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CONQUÊTE

GOUVERNEMENT. — Ainsi que nous venons de rétablir dans Tarticle précédent , l'Algérie, avant la conquête française , étaît régie par un système d'occupation militaire ; e*était en quelque sorte une république composée d'environ 10,000 hommes armés, dont chaque membre pouvait, par Télection , parvenir au pouvoir suprême.

I^s officiers et les chefs formaient le divan ou le grand conseil qui délibérait sur les affaires de l'état et nommait les deys. Celui-ci exerçait le pouvoir eiécutif. Malheur à lui s'il inspirait quelque crainte au divan ou s'il le mécontentait I sa tète tombait aussitôt. On a vu jusqu'à trois deys se succéder dans un smil jour.

Malgré les jalousies qui devaient naturellement régner entre tant d'aventuriers, et l'ambition qui devait les pousser à des révolu tes continuelles, on a vu 8,000 Turks obtenir un résultat auquel nous n'avons jamais pu atteindre avec 30,000 hommes, notre marine et notre civiUsation ; 8,000 soldats grossiers ont su gouverner l'Algérie pendant plus de trois siècles; â la vérité, ils avaient le grand avantage de pratiquer, comme les indigènes, la religion de Mahomet ; ils avaient su, en outre, respecter les mœurs,

les usages, les propriétés de ces peuples, à la fois pasteurs, agriculteurs et guerriers. Ds s'étaient bien gardés, surtout, d'introduire des colons dans le pays, ce qui aurait annoncé aux indigènes qu'on voulait les exterminer ou les refouler dans le désert. Cette politique, vraiment habile pour des hommes à demi barbares, se fondait sur la conyiction que leur domination devait se consolider par les divisions des tribus entre elles et les rivaUtés qu'excitait sans cesse la question de la limite des terres et des pâturages. C'est ce que l'événement justifia. Les Turks se contentèrent d'intervenir au milieu des différons partis arabes, et d'empêcher le plut faible d'être écrasé par le plus fort; ils réussirent ainsi à se maintenir dans le pays.

. ARMÉE DE TERRE. — L'arméc se composait de la milice turque dont nous venons de parler et des auxiliaires arabes que chacun des beys ou gouverneurs des provinces de Titerie, Oran et Constantîne devait entretenir et fournir à la réquisition du dey. Ce dernier s'était réservé le gouvernement de la province d'Alger.

MARINE. — En 1830 le dey n'avait plus de vaisseaux de guerre. L'armée navale, si l'on peut appeler ainsi quelques petits bAtîmens armés en course, se recrutait principalement des Kaballes et ensuite des aventuriers de tous les pays.

FINANCES. — Sous lo règne des deys, les revenus de la régence ne s'élevaient qu'à 2,500,000 tr. environ , tendis que les dépenses étaient de i^,500,000 fr. Ppur mettre en rapport les dépenses avec les recettes , le gouvernement avait le produit de fermes considérables, des avanies ou pillages , le monopole d'une partie du commerce, les tributs des puissances européennes, et la part qu'il prélevait sur les prises maritimes.

PROPRIÉTÉS IMMOBILIÈRES. — On n'auralt pas compte en France un seul partisan de la colonisation, à l'exception des spéculateurs, si l'on avait bien voulu réfléchirqu'en Algérie l^Lpropriéii tmmoMlien eit fondée sur des bases fixes et établies par le Coran, et qu'elle est répartie entre l'étet, les Turks, les mosquées, 1^ corporations, les indigènes et les tribus.

Les biens des pariiculiers sont libres ou grevés de rentes et de substitutions au profit de l'étet, d'établissemens publics ou de corporations religieuses.

Tous les immeubles sont |)ossédés en vertu de titres réguliers,

rédigés par les cadis ; dans la plaine d'Alger il D*y a pas un ter-» rain qui n'ait son propriétaire.

Les limites des territoires de chaque tribu sont renées par des actes authentiques. Dans l'intérieur du pays seulement le sol est en commun. Cependant quelques tribus occupent un territoire dont les limites sont indéterminées. De là une cause incessante de combats acharnés ; les tribus puissantes font respecter les limites quelles se sont fixées, les autres doivent souffrir des usurpations qu'elles ne peuvent empêcher. Quoique le territoire de chaque tribu soit généralement commun à tous ses membres, il y a cependant près des habitations des propriétés individuelles qu'un Arabe possède à divers titres.

Par suite de la conquête, le gouvernement français a été substitué à l'ancien domaine de la régence ; cette substitution est d'un avantage immense, principalement dans la province de Bône.

De cet état de choses il résulte qu'une administration éclairée aurait dû travailler à la civilisation des Arabes déjà plus avancée qu'on ne le croit, et s'efforcer de les fixer au sol, au lieu de leur donner à penser que nous voulions les remplacer par des colons européens.

EELiGioif. — Excepté les Turks, dont les sentimens religieux sont fort relâchés, l'Arabe a une foi vive et se montre très attaché à l'islamisme. C'est pourquoi nous aurions dû chercher à lui prouver qu'en respectant sa religion et en permettant en France la liberté de tous les cultes, nous ne sommes pas indifférens et sans religion aucune, comme on le lui a donné à penser ; mais qu'au contraire^ nous sommes attachés au christianisme, quoique toléraos et libéraux ; il faut conserver l'estime de ces honunes simples, si nous voulons obtenir quelque ascendant sur leur esprit.

La différence de religion est une difficulté, mais non pas un obstacle invincible à notre domination ; vingt exemples prouvent que les mahométans se soumettent facilement à un peuple dont le Coran n'est pas la loi religieuse ; car avant tout, ils reconnaissent la plus forte des lois : celle de la néeemté; vaincus, ils se résignent en s'écriant : Dieu h veut!,.,. Ainsi en Crimée, en Géorgie, sur les rives de la mer d'Azof, dans le Kuban, etc., 2 millions de musulmans sont soumis au gouvernement russe, lui |>aient le tribut et lui fournissent de bons soldats.

Ainfti, dans leurs possessions aux IndesOrientalet, lea Anglais et les Hollandais régnent sur un grand nombre de mahométans qui leur obéissent et les servent fidèlement. Ainsi, nous avons descheb fort dévoués à notre cause dans les Ibrahim, les Youssouf, les Ben-Omar, lesMustapha-Ismail, les Mazari, etc., et des tribus fidèles dans les Douairs, les Smélas, etc.

AUSTOCRATiE ARABE. — On tomberait dans de grandes erreurs si l'on s'imaginait que parmi les Arabes la société n'est pas divisée en plusieurs classes. Il y a chez eux deux aristocraties puissantes, celle des prêtres, dits marabous, et celle de la naissance. Leurs clieb, leurs bcys, à l'exemple des princes de l'Orient, cherchent toujours à réunir la puissance spirituelle à celle temporelle. Plus habiles et mieux avisés que nos rois catholiques de l'Europe, au lieu de se soumettre au joug humiliant d'un prêtre étranger» îla ont su se faire ministres du culte, afin de gouverner sans obstacles et sans partage.

Aussi Abd-el-Kader s'est-il fait appeler el-hadji et a-t-il jugé nécessaire de faire précéder do ce titre ses qualités de prince, de parent de l'empereur de Maroc et de descendant comme lui des califes fatimistes. Par conséquent, ne perdons pas de vue que l'Algérie est le pays de la foi religieuse et de l'aristocratie, et que nulle part les familles principales ne sont entourées de plus d'influence et de considération.

ARTICLE TR0I8IËME.

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