CHAPITRE QUATRIÈME
VEM irrATS ubbbs et cwMSTrrunoiiinBiiB.
Jntrobucttott.
Dut le premier chapitre, nous avons cherché à établir la puisdès gouvememens absolus unis d'une manière si redoutable pour la France y par leurs intérêts et par le nouveau traité de la tri/k attiamee.
Dans le second chapitre, nous avons présenté la force relative des états neutres, à la tète desi^uels nous avons fait figurer TAngleCerre.
Dans le troisième , nous avons cru devoir placer exclusivement l'empire ottoman qui , par son affaissement et sa dissolution prochaine y semble destiné à augmenter, outre mesure, la puissance des Russes, et à susciter en Europe une guerre longue et terrible.
Nécessairement, les états despotiques sont opposés aux états constitutionnels , et nous ne croyons pas avoir commis d*erreur en les désignant comme les ennemis naturels des |)euples libres; la «impie raison , et plus encore les faits, démontrent jusqu'à la dernière évidence la justesse do celt<* pro|>osition.
Il reste donc à comparer la force et la puissance des peuples libres et constitutionnels avec celles de leurs adversaires , et à juger ensuite si les premiers pourront résister à une attaque , sinon imminente , au moins très présumable dans un temps donné , de la triple alliance.
Parmi les peuples libres , nous avons placé la France au premier rang, et nous y avons compris la Suisse, l'Espagne, le Portugal et la Belgique.
ARTICLE PREMIER
De VEmpagne»
Cest en contemplant l'état de misère et d'anarchie où est plongée FEspagne , que Ton peut à juste titre dire aux ministres français :
Voilà le fruit de vos couvres? Croira-t-on jamais qu*en présence delà triple alliance du Nord, le gouvernement de juillet, au mépris des intérêts de la France et de ses engagemens, ait abandonné l'Espagne à ses déchiremens intérieurs , et que, pour marcher de pair avec la restauration, il ait soufiert que don Carlos, le protégé et l'allié des souverains absolutistes , se mit en mesure de venir occuper le trône de saint Ferdinand I...
Et qu'aurait pu faire de mieux un ministère Polignac, d'accord avee «ii mîmstère Wellington!
Ainsi donc , depuis l'avènement de Philippe V, la malbeureosc Espagne se trouve toujours la victime de la politique, des intérêts , de l'ambition et même des calculs du ministère français.
Une courte analyse des événemens accomplis démontrera cette vérité.
Sous la régence et le ministère du cardinal Dubois , en 1718, on vH k France s'allier à ses ennemis naturels et s'armer pour détrôner Philippe V qu'elle venait de mettre sur le trône au prix de tant de trésors et de sang.
Ce fût le premier exemple d'une déviation monstrueuse au principe politique posé par Louis XIV . Cette déviation , si malheureusement suivie par Napoléon , devait-elle être imitée encore par le gouvernement de juillet ! . . .
En 1733 , lorsque la succession au trône de Pologne amena la guerre en Europe , les Espagnols alliés de la France firent une di-
version puisâaiite en Italie, et s* emparèrent de Naples et de la Sicile.
Pendant la guerre de sept~ans, T Espagne partagea constamment notre mauvaise fortune. Pour condition de ta paix imposée par l'Angleterre, elle se vit forcée de céder les Florides , pendant que , 4lc son côté , la France abandonnait le Canada.
Lors de la guerre de l'indépendance des Etats-Unis d'Amérique, le gouvernement espagnol nous prêta franche et loyale assistance, et essuya dans cette lutte , aussi longue que glorieuse , des pertes considérables.
Pendant les guerres de la révolution française, le roi d'Espagne , à la vérité, se rangea d'abord du côté de la coalition ; mais les hostilités durèrent peu de temps, et il fit l'un des premiers sa paix avec la république.
Sous l'empire, il redevint l'allié de la France ; ses flottes vinrent s'unir aux nôtres et partager nos désastres ; une armée espagnole , commandée par La Romana , fut mise à la disposition de l'empereur, et envoyée vers le Sund. En récompense de tant de zèle, de dévouement et do sacrifices. Napoléon fit enlever à Bayonne la famille royale , afin de placer un de ses frères sur le trône d'Espagne; mais cet acte de déloyauté, loin de servir son ambition , lui causa un tort irréparable. Malheureusement , il reconnut trop tard que s'il était facile de s'emparer d'une famille trop confiante, on ne pouvait employer impunément de basses manœuvres pour en imposer à une grande nation. L'Espagne tout entière fut unanime dans sa résistance à l'oppression ; grands et petits, nobles et prêtres, paysans et citadins ne formèrent qu'un seul parti, d'autant plus dangereux pour nos armées, qu'il était soutenu par FAn- .uleterre et par l'Europe entière.
Cette lutte longue et acharnée dévora les plus précieuses ressources de rem|>ereur et paralysa ses moyens d'action sur le reste de l'Europe.
Ferdinand , remonté sur son trône , renversa la constitution des cortés et proscrivit les libéraux espagnols qui avaient si vaillamment contribué au salut de leur pays ; mais son despotisme fut brisé en 1820 , et la constitution de 1812 rétablie ; alors la saintealliance existait et l'empereur Alexandre , qui en était le chef , «omprit (|ue l'exemple donné par l'Espagne pouvait enchaîner ses
desseins ambitieux , en réveillant les peuples et en excitant surtout les Français et les Italiens à secouer leur joug. . Le renversement du système représentatif en Espagne fut donc résolu au congrès de Véronne ; et pourtant cette constitution de 1812, si incriminée aujourd'hui et, à la vérité, si peu rationnelle, avait été reconnue i son apparition par les alités de V Espagne : la Grande-Bretagne, la Prusse, la Suède et même la Russie 1... Pourquoi cette reconnaissance? parce qu* alors, les rois avaient besoin des peuples pour défendre leurs trônes contre Napoléon.
Mais ce que la postérité croira difficilement , c'est que ce fut à la France constitutionnelle qu*on imposa la tâche d'envoyer une armée pour renverser la constitution de 1812 , et rétablir Ferdinand daqs Texercice du pouvoir absolu I De la part des Bourbons de la branche aînée , cet acte de sujétion se conçoit ; ils n avaient rien à refuser aux alliés qui les avaient restaurés, et il entrait aussi dans leurs projets de détruire une constitution qui était bien plus libérale que la charte française ; d'ailleurs, c'était pour le comte d'Artois un acheminement au renversement de cette charte qui lui répugnait tant.
C'est ainsi que dans T intérêt de ses ennemis et au détriment do sa liberté, la France se vit amenée à envoyer une forte année contre les libéraux espagnols ; et , ô honte I on vit les capitaines et le» soldats qui avaient vaincu si long-temps, sous le drapeau tricolore, en faveur de la liberté, combattre, sous le drapeau de l'émigration, pour le despotisme et l'inquisition I
C'était bien la plus grande faute que la France pût commettre ; mais on peut dire pour son excuse, et cela n'en est pas moins déplorable, que cette malheureuse expédition lui fut imposée.
En réparation de tant de maux , l'Espagne devait au moins espérer que la France de juillet , débarrassée et des Bourbons de la branche aînée et du joug de la sainte-alliance , soutiendrait la jeune reine Isabelle et la régénération de la liberté ibérique contre don Carlos , le représentant du fanatisme et des puissances absolues. Nullement ! elle s'est contentée de signer avec l'Angleterre et le Portugal un traité dit de la quadruple alliance , qu'un journal doctrinaire du Midi a appelé à juste titre une quadruple matâerie . une parodie inœncevabUment ridicule^ etc. Ces épithètes sont justes, s'il a entendu qu'un engagement pareil, restant sans exécution.
couvrait de ridicule les puissances qui s* étaient engagées ; mais nous les blâmons, s'il a entendu que le traité et les causes politiques qui l'ont fait naître étaient une|)aro(fteetune niaigerie ridicule,
A ce sujet, nous rappelons avec plaisir ce que disait le Journal de Paris, regardé comme l'organe le plus prononcé d'un des chefs du ministère du 6 septembre : a Une interprétation littérale est une i> indigne argutie ; la France est trop grande pour jouer sur les » mots : soyons sincères; disons que l'intervention était de raison » et de droit dans l'esprit et dans le but du traité. »
Le Sun et d'autres journaux anglais ont jugé de même la question ; ils ont pensé avec raison qu'une coopération réelle pourrait seule mettre un terme à la guerre civile.
Cependant le ministère du 6 septembre n'a pas compris ainsi l'exécution de ce traité ; il n'entend donner aucun secours financier ( celui dont V Espagne a le plus grand besoin ) ni même assurer l'entretien de la légion étrangère.* C'est ce qu'il a eu soin de prouver en dissolvant , à son avènement , les bataillons qui se formaient à Pau pour la compléter.
Au moins la France aurait dû , pour donner un secours vraiment efficace à l'Espagne , assurer la solde de la légion étrangère pendant deux ou trois ans et , par humanité, garantir la vie de ses soldats tombés prisonniers de guerre contre les actes barbares de don Carlos ; elle pouvait et devait faire révoquer ses décrets sanguinaires en le menaçant de livrer à cette légion les carlistes qui se réfugieraient en France, et au besoin don Carlos lui-même.
Il n'en a pas été ainsi, et la coopération de la France se réduira désormais à fermer tant bien que mal sa frontière aux secours qui pourraient être envoyés à don Carlos.
Et cette frontière a été si bien gardée, que les généraux, les ministres, les agens du prétendant et le prétendant lui-même ont trouvé plus commode de passer par la France pour se rendre dans les pays basques que de prendre toute autre voie ; et depuis lors , c est par cette frontière qu'il reçoit, pour ses armées, les chevaux , munitions , secours et approvisionnemens dont il a besoin.
* Ceci élait écrit avanl que les fatigues, la misère, la faim et Tinoroyable incurie du gouvernemeut espagnol , bien plus que le fer ennemi , n'eussent entièrement détruit celte malheureuse légion qui a rendu tant de serfices aux cbristinos.
Le Portugal , si intéressé dans la question qui se débat en Espagne ( car don Carlos à Madrid ramène don Miguel à Lisbonne un on deux mois plus tard) , le Portugal, disons-nous, qu*un corps do troupes espagnoles avait aidé à chasser don Miguel , devait , au nom d'une reconnaissance impérieuse, un secours à la reine. Aussi s*engagea-t-il à fournir à 1* Espagne une division de 6,000 hommes; mais d'abord , il fallut un an de discussion et d'arrangement pour faire mettre en marche un corps de troupe de 3,000 hommes seulement ; puis, il fallut une autre année pour le faire arriver à Vittoria ; et le zèle a été si grand , qu'au bout de deux ans , les Portugais auxiliaires sont à peine parvenus à tirer quelques coups de fusil contre les bataillons de don Carlos. Enfin , quelque temps après , ils ont été rappelés dans leur patrie pour défendre une nouvelle charte populaire contre les partisans de celle de don Pedro.
Examinons maintenant comment le troisième allié de l'Espagne, le cabinet anglais, a fourni son contingent.
Le ministère de la Grande-Bretagne a livré des armes et des munitions , il a envoyé aussi des bâtimens de guerre en croisière sur les côtes de la Biscaye et, dans maintes circonstances, ses marins ont soutenu vaillamment leg opérations de l'armée de terre ; pois il a permis à l'Espagne de lever en Angleterre une légion de volontaires commandée par de braves ofliciers, mais composée en grande partie du rebut de la population. Ce vice d'organisation fut aggravé par la faute que Ton commit de l'expédier à Vittoria, dans l'intérieur des terres, au lieu de la conserver sur les côtes maritimes ; plus tard, cette faute a été réparée, et les Anglais ont été placés à Saint-Sébastien et au Passage, dans des ports qui leur permettaient de recevoir facilement d'Angleterre des vivres, des approvisionnemens, des recrues et des munitions.
Mais cette coopération , soit par des lenteurs funestes , soit |Mir le défaut d'ensemble, soit par l'absence d'une direction éclairée, fut de bonne lieure frappée d'une véritable impuissance. L'Espagne, ainsi mal soutenue, trouvait un nouvel élément de ruine dans les tiraillemens du cabinet de Madrid, tourmenté par les factions intérieures et, plus que tout cela encore, dans le manque d'argent, ce nerf de la guerre en tout pays.
Car si la Péninsule ne manque pas de soldats ( la misère, le désccuvremont et le vagabondage en produisent assez ; voyoi plutôt
comme les bandes carlistes se soutiennent et s'augmentent de toutes parts ), elle n'a pas de quoi les équiper, les armer et les solder ; el qu*arrive-t-il alors? c est que les troupes se révoltent, massacrât leurs généraux, commettent d'affreux désordres, et abandonnent la campagne à F ennemi. Aussi , laristocratie européenne et la sainte-allianee entoiles eu la prudence de remplir avec une générosité sans égale les coffres de leur champion; ce qui a été la cause principale de ses succès.
A la vérité, le Portugal n'avait pas les moyens de fournir à l'Espagne des subsides ; mais la France et l'Angleterre pouvaient le foire sans grever leurs finances. Les cabinets do ces deux puissances n'auraient trouvé à cet égard aucune résistance dans le sein de la représentation nationale, surtout quand on songe qu'ils ont fait chacun, si généreusement et sans gararUk, une avance de 20 millions au fils du protégé de la Russie, au roi de la Grèce , et que TEspagne a les gages les plus certains à offirir à ses alliés et à ses créanciers , par ses biens domaniaux et ses riches colonies.
Il faut en convenir , on ne conçoit rien à cette politique à moins que le ministère anglais n'ait eu des motifs secrets pour entraver l'organisation régulière de f Espagne ; aussi , sommes-nous assez portés à croire que ce cabinet, malgré les sentimens libéraux qu'il affecte, n'ait poussé les exaltadoê d'un côté, tandis que de l'autre il arrêtait, dès le principty notre intervention afin d'empêcher que l'Espagne , Talliée naturelle de la France, ne devint forte et puis^ santé.
Nous désirons ardenunent que les faits viennent démontrer que nous nous trompons à cet égard.
Ce qui a également contribué à affaiblir TEspagne, c'est la prétention de deux de ses alliés les plus puissans, à intervenir dans la politique intérieure de la Péninsule et à diriger le gouvernement de la reine, chacun dans une direction opposée.
On conseilla au gouvernement espagnol de se conduire et d'agir comme si le trône d'Isabelle était assis sur des bases solides et n*était pas menacé par des partis puissans : celui du mouvement (les exaltados) et celui de l'absolutisme (les carlistes); il fallait bien peu connaître les faibles ressources du gouvernement de la reine , et bien mal apprécier la force des deux partis contraires à Yeitaluto féal pour s'imaginer que, sanê secours étranger^ le cabinet de
Christine pourrait expulser don Carlos , soumettre les juntes et poser lui— même les limites des libertés publiques.
L'examen rapide des événemens accomplis en Espagne, depuis la mort de Ferdinand, démontre jusqu'à la dernière évidence que tout faisait un devoir aux puissances constitutionnelles de soutenir (*.o pays dans ses glorieux enfantemens politiques.
Trois ministères ont fait une courte apparition au pouvoir , dés le début de la monarchie de la jeune reine Isabelle. Ce sont ceux de MM. Bermudez , Martinez de la Rosa et de Torreno ; puis sont arrivées les juntes qui ont anéanti l'action du gouvernement. Pour résister à cette crise inattendue, la r^ente appelle M. Mendizabal dont l'inQuence force les juntes à se retirer en résignant entre ses mains tous leurs pouvoirs. Son ministère, investi de la confiance publique, marche dans les voies du progrès ; il est soutenu par les provinces et par la majorité de la chambre ; mais il déplait à la camarilla, et se voit obligé de se retirer devant Topposition de la chambre des procérès qui oublie qu elle est sans influence dans la nation et qu'elle n'existe que par tolérance.
Surgit alors le ministère Isturiz qui s'engage dans une voie de résistance au progrès et obéit aveuglément à l'impulsion qui lui est donnée par une puissance voisine. Mais la nation mécontente se lève une seconde fois ; les juntes s'organisent de nouveau ; la constitution de 1B12 est proclamée, et fort heureusement pour la reine, M. Mendizabal rentre aux afîaires sous la présidence de M. Calatrava.*
Ce ministère parvient à rétablir l'ordre et à dissoudre de nouveau les juntes. Il obtient la majorité dans les nouvdles certes et réussit à obtenir d'elles une constitution libérale, mais monarcliique et aristocratique, qui crée une chambre des pairs. Ce grand acte de conciliation est accepté par la reine et le parti modéré.
* LinsurrecliOD de la Granja avait dû sa naissance à rirritaUon da peuple espagnol mécontent de voir se prolonger la guerre par la Tante de ses gonvemans. Sans M. Isturiz, jamais cette insurrection n'aurait en lien ; Il est également important de remarquer que l'insurrection de la Gracia n'a pas établi la constitution de 1812, que plusieurs grandes villes Pavaient proclamée avant que ce mouvement populaire n*eût éclaté.
{Ditcoun de lord Pahnersîon a ta chamOre des communes, téanee du 10 iii«f« 1837J
Cependant Espartero arrive au secours de la capitale menacée par don Carlos , et la régente profite de la présence d*une armée pour renverser le ministère Calatrava, et le remplacer par celui d* Espartero.
Ce général recule devant la difficulté de sa tâche, lattitude ferme des certes et de la population; et le nouveau ministère n'obtient quelque crédit qu*en jurant de défendre la constitution de 1837.
Pendant ces démêlés politiques, don Carlos se renforce , organise ses bandes et se présente une seconde fois aux portes de Madrid ; mais une marche forcée d* Espartero sauve de nouveau la capitale, et, dans une retraite précipitée, les troupes du prétendant essuient quelques pertes.
Ces échecs ne le découragent pas; il repasse l'Ebre, se retire dans les montagnes de la Navarre, où il se prépare de nouveau à marcher sur la capitale.
S*il triomphe, le gouvernement français ne doit pas s'abuser ; à tort ou à raison, on lui imputera l'anéantissement des libertés espagnoles, comme la contre-révolution de 1823 a été attribuée au gouvernement de la branche aînée.
La France y verra l'abandon des principes de la révolution de juillet, et une adhésion implicite aux maximes et aux intérêts de la sainte-alliance ; elle y verra l'oubli de cette grande et noble parole de Louis XIV qui devrait diriger toute notre politique avec l'Espagne: Mon filSy il n*y a plus de Pyrénées! C'est-à-dire, comme on l'entend généralement, que la France et l'Espagne doivent se mouvoir dans la même sphère gouvernementale, confondre leurs intérêts et former une alliance indissoluble.
Aussi l'ancien président du conseil a-t-il émis une opinion éminemment libérale et française , en disant à la chambre des pairs dans son discours du k juillet 1836 : Le monde reconnaît que la politique de l'Espagne doit être identique avec la nôtre. Le cabinet qu'il présidait avait donc raison en se proposant d'empêcher, à tout prix, le rétablissement du despotisme au nom de don Carlos; dans la prévision que ses succès augmenteraient l'exaltation des constitutionnels et les porteraient à des excès fâcheux , il avait donc agi avec sagesse et prudence en voulant porter à 10,000 hommes la légion étrangère, jugeant bien qu'avec cette force, l'insurrection de Navarre serait bientôt vaincue, puisque 3,000 hommes seulement
avaient pu arrêter ses progrès et garder la ligne de TEbre à Pampelunc et Valcarlos.
L'ancien cabinet 9* est retiré avec honneur, s'il estvraiqu'il n* ait pas voulu déserter une cause aussi nationale que celle de F Espagne et qu'il ait refusé de dissoudre le corps de troupes qui lui avait été promis.
A ce sujet, il n*est pas hors de propos de rapporter le jugement que portent sur cette grave question les légitimistes.
Voici ce qu'on lisait le 29 octobre 1896 dans un de leurs organes le plus spirituel et le plus habile :
« C'est un foit chaque jour plus évident que la révolution a ^ri- » vé la France des alliances qui étaient les plus nécessaires à la » conservation de son territoire et à sa^prépondérance au dehors.
» Parmi ces alliances de la France , il en est deux qu'on pour- » rait appeler essentielles, parce que, sans elles, la France n'a plus » ni sécurité contre les invasions, ni libre disponibilité de ses » forces : ce sont celles de la Suisse et de F Espagne.
» La Suisse en effet couvre non seulement nos frontières de l'est » par sa seule neutralité ; mais si son amitié pour nous allait comme » autrefois jusqu'à la préférence, elle nous ouvrirait, en cas de » guerre, une position avancée entre les états Autrichiens d'Alixn magne et d'Italie.
» L'Espagne alliée à la Franco assure nos frontières du midi et » nous permet de porter nos forces sur le Rhin et de nous déve- » lopper en Allemagne.
» La nécessité de ces alliances est si manifeste que les gouveme- » mens révolutionnaires ont voulu sassimiUr l'Espagne et la » Suisse , en y propageant le mouvement de révolution. y>
Ce n'est pas tout encore ; ces vérités auraient été vivement senties par un des chefs du ministère du €} septembre, s'il faut en croire la déclaration publique de M. L. Yiardot, auquel il n'a pas été donné de démenti, quoiqu'il Tait ouvertement provoqué. Ainsi, ce ministre aurait reconnu, comme M. Thiers, que la politique de V Etpagne démit être identique avec la nôtre. De plus, et toujours selon M. le directeur de la Revue des Deux-Mondes^ ce ministre influent aurait, à cette dernière époque, versé 1,000 fr. pour sa part dans la caisse du comité révolutionnaire espagnol, et expédié au souspréfet de Calais Tordre de recevoir, malgré leurs pa»$epcirts irrétjHliers et mémo sans passeports, les réfugiés italiens et espagnols
qui arrivaient d'Angleterre pour prendre part à l'expédition de Navarre.
Maintenant, examinons ce qui adviendrait pour la France dans les trois hypothèses qui suivent :
l*" Dans celle où don Carlos monterait sur le trône;
â*" Dans celle où nous soutiendrions nettement, comme nous Tavous pratiqué eu Belgique, la parti eonstitutionnel ;
3° Dans ceUe où le parti constitutionnel triompherait sans notre concours et peut-être avec celui d'une puissance plus habile que nous.
PKBMKIIB HVPOTHÈSB.
Nous venons de le dire, Tavénemcnt de don Carlos sera attribué à la mauvaise volonté du ministère français ; ce sera un acte d'accusation dressé contre lui, non pas cette fois par les républicains , mais par le parti constitutionnel tout entier, par celui qui a fait la révolution de juillet et qui en veut toutes les conséquences, et ce parti, c'est la nation tout entière.*
* A Tappui de cette asserlioii, citons quelques passages du discours pronoDcé dans la chambre des communes, le 10 avril 1837, par lord Palmerslon au sujet du traité de la quadruple alliance.
« On a déplacé la question, on a altéré la vérité lorsqu'on a soutenu que les provinces basques s'étaient soulevées, insurgées dans l'intérêt de leur indépendance et de leurs droits menacés. Il n*en est rien. Les habitansont pris les armes pour don Carlos et pour le despotisme contre Isabelle el le gouvernement constitutionnel. Aujourd'hui , le paysan basque est fatigué de la guerre et l'armée carliste est composée presque entièrement d'individus étrangers aux provinces. Les soldats qui restent fidèles au drapeau de don Carlos sont retenus dans les rangs moins par l'afTection que par la crainte de voir leurs propriétés et leur Tamilie ruinées par les troupes du prétendant.
»Les pauvres Basques qui croient combattre pour \curs fueros ne sontqueles victimes d'ambltieui partisans du pouvoir despotique. La guerre dont les provinces basques sont le théâtre , n'est pas une guerre entre les institutions espagnoles cl les institutions de la Biscaye. Là , sur ce théâtre resserré, doit se décider par les armes la grande lutte entre deux puissances contraires : ie gouvernement arbitraire d'une part, et le gouvernement constitutionnel de i'autre; c'est cette même lutte qui b'étend à l'Europe entière.
• Il ne s'agit pas seulement de l'avenir réservé aux provinces basques ; la question est plus large : la lutte dont l'Espagne est le théâtre n*esl qu'une partie de cette lutte plus grande qui se développe dans le monde entier.
»Une rois hors du pouvoir, roppositiou (les tories) a secondé don Miguel de toute son induenec. Il en est de même pour don Carlos qui ne doit la protection dont il jouit anprè^ d'elle qu'aux principes de gouvernement qs'il professe. »
Pour donner un nouveau poids à cette opinion, nous rappellerons celle des rédacteurs d*un journal que nous prenons d* autant plus de plaisir à citer que, tout en partageant une grande partie de ses principes sur la politique extérieure, nous ne suivons pas néanmoins tous ceux qu*il professe sur la politique intérieure. Eh bien I lorsque don Carlos viola le territoire de la France et la traversa tout entière pour se rendre en Navarre, qui conseilla si fortement et si politiquement de faire entrer un corps de troupes françaises en Espagne pour y poursuivre et en chasser le prétendant? Ce fut le Journal des Débats. Il ne s* agissait donc pas d'intervenir pour ou contre les libéraux de FEspagne, mais de punir don Carlos d'avoir manqué à notre pays par sa bravade et de servir en même temps la cause de la France et d'une sage liberté.
Ici, le Journal des Débats voyait sainement les choses, et les événemens ont bien justi&é ses craintes et ses prévisions. Malheureusement ses sages avis n'ont pas été entendus, et ce que l'on concevra à peine, c'cist que les journaux de l'opposition se sont évertués à tonner contre une proposition si politique et si libérale.
On assure aussi (et nous avons peine à le croire) que le Nestor des diplomates aurait puissamment contribué à empêcher l'entrée de nos troupes en Espagne, en rappelant sans cesse la malheur^ise invasion de Napoléon ; mais ce ne sont plus les mômes circonstances; si nous intervenions en Espagne , ce serait pour secourir un gouvernement légitime et reconnu et non pas pour faire une invasion afin de confisquer un royaume. Notre intervention serait une expédition momentanée contre un rebelle et ses partisans ; et malgré le respect profond que nous portons à la haute habileté de notre grand diplomate , nous croyons qu'il était dans Terreur , comme il y était tombé en 1823, en prétendant que l'expédition du duc d'Angoulème serait funeste à la monarchie; car cette expédition n'était pas dirigée contre toute la Péninsule , mais contre le parti libéral qui gouvernait alors l'Espagne.
Raisonnant dans l'hypothèse du triomphe du prétendant , nous demandons si don Carlos, maître do l'Espagne, ne sera pas reconnaissant envers ses alliés les souverains absolus? s'il ne restera pas conséquent avec les principes qui l'ont élevé? si, pénétré do la justesse de la maxime de son aïeul Louis XIV, il ne se dira pas : H C'est la révolution française qui a amené celle de l'Espagne ,
» donc il faut couper ie mal dans sa racine; et, pour D*aToir plus I» riea i craindredece côté, je dots me conduire d' après letpriad^ » qui ont dicté la décision du congrès de Véronne. »
Personne ne contestera qu*eni83l» hFfsaneen aitlaitunactede force et de haute politique en afTraochissaat la Belgique du joug de la Hollandeet en s' alliant i ce pays. •
Eh bien 1 admettons- que k France ait A soateoii^ * une nouvdle coalition ; dans ce cas, l'alliance de la Belgique courrirà le point le plus biUè de ses frontières du doid et le plus rapproché de sa çapi* taie ; mais, d'un autre cèté, l'ayénement de don Carlos cantora une diversion funeste dans le midi.
Bon Carlos, soumis aux principes qui auront triomphé dans sa personne, sera notre ennemi. Pour seconder la triple aHianee du nord, il pourra réunir une armée de 50 à 60,000 hommes sur les . P]riénées et la renforcer de tous les mécontens et do tous les car^ listes du midi qui sont nombreux. Ainsi, nous aurions une Vendéa méridionale et , pour combattre les Espagnols et les insurrections du sud, il faudrait détacher de nos armées 60 à 80,000 h<Hhmes.
Uàe diminution si con^érable de nos forces dans Test, ne pourrait-elle pas entraîner des revers iâcheux?
Voyons ensuite ce qu*il adviendrait dans la deuxième hypothèse, edle où nous soutiendrions TEsi^agne constitutionnelle par une franche intervention.
SBC0?IDI HTHOraitSB.
Nous dirons d'abord que la France ne doit s'engager qu'après avoir passé un traiié ée réciprocité et sous la condition du remboursement de ses frais et de ses avances.
Cela posé, nous croyons qu'avec une coopération active et des secours en argent, le succès de la cause constitutioanelle serait infaillible en Espagne.
Mais ce n est pas sous ce seul point de vue qu'il faut envisager une alliance intime avec la Péninsule , il faut encore en apprécier les conséquences dans le cas où nous aurions i soutenir les efforts d'une nouvelle coalition.
^ Ainsi que nous l'avonsdit, l'Espagne est pauvre en financeS| mais
là
iKNi eo KommM. Elie pourrait donc noiif founiir 50 à W,000 •oWatt qui, ditcipUoés et oommaiidés par des officiers françai», rîTaliseraient arec nos troupes. Le soldat espagnol est patient, résigné; H vH de peu» est inCstigabla dans les marehes , el malgré le ^ rldleule attaché aux combats et aox balletiDs des généraux espa-* gnolSy nous répétons avec la conviction la plus entière, que leurs léglmeus embrigadés avec des régîmens français , dirigea par nos , elBciers, s'élèveraient, en peu d*annéea, au rang dea meilleures troupes de l'Enrope, et feraient revivre la gloire et raneiOA renom dea vîeiHes bandes espagnoles.
Ce serait donc un secours réel et eflbctif que noua rBecfriuua de notre alM ft, ainsi que nous le disions touM-l'henre , 60,000 Espagnob réunis à 00,000 Français (que dans la supposition contraire nous devrions entretenir sur les Pyrénées] présentecaient une force de 190,000 honmies de plus sur les frontières d'Italie. Un renfort aussi puissant ne pourrait*fl pas décider du sort de la . canqiagne?
Mais il ne suffit pas de considérer cette alliance soua le rapport d'une guerre dans le Nord , il faut encore , dans l'iatévèt de la France, l'examiner sous celui d'une guerre maritime et de la eo»servation d'Alger.
Itopuis l'émancipation des Amériques espagnolea et de Sninlp* Uomingue, depuis l'abolition de la traite dea noirs et de l'eseiav^gr, dans les Antilles anglaises, la France est obligée de renoncer à Tan*cien système colonial ; d'ailleurs, peut-on appeler du grand nom de colonies (car nous ne pouvons compter pour telles les postes insalubres deCayenne et du Sénégal] les tlots de Bourbon , de la Martinique et delà Guadeloupe? Ces tlots, par leur peu d'étendue et leurs faibles ressources, ne peuvent entretenir un eorpa d^année , et sauf quelques rades foraines, elles ne présentent aucune poHs où nos flottes seraient A l'abri de toute attaque. A Boui^ou» an moindre orage, les vaisseaux doivent braver la tempête en gapumt la pleine mer ou, si cela leur est possible , les poiU de fit» dn France. Ces étabHssemcns ne sauraient donc être défoudus leagtemps.
Ainsi, la France, ne possédant aucune grande colonie MiseeptlM^ d* une longue défense et dont les ports puissent recevoir ees vaias^ut , doit, eti cas de guerre maritime, chfTcher difi! \m aWé des
refuges pour M martae marobande et des poii» d*abrt ei de répran^ tioa pour ses bàUmens de guerre. Or» quelle jHiissaiicd Bueux ^ie l'Espagne peut lui offirir ces aTantagesT N'a-InBlle pas les nlagntft^ ques ports du Passage, du FéroU de la Corogoe^ de Cadix, deGatf^ thagèoe, etc. en Europe ; ceux des lies de Cuba» de P(»lo*Rîeé^v dims les mers d'Amérique, et ceux de Luçoa dans les meni de li Chine? Ces colonies, par leur vaste étendue ei leur grand» ricliesae,f par leur population nombreuse et leurs ressources natlirelles» sénl susceptibles d'une grande défense et peuvent entretenir, thnnuie, un corps d'armée assez considéTable pour (aire renoncer ffinUriÉl au dessein de les attaquer.
Sous ce rapport seul, nous devrions recbereher l'allian» inliaie de l'Espagne, et ne pas laisser échapper l'occasion qui seprésèhte de la rendre indissoluble.
Et si nous tenons à la conservation de l'Algérie , qdeHe laeiMé ne trouverons-nous pas à la ravitailler par le voisinage des pevlt de Mahon et de Palma , dans les îles Baléares et par les ports de Carthagène, d'Alméria et de Malaga, sur les côtes de l'Andalousie ?
L'alliance de l'Espagne doit encore être envisagée soqs nn peint de vue qui a échappé, ce nous semble, à la plupart de nos puhlicîstes : il est incontestable que les anciens peuples eonqoérans gau. dent sur les pays conquis, long-iemps même «près en avoir été expulsés , une haute influence...^ Ainsi, nous avons kiasè en Allen magne, en Italie et jusqu'en Egypte des souvemisqui^danaini concours de circonstaitces données , pourraient nous être d'ute grande utilité. Il en est de même de l Espagne par rappoii mk royaume des Deux-Siciles dont elle s'empara définitivement en 173b. Sa domination sur œsdeux pays fut de longue durée et ce soiÉencore aujourd'hui les Bourbons d'Espagne qui en occupent te trdne ;; pour qui jettera les yeux sur une carte, il sera facile decomprendm que le royaume de Naples semble destiné, par sa position géogina^ phique, à se mouvoir dans la sphère de FEspagne, et rhistoire s*Qst chargée d'en fournir la preuve. Ceci adnûs, il est IkIIo de pvévoir que l'Espagne régénérée et en possession de la liberté, reprendrpi, sur ce qu'elle pourrait appeler ses anciennes provinces d'Italie, l'ascendant qu'elle y exerça dans des temps encore peu roeiriési 8> l'on songe surtout que déji deux fols les Napolitains ont proeUipié
leur liberté et que rîen n'est aussi funeste que l*eiemple, on conclura que le triomphe de la cause constitutionnelle en Espagne doit enlever Naples et la Sicile au protectorat de F Autriche, et établir en Italie une nouvelle organisation politique. Ce^tcequi expliquée merveille rintérôt tout puissailt que F Autriche prend A la lutte dont l'Espagne est le théâtre ; elle comprend que le triomphe du principe démocratique dans la Péninsule finirait un jour par lui enlever l'Italie.
Quand on aura considéré l'alliance de l'Espagne sous cet ensemble de vues , «n conviendra généralement que non seulement Famitié intime de ce peuple est d'un grand avantage peur la France , mais encore qu'elle est indispensable A sa défense.
n nous reste à discuter les questions que fait nattre notre troisième hypothèse, celle où le parti constitutionnel triompherait malgré notre abandon , -et avec les secours d'un peuple mieux avisé que nous.
TBOISliMB HYPOTHESE.
Sous ce dernier rapport, notre situation serait encore ttcheuA^ : d'une part, la puissance qui interviendrait sans nous pourrait demander et obtenir, A juste titre, tous les avantages que nous aurions été en droit de rédamer du cabinet de Madrid ; de Fautre , si FEspagne ne se met pas au nombre de nos ennemis , on peut croire que, dans le cas d'une coalition contre la France , elle nous paierait de retour et nous abandonnerait A notre destinée, en se bornant A foire des vœux en notre foveur/
* Qoênd nous écrivioni œ pangraphe, en îSM, nous ne pensions pas qae nos préfisions seraient aussi promplement justifiées ; A ce sujet, nous livrons é la méditation de nos lecteurs le discours prononcé par Fambassadeur anglais 4ans le banquet offert chez le dépoté Ferrer an capitaine Maitland , en lévrier 1837, cinquante-cinq députés aux Cortés sur soiunte refusèrent d'y Inviter TamlMs-sadeur de France.
« Messieurs, Je prendrai la liberté de vous adresser quelques paroTet en
• castillan , réclamant pour mon langage toute votre indulgence. Lorsqne le
• cœur parle, son expreuion peut être éloquente sans être grammaticale. » Le plaisir que J*éprouve en m'adressent à vous ne tient pas A des eonsidé- » raUoiis personnelles , mais â Fbonneur que fal de représenter on pays
• animé d'une bienveillance amicale pour l'Espagne et la came nationale.
• L'alliance entre l'Espagne et l'Angleterre qui , Je l'espère, s'établira sur
• des bases chaque jour plus solides et durables, ceUe alliance est an point
Après c«t GX|K)8é de là triste situation de lEspa^e et dé la fausse |K>lîtique dâ la France » nous ne pouvons examiner en détail ses forces militaires, puisqu'une partie du pays est soulevée contre Cautre. Les journaux anglais avaient donné dans le courant de juillet dernier un état approximatif de» forces, de Cordova dans te nord , elles étaient évaluées à 100,000 hommes , dont 5,00û decavalerie, commandées par 320 généraux et près de 3,000 oflQciers. La lé* gion anglaise seule comptait H généraux pour 9,000 soldats ; il y avait là de quoi dévorer les ressources de TEspagne , et pourtant à quoi a servi une armée si nombreuse et si forte sur le papier? Nous pouvons encore moins discuter l'état désastreux de ses fi*
nouveau el imporlant dans la polilique de l'Europe. (Proronde sensation. On fait remarquer que la France est complètement oubliée dans le discoart de M. l'ambassadeur.) Le temps est venu où la nécessité d'on nouvel élément dans la balance du pouvoir se Tait sentir.. Nulle part, cet élément nd pourrait être aussi naturellement trouvé qu'en Espagne , dans ce pays oà tout peut et doit se tourner pour Tagrandfssement national ! Où le tronver si ce n'est en Espagne, lorsque les ombres passagères qui obscurcissent M splendeur seront dissipées, quand elle aura reconquis ses libertés, assuré son indépendance et repris sa place entre l^s nations ! Où rencontrer ces élémens, si ce n'est, au sein d^ine nation dont les représentans ont plua fait en quelques mois, pour la consolidation de l'ordre public , pour les Intérêts d'une liberté véritable , que ne le fit aucun congrès national A aucune autre époque; dont ces mêmes représentans ont donné l'examyle d'une modération etd'mie prudence qui Teraient envie aux naUons les plus expérimentées, aux corps parlementaires les plus remarquables ! Cet élément sera durable , surtout dans l'Espagne fortement alHée à t/éngleterre. Ces pays sont faits pour s'unir étroitemetu et trouver dans leur intimité des avantages réciproques.
»' L'Angleterre a de vastes intérêts politiques à conserver ; elle a de vaste» intérêts commerciaux é féconder et à agrandir, 7'iene vatlot inleretêt e^ merciales que promover (mouvement marqué d'attention}; en conséquence, son vœu le plus cher, c'est que l'Espagne soit puissante pour être indépendante et en état d'offrir un conlre poids à l'inHuence et an pouvoir des an* très naiiotit. Son vœu, c'est que l'Espagne s'enrichisse parce qu'elle a plus d'intérêt à commercer avec le riche qu'avec le pauvre. > L'Espagne professe les mêmes opinions , elle doit former les mêmes vœux. Quand tous nos intérêts se confondent, qui pourrait douter du succès que nos eOToris combinés sont appelés à remporter sur l'obscurantisme despotique (on applaudit).
» Voilà , messieurs, les motifs qui me Ibnt regarder la coûte de l'Espagne comme la cause propre de l'Angleterre , et je suis parfaitement convalnco que plus nos pays respectifs s^iniront fermement , et plus ils *seront tous deux prospères et puissans, et plus les autres nations devront s'en applaudir, car nous visons au bon gouvernement • et les principes que nous soutenons sont ceux qui conduisent au bien-être et i la félicité du genre humain. » (Apphiudissemens.)
iMUices. Déjà TEipagiie a suspeiidQ ses paiemeos i rétranger ; et lans doute» à son arrivée à Madrid, don Carioa solderait toutes le» dettes du royaume par une banqueroute complète.
Cependant, nous pensons que si, grâce i rintervention de h France et de F Angleterre , l'ordre se rétablit dans la Péninsule et que si le gouvernement constitutionnel est généralement reconnu , rSspagne pourra entretenir en temps de paix 50,000 hommes et en lever le triple en temps de guerre, dont moitié au moins serait en état de tenir la campagne.
Quant à ses revenus , ils seront fort médiocres jusqu'à ce qu'une longue paix ait cicatrisé toutes les blessures que lui ont bites la guerre civile et ranarchie. Cependant, il ne faut pas croire que ce pays soit sans ressources, il en possède au contraire dlnunenses.
L'Espagne jouit d*un beau climat, possède des mines abondantes et se trouve dans une position péninsulaire qui , par la navigation , oflre les plus grands débouchés à ses productions et à son commerce.
Elle peut disposer de biens nationaux ou du clergé, qui représentent à peu près le tiers des terres de la Péninsule ; de biens communaux considérables, qu'il faudrait diviser entre les habitans pour leur donner Tamour de Tordre par celui de la propriété, le goût du travail par Taisance et le bien-être qu'il procure ; rattachement à la liberté , par les bienbits dont elle les aurait comblés.
Enfin, elle tient encore sous sa domination- des colonies admirables , telles que Cuba , Porto-Rico et les Philippines dont la prospérité augmente chaque année et qui, bien administrées, présenteraient des débouchés avantageux au commerce et des revenus considérables au trésor do la mère patrie.
Avec de telles ressources , avec l'abolition des dîmes , avec une bonne agriculture et le reboisement des montagnes , avec l'égale répartition des impôts sur toutes les classes, l'Espagne pourrait sortir de ses ruines en moins do temps qu'on ne le suppose , payer le dividende de sa dette et l'amortir graduelleroeot.
Mais, pour que le désir général de la pacification et de la prospérité de ce malheureux pays se réalise , il ne but pas que la France se contente de vœux stériles ; il faut, au contraire, qu'elle embrasse la cause de l'Espagne constitutionnelle comme un devoir
inpofé â toirévohiiiou de juillet» ci qu*eUe le persuade bien qii« ralliaiice des deux peuples conçue par Louis XIV est nécessaire et mdispeosaUeàchacun d'eux ; il faut, surtout, que le gouvernement daîuillet soit bien convaincu qu'abandonner cetto cause pour se li« vrer aux prévenances et aux déceptions de la triple alliance du Nord, c'est renier le principe de son existence, c'est en quelque sorte se suicider.
Post~9criptum 1837.
Ce qui précède était écrit à la fin de 1836^. Pbur achever d'éelairer nos lecteurs sur la question espagnole , nous donnerons l'analyse des débats qui ont eu lieu à la chambre des députés en 1887, lors de la discussion de l'adresse en réponse au discours du trdoe.
1. M. Guizot n!a pas nié avoir contribué en 1830 aux armenieBé contre don Carlos ; quand , à la tribune , on lui a rappelé cette conduite, il s'est tu.
2. M. Thiers a rappelé qu'en 1833, le ministère promit à la reine d*Espagne tous les secoues dont elle pourrait avoir besoin et dont elle déterminerait elle-môme l! étendue et la nature.
3. Qu'une des causes qui ont engagé le ministère à signer le traité de la quadruple alliance était la présence du général Bourmont auprès de don Higuel et de don Carlos en Portugal.
Ce dernier a donc, pour lui, les légitimistes français et les puissances absolues.
k. Que tous les ministères modérés en Espagne , et même ceux de MM. Mendizabal et Calatrava, ont réclamé les secq^rs de la France et ont essuyé des refus.
5. Que quand on abandonne un allié après lui avoir promis secours et assistance , on doit a* accuser des désordes où le désespoir l'entraîne.
6. Que si l'Espagne ne reçoit aucun secours, l'anarchie ou le carlisme doit y triompher, et que, si c'est l'anarchie, lecariisme finira par en sortir.
7. Que lorsqu'il réclamait l'intervention, M. Guizot disait qu'on pouvait intervenir on coopérer et (|ue la coopération fut inventée
parles niiniBtresdu il octobre et olferte par eui à M. Thîers, efi rompeDsatioD de rintcrvention.
8. Que les constitutionnels de 1813 eux-mêmes demandèrent encore une fois l'intervention , mais sous un autre nom , celui de translimitation. Que cette demande faite aussi par l'Angleterre, en mars 1836, fut rejetée par le cabinet du 23 février, à Teicception de MM. Thiers et Passy.
9. Que, quelque temps après , il fut résolu par ce cabinet de porter la légion auxiliaire à 25,000 hommes, tant Français qu'Espagnols, Anglais et Portugais.
10. Qu'une coopération a tout terminé en Portugal, et qu'une semblable mesure aurait eu un pareil résultat en Espagne; et, comme preuve, M. Thiers rappelle que , pour délivrer Bilbao , il a suffi du secours de quelques marins et de quelques artilleurs anglais.
11. Enfin , que refuser d'exécuter des promesses et le traité de la quadruple alliance , c'était donner une prime d'encouragement i don Carlos , se créer un ennemi dans la Péninsule en cas de guerre générale, indisposer l'Angleterre et travailler indirectement au retour du parti tory.
Aussi le roi d'Angleterre n'a pas dit un mot de la France dans son discours au parlement , malgré les avances qui lui avaient été faites dans le discours du roi de France à T ouverture des chambres ; et pour mieux signaler notre déloyauté et prouver son intention (F exécuter fidèlement le traité de la quadruple alliance, le ministère wigh a ajouté cette phrase :
Sa majesii te réjaait quê la coopération de tes troupes ait été (finie asiistance utile à l'armée de S. M. Catholique.
Enfin , lord Palmerston a répondu ces mots à lord Mahon , dans la chambre des communes, le 10 mars 1837, et cela , sans aucun doute , pour flétrir la conduite du ministère du 6 septembre, qui n* est entré aux affaires que pour dissoudre les renforts préparés |)our la légion étrangère : « La révoltition de la Granja était-elle n une cause suflisante pour nous croire dégagés de nos promesses, 0 pour trahir la foi jurée à la reine d'Espagne? et parce que cette » princesse avait été malheureusement violentée par une révolte y» de ses sujets , était-ce une raison pour quelle fût abandonnée par D sesaUiis?
> I^ gouvernement anglais , en abandonnant la reine dans un
- 1«5- » momeni 9f critique , se serait attiré 4e biàme ie touê k$ hotméUs
Avis aux signataires du traité de la quadruple i^iance'l
Second poêtscriptutn. Janvier 1838.
Les délNits sur le paragraphe de l'adresse relatif à la question espagnole yieniient d*ètre fermés à lachambre des députés et terminés par un vote qui nous cause la plus profonde douleur. Loin d'avoir modifié notre opinion , ces débats ont rendu noire conviction plus profonde sur la nécessité d'intervenir en Espagne; car Ik nous ont permis d'apprécier la faiblesse des argumensdes orateur» ministériels qui ont pris la*parole contre l'intervention. L'un dit : Voyez ce qui nous est arrivé en 1808 1 Comme si notre injuste agression à cette époque n'avait pas soulevé contre nous l'Europe entière et tous les Espagnols, depuis le roi jusqu'au dernier mole— tier; comme si l'intervention de 1823 n'avait pas complètement prouvé la difTérence qui existe entre le projet d'asservir une nation tout entière et la volonté de soutenir un parti.
L'autre dit : Voyez combien vous êtes injuste, car la reine Chris^ Une a rendu grâce au concours que lui a prêté notre gouvernement! Comme si un éloge arraché à un allié que Ton abandonne avait d'autre but quo celui d'exciter noa sym|)athies; et n'aviez-vous pas dit autrefois : Vaut demandez Viutervention et le gouvernement eipagnol ne la réclame pas^ I Eh bien l M. Mariinez de la Rosa a expliqué à l'Europe la cause de sa réserve, en disant qu'il s'était abstenu de solliciter l'intervention parce qu'il avait la conviction que vous le refuseriez. N'est-il pas vrai encore que quand l'on demandait la coopération, vous répondiez que c'était un acte honteux pour la France, et qu'elledevait intervenir hautement ou s'abstenir.
Puis un ministre ajoute : Ce ne serait pas assez d'expulser don Carlos, il faudrait encore occuper long-temps FEspagne et soumettre tous les partis ^ etc.,. etc. Comme si c'était chose si difficile à faire quand le gouvernement espagnol, abandonné s' H n'est trahi, a su, depuis un an. Rétablir l'ordre et la discipline, placer au ministère ropinion Srige et modérée, et foire rentrer don Carlos dans
iet rapair» de la Navarre. Croyei^TOUs donc que notre loyal concours et l'appui de 20,000 Français n'auraient pas centuplé les forces morales et matérielles du gouvernement constitutionnel y et qu'ils n'auraient pas décidé les chefs et les soldats carlistes à se soumettre!
Vous dites que vous ne deviez intervenir que dans l'intérêt d<* la France et non dans celui de l'Espagne I Comme si l'intérêt de la France constitutionndle n'était pas étroitement lié à celui de F Espagne constitutionnelle , quand l'intérêt de nos ennemis les rois absolusse montre si étroitement lié à celui de don Carlos.
Enfin, un premier ministre a eu le courage de s^exprimer ainsi : Nous avons exécuté le traité, car nous avons arrêté quelques pièces de drap , quelques ballots de salpêtre ;^nous employons cinq à six bateaux à vapeur, nous dépensons 80,000 fr. de plus pour les douanes, et nous tenons sur pied K^ brigades de gendarmerie, etc. Ces justifications ont fait sourire , et c'était la seule réponse qu'elles méritaient.
Non ; vous n'étiez pas sincère dans vos explications, vous ne vouliez pas et vous n'osiez pas exprimer hautement votre pensée secrète \* mais elle vous est échappée dans l' entraînement de l'improvisation.
Votre mot : Jamaiê d'itUervmWon dans auetin eût! malgré vos restrictions tardives , sera plus fameux que celui de M. de Serre , car il a fait connaître toute votre politique , car il a démontré vos concessions aux cours du Nord ; c'est à elles que vous avez sacrifié l'amitié de la Suisse et l'alliance de l'Angleterre ; c'est i elles encore que vous sacrifiez le traité de la quadruple alliance.
Songez-y bien, messieurs les ministres, les Français peuvent se laisser endormir quelque temps au sein d'une grande prospérité matérielle , mais ils sentiront tét ou tard le besoin impérieux d'assurer
* Noat prenons la liberté de la faire connaUre , parce qu'elle refaite d'an entemble d'acles appréciables poar toal le monde. Voai n'IntenreDef pas , 1"* parce qae vous n'avei Jamais songé à organiser ane armée qai vous permil de suivre les insplrallons d'une polilique vraiment utile à la France, en vous donnant la faculté de détacher sur quelque point que ce soit, et sans vous affaiblir d'une manière dangereuse, an corps de troopes de 10, ao on 40,000 hommes; S» parce que la base de la polilique du gouvenieaieat français, depuis la révolntlcn de juillet, est la malheureuse pensée d'entrer, au prit dei plus graves Mcriflce», dans l'alliance do Nord.
rboBseur, la dignité el rindépendance de leur pays; el le aéra iiromptel terrible , car il se fera à ravénement de dou Gariod ^ aux cris de joie et de victoire de nos ennemis extérienis etiatériears/
ARTICLE SECOND
Ho F^ortngal.
S'il est un pays auquel sa faiblesse et sa situation géographeque fassentune loi de se réunir à un état qui Tembrasse au noid, à l'est et an sud, c'est assiu*ément le Portugal. L'incorporation de ce petit royaume dans la monarchie e^gnole, dont il n'est qu'une province démembrée, donnerait à ces deux nations des élémens immenses de force, de puissance et de richesse.
Les deux pays y gagneraient :
l"" La suppression des douanes;
2"* Les frais d'entretien des forteresses élevées sur les frontières réciproques ;
3° La diminution de leurs armées en temps de paix ;
k^ L'avantage d'un commerce libre et celui d'échanger, sans droits et sans entraves, les produits de leur sol et de leur industrie.
Sous le rapport du climat, de la religion, des mœurs el des coutumes, il y a une analogie presque complète entre les deux peuples ; et malgré l'intérêt égoïste de T Angleterre qui regarde le Portugal comme une de ses colonies et veut la traiter de même» la
' Si Toas doQtez de nos prévisions, prenez la peine de lire les jounuMii légitimistes, et sartoat la Gaieae de France du 13 Janvier ISSS. Votel lîea- Irait de son articie :
« Il est décidé, dit cette feuille, que le gouvernement français n'intervien- » dra pas en Espagne, même dans rkypotbèse d'une restaarallon. ïm révelu-
• Uoo de France reconnaît son impuissance pour empèclier U nMoarolUa de » triompher à Madrid. Le résultat est immense.
» Nous persistons à croire que le gouvernement a été arraché de la llgne^ »> et qne la politique à doablc (ace qu'il a suivie depuis sli ans ect finie, ita > quadruple alliance eu détruiu,
• La lumière se fait; c'est d'un bon augure pour le rétablissement de
• l'ordre. »
Quand une décision du aoofcmment et ou vote des chambres caiicettl an» aussi grande Joie aui carlistes, avons-nous tort de dire que les amis sincères^ de la révolution de juillet el de la dynastie de fS30 doivent être dans K ronstemation !
réunion deTEspagiie et du Portugal s*opërera avanC peud'années^ si la Péninsule conserve ses libertés constitutionnelles et ne retombe passons le joug de Tabsolutisme.
Le Portugal, comme membre du corps péninsulaire , partage toutes les crises qu'éprouve l'Espagne. Tour à tour, il est, comme elle, calme et agité, révolutionnaire ou soumis, constitutionnel ou esclave du despotisme et des prêtres.
Il se ressent déjà ou ne doit pas tarder à se ressentir de l'anarchie et de la guerre civile qui dévorent la malheureuse Espagne ; et si cette dernière se couii)e sous le joug de don Carlos, peu de jours après le Portugal se verra forcé d'accepter cehn de don Miguel.
C'est une des mille fautes du gouyemement de la jeune reine, de n'avoir pas été pénétré de cette vérité, et de n'avoir pas, aussitôt l'arrivée de don Carlos en Navarre, soutenu l'Espagne de toutes ses forces et de tout son crédit ; pour qu'il ait agi dans un sens si contraire à ses intérêts, il faut qu'il y ait eu à Lisbonne queli^ue intrigue politique ou quelque affreux calcul machiavélique.
Le temps ne tardera pas à dévoiler ce mystère ; mais ce qui donne lieu â des soupçons sérieux sur la loyauté du ministère anglais, c'est la conduite si différente que tiennent ses agens diplomatiques dans les deux capitales de la Péninsule.
A Madrid, l'ambassadeur anglais fait une opposition systématique au plénipotentiaire français ; le premier pousse de toutes ses forces le ministère espagnol dans les voies du mouvement, quand le second veut arrêter et maîtriser la marche de la révolution ; le premier reconnaît la constitution de 1812, qui mène l'Espagne à l'anarchie, quand le ministre de France en combat les tristes résultats.
A Lisbonne, les rôles changent; là, l'Angleterre agit pour sou propre compte. Son ambassadeur blâme la constitution de 1830, fait réunir des forces menaçantes dans le Tage et emploie hautement tous ses efforts pour faire revivre la charte de Am Pedro.
Que faut-il conclure de cette étrange conduite?
Que le ministère anglais n'a pas répudié tous les vieux princi- |Yes d'égolsme et de domination de ses prédécesseurs, et que les intérêts matériels de l'Angleterre sont la base de la politique de tous les partis qui arrivent au pouvoir. Ici, il est bon de se reporter à la
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politique des ministres tories envers le Portugal, c'est-à-dire à celle qu'ils avaient conçue avant les événçmens qui ont plusieurs fois changé les lois fondamentales de ce royaume depuis 1810. '
Sous le despotisme du roi et du clergé , le Portugal dépérissait graduellement; un gouvernement inerte, pour se dérober aux embarras de l'administration du pays, u*avait trouvé rien de mieux
que de renfermer son commerce dans deux ports privilégiés, Oporto et Lisbonne. Et pour couronner ses o&uvres, il avait signé un traité quilivrait à l'Angleterre l'entière exploitation du royaume, eo retour de la protection et de la garantie qu'elle lui assurait contre toute attaque extérieure.
Ce traité était sans doute fort avantageux pour la Grande-Bretagne, car il lui donnait la facilité, d'une part, d'exploiter les richesses 4u Brésil et du Portugal ; de l'autre, de tenir à sa discrétion un état qui s était de lui-même placé sous le joug.
Une politique aussi lâche et aussi absurde devait nécessairement dégrader le gouvernement portugais aux yeux de ses peuples et hii faire perdre cette force morale qui est la base de toute autorité légitime. Aussi, les ministres anglais n'avaient-ils aucune crainte de voir échapper cette espèce de colonie, car ils se disaient : (c Nous aurons toujours pour nous, ou le roi, ou sa maîtresse , ou M son confesseur, ou son premier ministre ; sinon, à la première » tentative d'opposition sérieuse contre notre domination, il suffira , » pour la faireavorter, d'envoyer quelques vaisseaux bloquer Oporto » et Lisbonne, centres de la navigation et des affaires commerciales.»
Mais au Portugal oppressé par le despotisme et la superstition, opposons le Portugal organisé constitutionnellement avec deux chambres et un ministère responsable. Puis, demandons-nous ce que deviendraient l'ancienne politique et les prétentions de l'aristocratie anglaise sur ce pays ? La réponse sera facile : son intervention se bornera à ce que le Portugal ne se place pas sous une influence étrangère, et à ce que les intérêts et le commerce anglais soient traités à l'instar des nations les plus favorisées.
Ce court exposé doit suffire pour faire connaître la situation du Portugal ; pendant que les libéraux se divisent en deux camps ennemis et sèment l'anarchie dans ce malheureux pays, les migiiélistes se préparent à agir avec succès quand don Carlos sera rétabli sur le trdne des Espagnes.
Il aoua reste â foire connattre l'état de sa situation financière ot de aoè foroea militairea.
Le Portugal rentenne':
3,900,000 âmes eo Europe.
Le chiffre de la population de ses coloniea eu Asie et eu Afirique est trop incertain pour que noua osions le donner.
Ses CiMUices sont fort emlMurrasaées et dans uneposition presque aussi critique qu'en Espagne.
Voici l'analyse de son budget.
Du !•' juUlet 1837 au 30 juillet 1838.