PROVINCE D ALGER
Quand Témir nous aura laissé occuper El-Koléah et Blida, noui aurons à nous retrancher dans ces deux villes et i construire le plus promptoment possible une route pour y arriver; bien mieas encore, il faudra la continuer jusqu'au camp que nous construirons sur la Cliifla vers le col de Tenya. A partir de la Chifla, on établirait des blokhaus le long de la première crête de la première chaine du petit Atlas qui forme nos limites au sud, jusqu'à rOned- Khadra. Comme cela n'est pas clairement expliqué, nous ne pou* vons savoir si le territoire de la province d'Alger situé A Test, sur rissar, a été conservé ou non par l'émir et s'il a eu Fintention de nous sé|>arer de la province de Constantine. Dans ce cas, Tacceplation i\o wiW olaiiso mirait ('•(('* une faute impardonnable otqui ne
permettrait pas de conceToir comment le gouventemait aunit pu ratî6er ua parai tnité. Mais si telle n'a pas été l'intention d'AbM- Kader, etnotu l'espérons, il faut se porter rapidement d'Algetrar l'Issar, y établir mi camp et une route arec on poste iotoTnédiaire; ce sera un acheminement vers Constontine. Pendant ce temps, le corps d'aimée de Constautine occuperait Milah et se rapprocherait peu à peu de la provioce d'Alger.
Sur les 48,000 hommes formant l'année d'occupation, S6,000 resteraient en réserve dans les camps et les garnisons ou en obswvation devant Abd-et-Kader; deux corps dé 11,000 hommes chacun commenceraient la marche dont noua venons dé parler, et aii bout d'un an ou deux ces deux corps devraient le joindre à michemin d'Atger à Constantine. Mais, encore une fois, il reste i savoir si le territoire de la province d'Alger ofi nous sommes confinés nous permet d'avancer i l'est.
Au moyen de ces camps, de ces postes et de corps légers tans cesse sous les armes et en patrouille, les colons et les indigènes pourront se livrer i la culture de la Hétidja, tout en prenant cependant de grandes précautions et des sûretés qui consisteront, par exemple, à entourerles fermes de murs crénelés et i ne laisser aucune issue. Une mesure plus efficace devra aussi être adoptée ; ce sera de rendre les tribus responsables des attentats qui se commettent sur leur territoire et de les forcer à y faire la police, i livrer les coupables ou â les punir.
Il est entendu que le gouvernement fera dessécher le plus UH ))OMibIe par des condamnés au boulet et aux travaux forcés, ou par des journaliers indigènes, les marais qui vicient l'air et causent tant de maladies. Maintenant, il nous reste i nous occuper de la province de Bdne ou de Constantine, la seule où nousn'ayons plus de contcndant. C'est là que notre tâche est grande et que nous devons chercher les moyens d'éviter le renouvellement des fautes qui ont failli nous faire perdre l'Algérie; hStons-uous de snometlre entièrement cette province, afin d'empêcher l'ambitieux émir d'y «'tablir son influence.*
' Le< dépêches d'Atrique du moli de mil IB3B «pprenoent que l'émir, ■« mi^priidr l'iri. .Ida triil^ depili, vlaoi de poutMrMiiroDpei, ilnvanl* Ijrjlik de ContUnliot, JnMiu'iux troDllttcf dt Tanli.
BETLIK DE CONSTANTIIIE.
La province de Constantine est plus grande en sarfkoe que \m trois autres réunies ; elle est la plus riche, la plus CérCile et la phis peuplée ; c'est celle où les indigènes sont d*iin caractère moina belliqueux et où ils éprouvent moins de répugnance pour nous, nrtout du côté de Test. Ces sentimens pacifiques proviennent sani doute des commuiûcations qu'ils ont eues autrefois arec lea Français, au temps de nos établissemens d'Afrique.
Indiquons d'abord quelques opérations et quelques travaux qu'il serait urgent, selon nous, de faire dans ce beylik. Il faudrait :
l'' Rétablir à la Calle le mur d'enceinte qui existait primitivement et construire un fort en avant sur la côte, afin de proléger ce riche et utile établissement et défendre la rade ;
2° Construire un chemin do la Calle à B6ne, et s'occuper dmploiter la belle et immense forêt qui se trouve sur cette route, non loin do la mer.
Quand on aura décidé la question de savoir si Ton doit former à Bône de grands établissemens, il sera nécessaire, avant de fortifier cette place, d'assainir le pays par le dessèchement des mutis de la Seybousc et par de grandes plantations de bois. La roule dr Bône à Constantine sera mise en bon état et protégée par des fart^ d'étape en étape. Nous pensons que deGuelma il faudrait se porter au sud jusqu'au chemin de Constantine à Tunis pour garder et occuper cette importante communication ; ce qui auraitpour résultai, si l'on ne veut s'emparer de Tiiïech, d'empêcher tous rapports ti toutes intrigues, des Turks et des Maures de Tunis avec les indigcnes du beylik. Au moins, on aura soin do ne souSnr aucune tribu ennemie ou insoumise enlre Constantine et la régence de Tunis.
Constantine sera probablement le chef-lieu de la province, le centre de son gouvernement, notre place de réserve, d'approvisîonneniont et de dépôt. S'il en est ainsi, il sera nécessaire de l'approvisionner pour un an et d'y établir des forts sur les plateaux dt Mansoura et de Sidi-Mécid, afin de prott'^ger la ville et la porte d*& Cantara , et un ouvrage avancé sur le plateau de Coudiat-Atv, afin de défendre les approches de la place sur son côté faible.
De Constantine on pousserait successivement des reconnaissances et des postes sur trois points ; l'un , â deux ou trois marches
au sud Mir là route de Biacara ; Vautre yen Milah, ville importante dont roccupation est indiqjenêable. De Milah on marcherait sur le porideGigelU d'uncAté, et de l'autre rers Séiif sur la route d'Alger, but principid ifaiï faut atteindre. Le troisième point à occuper •«rait celui de Stora à quatorze lieues seulement de Constantine ; sa rade doit être la meilleure de la régence, car le golfe dans lequel elle est située est le plus avancé dans les terres. Le cap Boudjafoune et le golfe de Collo la protègent contre les vents d*ouest, tandis que le cap de Fer la garantit contre les vents d*est. Si, comme on l'assure, il existe une ancienne voie romaine de Stora à Constantine , Stora deviendra le port le plus important de toute l'Algérie ; aussi les communications entre ces deux villes devront-elles être assurées par deux postes intermi^diaires.
Bougie est une des villes maritimes les plus considérables de la régence, car elle est située dans un pays riche et peuplé ; la vallée de TAdous et celle de FAdjebby sont, dit-on, les plus belles et les plus fécondes de cotte partie de l'Afrique. Mais le pays est difficile, montueux, escarpé et habité par les Gaballes les plus farouches, les plus guerriers et les plus intraitables de l'Algérie ; force sera donc de recxHiiir aux armes si l'on ne peut, par des moyens pacifiques (les premiers à employer d'abord) et de grandes concessions, traiter avec eux. Cependant ces attaques ne devront commencer que quand, du côté de l'ouest, sera arrivée et fortifiée sur 1* Adous ou le Zaouah h cokMiiie expéditionnaire partie d'Alger, et que, du côté de Test, ladavisionde Constantine sera parvenue sur l'Adjebby; alors ces deux corps pousseront leur marche vers Bougie, tandis qu'une dtvisioD de troupes sortie de cette place marchera à leur rencontre.
Noos sommes loin d'avoir la prétention de penser que notre plan soit parlait, qu*ii soit sans erreur et qu'on ne puisse y apporter aucune modification ; notre amour-propre ne va pas jusque li ; des seotimens patriotiques francs et sincères ont pu seuls nous déterminer â établir un système que l'on se bornera, si Ton veut, â regarder comme un simple renseignement ; mais enfin, d'a^ près l'histoire, d'après nos observations, d'après les documens que nous nous sommes procurés, d'après tous les écrits pour ou contre l'Algérie publiés depuis sept ans, d'après les rapports oITiciels du gouvemomonl ri les discussions des chambres, nous avons cherché
à former noire opinion sur les questions que soulèyent nos possessions en Afrique ; par suite, nous avons conçu un projet que nous ayons cherché à mettre en harmonie avec Fétat actuel des choses. On peut le discuter , le modiGer ; il sera toujours Cacile de s'entendre, si le gouvernement veut franchement et siacérement, comme nous, la soumission et laréunion à la France de cette grande, utile et admirable colonie. Dans cette hypothèse, U faut sortir des calculs étroits et timides, et être assez fort pour ne pas reculer devant des obstacles et des difficultés dont il serait dangereux de se dissimuler Tétendue.
En résumé, nous ne saurions mieux faire connattre notre opinion qu*en répétant les paroles si justes et si sévères du digne général qui a conquis son bUton do maréchal dans les murs de Constantinc :
a Cette marché de quarante lieues de Constantine à Bône, à tn- » vers un pays ennemi naguère, sans tirer un coup de fusil, sans )> que la population ait fui à notre approche est une preuve nou- » velle de la profonde impression qu'on t produite dans le pays la » prise de Constantine et la chute de la puissance d*Achmet.
» Trente-une tribus ont fait leur soumission et commencé avipc » nous des relations de commerce ; la puissante tribu des Zenati » m'a fait annoncer qu elle enverrait une députation à Bône pour » faire sa soumission à la France, etc.
» La province me paraît complètement pacifiée et si de novrc^ )> les fautes ne viennent pas soulever les tribus contre nous , si le fi système guerroyant ne nous rend pas de nouveau les Arabes hosti- D les, riiifluence française grandira rapidement, et je ne doute pas M que cette partie de la régence n acquierre, avec le temps, un haut X) degré de prospérité! Mais je le répète, monsieur le comte, il )> faut marcher dans ce pays avec suite et calme , convaincre les Ara- » bes peu à peu que leur intérêt est de conserver avec nous des » relations pacifiques , agir sur eux au moyen de chefs arabes pla- » ces au dessus de leurs scheiks et nejpuntr les tribus qu'àpropoê, » mais sévèrement^ de manière à leur montrer que nous sommes à » la fois forts et justes. »
( Extrait des dépêches du (jénéral Valée, à MM. les mvnisfm de* relations extérieures et de la fjuenw en date de Bône, k noteuAre 1S37.