CHAPITRE PREMIER
RÉSVOXiVTIOSr DS JUIIiIiETé
ARTICLE UNIQUE
On a beaucoup écrit sur la révolution de juillet et , soit erreur^ soit intérêt, soit esprit de parti, on n'a pas levé tous les roiles qui couvrent encore ce mémorable événement.
Les légitimistes ont prétendu qu'il était l'effet d'une conspiration ourdie de longue main en faveur du duc d'Orléans, et que la victoire du peuple devait être attribuée aux mauvaises mesures prises par le ministère Polignac , principalement à la foute de n'avoir pas rassemblé des forces plus imposantes dans la cajiJi-' taie.
Parmi les hommes d'une autre opinion politique, les uns ont soutenu que le duc d'Orléans avait dû le tréne à une ou deux personnes influentes, tes autres à un plus grand nombre. On a aussi parlé de conditions imposées au prince, et surtout du fameux programme de FHétel -de-Ville.
Ayant été appelé par nos fonctiong de député i jouer un réie dans ce grand drame politique, nous commencerons par en retracer briéyement les précédons. Nous exposerons ensuite Faction telle qu'elle a eu lieu, les incidens qui sont survenus pendant sa durée, et enfin ses conséquences. Dans le cours de notre récit, nous nous appliquerons i éclaircir les doutes, à relever les erreurs en leur opposant des actes authentiques ; aucune considération ne nous empêchera de dire la vérité tout entière.
Lors deTavénement du ministère Polignac, en 1829, il n'y eut plus d'illusions possibles sur les projets contre-révolutionnaires du gouvernement ; la retrajt^ du ministère Hartignaç, et surtout celle de MM. de ClM^l ki dhiàvèisiet; ibsk>niMaà àui hommes les moins prévenus que la faction voulait pousser les choses aux dernières extrémités.
Quant i la prétendue conspiratioi^des constttiitionnels, il suffit, pour la mettre au rang des tables, de se rappeler que les cheb de ee parti, bien loin de méditer la ruine du gouvernement, donnaient de sages ayertias^neiis aux insensés qui couraient ifeur perte avec tant d'aveuglement. C'est ce que prouvent sans réplique les actes et les paroles des membres de l'opposition qui, dans les chambres et dans les divers corps constitués, résistaient de tout leur courage aux tentatives du pouviOM^ p ne sera do|ic j^ inutile de retracer ce qui s'est passé en iSSS dans le conseil général d'un des départen^ens de TEst.
y oiei ce^e rapporte le ^GHtmar de la Mo$M ààjog son numéro 70, du 10 septeinbrè 1829 :
A A la fin de la session, M. le président a donna lecture d'une » proposition d'un membre du conseil, qui a eu l'extrèmé modestie » de garder l'incognito.
yn On assure ^'elle portait en sijbstance qu'avant de se séparer, » les membres du ioaseil gj^éraji éprouvaient le iiêsdin de défioser » aux pieds du tréne le tribui de . leur respect, de leur fidàitè > D de leur dévoueçient au roi et i spn auguste famille, et.que , dans » leadrconiUmces.giraoef où nous nous trouvons , ils priaient le roi )» de prend|«, dans MJbifteM^eiiet toutes les fiieiii^
)» Cette dernière phrase, très imptîcite|, aurait frappé plusieurs » membres ; Fun d'eux aurait déclaré ne pas la concev(^ ni en
» comprendre le but , et il aurait prié l'auteih* (f éd àévëibë^ K » motif et les conséquences. Ce dernier ayant persisté à ffjtmi Tfà- I) cognito, un de ses collègues aurait dit qy^il abordéfhit franéHé^ » ment la question ; puis ilaùrait ajoute que le but ^|uiè Ton touUUI » atteindre lui paraissait celui de féliciter le toi sur le renvoi dés x> derniers ministres, et sur ravénement du ministère ^otignac^ ei » par suite de pousser le gouvernement à des mesures extrèmeâ', » c'est-à-<iire à des coups d'état. »
Ce membre protesta avec vigueur contre cette proposition rédigée, non par un collègue (notons-le bien], mais par H. let>réfe(, ei parvint à la faire rejeter. Bans la chaleur de la discussion, pifesdé d'expliquer ses sentimens, il les manifesta ainsi : « Depuis cjuatanté » ans, les Français, par suite de la révolution, ont d'autres mœuré, » un autre caractère, et Surtout des besoins moraux à satisfaire'; » ils ont conquis des droits et des libertés qu'ils veulent conserva )> à tout prix : peut-être, avec ces idées révolutionnaires, s'ont-Sè » à vos yeux des sujets mauvais et difficiles à gouverner. Soît ; » inais il faut les prendre conune ils sont, car les réformer ei les D taire rétrograder, c'est chose impossible; ainsi donc, si le roi de » France veut être le roi de Coblentz, des émigrés et des prètreé, » au lieu d'être le roi de tous les Français.tels que la révolution » les a faits, tét ou tard il arrivera de deux choses l'une, ou le roi » chassera de France tous ces Français incorrigibles, ou les Fran- » çais repousseront de la France le roi et sa famille. x>
Ces avertissemens étaient 4urs sans doute, mais ils étaient]aussi sincères qu'utiles et courageux ; les événemens ont prouvé A le citoyen qui les donnait était plus ennemi des Bourbons de la branche atnée, que ceux qui leur conseillaient dés eaupê tétai.
Au reste, aucun fait ne démontre que Tes constitutionnels aient songé à conspirer autrement que par d'ède^ques remontrances ; et, au lieu d'avoir organisé de loin une résistance, ils se sont trouvés pris au dépourvu par les fameuses ordonnances reniées jusqu'au dernier moment par leurs auteurs, qui poussèrent même l'hypocrisie jusqu'à envoyer, le 24 juillet, aux députés des lettres closes pour la convocation des chambres, au 3 août suivant.
Ces lettres sont en date du 21 juiUet 1890 ; ainsi personne n*a-' vait pu prévoir que lesordonnanoes paraîtraient le 26. On sait quelle iut la surprise générale à leur apparition ; les constitutionnels s*at-
iendaienisi peu à cet acte de démence que, sans Finitiative prise par le peuple, ils se seraient trouvés vaincus sans avoir pu combattre. Les chefs de^e parti étaient sans aucuns moyens de défense ; rien de plus facile que de les empêcher de se réunir. Plusieurs même, tels que MM. Lafayette et Lafiitte,se trouvaient absens au moment deFaction engagée entre le peupleet la garde royale. Ils ne sont arrivés à Paris que dans la nuit du 27 au 28, et n'ont pu assister qu'à la seconde réunion de leurs collègues, le mercredi matin 28, chez M. Audry de Puyraveau ; cependant on a voulu leur attribuer une influence absolue sur T élévation du duc d'Orléans au trône ; certes, ces deux grands citoyens avaient réellement sur les masses un haut ascendant, que leur avait valu un dévouement éprouvé aux intérêts populaires ; mais on verra dans le récit que nous allons Caire, que l'union entre les députés et le peuple, qui pouvait seule préparer et amener cet événement, avait été formée la veille par le petit nombre des membres de la chambre qui s'étaient rassemblés le mardi 2f7, chez M. Casimir Péricr.
Ce que nous énonçons est aujourd'hui reconnu par les légitimistes. Dans son numéro du 16 novembre 1836, la Gazette de France^ fait, à cet égaird, des aveux précieux que nous noud empressons de recueillir, et qui lui ont attiré les vifs reproches des feuilles de la même couleur; voici son article:
a Le roi do ("rance qui vient de mourir sur la terre d'exil , n'a » jamais été et ne sera jamais , aux yeux de la politique sincère , I) que la victime du pacte constituant de 18itk. La charte octroyée » renfermait les coups d'état. Louis XYIII les avait légués à son 0 frère; la faute de ce prince n'est donc pas d'avoir fait les or- » donnances de juillet , mais d'avoir fait le serment ^observer un » acte qui attentait à la fois à tous les droits de la religion, de la » royauté et de la liberté, d
Il y a sans doute erreur dans ce dernier mot; au lieu de la liberté y l'écrivain voulait dire de la légitimité.*
La conspiration contre les libertés publiques a été ourdie par
* Gazette de France da 14 avril 1837 : « Ainsi le roaage parlementaire elle • rouage gouvernemental sont engrainés de telle sorte, que le contact de ces » deux rouages fait tourner le dernier en sens inverse du , premieret que la » roue parlementaire, en croyant jeter hors du système le point qui fait ob- » stacle i son mouvement, le porte aux nues.
% C'est ce qui s'est vu sous Ixtuis XYIII à IVgard de M. Decaxes qui montait
la coUr et les légitimistes ; inaLs ni les députés , ni les citoyens n'avaient tramé de complot pour renverser Charles X et sa dynastie ; c'est là précisément ce qui a fait réussir les constitutionnels,
A une provocation impie , à une attaque insensée , le peuple surpris s'est levé tout entier pour venger ses droits outragés et combattre ses ennemis.
Il faut le dire, la révolution de juillet a été opérée par tout le monde ; elle est l'œuvre de tous, et non celle de quelques hommes ; en cela consiste sa gloire et sa force.
Ce fait si remarquable de la victoire populaire suffirait seul pour réfuter l'assertion des légitimistes qui affirment avec confiance que des forces plus considérables réunies dans Paris par le gouvernement auraient empêché la révolution ; mais, indépendamment de ce que l'histoire de la révolution nous raconte des troupes qui rassemblées autour de la capitale par Louis XYI se seraient jetéeà; dans la cause du peuple si la cour ne les eût éloignées , nous pouvons trouver de nouveaux argumens contre nos adversaires eii examinant la composition de l'armée.
Elle se recrute de jeunes soldats tirés de tous les rangs du peuple français et astreints, avant 1830 , à huit ans de service ; levés dans une population généreuse, destinés à rentrer un jour dans son sein , ils partagent l'opinion de leur famiHe c'est-à-dire l'opinion publique; ils ne sont ni des mercenaires, ni des soldats à vie comme dans certains états de l'Europe. Comment donc les légitimistes se sont-ils aveuglés au point de se flatter que pour l'avantage d'une royauté parjure, d'une émigration coupable d'avoir appelé les ai^ mées de l'Europe au milieu de nous , des soldats citoyens ne finiraient pas par se ranger du parti de leur père, de leurs sœurs , de leurs mères , de leurs parens et de leurs amis ! . . .
Qu avons-nous vu dans les journées de juillet? les soldats de la ligne n'ont pas voulu se battre contre les citoyens ; plusieurs régi-» mens ont passé leurs armes aux habitans de la capitale : la garde elle-même s'est battue mollement, non par crainte, mais par la ré-
> d'un cran à chaque coup de majorité. C'est ce qui s'est vu plus récemmenl » à l'égard de M. de Polignac, que les ?2l ont élevé à la dictature. >
On sait ce qu'a produit, dans ces deux cas» le phénomène de l'engrenage : ' M. Decazes est tombé après la catastrophe du duc de Berry ; M. de Polignac