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DU GÉNIE MILITAIRE

Ce que nous avons dit sur les arsenaux et les approvisionne-^'

mens de l'artillerie peut s'appliquer en grande partie à l'arme

du génie ; c'est pourquoi nous n'y reviendrons pas. Il est entendu

que les directeurs des arsenaux du génie auraient aussi à présenter

et à rendre leurs comptes dans la même forme que ceux de l'ar-

tillerie.

Bdtimens et empl(uemens militaires.

Après en avoir dressé l'état et le nombre, il serait important de se prononcer sur la nécessité d'acquérir et de conserver autant de bâtimens et d'emplacemens militaires que nous en possédons.

A cet effet , quand le corps du génie aurait dressé Tétat des casernes , bàlimens , hôpitaux , casemates , magasins , arsenaux, etc., nécessaires à chaque place et proportionnés à la force de nos armées et de leur réserve, il serait établi une commission d* enquête , chargée de prononcer sur la nécessité , non seulement d'acquérir de nouvelles propriétés et de se livrer à de nouvelles constructions , mais encore de conserver certains terrains et certains bâtimens ou maisons.

Notre opinion personnelle (et certes nous pouvons nous tromper) est que , dans un grand nombre de places , rartillerie et le génie conservent des emplacemens et des bâtimens qui sont tout -à- fait inutiles au service et qui devraient être vendus. II y a , nous le répétons , des abus considérables attachés à la facilité de donner le logement en nature à certains chefs et à des états-majors

La commission d'enquête dont nous demandons la formation, serait composée ainsi qu'il suit :

Du préfet ou de son délégué ( président ) ,

Du général commandant le département.

D'un membre du conseil général ,

D'un membre du conseil d'arrondissement ,

Du maire ou d'un membre du conseil municipal ,

De l'intendanl militaire ou du 8ou»-iDteDd«at,

D'un chef de bataillon du génie,

D'un chef de bataillon d'artillerie ,

De l'inspecteur ou du directeur des domaines,

Du directeur des contributions directes ou du cadastre.

Le procès-verbal des séances de la commission serait envoyé en double aux ministères de la guerre et des finances ; le vora de la minorité y serait eiprimé.

Quoi qu'il en advienne, nous sommes persuadé que cesenquèlaa feraient passer à l'administration des domaines des immeubles considérables dont la vente produirait des sommes qui seraient «pplîqiiées aux casernes d'abord et aux fortifications ensuite.

Casernes et écuries.

Nos casernes sont la plupart dans un état de dégradation complète , surtout celles de la cavalerie. Les écuries sont , en général , basses, malsaines, mal aérées; par suite, elles occasionent des maladies et des pertes considérables en chevaux ; on ne saurait y remédier trop tét. Il est bon de dire ensuite que plusieurs de ces casernes sont situées dans des >illes où les fourrages sont d'une qualité tellement mauvaise qu'ils occasionent des épizooties; ce ne serait pas alors le cas de les rétablir, mais bien de les abandonner.

Communication de jour et de nuit entre Us corps d'armés.

Les armées de grandes puissances européennes , à forces égalas , se valent à peu près sur les cliamps de bataille, sauf certaines circonstances fortuites et lo talent des généraux en chef; ce qui est bien certain , c'est qu'elles ont été alternativement victorieuses, et que , sous ce rapport, elles sont à peu près quittes réciproquement.

On a donc raison d'appeler la guerre un véritable jeu. Or, dans toute espèce de jeu il y a un avantage incontestable pour celui qui en connaît parfaitement les règles. En campagne, les chances de la victoire sont pour celui qui connaît les mouvemens de son adversaire et sait lui cacher les siens. Or, sur le champ do bataille, quelque brave et disciplinée que soit une armée, l'issued'ane journée est plus ou moins funeste selon que les mouvemens stratégiques ont plus ou moins avorté.

Nous pourrions en citer mille preuves; nous nous conteateroDS

d'en rappeler une seule, parce qu elle est la dernière et la plus déplorable : la campagne de Waterloo !

Napoléon avait surpris Tennenii, forcé le passage do la Sambre , et s'était placé habilement entre l'armée anglaise et l'armée prussienne. Malheureusement Ney , arrivé aux Quatre-Bras, crut avoif rencontré l' avant-garde de l'armée anglaise, et perdit un temps précieux à combattre quelques faibles détachemens, au lieu d'enlever sur-le-champ la position des Quatre-Bras, base de toute opération ultérieure et dont l'ordre de l'empereur lui prescrivait de s'emparer à tout prix.

Si Napoléon avait su qu'il n'y avait dans cette position qu'un corps de 12 à 15,000 hommes, que l'armée an^aise n'était pas réunie et se trouvait encore dans ses cantonnemens , il aurait pu livrer, le 16 juin , la bataille de Ligny avec toutes ses forces, écraser l'armée prussienne et en rejeter les débris sur la Sambre et sur la Meuse; il n'aurait pas surtout, d'après une fausse alerte, envoyé au maréchal Ney, pendant la bataille, de Sombref aux Quatre- Bras le corps d'Erlon, pour le faire revenir dans la soirée à Ligny, et se priver ainsi de forces considérables qui auraient rendu la victoire décisive.

Si, le 18 juin, il avait pu connaître la position éloignée des deux corps d'armée commandés par Grouchy et l'arrivée sur son flanc droit '^ de l'armée prussienne qui avait trompé le maréchal Grouchy par une contre-marche de nuit, il n'eût pas livré la bataille de Waterloo et se fût retiré en arrière pour concentrer ses forces, etc.

Eh bien ! nous pensons qu'il est possible de connaître la positîoD , les forces et la marche de son adversaire, et c'est en observant let ordres que se transmettent les navires sur mer avec des pavilloof de diverses couleurs que nous avons conçu le plan que nous allont développer et soumettre à l'examen de nos habiles ingénieurs.

Nous nous sommes dit : Puisqu'un amiral, au milieu d* une armée navale disséminée sur un espace de plusieurs lieues, peut, au moyen de ses pavillons , donner des ordres à toutes ses divisions, pourquoi, sur terre . un général en chef n'emploierait-ii pas les mêmes moyens?

* Le corps de Balow, débouchant par Fricbemont, est arrivé à trois he«r«s de raprës-midi sar le flanc droit de l'armée française et même en arrière dt re flanc c^'il a batta en éebarpe; A six heures il a été rejoint par deux aalrcs corps prussiens, et à huit heures par le reste de l'armét .

Celui que nous proposons n'est pas nouveau ; déjà il a été éprouvé avec succès à la bataille de Fleurus. Pourquoi ne pas y reyeuîr, puisque , depuis cette époque , les arts ont fait d'immenses progrés ; puisque ni ravins, ni montagnes ordinaires, ni défilés , ni rivières , ni partisans ennemis , ne peuvent empêcher ces communications. Elles seraient établies au moyen de ballons captifs placés sur des hauteurs. Ces ballons seraient montés par deux ou trois officiers du génie , armés d'excellentes lunettes d'approche et de chronomètres; ils seraient placés , selon les localités et l'état do l'atmosphère , à deux, trois ou quatre lieues de distance les uns des autres. L*un des officiers recevrait les communications qui lui seraient faites par le ballon voisin; l'autre manœu\Tcrait les pavillons ou un télégraphe portatif, et ferait les signaux d'après un alphabet convenu ; enfin un troisième examinerait les mouvemens de l'ennemi, ses positions et le nombre de ses bataillons ; à chaque instant ils communiqueraient au général le résultat do leurs découvertes.

Voilà pour les communications do jour ; celles de nuit seraient tout aussi faciles ; nous les emprunterions à la pyrotechnie , art qui a fait aussi d'immenses progrès.

Au printemps de 1837, M. Charroy, artificier, a fait au Champ-* de-Mars et à Bolleville des expériences de pyrotechnie qui ont prouvé tout le parti que l'on pouvait tirer de ses découvertes; non seulement il a lancé à de grandes distances, dans les airs, des fusées donnant des feux de diverses couleurs, mais encore il a envoyé à des hauteurs considérables (150 toises environ] des pots4-feu annés de parachutes. Ces pots-à-fcu suspendus dans l'espace ont conservé, pendant plus de deux minutes, leurs feux allumés changeant de couleur à chaque instant , et répandant au loin une vive lumière.

Au moyen de leurs chronomètres , les officiers de chaque corps d'armée , sachant Theure précise à laquelle ils doivent envoyer et recevoir des communications , lanceraient des fusées d'appel ou d'essai ; puis , par la variété des feux , ils communiqueraient leurs rapports et leurs avis ; le général en chef emploierait le même moyen pour transmettre ses ordres.

Nous voulons donner des chronomètres aux officiers et fixer les heures à l'avance pour les signaux , afin qu'un ennemi intelligent ne puisse induire en erreur par de faux appels ou signaux. C*est une double précaution ; à la guerre on n'en saurait trop prendre.

Si ces moyens , si simples et si prompts , eussent été employés par Napoléon , il eût su , le 15 juin 1815 , qu*il n*ayait pas devant lui Tarmée anglaise, et qu'elle était au-<ielà de la forêt de Soignes, vers Bruxelles. Il aurait attaqué et enlevé vivement les Quatre-Bras. Le 16 juin 1815, il eût livré sans inquiétude et sans crainte la bataille de Ligny avec toutes ses forces , et rejeté les débris de Tarmée prussienne sur la Sambre. Dans la nuit du 17 au 18 juin , Grouchy se fût tenu en communication avec lui et ne se serait pas égaré en marchant à Test vers Gembloux , puis au nord vers Wavres, tandis que l'empereur marchait à Touest , puis au nord-ouest vers Genappes. £n(in le 18 juin, de néfaste mémoire, l'empereur eût appris plusieurs heures d'avance la marchç de Tannée prussienne sur soi| flanc droit.

Ce mode de communication et de rapports serait aussi employé par les places assiégées ou bloquées, pour communiquer au dehors] Rien ne serait plus facile que de trouver et d'envoyer autour de ces villes un oflicier ou un homme intelligent qui recevrait les signaux de jour et de nuit donnés par la place, et les transmettrait au rorps français le plus voisin ; la transmissiion des ordres du gouvernement serait plus diflicile , mais non pas impossible. Ainsi il serait convenu que tel signe , tel drap , telle étoffe de diverses couleurs étendus à différentes hauteurs, sur un certain nombre de points et de coteaux ou sur certains bàtimens , à diverses distances de la ville et désignés à l'avance, auraient telle ou telle signification. Voilà pour les communications du jour ; quant à celles de nuit , elles se feraient au moyen de feux allumés à des heures convenues ou de lumières posées devant les fenêtres d'une habitation ; rheure de l'apparition et le nombre des feux, leur emplacement auraient des significations déterminées ; mais pour cela il faudrait prendre ses mesures longtemps à l'avance et arrêter un grand nombre de points, afin d'en trouver un ou deux de libres dans le cas où l'ennemi occuperait les autres. Nous sommes persuadé que si le gouvernement ordonne ces expériences, au bout de six mois elles dépasseront toutes nos prévisions, tant nos corps savans ont de zèle et de capacités.

11 est inutile de dire que nos généraux ne communiqueraient entre eux que par lettres chiffrées, dans la crainte qu'une dépêche ne vint à tomber entre les mains de l'ennemi.

SERYlTtDES MILITAIKES.

Nous prendrons encore la liberté de réclamer contre deux Bures nuisibles au commerce , à Tagriculture, et aux relations publiques et privées, mesures dans lesquelles le génie militaire persiste si mal à propos :

Le maintien des ser\itudes militaires * ; son opposition à la construction de routes sur les frontières.

Sur quatre-vingt-six départemens, cinquante forment en totalité

* Dans la séance du 4 avril 1836, la chambre des dépotés a prb en considération une proposition de M. le colonel Paiibans, tendant à fabolition partielle et à la modificaUon d'une grande partie des servitudes militaires.

La discussion d'un projet de loi, rédigea cet égard,a étéi^joumée^tor la proposition de M. le ministre de la guerre, aûnque le gouvernement fit Inlmème étudier la question avec toutes les facilités dont il dbposs et toutes les lumières qu'il peut invoquer à son aide.

Les propositions particulières faites par des membres de la chambre, ont cela d'utile, qu'elles peuvent appeler l'attention du gouvernement sor des questions dont l'urgence ne lui serait pas encore démontrée. Blaia on ns saurait nier qu'il y ait convenance et profit pour les pétitionnaires» on pour les besoins dont les membres proposans sont l'organe, A abandonner an gonvemement l'initiative des propositions quand il la demande. On ne uorall nier qu'on membre isolé de la chambre, ni même une commission prise dans son sein , ne disposeront Jamais, pour Télude d'une question générale quelconque, des moyens, des documens, des notes, de tous les élémens de eerlitode qoe le gouvernement a sous la main.

C'est donc avec raison qo'on s'est décidé à Caire faire ou ao moins A lalner faire par le gouvernement l'eiamen d'une question aussi complexe , aussi ramifiée que celle des servitudes militaires. Une commission , présidée par BI. le baron Mounicr, pair de France, est chargée de l'examen et du dépsnillement de cette grave question; et la proposition du projet de loi résultant de ses travaux sera incessamment faite i la chambre. En attendant, Il n'est pas inutile de nous en occuper, et d'appeler l'attention sor un des falli Isa plus graves qui puissent intéresser l'industrie nationale et la défense du territoire.

Il faut, en effet, avoir parcouru et habité nos provinces militaires , noe départemens frontières, pour se faire une idée de l'exigenee et souvent de la tyrannie de ces servitudes, consacrées par la lettre d'une loi qui est un anachronisme, et que maintiennent le zèle méticuleux et le scrupule exagéré de notre corps du génie militaire, aidé d'un règlement sur le service des plaees de guerre, qui date de soixante ans.

Pour ne parler que de ce qui est connu de tout le monde, quel est l'homme, pour peu qu'il ait fait en France un trajet de vingt-cinq lieues ven le Nord uu de cinquante vers l'Est, qui n'ait été vingt fois frappé des Inconvéniens attachés, sans nécessité, à rotte clôture hermétique qui emprisonne pour dix ou douze heures les habitans de cent soixante villes , entrave, penidanl dix %or vingt-quatre, leurs communications réciproques ainsi que toutes celles qui eiigenl un passage par leurs murs si rigoureusement fermés P

Mais ce n'est là qu'un des moindres inconvéniens des servitudes militaires ;

ou en partie noire frontière de terre ou de mer ; ces trois cinquiè* mes de la France sont situés hors du droit commun , en ce sens qu'une commission mixte, instituée dans l'intérêt militaire, exerce une souveraineté pour ainsi dire absolue sur une (bule de choses qui intéressent le bien-être des habitans, leur commerce et leur industrie.

nous l'avons dit, il faut avoir parcouru et kabilé noê déparlemens pour t'an Caire une idée.

Un aperçu sommaire de la législation i cei égard suffira pour indiquer les plus graves, les plus généraux, et quelques exemples particuliers Tiendront démontrer mieux encore Turgenle nécessité du projet de loi qui s'élabore.

Il y a autour de chacune de dos places fortes une première zone d'opérations qui 8*étend à 250 mètres des fortifications les plus avancées.

Toutes les propriétés situées dans cette zone sout soumises à «ne perpétuelle et vigilante interdiction, et aux termes de la loi du 10 Juillet 1701, il est défendu aux propriétaires d'y rien construire, d'y rien élever, pas mémo une haie vive. On n'y tolère que des clôtures i claire-voie.

Autour de cette première zone s'étend la seconde : de S50 à 4S7 roèlrot. On ne peut, dans cette zone, élever que des constructions en terre ou en boit; encore est-ce à la charge de démolir ces constructions et d'en enlever les matériaux à la première et simple réquisition de l'autorité militaire, itns aucune espèce d'indemnité.

Une troisième zone s'étend de 487 i 974 mètres, sur laquelle II ne peut être fait, sans autorisation du génie militaire, ni chemin, ni levées, ni fossés, ni dépôts de matières.

Quelques modifications à cette législation ont été apportées par la loi da IT juillet 1819, mais non dans le but d'en ad<fbcir les dispositions; car cette loi a, entre autres choses, reculé les limites de la première zone, qa'ellea portées, de 195 mètres où les avait laissées la loi de 1791, à 950, où elles sont encore aujourd'hui.

Telles sont les principales dispositions de la législation qu'il s'agit do modifier.

Dans nos départemens du nord et de l'est, qui sont à la fois les plus manufacturiers , les plus industriels , et les plus courbés sous le Joag dot servitudes militaires , qui pourrait dire combien d'entraves , eombieo d'obstacles ces dispositions apportent i la fabrication et aux déboachés dans le Pas-deCalais, le ISord, la Somme, la Meuse, la Moselle, le Bas et le Haat- Rhin,elc. ?Qui pourrait dire combien de propriétés grevées do cette perpétuelle hypothèque restent improductives, onéreuses même, quoiqu'elles renferment tous les élémens de bénéfice, do production , de prospérité, à cause des servitudes imposées aux localités et aux communications, soit par tem, soit par les cours d'eau si importans pour la défense ?

Les mêmes servitudes imposées aux zones qui environnent chacune do nos places de guerre, sont aussi imposées i la zone frontière de la France considérée comme une immense forteresse; les mêmes obstacles, les mènes entraves qui, dans les zones de défense de chacune do ces villes, s'opposent aux travaux des particuliers, gênent et souvent empêchent absolument les travaux publics dans la zone frontière.

Or, qu'est-ce que cette zone frontière ? Une étroite lisière géog raphiqio de

Sou intervention malfaisante s'étend sur les routes et les che— minSy sur les communications par terre ou par mer, sur les hayies, les rades, les canaux, les desséchemens de marais, les digues, les ponts et enfin sur les constructions en dedans et en dehors des villes fortifiées, etc.

Quand un particulier, une ville ou un département demandent i construire , à percer des routes ou à faire d'autres établissemens,

la France, dont les servitudes ne compromettent que qae1<iaes iotéréts ? ane surface étroite, mal peuplée ?... Non, la zone Trontière de la France sur laquelle pèse le despotisme souvent inutile, quelquefois nuisible, des senritudes militaires, comprend quarante départemens eniiert, et douze portions de département qui contiennent 21,000 communes , sur 40,000 qu'il y a en France, et près de 19 millions d'babitans sur 32 millions.

Une commission instituée pour juger les difficultés que doit nécessairement faire naître un conflit aussi continu est l'arbitre souverain des dlfllealtés qu'il amène, soit avec les particuliers, soit avec les ingénieurs civils du gouvernement, de la part du génie militaire, toujours renfermé dans la lettre des lois que nous avons citées , et scrupuleux gardien des prérogatives &u corps.

L'autorité de cette commission , conservatrice des servitudes militaires, ne se borne pas là ; elle s'étend, avec une tyrannie légale et absolue, sur tous les travaux d'utilité publique: les routes, les chemins, toutes les communications, par terre ou par eau , relèvent de son veto. Les ports, les rades, leurs défenses, leurs fanaux, leurs balises, y sont soumis; les rivières, les canaux, les desséchemens de marais, les digues , les levées, les poots , les écluses, tout est de son ressort. Dans une partie des rues des villes de guerre, son autorisation, nécessaire pour construire, est nécessaire aussi pour réparer et même pour démAir.

Cette commission, gênée elle-même dans ses délibérations par l'infleiible lettre de la loi, fait souvent peser sur les intérêts dont elle est l'arbitre des charges d'autant plus lourdes qu'elles sont permanentes , et cela en voed'èventualilés militaires improbables, pour ne pas dire impossibles.

Des chemins , des routes même sont maintenus par elle à l'étal de fondrières, parce que la lettre de la loi de 1791 oblige à prévoir le cas oà elles seraient praticables à l'artillerie ennemie. I^s ingénieurs des ponts-et-cbaossées sont gênés dans leurs travaux, en vue des mêmes éventualités militaires. Et cette loi, rédigée dans un temps où le système de défense était différeot, devient aujourd'hui nuisible, en beaucoup de cas, à la bonne et efficace protection que donnent à un pays des communications rapides et des chemliis bien entretenus.

Tels sont en abrégé les inconvéniens principaux résultant de la loi créatrice des servitudes militaires ; servitudes imposées aux travaux publics ; entraves apportéesà leur amélioration; servitudes grevant les propriétés particolières sans profil ni utilité pour la défense générale. Il y aura, nous l'avons dit déjà, dans la rédaction de la loi qu'il s'agit de substituer é celle de 1791 , deux intéréU aménager, l'industrie et la défense. Il y aura aussi deux écueils à éviter: affaiblir inconsidérément le système d'une défense basée sur le nouveau système de guerre offensive, ou maintenir par esprit de routine beaucoup des anciennes servitudes aujourd'hui inutiles à la défense et nuisibles aux progrès de l'industrie. (Journal dr Paris, R février 1838.)

— *73 — ils ont à fournir une infinité de plans et de mémoires, ils ont à passer par une filière de discussions et de renvois qui demandent beaucoup de peines et consomment un temps précieux. Puis, quand une foule de formalités préalables ont été remplies, survient une interdiction qui, en raison d'éventualités, de prétendues nécessités, de prévisions militaires souvent sans fondemens, frappe les intérêts publics et privés, et fait peser sur le commerce et T industrie des charges insupportables.

Ce qui était bon ou tolérable il y a cinquante ans, quand il existait peu ou point de commerce entre les villes et les peuples voisins, quand T industrie était dans Tenfance , devient intolérable aujourd'hui. Uart de la guerre est changé et le corps du génie est trop éclairé pour rester en arrière de la civilisation et ne pas marcher avec son siècle , pour tenir à des mesures de défense ou de défiance que repoussent les Prussiens et même les Hollandais.

Du reste, ce n'est plus avec des armées de 30 ou 40,000 hommes que Ton fait la guerre aujourd'hui. On envahit un empire avec des masses de 7, 8 et 9 cent mille hommes ; ce n'est plus à de faibles corps d'armée que la France constitutionnelle confie la défense de son territoire, c'est à la nation entière , c'est à la garde nationale. Elle trouvera sa force dans l'unité de son territoire et de son gouvernement, et dans la rapidité du mouvement de ses armées; rapidité que des communications nombreuses et faciles favorisent sur tous les points.

Nous ne citerons aucun fait à l'appui de notre opinion ; nous renverrons seulement aux rapports des conseils généraux de département ; il sont remplis de réclamations contre les exigences du génie militaire.

Convient-il, quand la Prusse, la Hollande et les princes allemands nos voisins percent des routes de tous les côtés et de village à village, que nous n'osions en établir sur nos frontières? Est— ce que les chemins qui conduisent de l'étranger en France ne conduisent pas aussi de la France à l'étranger? Est-ce qu'en 1814 et en 1815 l'ennemi s'est inquiété de savoir s'il y avait des routes ou des chemins pour envahir la France? il a suivi les chemins de traverse qui lui convenaient, il a tourné autour des places ; il a doublé ses attelages en prenant par réquisition les chevaux des cul-

tivateurs, etc. Notre système de lignes défensives, fondé eur la difficulté des communications , est donc impuissant et absurde aujourd'hui.

Et puis si, après vingt-cinq ans de paix, nous avons le bonhear de la conserver encore un nouveau quart de siècle , faudra-t-il sacrifier la richesse, Taisance et le bonheur des populations &xmitières à ces craintes timides et puériles? Non, cela est impossible an XIX* siècle.

Espérons que de promptes mesures seront prises pour ne pas laisser prisonniers chez eux les habitans des places de guerre et pour permettre aux voyageurs de les traverser pendant la nuit. Si les Prussiens et les Hollandais ouvrent à toute heure de jour et de nuit les portes de leurs forteresses , pourquoi ne le permettrionsnous pas comme eux? Nous n'avons pas, ce nous semble, de raisons d'être plus circonspects.

L'auteur de cet écrit se rappellera toujours que venant de traverser Mons pendant la nuit, il fut arrêté aux portes de Yalenciennes ; on refusa même de le laisser entrer avec le courrier des dépèches ; les maîtres de postes des relais voisins avaient en ootre l'ordre de ne pas donner aux voyageurs la facilité de tourner autour de la place.

Cet ordre de choses est aussi absurde que révoltant; il devrait suffire de le signaler pour qu'il y fût mis un terme.

Nous parlerons plus tard , à l'article consacré à la défense matérielle de la France, des fortifications é élever et A entretenir.

ARTICLE SIXIÈME

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