HISTORIQUE DE L' ALGÉRIE DEPUIS LA CONQUÊTE
Le 25 mai 18^, une flotte composée do 450 voiles, dont iOO vaisseaux de guerre, partit de Toulon et débarqua le 14 juin à Sidi- Feruch 35,000 hommes commandés par M. doBourmont. Après un glorieux combat. Tannée française 6t son entrée dans Alger le 5 juillet suivant.
Ici, il faut rétablir dans leur vérité des faits qui ont été dénaturés par les légitimistes. Le gouvernement de la restauration, d'après les actes diplomatiques, avait déclaré aux puissances européennes et à l'Angleterre que son intention n'était pas de conquérir l'Algérie au profit de la Franco, mais de la venger d*une insulte et
de délivrer l'Europe de la piraterie. H. de Polignac était cooTena de s'entendre avec les putMances aliiéea Mr le nouvel onke de choses à introduire dans la régence.
Le gouvernement de juillet, au contraire, a toujours déclaré ^fue la France s'étant emparée d'Alger à la suite d'une guerre juste, il appartenait à lui seul de disposer de sa conquête selon les intérèti et rhonneur de la France. C'est sur ces bases nationales que noua plaçons la question.
Conformément aux ordres du gouvernement, M. de Bourmont s'empara de Bône et d'Oran, fit une tentative inutile sur Bougie et une expédition funeste à Bélida. L'insuccès de nos excursions sur divers points de la régence avait déjà détruit le prestige d'une première et éclatante victoire, lorsque le retrait d'une trop grande partic de nos forces, par suite de l'éventualité d'une guerre européenne et l'évacuation de Bdne et d'Oran, nous fit perdre la plus grande partie de notre influence.
Au général Bourmont succéda le maréchal Clausel, dont tous lesi actes se rattachent principalement au projet de colonisation , c'esti-dire le remplacement des indigènes par des Européens, fauta énorme que lesTurks, comme nous l'avons tu, avaient soigneusement évité de commettre et dont nous subirons longtemps les fâcheuses conséquences.
Ce second gouverneur commit une erreur bien autrement grave quand il fit dire au gouvernement qu'avec 10,006 hommes e4 peu de dépenses il assurerait l'occupation d'Alger et des priocipauK ports du littoral ; ces assurances prouvaient qu'il avait mal jugé la question et apprécié d'une manière incomplète les difficultés que présentent le pays et le caractère des peuplée auxqueb il avait à faire.
M. le maréchal fit exécuter une expédition sur Médéah. Elle fut encore malheureuse, ne produisit aucun résultat, et prouva seulement combien était irréfléchi et mal combiné le projet de s'étendre sur tous les points de la Tégence avec des forces insuffisantes.
Peu de t^nps après, le général Berthezène remplaça le maréchal (!lausel,et, malgré ses dispositionspacifiques, il se vit obligé de retourner â Médéah pour en ramener le malheureux bey que nous
y avions installé. Sons ce troisième gouverneur, les FrançflM échouèrent dans une tentative sur Bône.
A la fin de 1831, le gouvernement crut remédier i beaucoup d'inconvéniens en séparant l'administration civile de V autorité mililaîre; ses intentions étaient excellentes, mais il les remplit mal en choisissant M. do Rovigo pour quatrième gouverneur de rAlgérie: Tancien lieutenant de Napoléon devait être, par instinct et par tradition, r homme le plus opposé à un système de concession et de pacification. Bientôt il fut en dissentiment complet avec l'intendaDt civil, M. Pichon , homme de mérite et administrateur éclairé. Par suite do cette mésintelligence , une nouvelle ordonnance modifia celle de 1831. L'intendant civil fut placé sous les ordres du commandant en chef, et M. Genty de Bussy remplaça M. Pichon.
Sur ces entrefaites , la maladie mortelle dont était atteint H. le duc de llovigo le força de revenir en France et d*abandonner son gouvernement.
Dans le courant de mars 1833 , le général Voirol fut nommé gouverneur général par intérim; c'était le cinquième que l'oo envoyait en Algérie depuis bien peu de temps. Il se montra sage et prudent dans son administration , mais, malgré sa modération, il se vit dans la nécessité de continuer la guerre , et ce fut contre son avis qu'eut lieu la funeste expédition de Bougie.
Cependant Tordoimance du 12 mai 1832 n'avait pas produit les résultats qu'en attendaient ses auteurs. Une scission grave avait éclaté entre le général Voirol et l'intendant M. de Bussy. Pour remédier à ce conflit perpétuel , et mettre obstacle aux instincts despotiques des gouverneurs, le ministère fit rendre une nouvelle ordonnance , en date du 22 juillet 183!^ , par laquelle il cherchai! à organiser sur des bases fixes l'administration des possessions françaises dans le nord de l'Afrique. Nous n^parlerons de cette ordonnance au chapitre VU , en expliquant ce qu'il nous parait convenable de faire pour soumettre l'Algérie et la bien administrer.*
Dans le cours de septembre 183^ , arrivèrent à Alger H. Le Pasquier , nouvel intendant civil , et M. le comte d'Erlon , sixième
* Peut-ctre le meilleur moyen de maintenir la paii, cl d'empêcher le renouvellement des eipéditions militaires , serait de ne pas nommer an mllIUfre pour gouverneur général.
gouverneur général. L'adminUtration de ces deux fonctioimaires fut juste et modérée. Cependant» malgré les désirs de pacification qui animaient le comte d'Erlon , il lui devint impossible de maintenir la paix avec les Arabes. L*insuccés de ses plans motiva son changement.
Instruit par les nombreuses et inutiles tentatives feites, depuis 18^, pour soumettre la population arabe, le maréchal Qausel proposa d'accomplir ce difficile résultat, mais cette fois il demandait une armée de 30,000 hommes. Le ministre voyant Topinion publique prononcée en faveur du maréchal , lui confia de nouveau le gouvernement de la colonie. Ce septième gouverneur général arriva en août 1835 , deux mois environ après le funeste échec de ta Macta , qu*il prit la noble résolution de venger.
Sur ces entrefaites , M. Le Pasquier ayant appris que le maréchal avait demandé la suppression de la place d'intendant civil , s*empressa de donner sa démission. Le gouvernement consentit bien à sa retraite , mais non à la suppression de la place ; en conséquence, il nomma M. Brcsson pour lui succéder. Il paraît probable que ce fonctionnaire ne put non plus s*cntendre avec le commandant en chef ; ce qui porterait à penser que nos généraux , mémo les plus libéraux, aiment assez Tautorité absolue et tiennent à rcxcrccr sans le moindre partage.
Après dix--huit mois de commandement et Téchec qu*il essuya devant Constantine , M. le maréchal se vit rappelé en France et remplacé par le général Danrémont.
Mais ce huitième gouverneur n*a pu administrer la colonie pendant un long espace de temps. Arrivé avec une forte armée sous les murs de Constantine , il fut emporté par un boulet au moment où la brèche , rendue praticable , allait livrer la ville à nos braves soldats.
Le général Valée qui , par rang d'ancienneté , avait pris le commandement de l'armée et s'était emparé de Constantine, reçut en récompense de cette conquête et de ses nombreux services le bâton de maréchal et le gouvernement de l'Algérie. Son début en cette nouvelle qualité a été aussi heureui que ses dis|>ositions avaient élé sa^es pendant le siège. Malheureusement il est â craindre pour la France et pour 1* Algérie qu'en raison du mauvais état de sa santé,
ce Deaviéme gouTdrneur do puisse garder son commandement. ' En résumé , il est constant que , dans le cours de sept ans et demi , neuf gourerneurs et an moins neuf systèmes différena ont été appliqués à TAfirique , sans compter les plans , projeta et iastnictioDS du gouvernement central qui ont dû varier et se soeeéder dans une plus forte proportion.
Notons aussi que M. le maréchal Clausel , qui passait pour biea connaître VAfriquCy avait demandé, d'abord en 1831 , 10.000 hommes pour occuper tout le littoral , puis 30»000 hommea » el ploi tard 59,000 honunes pour la campagne de Constantine. Enib , dans ses explications , il réclame 30,000 Français et 5,000 indi^frnés pour soumettre et organiser la régence. Nous croyons qall se trompe encore et que, pour atteindre ce but, il faudrait un plos grand nombre de combattans , mais non 60,000 hommea eonuna le demandait le comte d*£rlon.
Nous traiterons plus spécialement cette question au Chapitre YII ; il suffit de dire ici que plus on emploiera de troupes à la foia » plai on fora d'efforts sagement combinés , et plus on aura de aucoAi décisifs ; alors seulement on pourra réduire le nombre de ooa soi* dats et nos dépenses en Afrique. Les événemens arrivés i Owataotine en 1836 et en 1837 sont la démonstration complète de la justesse de cette proposition.
Retraçons maintenant , et le plus brièvement possible « les principaux événemens qui ont eu lieu dans chacun des beyliks depoîi notre occupation;
BEYLiK d'oran. — Orau avait été occupé lors de la conquête d* Alger ; mais, ainsi que nous venons de le dire, la crainte (Tune guerre européenne avait décidé M. de Bourmont i Févacuer et 1 renvoyer en France la majeure partie de son armée.
Au commencement de 1831 , le maréchal Clausel fit de nouveau occuper Oran et confia le gouvernement de ce beyiik i un prince de la maison de Tunis , d*après un traité qu*ll avait passé arec le dey chef de cette maison ; mais le gouvernement n'ayant pas jugé â propos d'approuver ces conventions, Muley Aly, lieutenant du prince , se retira , ainsi que tous les beys qu*il avait établis sur plusieurs points du beyiik. Par suite de cette retraite, le général Borthczt^n*», gouverneur général, se vit obligé d'envoyer des troupes pour earder cotte place importante.
E» lieiitembre 1831 , le génén) Boyer fet chargé du gouTflraement , non du beyiik , mtii de hi ville d'Où ; notre sûUTeraîiwté sur la prortnce était pnrentent nominale.
A cette époque , les difBcnltés qai s'tïtaient élevées avec rempire de Maroc paraissaient aplanies par suite de la mission de M. de Mornay ; du moins, nous avions paru croire aux promesses fallacieuses d'un prince qui, certes , ne peut voir avec indiflSrencc sur la frontière de ses états l'établissement d'étrangers puissans et ambitieux.
C'est alors [au commencement de 1832] qu'apparaît sur la scéno politique un homme plein d'énei^e et d'habileté , que des préjugés religieux et des prédictions intéressée» firent regarder par les Arabes comme Thomme du destin; suivant ces prédictions, il aurait reçu du ciel et du Prophète la mission de rétablir la souveraineté des Arabes et de nous expulser de l'Algérie.
Aussi les tribus de Mascara et celles qui dépendent de ee bcylik s' empressèrent-elles de lui conférer lo titre et le pouvoir d'émir. Fier du choix de ses concitoyens , jaloux de justifier les prophéties de son père, et appelant le fanatisme des croysns à son aide , tVbd-cl-Kader nous fit une guerre vigoureuse et osa même venir nous assiéger dans Oran ; mais il fut repoussé dans ses tentatives. Cependant le général Desmicbels, qui avait rem> placé le général Boyer, crut devoir adresser à l'émir des ouvertures de paix que colni-ci ne refusa pas d'accueillir. On a essayé vainement d'attribuer la rupture de ce traité â sa mauvaise rédaction , à des termes équivoques , à la non reconnaissance par l'émir de la souveraineté de la France, et â d'autres niotib toot aussi peu fondés; il n'en était pas ainsi; cette rupture doit être attribuée, d'une part, à l'augmentation de forces et de puisMBCS que eel acte avait procurée à notre ennemi, et, de l'autre, au peu de soldats que nous conservions en face de lui. Le traité passé par le (;énéral Kugeaud contient bien d'autres omisaions , bien d'autres amhiguités, bien d'autres germes de discussiwi, et pourtant quel» qucs personnes le regardent comme un acte habile destiné â aasnrer la sécurité d'une partie de nos possessions en Afrique.*
Mais revenons au traité du général Desmichels : Abd-el-Kader était trop profond politique pour ne pas saisir ayidemeDt des pro^ positions dont le résultat infaillible était de rétablir chef unique des Arabes et de consolider sa puissance ; il signa donc le traité avec empressement, résolu qu'il était de ne le regarder qoe comme une trêve et un acheminement à ses vastes desseins; ce qu*il ne tarda pas à prouver.
Après la prise d* Alger, le bey de Constantine s*était retiré dans son beylik ; à Taidc de ses trésors , de moyens violens et des tribiw alliées à la famille de sa mère , il parvint à conserver son autorité ; mais les provinces de Titeric, d'Oran et la majeure partie de celle d'Alger, restées sans chef et sans gouvernement, se trouvèrent plongées dans l'anarchie la plus complète. Si nous avions été habiles et forts , nous aurions profité de ces circonstances pour traiter avec plusieurs chefs puissans , notamment avec Sidi-AIiben-Kaladi, grand marabout de Miliana, qui , après le traité accordé par le général Desmichels , était venu solliciter la paix par Tentremise de l'émir. Malheureusement le général Desmichels ne put traiter avec lui , ni avec les chefs de Médeah parce que ces deux villes étaient en dehors de son commandement.
Plus malheureusement encore , le gouverneur général ne put passer ces traités qui auraient fait reconnaître notre souveraineté et rétabli Tordre dans le pays.
C'est ici ({u'Abd-ol-Kader profite adroitement de notre faiblesse et de notre imprévoyance. Appelé par les tribus de ces provinces qui réclament sa protection , l'émir y porte ses forces et son influence, fait cesser le désordre et installe des beys en son nom ; puis, bravant les menaces du comte d'Erlon , il franchit le Chélif et lait reconnaître son autorité dans le beylik de Titerie et môme dans celui d'Alger jusqu'aux portes de cette capitale. C'est ainsi qu'il res|)ectait le traité Desmichels, c'est ainsi qu'à la première occasion favorable , il respectera le traité Bugeaud.
Et , comme si ces actes hostiles n'étaient pas assez significatifs , il voulut encore imposer son autorité à deux tribus qui s'étaient placées sous notre égide à Oran. En punition de l'alliance qu'elles avaient contractée avec nous, il résolut de les déporter violemment au pied de T Atlas.
Indigné de tant dandaco et de perfidie , le général Trézel qui
ignorait que le comte d*Eiion ayait pu se décider à entrer en négo* ciation avec Témir, réunit sa faible année et marcha contre lui ; mais engagé dans une position difficile avec des forces trop inférieures, il fut battu à la Macta.
Averti de ses fautes par nos désastres, le gouvernement vit bien que ses idées philantropiques et ses prévenances n'avançaient pas la pacification des Arabes; en conséquence il résolut d'agir avec vigueur et envoya le maréchal Clausel venger T échec de la Macta. Le maréchal eut le tort de choisir la saison d*hiver pour se porter sur Mascara ; aussi , pendant sa courte campagne , notre armée fut tellement accablée par des pluies incessantes que Ton vit des soldats engloutis y pour ainsi dire, dans les boues; il résulte même des rapports de nos officiers que si , pendant la retraite sur Mostaganem, Abd-el-Kader était venu attaquer nos colonnes épuisées et en désordre, il serait parvenu i les détruire ; avertissemeot dont nous n'avons guère profité, ainsi qu'on le verra plus tard.
De toutes nos entreprises militaires dans l'Algérie, la plus imprudente et la moins raisonnable a donc été celle de Mascara. Après cette expédition qui no fut pas sans gloire pour nos soldats , on proclame la fuite de l'émir dans le désert , la dispersion de son armée, la désertion des tribus; il avait , ajoutaitron , abandonné la partie , congédié ses soldats et délié de leurs sermons le peu de partisans qui lui étaient restés fidèles. C'était un bulletin à la mode des généraux espagnols, que les événemens tardèrent peu â démentir.
En effet, pendant que nous poursuivions notre course sur Mascara , Abd-el-Kader était allé bloquer et attaquer les Coulouglis retranchés dans le méchouar de TIemsen; ceux-ci firent savoir leur détresse au maréchal, qui se porta bravement à leur délivrance , avec un corps d'armée presque aussi considérable que celui avec le(|uel il était allé â Mascara.
Forcé de se retirer devant nous, l'émir enunena avec lui leslladards ou maures de TIemsen qui étaient ses partisans; mais ceux-ci embarrassés par leurs bagages marchaient lentement. Abd-el- Kader fut joint et battu par le général Perregaux qui cerna les lladards et les ramena à TIemsen , où Tarmée française avait été reçue avec joie par les Turcs et les Coulouglis.
Pendant l'occupation de cette ville , le maréchal veut poiMser
une reconnaissance vers l'embouchure de la Tafna dont il ii*«laic séparé que par une distance de 14 lieues ; mais le fugitif Abd-el- Kader vint lui barrer le passage et se montrer en forces avec in grand nombre de tribus et même de Marocaine, Du haut des montagnes, il attaqua nos troupes avec tant d'acharnement que le troisième jour le maréchal Clausel se décida à renoncer à son eipéditîon et à rentrer dansTlemsen.
On voit par ces événemens combien on s^est mépris sur b force et sur la puissance d*Abd-el- Kader, combien peu la prise de ses villes lui importe, dans quelles erreurs on a induit le public et le gouvernement en disant Témir renversé et détruit lors de roceupation de chacune de ses bicoques.
Cependant le maréchal Clausel voulut faire supporter par quelqu'un les frais de sa campagne ; mais au lieu de les faire rembourser par les Hadards nos ennemis , il les imposa aux Coulouglia nos alliés. On a trop parlé de cette incroyable contribution pour que nous ayons à la rappeler ; qu'il suffise de dire que la manière dont elle fut levée indisposa nos amis et révolta tellement nos alKés . que la forte tribu des Angads qui, à notre arrivée, marchait d'accord avec nous sur Tlemsen , abandonna notre alliance et , ao retour, se joignit aux partisans d' Abd-el-Kader.
En quittant Tlemsen , M. le maréchal jugea à propos d*y laisser 500 hommes pour occuper la citadelle et soutenir les Coulouglis: cette garnison a toujours été bloquée avec le bey de notre fiibrique ; ainsi cette occupation ne nous a été d'aucune utilité ; plus tard nous en expliquerons la cause; disons qu'elle ne venait pas de la faute du maréchal , mais du petit nombre de soldats laisiés à sa disposition. Revenu à Oran , le 12 février, le général en chef y séjourna peu de temps et se rendit au chef-Keu de son gouvernement. Ici , il est nécessaire d'expliquer qu'avant l'expédition de Tlemsen le maréchal, pour se conformer aux ordres du gouvernement, avait déjà renvoyé en France quatre bataillons.
Pendant Tabsence du maréchal , le général Perregaux , voulait utiliser les troupes qui restaient A sa disposition , fit une exeursiDn jusqu'au Chélif , et reçut, dans une campagne de dix-huit jours pendant laquelle il n eut aucun engagement sérieux i soutenir, la soumission de vingt tribus.
Comme M. le maréchal avait dépassé ses instructions et avait
— J63 — agi à sa volontv , tes autres cheb de l'année crurent bien faire , i leur tour, en agissant de même et sang attendre l'autorisation supérieure. Les incertitudes du gouvernement, ses hésitations continuelles et l'absence de tout système fixe sur l'Algérie autorisaient en quelque sorte les généraux à opérer d'après leurs propres inspirations et à prendre seulement conseil des circonstances. Nous allons retracer les tristes résultats de cette anarchie :
Le (général d'Ariange , craignant de voir arriver les vaisseaux qui devaient ramener les troupes d'Afrique , voulut profiter de leur présence pour faire une expédition. A peine les régimcns étaient-ils revenus de la brillante excursion du général Perregaai, qu'il les remet en campagne. Il commence son mouvement le 7 avril , rencontre sur sa route l'inévitable Abd«l-Kader, le repousse, et arrive le 16 à l'embouchure de la Tafna. Chargé d'y établir un camp de 3 à VOO hommes , le colonel Lcmercier vient le r^oindre avec une compagnie de sapeurs. Cet officier, délassant aussi ses instructions , croit , d'après la nature des lieux, devoir construire un camp capable de recevoir un corps de 3,000 con— battons ; mais au lieu d'élever en quelques jours les fortifications nécessaires , le génie y employa plusieurs mots , et provoqua une dépense de plus de 230,000 fr.
Pendant ces travaux, nos soldats étaient continuellement harcelés par des tribus arabes et kabailes, à la tète desquelles on rencontrait toujours l'infatigable Abd-el-Kader. Jusqu'alors leurs attaques avaient échoué, lorsqu'une reconnaissance poussée i deux lieues du camp , ayant été mal engagée , nos soldats se virent refoulés et obligés de se réfugier dans les retranchemens, où l'ennemi les Uoqua étroitement. Leur position était d'autant plus critique, que les mauvais temps éloignaient les vaisseaux de la cAte. Sans secoun, sans communication , menacé de mourir de faim , le brave géoénl d'Ariange ne voyait d'autre chance de salut que dans une tentatJTe désespérée pour traverser les lignes arabes.
D'un autre côté, le blocns de nos troupes i la Ta&ia était d'au* tant plus funeste, que l'émir profitait de Irar absence pour eolercr les troupeaux, les femmes et les enbns des tribus qui noua étaieal fidèles, et resserrait Oran de toutes parts. Heureusement le gouvernement s'empressa de porter de prwnpts secours au gteéni d'Ariange,