat actuel des choses , la France , pour une armée de 300,000 honunes pouvant être portée avec la réserve non bxbrcéb et laissée dans ses foyers à 500,000 hommes, emploie un beaucoup trop grand nombre d*o(Iiciers-généraux. Quelques chiffres suffiront pour démontrer cette vérité.
Le budget soumis aux chambres pour 1838 résume ainsi leur nombre.
Mtrécli. de France.
Lient.- généranx. ..
Marécb. de camp...
En
ÀCTITiTi.
Endi»pooibllité.
Bani j le cadre
de réserre.
PaTéi rar d^ntrea
fOBdi.
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Si
lOi
Dans le projet présenté par le ministre de la guerre, le 28 avril 1838, il est rapporté qu'il y arait :
En 1 718
En 1792
Le 20 septembre 1800, le nombre fut fixé pour le lempt de paix et do guerre à
En 1808 , il est porté i 182 oflBciers généraux, dont 28 (Tarlillerie et 1 6 du génie. . .
En 1812 et 1813 à
Pendant les seize années de la restauration, il n'y a eu d'autres limites que la Tolonté du chef du gouvernement.
En i8i4, il y ayait
En 1818» époque où l'effectif de l'armée était de 1 19,000 hommes, lo cadre Uit ainai établi.
En 1824 (après l'invasion do l'Espagne.)
L'ordonnance du 24 mai 1820 opéra une réduction ; le cadre fut de
Pour un effectif de 232,000 hommes, au 25 juillet 1830, il y ayait
LlEUTBFÀlia
généraux.
HAllBCBAVX
do camp.
TOTAL
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Une ordonnance du 15 octobre 1830 créa un cadre d'activité de kOO ofliciers-généraux, et stipula qu'il ne serait fait de nomination qu'en raison d'une nomination pour deux vacances, jusqu'à ce que le corps fût réduit à 100 lieutenans-généraux et à 150 maréchauxdc-carap.
Une autre ordonnance du 25 juillet 1835 établit, pour le tempg de paix, un cadre de 80 lieutenans-généraux et 160 maréchaux de camp.
EnHn, comme le ministre suppose une armée de 500,000 hommes (ce qui n'est qu'une supposition), il propose un cadre d'ac-> tivité de 360 officiers-généraux; tandis que l'empereur, au moment de sa plus grande gloire, quand il avait 800,000 hommes sous les armes, quand il occupait l'Italie entière, la Pé-* ninsule ibérique et toute l'Allemagne jusqu'au Danemark, Mf contentait de 382 ofllciers-généraux I
Tandis ((ue la Prusse, pour une armée active de 110,000 hommes, pouvant ètreportée, avec ses réserves, à 350,000 hommes, se contente de 113 officiers-généraux I preuve nouveUe que l'on ne recherche pas les économies, que l*on marche encore dans les erremens de Tancien régime et de la restauration, et que Ton préfère toujours le superflu au nécessaire et à Tutile.
Par les mêmes motifs, M. le ministre demande que le nombre des maréchaux de France reste Gxé à 12.
En considérant ce qui se pratique chez la plupart des grandes nations de TEurope où, à moins d*infirmités graves, les oflBciers^ généraux sont maintenus toute leur vie sur le cadre d'activité, le ministre propose, avec raison, de faire disparaître les eflTelsde Tordonnance du 5 avril 1832 qui, à des limites d*Age déterminées, éloigne sans retour les officiers-généraux du service actif.*
Pour obvier à ces inconvéniens et éviter qu*en cas de guerre on ne soit obligé d*augmenter tout-i-coup le nombre des officiers-généraux par des avancemens anticipés qui ne devraient être obtenus que sous le feu de Tenncmi, M. le ministre pense qu'il faut partager les officiers-généraux en deux classes:
Les uns destinés, en tout temps, au service actif ; les autres ne pouvant être employés qu'on temps de guerre et dans l'intérieur seulement.
Le cadre fixé par Tarticlc premier comprend 12 maréchaux de France.
120 lieutenans-généraux, dont! , ^ .. ^* '^.
( «0 en dispombuité.
* t Le temptqui diminue la force physiqae d'an général, accroît » remenl son eipérience. »
» Aucune nation n*a donc cru qa*ll fût de ion intérêt de briser l'épée de tes » vieux guerriers ; jamais en Prusse, en Russie, en Autriche, eo Angieieire, » jamais chez nous où l'on se rappelait que le maréchal de Saxe avait vainca
> en litière, on ne raya du contrôle de l'armée, on n'elDiça de ce livre de vie » les généraux qui avaient mérité d'y être inscrits.
» Il était réservé à notre âge de donner ce funeste exemple, d'imposer la » retraite k ceux qui n'auraient pas dû l'obtenir s'ils l'avaient demandée ; la » retraite ! celte mort anticipée, cette mort vivante qui permet de sentir qa'on
> n'existe plus pour son prince et pour sa patrie. »
( De F Esprit militaire en Frattce, par le général Lamarque, 1836. p. 1 1&.)
^.^ ,, , , / 160 en service actif»
240 maréchaux de camp, dont? ^^ ,. .,.,.,.
^ ( 80 en disponibilité.
Afin de justifier le nombre des généraux appelés au service actif, le ministre établit que^ pour former 88 régimens d'infiinterîe et 53 de cavalerie en divisions actives, il faudrait 35 lieutenans-généraux, sans compter les commandans des corps d'armée.
M. le ministre se livre à peu près au môme raisonnement pour légitimer le nombre proposé de 240 maréchaux de camp. Toutefois, nous prendrons acte d*un aveu précieux qu'il fait et qui abonde trop dans notre système pour que nous le laissions passer inaperçu.
D II serait à désirer, dit-il, dans l'intérêt du service (et la com- » mission du budget de 1837 Ta reconnu) que l'organisation des » troupes en brigades pût prendre plus d'accroissement, d
Nous reviendrons sur ce sujet au chapitre 4.
Il est dit encore dans l'exposé du gouvernement : a II sera près- 9 crit, dans l'ordonnance à intervenir, des dispositions pour opérer o des vacances dans la deuxième section, quand il y aura lieu d'y n faire place à des généraux qui se trouveront dans les conditions )) voulues pour y être admis.
)) Toute vacance de lieutenant-général ou de maréchal de camp » dans la deuxième section, devant être occupée par un officierr> général du même grade, il n'y aura lieu de donner de l'avance- )) ment dans la deuxième section. »
Ce qu'il y a de plus clair dans ces dispositions, malgré le brillant préambule ministériel qui les enveloppe, c'est que l'on veut légaliser des abus et laisser au pouvoir la possibilité de faire des généraux à discrétion et sans nécessité, même en temps de paix.
Au moyen delà deuxième section, on s'est réservé un débouché pour ceux de la première.
Et comme s'il voulait prouver combien nos craintes sont fondées, M. le ministre dit :
« L'article 6 a pour but de maintenir, en dehors du cadre fixé » par l'article 1", les officiers-généraux faisant actuellement partie » du cadre de réserve, institué par ordonnance du 15 novembre » 1830.
)) Quant aux officiers-généraux qui faisaient partie du cadre
» des vétérans, ils feront de droit partie de la deuxième section D du cadre.
Puis, afin de profiter des abus qu'il demande à perpétuer, comme si les chambres ne pouvaient rien refuser au pouvoir, dans Fexposé de son budget pour 1838 (page 505), M. le ministre ajoute:
» Le second paragraphe consacré aux officiers-généraux a dû » être établi conune conséquence de la loi de finances du 18 » juillet 1836 et de Fordonnance royale du 28 août suivant; dés » lors, il devait comprendre non seulement les officiers^généraux » pour lesquels un crédit de 305,000 fr. a été alloué au titre de » la non activité par la loi précitée , mais encore ceux que la loi d appellera dans le courant des années 1837 et 1838 A recevoir » la solde de non activité que leur alloue ladite ordonnance. »
Ainsi, i l'effectif do l'ancien cadre de vétérans qui , d'après le budget de 1837 , était de
Il confient d'ajouter :
1« Pour le passage du cadre d'activité à la non activité pendant 1837
2* Pour les 14 lieutenans-généraui et les 14 maréchaiiX'de-i'amp devant atteindre l'âge déterminé dans le courant de 1838, et en moyenne
Totaux.
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OBSBBTATIORt.
Le budget de 1838 aura donc à pourvoir à la solde de non activité de 21 lieutenans-généraux et 27 maréchaux de camp de plus que celui de 1837. U excédant des dépenses que devrait entraîner cet accroissement d'effectif serait de 292,500 fr. , mais, en raison des extinctions présumées, on no demande en sus du crédit de 1837 que 252,500 fr.l
Ainsi voilà 252,500 fr. de dépenses que Ton veut faire uniquement pour avoir plus de généraux à nommer. Développons maintonant notre opinion sur ces projets.
Le nombre des officiers-généraux tel qu*il est proposé» est
beaucoi]|) trop coiHÎdérabfe et ceux du cadre de réserve qui ne passeraient pandann la première section, devraient de droit faire partie de la deuxième.
Que les chambres ne laissent pas au ministre la possibilité do faire, comme nous Tavons vu depuis vingt— trois ans, des promotions fort peu nécessaires et de violer sans cesse, à ce sujet, les lois et les ordonnances.
Pour donner de T avancement, pour prodiguer des places, on met en non activité d*abord et à la retraite ensuite des généraux qui, long- temps encore pourraient rendre d'utiles services au pays ; les chambres seraient coupables de se prêter à cette espèce de dégradation.
Après avoir amendé le projet ministériel, conrnie nous le demandons, il faudra adopter Vartide 8 qui renferme une disposition fort sage.
a Jusqu'à ce que la première section soit rentrée dans les li- )> mites fixées par Tart. 2, il ne pourra être fait qu'une promotion » sur trois vacances. »
Ce n'est pas seulement pour arrêter tous les abus qui se renouvellent sans cesse et par motif d'économie que nous proposons ces modifications ; c'est encore pour exciter l'émulation des généraux et les pousser à se signaler par des actions d'éclat.
Il ne suffit pas d'empêcher une superfétation de grades qui découragent l'armée et ne donnent d'autre espoir d'avancement qu'à la faveur ; il faut encore laisser dans les cadres un très grand nombre de vacances, afin que tout officier acquière la certitude d'obtenir un grade supérieur, au premier fait d'armes qui le distinguera, et« comme l'a si bien dit M. le ministre, afin qu'il ne l'obtienne que aouê le feu de rennemi.
r/est ainsi que cela se pratique en Prusse où, comme nous favons déjà dit, on voit un major commander un régiment, un général-major commander une division et des lieutenans-généraux commander un corps d'armée. Dans ce royaume il n'y a aujourd'hui que deux ou trois généraux d'infanterie ou de cavalerie' (grade de général d'armée], et point de feld-maréchal.
D'ailleurs, ce n'est pas Tépaulette ou le brevet qui donne la ca-' pacité à l'officier ; c'est son aptitude, son expérience, son mérite. Ainsi un bon capitaine peut fort bien commander un baiaiOon ; un
chef de bataillon commander un régiment, et un ccrionei eommaiider une brigade, etc. Ainsi, l'on a vu des généraux de divisioo diriger tout aussi bien un corps d'armée qu'un maréchal de France.
Pour prouver avec quel art les ministres savent éluder les ordonnances et équivoquer sur leurs dispositions ; pour proorer que nulle part, comme dans Tarmée^on ne commet de plus grands abus, de plus grandes superfétations d'état-major et de plus grandes prodigalités en promotions, nous citerons le relevé des nominations faites depuis le mois d'août 1830 jusqu'm février 18S6 (Jlfont^r du 7 mai 1836).
Maréchaux de France 4
Lieutenans-généraux 55
Maréchaux de camp 119
Colonels 182
Lieutenans-colonels 533
Majors, chefs de bataillon ou d'escadron 1,219
Capitaines 4,718
Lieutcnans 6,209
Sous-lieutenans 6,328
Totel 19,367
Voilà de quoi commander une armée de 4 à 500,000 honunes. Afin de faire place aux favoris, aux nouveau-venus, on fixe un àgp pour la retraite ; par ce moyen on congédie de bons militaires, encore fort capables de servir, et on impose au trésor une surcharge^ annuelle de2 à 3 millions.
Puis, afin do justifier ces promotions nombreuses, on se sert de subtilités vraiment jésuitiques , comme celles-ci : atmneemmu, hors eadrts, pour service de gttem, par aniicipation , au Umr^ au choix, etc.
Cette surabondance d'ofiiciers dans les hauts grades, présente encore un grave inconvénient : quand on a donné i un militaire d'un mérite ordinaire un grade supérieur, on ne peut plus remployer au commandement d'un corps au dessous de son grade 011 il pourrait être seulement utile; il faut donc, pour satisiaire son amonr-propre, lui donner le commandement d'un régiment 8*il est
- 4ty -
coluDel, d'un bataillou, %'û est chef de bataillon, et cela souvent aux dépens du service, car le conimandemcnt est au dessus de sa capacité.
Dans ses admirables ouvrages stratégiques et historiques, le maréchal Saint-Cyr, Tun des plus grands capitaines de la France après Napoléon, démontre clairement comment on peut trouver 1,000 officiers capables de commander un régiment, et 3 a 400 officiers supérieurs capables de commander une brigade, une division même ; mais quand il s'agit de choisir un général en état de diriger seul et diaprés sa propre impulsion un corps d* armée de 30 à ^0,000 hommes , un général qui soit en même temps politique, tacticien, administrateur , etc., il en trouve le nombre infiniment restreint. La difficulté est bien autrement grande lorsqu'il s'agit de trouver un général capable de commander en chef une armée de 100,000 hommes et au-delà. Pour ce conunandement , il but tant de talens divers , tant d'expérience, tant de sagesse, tant de capacité, que c'est beaucoup, dit le maréchal, si un pays comme la France peut en produire 2 ou 3 en mènie temps. L'histoire de nos guerres de la révolution a bien prouvé la justesse des observations du maréchal Saint-Cyr; car sur nos 12 maréchaux, c'est beaucoup ^i on en a vu plus de 3, en même temps, en état de commander une nrmée de 100,000 soldats.
C'est par ces motifs que nous demandons : 1 ® Que le nombre des marc'chaux soit réduit à 6 ; '2r Qu'en temps de paix aucun général ne puisse être promu au grade de maréchal de France;
3<' I^ création d'un nouveau grade, celui de général d'armée ; grade équivalant à celui de général d'inCanterie ou de caTalerie chez les grandes puissances européennes. Il nous paraît indispensable de créer ce grade pour combler l'immense distance qui laxiste entre un maréchal de France et Un général de dirision.
Nous demanderons encore que le général d'armée ne puisse être (^levé au maréchalat qu'après avoir gagné une bataille rangée.
Quoique les faits soient tout pour nous et les mots fort pei( de chose , nous pensons cependant qu'il est plus rationnel de dési* gner les grades par un titre qui indique suffisamment leur destination.
... Un activité 70 >
:. . . ) en disponibilllé. . 20 )
Voici , eu conséquence , conmient iioui» désirerions que VMmajor général de l^armée fût composa et le titre qui devrait Hn donné à chaque général pour désigner son grade :
Maréchaux de France c
Généraux d'armée on commandans d'un corps d'année ?a
Il n'en serait nommé que 10 en temps de paix.
Généraux de division 1 en activité 70
Au lieu de lieutenans-généraux... )en disponibilité..
Généraux de brigade inactivité 140^
A u lieu de maréchaux-de-camp. . . I en disponibilité. . 40 )
Total :»
Ce nombre paraîtra encore considérable si Ton voufc bien «r reporter à Tépotiiic oii rcmpcreur avait des armées nombrrasf« et occupait la moitié de TEuropcEn 1808 Je cadre de l*état-maior. nous Tavons déjà dit , se composait de 382 ofliciers généraux seulement ,
U y aurait donc, sur le cadre actuel, une réduction de 6 man^ chaux de France et pour 6 traitemens a 30,000 francs uae économie de 180,000 fr.
Une réduction de 30 lieutenans généraux, et pour 30 traitemens à 21,000 fr. une économie de. . . . 633.000
Enfin une réduction de 60 maréchaux de camp qui , ù H,600 fr. Tim, donne ime autre économie de 8T7.000
A quoi il convient d'ajouter les frais d*état-major, do service et d*aidesde camp de 90 officiers généraux ; frais «lu on ne peut évaluer à moins de 10,000 fr. pour chacun deux , ce qui , pour 90 , donne. . . . 900,000
Total. . . . 2>9D.000
Mais, comme il y aurait une création nouvelle de 20 généraux d*armée dont le traitement ne pourrait être moindre de 25,000 fr. pour chacim,on aurait un surcroît de 500,000 fr., soit pour 10 généraux d'armée à créer en temps de iiaix 250,000\
Phis , pour les frais d*étal-major calcu- • 350,000
lés comme riHies'ius A 10,000 fr tOO,OOo)
Heste nue iVononiie de. . . . 2,2^0,000
Le corps de F état-major général ainsi fixé , nous passerons au service qui lui serait demandé.
Il ne suffit pas d'entretenir une discipline sévère dansTarmée, il faut qu*elle existe dans le corps des officiers généraux, que la hiérarchie militaire soit strictement observée , et que le maréchal comme le simple général soit soumis aux réglemens militaires. Autrement on verra se renouveler ces rivalités d'amour-propra qui ont amené tant de revers , qui ont coûté tant de sang à la France. La guerre d'Espagne, sousTempereur lui-même, nous en a fourni trop d'exemples pour qu'il soit nécessaire d'en citer de nouveaux.
11 est encore nécessaire qu'un général incapable puisse être déféré à un conseil de guerre toutes les fois qu*il éprouve un échec ; toutes les fois que , pour enlever un poste, il fait couler inutilement et par torrens le sang des soldats ; toutes les fois que, par impériti» ou refus de coopération , il a exposé un corps d'armée à un revers ; s il est acquitté par ses juges, l'épreuve qu'il aura subie n'en aura pas été moins salutaire ; s'il est condamné , l'armée se verra délivrée d'un homme dangereux ; alors te peuple connaîtra la vérité , et chaque général redoutera des débats publics où il devra s« justifier à la face du pays.
Cette juste sévérité est indispensable ; en effet , dans tous les temps , quelques uns de nos généraux ont été trop prodigues du sang des soldats. Comptant sur un recrutement facile et abondant, ils l'ont versé par flots pour s'éviter la peine de faire quel- (jues combinaisons et d*opérer un mouvement stratégique. Combien do fois n'a-t-on pas sacrifié inutilement des milliers de braves pour enlever de front des positions et des batteries que Ton pouvait prendre, avec peu de pertes, en les tournant. *
* A ce sujet , ciUins un seul fait , la bataille de Fribourg livrée aux impériaux en mai 1643 par le grand Condé :
« Dans le conseil qui précéda l'action , Turenne fut d'avis de tourner 1^ » position du comte de Mercy, trop forte pour être attaquée de fk-ont.Ce ttge
> conseil Tut repoussé par le prince de Condé.
» Forcé d'obéir, Turenne se chargea de diriger un faible corps sur les der- » rières de l'ennemi et d'y opérer une fausse attaque qu'il eût bien voulu ren-
> dre réelle et décisive , mais dans laquelle il ne put faire que de vaines » démonstrations.
» Pendant deux jours, le duc d'Enghien répandit des flots de sang en con- »< duisant se^ bataillons contre des retrancbemens inexpugnables ; ce ne fui " que le troi-jicmc jour que If prinrf , reconnaissant son erreur, prit le parla
Oo doit borner les sacrifices à des nécessités qui malheureufemeot se présentent trop souvent à la guerre • telles que celles de proléger une retraite, d'assurer le passage d'un dé61é, d'un pont, d'un fleuve, d'enlever ou de conserver un poste qui assure le gain d'une bataille, etc.
Cette miseen accusation des généraux pour qu' ils puissentsejustifier de leur conduiteetdes échecs qu'ils essuieraient, estabfidumeiit nécessaire si l'on ne veut pas que la France soit exposée aux revers funestes causés souvent par la légèreté , la vanité et l'imprévoyance des chefs de l'armée.
La bataille de Crécy, en 13i6 , fut perdue autant par une attaque imprudente dirigée par des chefs incapables que par l'indiscipliDedet soldats ; la bataille de Poitiers (en septembre 1536) , où Jean-le^on fut fait prisonnier par l'empressement qu'il mit à attaquer, avec de la cavalerie, un ennemi retranché dans des vignes, mais cerné et dépourvu de vivres , tandis qu'il suflisait d'attendre , pour recevoir sa capitulation.
On peut citer encore la bataille de Guinegate , en 1513 , dite Journéedes £peron5;celledeRossbach,etc.,etc., toutes perdues par les mauvaises dispositions prises par les chefs et par leur impéritîe.
Il est donc nécessaire d'arriver à ce point que , pour évitw des châtimens sévères, un général inhabile , mais cependant en grande faveur, se rende justice , et loin de solliciter un conunandement le refuse lui-même.
Nous demanderons encore que les réglemens militaires soieot inflexibles, surtout pour la fixation des bagages et du nombre des personnes attachées à la suite des généraux et des états-majors. Nous avons vu à ce sujet les abus les plus crians : des corps entier» chargés de protéger certains fourgons.... Si l'honneur national nous défend de donner des détails à ce sujet, l'intérêt général du pays nous ordonne d'insister fortement sur un point si important ao succès et même au salut des armées.
• d*jiUaquer le romle de .Mercy par It vallée de Blaterthal qal menaît sor ses » derrières.
• Dés que le général ennemi vil les Français opérer ce mouvement, Il coaa- >i prit leur dessein et opéra une retraite à laquelle , dès le premier Jovr, il » eût pu éire forcé sans combat. •
Ainsi , plus prudent et moins lmpétueu\ . le général Trançais eût épargné U %ii* de pluMcurs milliers de bravev
Dans cebuty on déiermiDerait pour chaque offlder supérieur , pour chaque général le nombre de domestiques, de chévaui et de caissons qu'il pourrait emmener à sa suite ; toute violation de eette règle serait sévèrement punie. Réprimons ce goût de faste si naturel à notre nation et qui perce dans toutes les classes et conditions ; * que tout luie soit banni des camps , et que le maréchal luimême donne le bon exemple, en n'ayant sur sa table qu'un service en étain. Alors on s'occupera moins de la garde des équipages, et les soldats seront employés, non à les protéger, mais à combattre l'ennemi. Depuis la campagne d'Austerlitz , le luxe des Perses s'était glissé dans nos camps, et Dieu sait ce qu'il nous a coûté.
N'ayant aucune observation à foire sur les corps d'état-major et de l'intendance militaire, nous n'en parlerons pas.
ARTICLE SECOND
RECRUTEMENT ET ORGANISATION DE l' INFANTERIE ET OS