DE L'ALGERIE
introduction.
Si, en 1830, nous avions été appeU's à donner notre opinion sur cetlo question : La Franco doit-cllo achever de soumettre l'Algérie l't la conserver commo colonie ou province française? nous l'iissions répondu sans la moindre hésitation , Non; et nous aurions ajouté : il faut l'évacuer le plus tdt possible.
Les motifs qui auraient déterminé notre conviction étaient ceux-ci ; Le peuple Français , ou peut-être son gouvernement , n'ont ni la patience, ni la fixité d'idées, ni l'expérience que de— ijianilent la fondation et la conservation d'une colonie '. Il saura
• Si l'on en croit M. S«T. U nilion rrancaiee postède moins qui loule autre les qunlilf s nfcesMim itour accomplir let enlroprlsc) dilOdlH.
> Lps nations, dit-il. qui «e distinguent par les taleru de Mciété plalOt que
• par k's lalens uiilei àlâ société, ne vint pas propres i rormer dei colonlM et
• n'y réussissent pas. Celles qui ont le courage dii moment piuIAlqae relui de
■ luii.v les inonieni n'y réussissent pas ; celles où I'od n'agit bien que pour être
■ rru.irdA el applaudi, n'y riSusFîsscnl pa<.
• L'aristocratie et los corps religteui Cdilavec raison l'auteur de la quesIloD
• d'AI;:<.'t|Sonleilrëniemenl pertévérans dans leurs lysUmei. I>e \h, les inc-
• ces inuuisiles élabtissemens anglais (ondes par les tories et ceux tondis par
• It n'eiicst pDf de m^medans les gouverne mens populaires, la démocraile
■ cl remuante , agitée , personnelle cl surtout pre^sée d'arriver ; pour sitli-
• r.iire 'cs désirs amliilieui, il lui faut de grands roouvemens et des cbangc- > incni (réquens dans les personnes et souvent dans les cliosei. A.tcc eu pu-
• iiaus, un ne tonde pas de colonies. ■
ilépenscr des millions, par centaines, pour de folles entreprises et des constructions de luxe , taudis qu'il montrera une parcimoioe extrôme pour une création grande et utile qui ajouterait i sa force et à sa puissance en demandant, il est vrai, beaucoup d'eftxls, de peines et do temps. Les Français ont porté leurs armes ayec succès chez leurs voisins et dans les pays les plus éloignés ; oo peut même dire qu ils ont possédé à un très haut degré T esprit de conquête , mais ils ont su rarement conserver les fruits de leurs victoires ; Napoléon lui-môme n*a pas su garder les codquètcs de la république I Qui ne connaît la biblesse et F inconséquence de notre conduite dans le Canada , dans l'Inde, sur le Mississipi et dans la Louisiane. Qui ne se rappelle conunent noib avons abandonné à leurs propres forces les Montcalm, les Dupleii, les Labourdonnaye!... Voyez quel parti nous tirons de notre colonie de la Guiano et ce que les Hollandais ont su Caire de li leur ; voyez cnGn si nous avons su utiliser la Corse, depuis prés de soixante-dix ans qu'elle est sous notre domination 1 Le régne dfi lois y est-il établi sur des bases solides? La propriété y est-elk garantie? les routes y sont-elles sûres? Nullement. Ce sont de contumaces, des meurtriers qui sont les souverains de cette He: pour la parcourir et la traverser, il faut se livrer aux brigands e( se placer sous leur patronage.* C'est le lieu d*exil ou d*ezpiatk» des fonctionnaires publics ; et si, par hasard, un préfet, après un assez long séjour, commence à s'initier à toutes les ressources que possède ce département et à obtenir l'estime et la confiance des habitans , on se hâte do le rappeler, au lieu do le laisser dan» le pays, tout en l'élevant aune classe supérieure. En un mot, un peuple qui, en soixante-dix ans, n'a pu soumettre entièrement 200,000 Corses, pourra fort dilTicilement soumettre 3 millions et demi d'Arabes et de Kabaîles.
Nous aurions tort toutefois d'accuser la versatilité du gouvernement seul , car il est forcé de subir l'impulsion que lui communique l'esprit français dont l'excessive mobilité n'est que tn>|i connue. Aussi, quelques personnes ont-elles soutenu avec assez de fondement que la restauration avait fait im triste cadeau à la
' i:n de nos amis, ingénieur en chefdei mines, envoyé pour eiplorrr Tiulérieur et les montagnes de la Corse, a du prendre ce parti, aUn de pou? oiraccompUr sa mission.
France en lui donnant non FAIgério entière , mais la seule ville d' Alger ; ce qui est tout-à-fait différent.
Maintenant nous nous hâtons de déclarer avec une propnde conviction que la soumission de T Algérie et sa conservation comme province française sont non seulement chose très possible, mais en même temps chose glorieuse et utile , ainsi que nous espérons le démontrer dans les chapitres qui vont suivre.
Cependant depuis sept ans que nous possédons Alger» et après avoir changé sept à huit fois de système et de plans /nous ne savons l>as encore ce que nous y ferons ; et aux yeux des Arabes et des Européens nous avons Tair, au moins , d*étrc fort embarrassés de notre conquête.
Les questions que soulève la possession de l'Algérie tiennent trop â la puissance , à la force et à l'avenir de la France pour (|uo nous ne cherchions pas à les résoudre ; c*est dans ce but que nous allons examiner
1® L'état statistique et topographique de l'ancienne régence ;
2r L'historique de la régence, avant et après la conquête ;
3" Les fautes commises par le gouvernement et les résultats funestes qu'ont produits sa conduite et ses hésitations continuelles ;
4° Les objections présentées contre la possession de T Algérie , en cherchant à les détruire ;
5* Les avantages que présente à la France Toccupation de r Algérie;
6" Le denuer traité passé entre le général Bugeaud et Abd-el- Kader;
7" Les mesures à prendre pour soumettre l'Algérie, la conserver à la France, et tirer parti de cette admirable colonie.