DE LA FORTIFICATION DE PARIS
Paris est à la France ce que le eorar est an eorpi. {Mot de yaàban pomr démumtrtr la néceuiU de foHifiwr Pmns,]
Nous abordons ici le point capital de la défense de F état. Dans notre conviction intime, il consiste presque entièrement dans la fortification de Paris, puisque , par un inconvénient de notre position et de nos habitudes , la prise de Paris entraîne malheureusement la chute du pays.
Paris n'étant pas fortifié sera toujours le but où tendra un ennemi audacieux, car il est placé à cinquante-six lieues de poste de nos frontières. Perdons une grande bataille et huit jours après l'année victorieuse sera sous les murs de la capitale.*
Paris est non seulement la tète et le cœur de la France , mais 0 est sa principale ressource et son grand arsenal , tant en matériel qu'en personnel.
Paris est le centre des lumières et imprime à toute la France la direction qu'elle doit suivre. Là résident le gouvernement et les principales administrations. Bien plus , par son heureuse sitaatioB» par les capitaux qui y abondent de tous les pays , par la rénnion de tous les hommes distingués etdes sociétés savantes, cette capitale est devenue et devient chaque jour davantage une ville de fabri-^ que, de commerce , d'industrie et d'entrepAt.
* « Ainsi par quatre Iroaées, toutes égaleroent faUes (par Haningue, Lan- » daa, Sarrelouis et Phiiippeville) une armée étrangère peol se diriger Tan » notre capitale et cette capitale louche presque à nos frontières et deax fols k son occupation a décidé des destinées de la France tout enUère (p. e&).
» Il faut donc trouver le moyen d'en éloigner Tenneml , et ce moyen. Je le » répète, est dans nos institutions, dans une année nombreuse, manoravrière
• et toujours mobile , dans une réserve organisée et pliée aui habitudes mill-
• taires, etc. • (p. 67.;
{De i Esprit militaire eu France . par le général Mai. Lamarquo ; iSSfi. >
C'est (le ce point central que tous les chemins de fer partiront ; et, quand bien même ils ne seraient pas établis, c*est à ce centre commun que viennent aboutir avec facilité toutes les communications de la France. Ainsi , dans son état actuel , en moins d'une semaine, les provinces populeuses qui Tentourent peuvent envoyer à son secours 3 à 400,000 gardes nationaux et les approvisionnemens nécessaires à leur subsistance.
Paris est encore le dépôt central des arts , des sciences , ded banques et de toutes les richesses publiques et particulières.
Que les communications avec la capitale soient fermées pendant quelques jours , aussitôt la France est inerte , incertaine ou en tumulte ; elle se meut sans direction , sans ensemble , et devient incapable de se gouverner , partant de se défendre.
Depuis cinquante ans nous avons fait vingt fois T épreuve de cette vérité.
La prise de la Bastille a donné la liberté à toute la France. La proclamation de la république à Paris Ta fait admettre dans tout le pays. La révolution de Saint-Cloud a fait proclamer dans tous les départcmens le consulat et Tempire. Si Mallet avait réussi ( et cela n'a tenu qu à bien peu de chose ) , Napoléon était renversé et les portes de la France lui étaient fermées. Nos légitimistes sentaient si bien cette vérité que toutes leurs lettres à leurs amis nos enne^ mis finissaient par cette phrase : a Marchez sur Paris. » Aussi, dès le mois de mars 1814, les étrangers n'avaient plus d'autre mot d'ordre, d'autre cri de ralliement que celui-ci: Paris!... Paris!..
Ainsi , sous tous les régimes , à toutes les époques , dans toutes les révolutions , quand la capitale a été soumise, la France n*a plus résisté et a été vaincue.
Sous la restauration , toutes les tentatives faites contre le gouvernement ont échoué et devaient nécessairement échouer parc6 qu'elles ne partaient pas de cette grande cité.
Charles X et sa famille étaient évidemment bannis de la France le jour où les derniers soldats de sa garde étaient chassés de Paris^ (]'est ce que nous avons dit publiquement, le jeudi 29 juillet i deux heures de T après-midi , lorsque les Tuileries ont été évacuées.
Pour faire une révolution et soumettre la France à un noaretil
gouvernement , il suffît d'envoyer dans les provinces les mallespostes , un autre drapeau , et le Moniteur Officiel.
L* empereur concevait toute Timportance de cette position ; et certes , sans le fatal aveuglement qui s*était emparé de lui , ou sans la triste vanité qui ne lui permettait pas d'avouer sa défaite , il aurait, après la bataille de Leipsick , ordonné de mettre Paris à l'abri d'un coup de main , comme il Ta fait depuis, en 1815. Nous rapporterons, à ce sujet, un fait que nous tenons des personnes les plus dignes de foi et dont Tune pourrait certifier l'exactitude.
Au mois de décembre 1813 , M. le comte MoUien envova à l'empercur un projet do décret pour l'organisation du ministère du trésor sur la Loire , dans le cas éventuel où le gouvernement serait forcé (févacuer Paris ; sa majesté ne fit aucune réponse.
Vers le milieu de janvier 181''i' , ce ministre ayant renouvelé sa demande , Napoléon lui répondit par ces paroles si remarquables et si prophétiques :
a Monsieur le comte, ce que vous proposez est tout-à-fait inutile ; » quand Paris sera pris, il n'y aura plus ni empereur ni empire. »
Ainsi donc , ne pas fortifier Paris , no pas le mettre en état de défense , c'est livrer la France à l'ennemi , c'est l'exposer à une révolution nouvelle et à être partagée.
Oui , à nos yeux , ceux qui ont pouvoir et mission d*accomplir cette grande mesure et qui ne le font pas; ceux qui s'y opposent, par calcul ambitieux ou par esprit de parti , commettent non seulement une faute , mais un crime de lêse-nation.
Nous n'entendons pas faire de cette grande mesure une chicane de tril)une et d'opposition , une question de dynastie et de personne ; nous la prenons bien plus haut , car nous la considérons comme le salut du pays. A ceux qui craindraient que les fortifications de Paris ne devinssent un moyen de despotisme entre les mains du pouvoir, nous répondrons que, sous tous les gouvememens , qu'ils soient absolus , républicains ou constitutionnels , nous conseillerions, nous demanderions à mains jointes cette mesure de salut public ; en supposant même qu'un prince voulût embastiller Paris pour usurper le pouvoir absolu, quelle crainte sérieuse pourraiton en concevoir? Et d'abord peut-on embastiller une population d*nn million d'ames? I/armée n'est-elle pas composée de Français qui ne
font que pasMr sous les drapeaux , qui oDt été citojeni tvant leur cotr<-e au service, et qui le redevienneut après ! Est-ce que Vincennes et les autres places fortes ont résisté eu 1830? Est-ce qu'une garde royale d'élite et les Suisses ont sauvé Cliarles X? Est-ce qu'un pays qui a la liberté do la presse , unu tribune publique , et quatre millions de gardes nationaux , craint les despotes et les bastilles t Avec toutes ces garanties , uo Bonaparte luimême ne pourrait plus usurper le pouvoir.
Maîseries puritaines que toutes ces craintes , fantasmagories politiques imaginées pour eiTraycr les crédules et les simples, et dépopulariser le gouvernement.
Au surplus , que l'ou fortifie Paris par une ligne do rempartA continue ou par des forts détachés, peu nous importe. Tout système de défense nous est plus ou moins indifférent ; pourvu qu'on en adopte un et qu'on l'exécute , cela nous suffit. Le mal est que le gouvernement, par sa conduite, ses ruses et ses équivoques dans une foule de questions délicates , a excité beaucoup do défiance contre lui. Le mal est qu'il a écouté les conseils de nouveaux ultra.
Considérez eofin dans quelle position vous placez un général en chef qui commande, soit dans Icnord, soit dans l'est, une armée découragée par quelques revers ou moins forte en nombre quo celle dcsassaillans. Ce géciéral, tremblant pour la capitale, et persuadé que le sort de la Franco entière est dans son enceinte , no voit que Paris , ne songe qu'à protéger, à secourir Paris. S'il obtient quelques succès , il n'ose les poursuivre dans la crainte de trop s'éloigner de la capitale ; s'il conçoit quelque grande opération stratégique pour tourner l'ennemi ou lui couper ses communications, il n'oie l'entreprendre dans la crainte encore que, par une marche forcée et hardie , l'ennemi ne s'empare de la capitale; cette gène dans ses mouvemens , cette inquiétude incessante paralyse ses mojeia intellectuels et les forces qu'il commande. Dans celle position , Il est évident que toutes les chances favorables sont pour l'enneini. Telle a été l'obsession morale qui tourmentai! l'empereur et sa petite armée dans l'admirable campagne de ISli.
Mais changez la question , considérez un instant Paris forti&é , armé , approvisionné et défendu par 200,000 gardes nationauxl... alors vos généraux en chef, loin de concevoir la moindre inquiétude sur le sort de celle cilé inunense , auront la eertîhide qo'cUt
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peut à la fois être pour eux un arsenal, un magasin d'approTisioonement , et un abri au besoin ; puis voyez quelle aasuraoce toos donnez à ces chefs , et avec quelle confiance et quelle tranquillité d*ame ils calculeront et exécuteront leurs combinaisons stratégiques. Bien plus encore , ils pourront au besoin, et sans aucun danger, placer un ennemi imprudent entre leurs armées et la capitale, afin de lui couper toute retraite.
Si à ces considérations on veut bien ajouter que Vauban lort des revers de Louis XIV , que la république dès 1792 , que rempereur en 1815 , mais trop tard , enfin que le gouvernement de 1830 ont tous compris la nécessité de fortifier Paris, et essayé plus ou moins de mettre ce projet à exécution ; on restera convaincu (|ue, depuis plus d*un siècle , dans les momens de crise et de danger, les gouvernemcns qui se sont succédé , absolu , républicain. impérial ou constitutionnel , ont reconnu , d*accord avec les hommes d état et les vœux de la population , la nécessité de fortifier la capitale. *
Dès lors tous les hommes sincères , tous les patriotes de bonne foi s'écrieront avec nous : Cette fortification est conunaiidée par le salut du peuple ; il faut y travailler tout do suite.
Mais en France on est léger, oublieux et changeant; quand Forage est passé on perd toute crainte. Cependant, depuis un demi siècle, combien d'orages n'avons-nous pas vu se succéder et fondre
' Quoique nous éprouvions le regret de ne pas partager l'opinion da lleotcnant générai Tarayre qui ne Yeut d'autre armée qu'une garde ntlionale mobile et sédentaire, nous tenons à rapporter ce qu'il a écrit sur la nécessité de fortifier IMris et d'autres villes, dans sa brochure intitulée : De la naiurt ti ée fargauiMation de la force armée qui convient à un gouvernement réprisenioUf ; Paris,
• Supposons que la France Tût attaquée par toutes les forces dispoolUci de
• rAllemagne et portons ces forces àâOO.OOO hommes. Avec le système nili-
• taire actuel , une pareille armée ennemie ne serait pas arrêtée par notre » ligne de défense ; elle passerait entre les places et sans doQte elle roaiche-
• rait droit mr Paris, persuadée qu'elle trouverait dans cette capitale letd^j-
• linécM de tout le royaume. • Ft plus loin :
• Mais Paris serait fortifié, on y aurait travaillé au premier danger ; Il est
• susceptible de l'être, on peut s'en rapporter aux officiers dn génie les plus
• eipérimentés. • Plus loin encore :
« Ce n'est pas tout ; on aurait fait de L>on une place forte (riende plus fa-
• file à cause de sa position) ; Grenoble serait bien fortifiée et bien année
• ainsi que le pont du Saint-Esprit, Tarascon et Beaucaire, etc. •
sur notre patrie ! Combien d'orages encore, des yeux même peu clairvoyans , s'ils y regardaient de près , ne verraient-ils pas sV monceler dans le Nord ! *
Le moyen de les dissiper, c'est de se mettre en mesure de les braver, au lieu de s'y résigner ou de vouloir les détourner par des concessions et des actes do faiblesse qui répugnent à un grand peuple.
Vn de nos dignes généraux , un honorable député a publié , en décembre 1836, une brochure remarquable sur l'urgence de fortifuT la capitale. 11 fondait son opinion sur cette considération d'une justesse» incontestable :
t( Ce n'est pas seulement sous le point de vue militaire que la » fortification de Paris acquiert une immense importance, c'est )) aussi sous le rapport de politique et de gouvernement; par ce » s4Mil fait que la France est devenue inattaquable , elle est allran- » chie de toute influence extérieure. »
Puis il ajoutait : a Versailles a coûté plus de kùO millions qui )> représentent aujourd'hui 1 milliard , et ce n'est qu'un château » inutile ci des jardins. Le vingtième de la somme ( 50 millions ) » entourerait Paris d'une enceinte inexpugnable; et Paris c'est la >» France tout entiî^re.
» Ces routes, ces ponts, ces canaux, ces chemins de fer auxquels » n(Mis prodiguons les ressources de notre puissance et de notre » crédit eoninie éléniens de prospérité future, sont pour moi le » sujet de tristes méditations et d'adligeantes pensées; car nous ne » sommes point certainsde recueiUirles fruits de tant desacriGces. i> C'est donc le salut de la patrie qui devrait appeler avant tout )) notre sollicitude et notre dévoûment. »
Cet excellent mémoire a passé presque inaperçu ; les chambres, ojMupées de débats politiques, lui ont prêté peu d'attention. Les ministres du 6 septembre songeaient, avant toutes choses, à se maintenir, puisa plaire aux étrangers; et quelques organes de la presst\ (|iioi(|ue riïonorable aut^'ur ait proposi'» d'<»ntourer Paris d'une m-
* l/emprreur NiroUi^ toufrre un ambauadeur f l il en envoie un au pm* vcrnemenl df f,ni , il pitioiiU*, u<* poti\aiil faire la guerre à la France; mtto il ne prend pas l.i peine de dé,:ui!>er m haine; il montre un profond mépris |M»ur les avances et |e«> obsêquio>ili^s qu'on lui prodigue, ne répond rieo et i>|ière MiEi \ faire encore a l'avenir.
c$inte, ont profité de cette circonstaDce pour reyenir à leur monomanie , et dire qu*on voulait encore embastiUer Parts; c'est ainsi que quelques publiciste^ écrivent l'histoire !...
Citons encore une preuve de la véracité de ces messieurs : chacun se rappelle les cris élevés par quelques personnes, lors des changemens apportés au jardin des Tuileries ; s'il fallait en croire certain parti , on faisait de ce palais une place de guerre , on Tentourait de fossés, de redoutes, etc. Un habitant du midi, fort avancé dans le mouvement, arrive à Paris ; son premier soin est d'aller voir ces formidables remparts et leurs batteries; quel fut son étonnement en voyant un modeste fossé rempli d'arbustes, et interrompu encore aux deui ailes et sur toute la longueur du pavillon de l'Horloge. Honteux de sa crédulité il vint nous porter ses plaintes et jura , mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus ; aussi changea-t-il de journal.
Eh bien ! croira-t-on qu'en 1837 on ose tenter une mystification plus forte encore que celle que nous venons de citer, et qui déjà avait été essayée trois ans auparavant? Croira-t-on que des journaux fort constitutionnels aient cru devoir répéter cette mauvaise raillerie d'un journal républicain : « Après six ans de travaux, » le château de Yincenues commence à devenir respectable; » tous les bâtimens ont été mis à l'épreuve de la bombe , chaque )) façade a été percée de trois étages d'embrasures et de meur- » trières pour placer des bouches à feu. On évalue à cinq cents le » nombre des canons qui défendent cette citadelle. On remarque )) surtout le côté qui fait face au faubourg Saint-Antoine comme )) ayant fixé plus particulièrement l'attention du génie. De ce c6té )) tout le bois qui se trouvait sous la portée du canon a été déra- )) ciné. On sait du reste que le fort de Vincennes , toujours occupé » ])ar deux régimens , l'un d'artillerie , l'autre d'infanterie , gardé )) d'ailleurs comme une citadelle assiégée, est rempli d'armes et de )) munitions, et que les mines les plus redoutables l'entourent. »
(Mars 1837.;
Dans cet article autant d'inexactitudes que de mots. Au lieu de cinq cents pièces de canon il n'y a que sept à huit pièces placées sur les tours rasées qui sont aux quatre angles du château ; sur ces huit pièces il y en a quelques unes fort petites pour battre les fossés ; au lieu d'avoir déraciné le bois du côté du faubourg Saint-An^
— .M7 — toiiic il a été rtplant4; au Heu d'avoir pour garnison un régiment ■rartiHerie et un autre d'inhiiterie , ce fort très resserré ne renferme qu'un demi régiment d'artillerie sur le pied de guerre ou un régiment sur le pied de paii , et un bataillon d'infanterie -, de plus ' il n'y 8 pas une seule mine; il a été mis à l'abri d'un coup de main parce qu'il est, depuis l'empire, un des grands arsenaux de la France, et que c'est un dépdt précieux à conserver. On a établi des glacis autour de son enceinte , travaux du reste fort insignifians.et,<|uipis est, on a construit des casemates fort coûteuses sans aucun but , car Vîncennes ne pourrait soutenir dtvx heurtt d'un ft» rigulier. Le gouvernement a donc eu le grand tort de dépenser, (Ktur ces ouvragée inutiles, 8 à 900,000 francs qui eussentété bien mieux employés dans nos places de l'Est.
Au surplus, pour que, sous certains points, nos lecteurs puissent juger entre nos assertions et lea plaintes de nos adversaires , nous donnons une vue de ce château ; ila apprécieront la force d'une [ilace dont les remparts sont formés, sur deux cAtes du carré, avec des corps de bâtimens percés de croisées.
En résumé , nous répétons qu'avant tout, nous tenons â ce que Paris soit fortifié, et que nous nous en rapportons aux hommes d« l'art, sur le meilleur mode de fortification à adopter.
Toutefois nous avouons que nous no pouvons concevoir comment des savans et de grands orateurs ont pu s'élever si violemment contre le système des forts détachés placés à mille ou deux millt métrés de la capitale. A cette distance, l'effet des batteries serait fort peu à craindre, car dans les écoles d'artillerie le but est placé à quatre cents métrés. Dans un siège, la première parallèle est ouverte à six cents mètres, la deuxième à quatre cents, et la troisième il deux cents. Enlin, les batteries de brèche se placent sur le counmnement du chemin couvert. A Constantine , où il n'y a qu'une muraille sans fossés, la batterie do brèche a été placée à cinquanterinq toises. Qu'on veuille bien se rappeler le peu de mal (mais trop ^rand sans doute pour les malheureux habitans} que trente mille |iri>jectiles lancés sur Longwy ont causé à celte petite ville dont Icmeinle est si resserrée, et l'on sera convaincu qu'il faudrait bien des mtV^'ofude coups de canon et de mortiers pour renverser une partie fort minime dun des faubourgs de Paris. Oui! toute rartillerie de Vincennes tirerait pendant quinze jours sur la barrière de Saint-
Maudé.qua la distance où elle en est placée (deux mille trois cent» mètres] elle n'abattrait pas les murs de ceinture. Oui ! le fort de rÉpine projeté à Charonne, et celui des Bruyères projeté i Belle- ' ville, situés l'un à deux mille deux cents, et Fautre à mille sept cents mètres des murs d'enceinte, tireraient pendant six mois sur les prisons de la Roquette qu'à ces distances ils ne renverseraient pas un seul pan de leurs murailles. Au surplus , nous n^avons pas compris, nous qui sommes allé examiner ces immenses prisons, que les hommes qui ont si peur des forts détachés n'aient pas élevé la voix contre la construction de ces édifices , qui seraient de véritables bastilles dans Paris si on les armait de quelques pièces d'artillerie.
Quant à nous , notre avis , si nous osions en donner un , serait d'élever autour de Paris un rempart continu, à partir des hauteurs de Passy, passant derrière Montmartre, et s'élevant de là sur les hauteurs de Saint-Chaumont, Belleville, Charonne, etc.
Puis nous demanderions que des fortifications permanentes en maçonnerie fussent élevées :
1<> £n avant d'Alfort, pour couvrir le pont de Charenton et celui sur la Seine au confluent de la Marne, avec un fort au dessus de Charenton ;
2r Pareil ouvrage au dessus du canal de Saint-Maur, avec une tète de pont sur la Marne ;
S'* Deux forts sur les hauteurs à la gauche de Nogent-sur-Mame . ♦*t en avant de Fontenav-sous-Bois ;
k^ Trois autres forts sur les hauteurs qui régnent de Rosny à Merland ;
5^ Un fort sur celle qui domine Noisy-le-Sec ;
6"* Deux autres à gauche et à droite de la hauteur de Renonvîilc avec une ligne pour couvrir Pantin , et deux omTages sur la rive droite du canal juscpi'à la Villette ;
7"* Un fort en avant de l'angle formé par la jonction du canal de Saint-Denis à celui de l'Ourcq ;
8"* Mais surtout nous demanderions que Saint-Denis , |K>sition plus importante encore que Charenton et presque inexpugnable . fiU entouré d'une bonne enceinte ;
9o Quelques ouvrages pour protéger les ponts sur la rive gauche de la Seine ;
iO* Un fort considérable sur le Mont-Valérien.
Nous croyons feraiement que si ces grands travaux étaient exérulés dans l'espace de dix ans, et que si l'organisation de l'amée et •le ses réserves était efTectuée comme nous le propoeoDS, ils feraient de la France le pays le plus redoutable de l'Europe , et lui pemiet- Iraicnt de ne prendre d'autres guides, dans sa politique et sa conduite, que son honneur et ses légitimes intérêts.
Alors, un premier ministre ne serait plus réduit à la nécessité de dire à la tribune : si nous portons nos forces sur les Pyrénées au secours de notre allié naturel, nos deirières seront menacés sur le Rhin.
Alors, un député arrivant de Gratz et de Vienne n'osera plus dire .lu ministère qui, pour toute réponse, baissera les yeux-. Jt vaut porte le défi (tinttnenir m Etpagiu.
Alors, on ne craindra ni les menaces de la Russie, ni les dédains 'le l'Autriche.
Alors, les petits rois nos voisins deviendront modestes, et rechercheront notre alliance avec empressement.
.\lor9, la Franco n'aura plus sous les yeux le triste spectacle de commissions discutant chaque année avec le ministère de la guerre, pour retirer d'Afrique , par prudence et par économie , sept à huit milli< hommes qui quittent l'Algérie au printemps, pour y retourner l'automne suivant.
Alors, l'orgueil national sera satisfait, la confiance renaîtra, les mécontcntemens se calmeront, les légitimistes cesseront d'eepérer, et le parti national deviendra chaque Jour plus fort et plus compact.
Alors, la voix de la France sera écoutée et respecta en tous lieux.
Helativcment aux approvisionncmens d'une aussi grande cité et •le sa nombreuse garnison , nous ne pouvons mieux faire que de retracer ce que dit à ce sujet le général de Richement.
ir Une objection d'ime autre nature et qui effraie au premier Il roup d'œil, c'est celle des ap provision nemen s ; elle sera appréciée " à sa juste valeur par quelques observations dont la justesse frap- » |)era tous les esprits et dissipeca toutes les alarmes. Cette qtwto tion a été traitée par Vauban sur l'évaluation d'une popuIttioB » de sept à huit cent mille âmes pendant une année. Cet d » satisfaisant à tous les besoins pour une population 4e 1 i
B 500 mille hommes pendant six mois, je dois les admettre conmie » complètement suffisantes ; car le terme de six mois est plus qu'il » ne faut pour afTamer et ruiner de fond en comble Tarmée emio- » mie » si elle ne devait pas être détruite par les eflTorts réunis des » assiégés et des armées du dehors ; mais rapproTlsionnementdût-fl » être complété pour Tannée entière, je dis que la tAche n'est point » au dessus des forces de Thabileté de Tadministration : Paris a » tant de moyens de communication, il est entouré de proyinces si n riches en produits de toute espèce, et particulièrement en grains; » ses entrepôts sont en tous temps approvisionnés en vins et en » eaux-de-vie. Les salaisons, les légumes secs peuvent être réu- » nis en grande quantité et promptement; les fourrages ordinai- » rement suflisans pour les chevaux des particuliers, de la cavalerie, » de Tartillerie et des équipages militaires, peuvent être prompte- » ment proportionnés à Taugmentation de consonmiation sans » grande difficulté ; enfin les médicamens de toute espèce sont en » profusion dans les hôpitaux , dans les magasins et les nombreuses » pharmacies de la capitale , ou peuvent y être rassemblés avec fat- » cilité et promptitude. Il n*y a donc aucune impossibiUté i pour- » voir, même pendant une année, aux besoins variés d'une popu* D lation d*un million d*habitans.
» On sait qu'en tout temps et en pleine paix, deux mois d'a{^ » provisionnement sont toujours assurés à Paris sans qu'il en coûte » rien à l'administration , on conçoit dès-lors qu'il y aurait i frire )) bien peu de sacrifices en intérêt des sommes avancées par les » corporations des boulangers et des bouchers , pour assurer cet » approvisionnement pendant un terme beaucoup plus long.»
Le projet de fortifier Paris et la France sera-t-il exécuté?... Non, malheureusement, il ne le sera pas plus que celui d'organiser l'armée et ses réserves. Les républicains ne verront dans les fortifications quelles qu'elles soient que des bastilles ; les légitimistes y trouveront des obstacles élevés contre leurs amis ; les doctrinaires préféreront à ces mesures nationales la recherche à tout prix de la bienveillance étrangère ; les optimistes diront que la paix perl>étuelle est assurée et que nos voisins sont sans ambition ; enfin les crieurs d'économie quand même ne verront que les dépenses que ces projets entraîneraient, sans rénécliir à celles bien plus grandes qu'ils épargneraient un jour.
On D'accueillera pas ces plans ; on ne daignera pas même les examiner ; mais on continuera, pour les voies fluviales, le système des canaux entrepris depuis quarante, cinquante ou soiiants ans, et qui ont coûté, sans être entièrement terminés, deux ou trois foia les prix portés sur les devis des ingénieurs. Plutôt que de se confier à l'industrie et aux sociétés particulières pour ta construction des chemins de fer, on en chargera peut-être l'administration des ponts el chaussées et on lui livrera encore 7 ou 800 millions pour établir ces communications dans les plus mauvaises directions, et ne les terminer que pour la fin du xix* siècle.
Quand un ami sincère de ta gloire et de la puissance de son pays examine avec calme et réflexion les monumens de l'Etoile et de la Madeleine, l'Ohélisque, le palais inutile du quai d'Orsay, les constructions nouvelles et superflues ajoutées aui palais du Luxembourg ot de la Préfecture de ta Seine, de quelles idées tristes et amères nedoit-il pas être pénétré en calculant qu'avec les sommes qu'ont coûté et que coûteront ces ouvrages superflus on aurait pu fortifier ta capitale et rendre ainsi la France invulnérable.