‹ La France depuis 1830Chapitre 141 sur 156 · POLITIQUE · texte numérisé non relu

POLITIQUE

Nous avons établi, dans le chapitre consacré A TEspagne , que la France, depuis Tabolition de la traite des nègres et surtoat de Tesclavage dans les colonies anglaises, doit tôt ou tard se séparer politiquement de celles qu'elle possède dans rAmérique et dans TAsie. Leur étendue restreinte, la presque impossibilité de les défendre et r infériorité de notre marine sur celle des An^ais; tout nous oblige à leur abandonner la souveraineté dans le Grand océan et la mer des Indes. Le gouvernement doit donc porter ses vues sur un point maritime plus rapproché de la France, par conséquent plus susceptible de défense et qui, par son étendue et ses ressources intérieures, puisse en cas de guerre nourrir une armée et résister à toutes les attaques de rextérieur ; en même temps il faut quMl songe que la Méditerranée est appelée, depuis les révolutions opérées en Orient, à devenir rentrep6t du commerce de l'Asie et des Indes. Qu*il s'efforce donc de faire un bc français, non pas de la Méditerranée tout entière, mais delà faible portion de cette mer qui se trouve comprise entre l'Espagne, la France, Tltalie et l'Algérie. Réunissons sur ce point toutes nos forces, tant en matériel qu'en personnel, faisons-nous de l'Espagne et de l'Italie méridionale des alliées fidèles, et cette petite mer aous appartiendra. Gardons-nous surtout d'oublier que s'il nous est possible d'établir solidement notre domination en Algérie, la grande influence que nos frontières de terre nous permettent déji d'exercer sur l'Espagne, doit s' accroître encore de celle* que nous donnera la possession de cette colonie par son voisinage et ses rapports avec les cAtcs d'Andalousie et de Murcic. Placée i S5 lieues de la Sardaigne, l'Algérie doit en outre multiplier nos relations avec cotte tie et nous donner sur le Piémont un ascendant politique qui, do là, pourra s'étendre sur le reste de l'Italie.

Si malgré les liens de famille qui subsistent entre lea lois de Franco et de Naples, nous n'avons pas de traité d'alliance avec ce dernier royaume, nous Tobtiendrons facilement par notre rapprochement des côtes méridionales do la Sicile et des Calabres ; surtout si nos escadres se montrent de temps â autre dans la baie

(Il- >3|>lt'â, 110 tM-ce que pour faire sentir à l'allié de l'Autriche i|UL' la Sicile est séparée du continent par un bras de mer.

Nous le disons avec uno entière conyiction, la possession de l'AIgLTienous donneraune supériorité incontestable sur la première Méditerranée située à l'Ouest, doublera notre influence sur l'Espagne, la Sardaignc et Napli-s, et forcera tôt ou lard ces trois royaumes à entrer dans notre système [mlitique et dans notre alliance. Aussi, voyez comme l'Autricbe comprend celte position et FaTOnir df l'Algérie, comme elle voit d'un œil jaloux notre établissement t'ii Afrique, comme elle cherche à empêcher le développement de notre marine dans la Méditerranée ; tantât en construisant fllt-nième des paquebots à vapeur pour taire concurrence aux nùlrcs, tantâten les faisant re))ousser, sous divers prétextes, de la baie do Naples, tantôt en indiquant au roi de Piémont le sujet de quelque bonne querelle d'Allemand dans le but d'éloigner nos vaisseaux de ses ports.

L'Autriche calcule avec raison l'influence réelle et postlive que In possession de l'Algérie nous donnera, et dans la Méditerranée, et sur ses deux alliés les rois absolus de Naples et de Turin ; elle est donc conséquente avec sa politi(|UC et ses intérêts, quand elle tlierclie, par tous les moyens possibles, à nous faire renoncer à nos êlablissemens d'Afrique, et à provoquer en Espagne le triomphe de don Carlos, qui serait son allié et notre ennemi.

l'dur empêcher cos funestes résultats, que faut-il faire? Avoir, avant tout, uno armée organisée, comme nous l'avons proposé au livre III de cet ouvrage et ne pas réduire un premier ministre k la honte d'avouer à la tribune l'impuissance do la France, et de dire dans une discussion : « Nous avons une armée de près de ji V5,0IM) hommes en Afrique, si nous envoyons une armée sem- » blabte en Espagne, que nous restera-t-il, s'il fallait repousser » une émeute ou une agression sur quelque autre point. » Tant que nous aurons devant les yeux les menaces et la craintede l'étranger , tant que nous n'aurons pas les moyens de les brav^, nous serons toujours paralysés dans nos mouvemens et incapables de faire rien de grand et d'utile au pays.

Voyezencore commentia RuBsieelsesalIiés les tories seconduisoil à cet égard : la Russie qui gouverne le divan, s'efforce de pwter l'attention du sultan vers des régences qu'il n'a januia possMé»

que nominatiyemoDt , et cela pour la détourner des dangers qui menacent la Turquie à Test et au nord, et des nouveaux projeta d'envahissement de ceux qui l'ont dépouillée des côtes d'Abasîe et d'AzofT, de la Circassie, de la Crimée, de la Bessarabie, etc., et qui veulent la dépouiller encore de sa capitale. D*un autre côté, les tories ne cherchent qu'à réveiller la jalousie du peuple anglais contre la France, au sujet de nos possessions africaines. Ces circonstances seules devraient nous faire comprendre la valeur ci l'importance de ces possessions.

Passons maintenant à la discussion des autres rapports sous lesquels on doit envisager l'occupation de la régence.

ARTICLE SECOND

DE LÀ POSSESSION DE l'aLGÉEIE CONSIDÉRÉE SOt'S LK RAPPORT

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