‹ La France depuis 1830Chapitre 58 sur 156 · CL · texte numérisé non relu

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Ces chiiïres constatent que si les états neutres s alliaient aux états constitutionnels, leurs populations et leurs années réunies seraient encore inférieures en nombre à celle des gouvememens absolus, mais que leurs revenus seraient deux fois et demie plus considérables et leur marine cinq fois au moins plus forte.

A nos tableaux, on objectera, peut-être, que nos classemens sont arbitraires, que nos chifTres peuvent être rectifiés , etc. , nous répliquerons qu*en principe, tout gouvernement doit, par prévision et par nécessité, établir un système politique dans lequel il place, d'un côté, ses amis et ses alliés ; de l'autre, sçs adversaires et ses ennemis naturels. Or, les trois grandes cours du Nord en renouvelant le traité de Chaumont, en entretenant des armées considérables, n* ont-elles pas adopté ce système et désigné clairement leurs adversaires I... Nous avons donc tourné nos regards vers les puissances qui n*ont pas adhéré encore au nouvel acte deTceplitz, vers celles qui, par leur voisinage de la France ei leurs insUtutioDS, devraient naturellement se rallier à nous pour combattre la nou— velle coalition dont les rois absolus menacent la liberté des peuples; car, à notre avis, les alliances les plus sûres ne sont pas celles que donnent les liens de famille, mais celles que forment une communauté d'intérêts, des constitutions identiques, les rapports commerciaux, le bon voisinage et surtout le besoin d'une défimm œm-

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Tels sont les motifs qui nous ont dirigé dans les classemens que nous avons opérés ; ce n'est pas notre faute si une politique inconcevable a séparé de nous l'Espagne et la Suisse, ou du moins a exposé la première â tomber dans l'anarchie la plus complète ^ l'a mise, par suite, dans la nécessité de se jeter dans les bras de don Carlos; ce n'est pas notre faute, si l'on a maladroitement porté la seconde à gémir de son alliance avec nous.

Ce qui est déplorable, c'est que cette conduite a servi la cause de la triple alliance, notre ennemie constante et naturelle, et que par li on a ajouté à ses forces , conséquemment au désir qu'elle nourrit de nous attaquer quand elle le croira convenable; ce n'est pas notre faute, si on a oublié cette maxime: On msongt pas à altaqun (en fort» ; en politique^ on ne retperte que ceux qui Me font rraimlrc.

Aiasi donc, dans l'état actuel des choses, la sainte alliance dis^ pose au moins de 1,200,000 hommes, et la France et la Belgique ne peuvent lui opposer que 510,000 soldats.

Comme cette disproportion deviendrait bien autrement eonsidèrable si Us tories revenaient au pouvoir, nous proposerons, à T article concernant Tarmée, les moyens de la porter au besoin à 750,000 soldats exercés sans y comprendre 750,000 hommes de réserve de la garde nationale, et sans surcharger le budget de Vétat.

Si ce malheur arrivait (l'avènement des tories au gouvernement de la Grande-Bretagne] , il faut bien se persuader que tous leurs efforts tendraient à détacher de notre cause le peu d'amis qui nous restent et à nous entourer d'ennemis. Tout en protestant du désir de conserver des relations de bonne amitié et de bon voisinage avec la France, ils ne manqueraient aucune occasion de nous susciter le plus d'embarras possible et de noiis amener à une rupture avec l'Angleterre. Tel sera le but constant de leur politique ; en cela du moins ils seront conséquens avec eux-mêmes et ils auront raison.

Sans doute, Richelieu, Louis XI et beaucoup d'autres hommes d'état ont prouvé tout ce qu'un gouvernement absolu peut gagner avec l'arme d'une politique profonde. Mais des exemples anciens et récens ont prouvé, à leur tour, tout ce qu'un état peut perdre quand la politique de son gouvernement est faible, incertaine et appuyée sur un système faux et contraire aux vœux et aux intérêts 3u pays. Aujourd'hui, il ne suffit pas d'avoir à ses ordres une diplomatie habile, il faut encore être fort et enlever à ses adversaires par de sages mesures de prévoyance, non seulement la possibilité, mais même la pensée de vous attaquer.

L'adage le plus vrai est celui qui dit : 5î vous voukz conserver la paix, soyez prêts à faire la guerre. Une note diplomatique est toujourë prise en considération sérieuse quand elle est appuyée par un million de baïonnettes, et l'on recherche toujours avec empressement une alliance, soit politique, soit de famille, avec un prince qui commande à un million de soldats et dont les peuples versent annuellement im milliard dans les coffres de l'état. Toile est du moins notre conviction intime.

En terminant cet article, nous répétons encore que nous ne

voulons pas la guerre, et que c'est pour l'éviter que nous demandons au gouvernement d'organiser ]es armées et les finances de la France de manière i la mettre en état de résister i une nouvelle coalition, fûtp-ellemôme soutenue par les tories, comme aux grands jours de Pitt et de Castelreagh.

Ces idées seront développées dans le livre suivant.

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