DU 9 JUIN
Satisfiait pour T instant de ses agrandissemens et de ses conquêtes , le gouvernement russe profite de la paix qui règne en Europe pour y étendre soa ascendant et y établir sa suzeraineté. Il ne va plus intervenir par la force des armes, mais par la puissance bien plus i craindre de son habile et profonde politique.
Alexandre s' apercevant que les rois et les peuples attribuent aux efforts et aux succès des armées russes la délivrance de l'Europe, va
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profiter de ces dispositions et lier les cabinets à ses projels futurs. 26 septembre 1815.-A reflet de imintenir et d'augmentersoniiifloeDce, ilimagiiie, comme nous raTonsdéjâTu, le système de la sainte-alliance , et forme , le 26 septembre 1815 « b fameuse ligue des trônes et de Faristocratie contre les peuples et la liberté.
Cependant Aleiandre est loin de s'arrHer dans Feiécution de ses desseins, et s'il n'écrase plus FEurope avec sesCosaks, il n*en continue pas moins d'inquiéter les peuples et les gourememens libres en proYoquant des congrès où les princes ne s'occupent que du soin de riTer lesfersde leurs sujets.
Au congrès de Carlsbad , réuni le l*' août 1819, succède, le 20 octobre 1820, celui de Troppau. Dans celui de Laybach, tenu le 6 mai 1821, Finyasion du royaume de Naples est résolue : les Autrichiens se chargent d'aller détruire la liberté des Napolitains et se proposent surtout de vivre à leurs dépens le plus long-temps possible.
25 août 1822. — Mais ce n'était pas assez de détruire une constitution populaire dans un des royaumes d'Jtalte, il fallait surtout la renverser dans la péninsule espagnole. En conséquence un autre congrès se réunit à Yéronne le 25 août 1822 ; les certes y sont sacrifiées. La dynastie des Bourbons restaurée était chargée d'exécuter la sentence de la sainte-alliance, et aussitôt 100,000 Français reyuront l'ordre, en 1823 , daller réUblir Ferdinand et les moines, le tout aux frais de la Franco qui dépensa trois cents millions pour cette absurde expédition.
Pendant que les rois de TEurope étaient occupés à sévir contre les peuples et se laissaient ainsi diriger par le cabinet russe, celui-ci oubliait-il ses propres intérêts? abandonnait-il son système d'envahissement et de conquête en Orient 7 Nullement : il s'occupait de les étendre.
A peine avait-il signé la paix avec la Perse, le 22 février 1828, et s'était^l fait céder par ce royaume le privilège exclusif de te naviffitlon sur la Caspienne, et les provinces d'Eriii-an et de Nakitchevan, qu'il fait la guerro à fa Turquie.
Il lui est facile de vaincre desarmées novices encore dans la tactique européenne.
1^ Russes prennent Warna, traversent Iw Balkans , et veulent
bien signer la paix à Andrinople. Ce traité tear accorde Foccupation des Bouches- du-Danube , la cession d'une partie de rAnnéùie et iBipliGiteoient de la Cireassie, la possession défixiitivede forteresses importantes dans la Géorgie, et sanctionne leur intervention dans les gouvememens de la Moldavie, de la Yalachie et de la Servie.
Quatre ans après ce traité , profitant avec adresse de la détresse de Mahmoud , prêt à succomber sous les coups du pacha d'Egypte, le cabinet russe vole à son secours. Abandonné par la France, l'Angleterre et T Autriche, le sultan est réduit i se jeter entre les bras de son plus cruel ennemi, à se placw sous la protection du czar, et à recevoir une armée russe sous les murs de Coos^ tantinople. Pour payer de si dangereux services, Mahmoud, par le traité d'Unkiar-Skélessi, met à la disposition de l'empereur de Russie les clés des Dardanelles.
Plus tard encore l'autocrate a recours au moyen autrefois si puissant des congrès de la sainte-alliance ; le désir de s'assurer toujours la coopération de ses deux puissans voisins, lui fait réunir à KaKsch les souverains de la Prusse et de T Autriche, sous le prétexte d'étever une digue contre le torrent révolutionnaire. L'Autriche s'y prêté avec peine ; mais elle cède aux terreurs que lui inspire la liberté et renouvelle à contre-cœur, avec la Russie et la Prusse seulement, le traité de Chaumont.
£n présentant les tableaux qui précèdent, nous nous sommes ap-* puyés sûr des faits incontestés dont les plus importans se sont presque accomplis de nos jours ; nous avons cité exactement les actes diplomatiques qui ont cimenté l'agrandissement, la puissance et la suzeraineté de la Russie sur l'Europe.
11 en résulte :
1* Que dans Tespace de trois quarts de siècle, la Russie a augmenté son territoire de 3(^,000 milles carrés géographiques , et sa population de 25,000,000 de sujeU ;
2* Que pour effectuer tous ces envahissemens, la Russie a toujours saisi avec habileté, soit le moment où l'Europe était préoccupée et engagée dans des d^Mits intérieurs , soit le moment où sa coopération était sollicitée par F Angleterre ; aussi la plupart de ses succès n'ont-ils été que des surprises ;
^ Que depuis la moitié du dernier siècle, elle est intervenue dans toutes les querelles de l'Europe , d'abord en 1755 avec 8 à
lOyOOO hommefly et finalement avec des années de 250 à 300,000 combtttans, en 1815.
Cda bien posé et complètement démontré, nous devons consi* dérer si, satbfait de tantd' importantes concessions etd'une position si avantageuse pour l'exécution de ses desseins ultérieurs, le cabinet de Saint-Pétersbourg a renoncé à tout envahissement nouveau en Orient , au système de Pierre-le-Grand et de Catherine ; enfin s*il veut se renfermer dans ses inunenses limites. Certes, il nous sera facile de démontrer le contraire.
Heureusement pour l'Europe et pour la liberté du monde , le pouvoir des tories, de ces fidèles soutiens de la Russie, a été détruit par le bill de réforme, et le ministère libéral et éclairé qui gouverne aujourd'hui la Grande-Bretagne comprend, ainsi que le peuple anglais, combien la politique qui a favorisé l'ambition et les progrès des czars, a fait de mal en Europe ; ils sentent avec non moins de force que c'est l'Angleterre aujourd'hui qui se trouve exposée aux coups des Russes ; que ces hommes relégués au nord de l'Europe et dans des déserts glacés , il y a à peine un siècle , sont prêts de toucher aujourd'hui aux Dardanelles et au golfe Persique ; qu'ainsi placés, ilsmehacent, d'un côté, la puissance maritime deFAngleteiTe dans la Méditerranée ; de l'autre , ses riches provinces de l'Inde. La Grande-Bretagne est donc alarmée pour ses intérêts les plus chers; aussi l'Europe peut compter que, sentinelle vigilenie, elle veillera attentivement aux projets des Russes sur l'Orient. Puisse le cabinet wigh réparer toutes les fautes que la haine des tories contre la liberté leur a fait commettre, et dont les plus graves sont l'abandon do la Perse dans ses traités de 181 jk et de 1828, et la nécessité qu'ils ont imposée à la Turquie de signer, en 1812, le traité de Bukarest !
Voyons maintenant sur quelles bases reposent les forces et la puissance du gouvernement russe , et quelles sont les craintes qu'il doit faire concevoir à l'Europe pour le présent et pour l'avenir.
L'examen attentif des deux tableaux qui précèdent a dû prouver* incontestablement que le système politique créé par Pierre-le-Grand et développé par Catherine II a été suivi avec z^e et persistance par leurs successeurs. Après les avoir médités , tout lecteur impartial sera convaincu que ce système forme , pour ainsi dire , la religion et Tèvangile politique du cabinet russe; il sera convaincu sur-
tout que y grâce aux divisions , aux faiblesses des gouvernemens européens , et au peu d'accord qui régne entre les rois et leurs peuples y ce cabinet peut marcher sans crainte à Faccomplissement de ses vastes desseins.
Non seulement depuis soixante ans , la Russie a doublé retendue de son territoire et sa population , mais encore elle a acquis un développement de frontières qui la rend invulnérable en même temps qu'il lui permet de prendre l'oflensive sur ses voisins.
FROPîTlÈRES RUSSES, LEUR ASSIETTE ET LEUR FORCE.
 l'ouest, A partir de la Prusse orientale, la Baltique , le golfe de Finlande , défendu ainsi que ses flottes par la forteresse de Cronstadt ; plus loin, le golfe de Bothnie, couvert par celle de Swcaborg, et par les tles d'Aland , mettent la Russie hors des atteintes de la Suéde qui , au contraire , se trouve exposée à ses coups ; vient ensuite la Laponie , jusqu'à la mer glaciale.
Au nord, La mer Polaire couvre cette longue frontière , qui s'étend delà mer Blanche jusqu'au détroit de Behring.
À Vett, Le grand Océan pacifique protège le Kamtchatka.
Au Sud, La Chine, puis des peuplades tatarés, faibles et dispersées dans des déserts immenses, bordentla Russie d' Asiejusqu'au lac Aral et ne peuvent rien entreprendre sur les steppes neigeuses et glacées de la Sibérie ; quelques pulks de Cosaks et quelques forts suffisent pour couvrir cette partie de sa frontière méridionale.
Les Chinois sont sans énergie et ne sortent pas de leur territoire ; quant aux tribus tatares , elles sont divisées en tr' elles par l'habileté du gouvernement russe , ou déjà placées en partie sous sa protection.
Du lac Aral , nous touchons à la mer Caspienne , sur laquelle la Russie avance tellement ses frontières chaque jour, que cette mer deviendra bientôt un lac russe. Franchissant le Caucase dont les peuplades nombreuses et guerrières sont encore insoumises, la Russie s'est portée en avant , et s'est emparée des provinces du nord de la Perse et du nord de la Turquie d'Asie ; déjà elle s'est établie si solidement depuis le Phaseet le mont Ararat jusqu'au delà de l'Araxe , que , quand elle le voudra, elle subjuguera la Perse dans une seule campagne, et portera ses frontières au golfe Persique et surfEuphrate.
Ce plan avait déjà été conçu par le général Paskéwit^h lorsque ^ dans la guerre de 1828, il parvint jusqu'à Erzerum. La paix d'Andrinople a pu seule arrêter sa marche et ajourner ce projet.
Mais revenons à la frontière provisoire telle qu'elle existe aujourd'hui , et poursuivons Texamen de la ligne méridionale que nous avons laissée en Géorgie et en Mingrélie.
Cette dernière province touche à la mer Noire qui complète la défense naturelle de la Russie à partir du Phase jusqu'aux bouches du Danubedontellevientde s'emparer. C'est là où nous reprenons la frontière de Fouest.
Le Pruth qui se jette dans le Danube la sépare de la Moldavie , principauté quasi russe; en remontant ce fleuve, nous arrivons aux provinces autrichiennes : la Bukowine et les Gallicies polonaises.
De la Gallicie à la Baltique viennent les frontières de la Prusse orientale et occidentale , qui n'ont qu'un petit nombre de places for^ tes jetées pour ainsi dire entre la Pologne russe et la Baltique. La Russie n'oflredonc qu'une ligne vulnérable : celle qui suit les frontières autrichiennes de l'est ; mais pour que ce point d'attaque fût sérieusement à craindre pour elle, il faudrait que la Prusse restât neutre et que la France et l'Angleterre soutinssent l'Autriche. Malheureusement, comme nous le prouverons plus loin, l'état des choses créé par le congrès de Vienne, et des principes de gouvememeot diamétralement opposés , éloignent l'Autriche d'une alliance avec ces deux grandes puissances constitutionnelles , alliance qui serait ^i nécessaire au repos et à l'indépendance de l'Europe.
Voyons maintenant quelles sont les ressources de la Russie, les forces dont elle peut disposer, soit pour l'attaque , soit pour la défense.
D'abord sa puissance repose sur des causes morales et naturelles d'une haute importance.
Les caum$ morales résident dans un système politique tracé par Pierro-le-Grand , dont le cabinet russe ne s'écarte jamais.
Dans une dynastie dont la légitimité n'est contestée par personne : dans un monarque qui est à la fois législateur , chef de la religion , mattre absolu de 35 millions de Slaves ou anciens Russes fanatiquement dévoués au czar, toujours prêts à se sacri6er pour lui , et dont la devise est : « Dieu H le czar son UeuUnani l » le gouvernement moscovite n'a pas à combattre des répuMi-
cains , des radicaui , des descamisados , etc. £l comment faire de la propagande dans un pays où sur cinq cents individus on en trouve tout au plus un seul qui sache lire , et quand cet homme lettré est presque toujours un prêtre ou l'employé du souverain? comment taire de la propagande dans un gouvernement théocratique où les chefs de Tétat sont extrêmement éclairés et capables , et où le peuple est barbare et fanatique? d*où dérive une puissance composée de deux élémens: d*uncôté, une force physique immense ; de l'autre , un moteur très habile pour la diriger.
Lu émues natureUm résidera dans un climat de fer, où l'assaillant peut tenir la campagne cinq mois au plus par année , tandis que ie soldat russe peut guerroyer douze mois chez ses voisins.
Si les Moscovites éprouvent des échecs , ou s'ils se trouvent inférieurs en nombre, ils ont pour battre en retraite un espace de six â huit cents lieues. Us possèdent encore d'autres moyens de résistance ; comme la population est fort disséminée dans les vastes contrées qu'elle occupe; conune le pays est peu riche et couvert seulement de maisons ou de barraques en bois , il leur est lacile d'éloigner les habitans , et il leur en coûte peu de détruire par le feu toutes les ressources qu'ils ne peuvent enlever à l'ennemi. Puis, si celui-ci ose encore s'avance dans l'intérieur des terres, quand lesfrimats et les glaces arrivent à leurs secours, les Russes peuvent lui répéter ce que l'empereur Alexandre répondità renvoyé de Napoléon lorsqu'il lui adressait de Moscow des propositions de paix :
« Allez dire à votre mattre que sa campagne est finie , et que la » mienne va commencer. y>