A FAIT BRISER LE TRONE
pugnance invincible quelle éprouvait à faire feu sur des Français. Ce n'était donc pas avec deux régimens suisses et quelques régimcns de la garde de plus ou de moins que l'on pouvait espérer de soumettre Paris et sa courageuse population.
Et puis, la Normande tout entière n'étaitp-elle pas soulevée et n'envoyait-clle pas des forces au secours de la capitale I...
Est-ce que Nantes aussi n'était pas en insurrection 1 Est-ce que Metz, cette place si importante, n'avait pas déjà arboré le drapeau tricolore I....
Aiiisi toute la France se levait ou allait se lever ; et Tannée ne pouvait manquer de se réunir à la nation. Avec plus de forces dans Paris , on aurait peut-être pu soutenir la lutte pendant six jours au lieu de trois ; on auraii pu verser plus de sang; on aurait pu , si on le veut , comprimer un instant le mouvement ; mais cette compression n'eût été que passagère : les. départemens dégarus^ de troupes, et même ceux où il y avait des soldats , auraient continué à s'insurger et à s'armer : Paris , soutenu par la France, se serait empressé de recommencer le combat , et tôt ou tard la Tictoire, restée aux masses , eût réduit Charles X et les siens à une fuite précipitée.
Nous le répétons , ce n'est pas avec quelques régimens de plus ou de moins que l'on outrage impunément une nation brave et fière, et que l'on fait courber sous le joug 33 millions d'hommes libres.
Voilà notre réponse aux légitimistes ; quant aux assoiioDS de quelques publicistes sur la révolution de juillet et sur la nouvelle royauté, les faits que nous allons citer prouveront à toui lecteur impartial que ce ne sont ni deux ni quatre individus qui ont fait la révolution de juillet et appelé au trône le duc d'Orléans ; ces mêmes faits démontreront encore qu'il n'y a eu déprogramme dt l'Hôtelde- Ville que dans l'esprit de quelques hommes intéressés à imaginer cet acte.
Entrons en matière.
Les ordonnances parurent le lundi 26 juillet. Quand on vint nous les annoncer, notre surprise fut si grande que nous refusâmes d'y croire jusqu'à ce que nous les eussions lues dans le Mimitewr.
Le soir même, douze à quinze députés se réuniront chez M. de Laborde ; mais, trop peu nombreux pour rien décider, ils s'ajourne-
reiii chez M. Casimir Périer, au mardi 27 juillet , à deux heures ij^rès inidi.
Voici les noms des députés présens à Paris qui se trouvèrent i cette réunion mémorable , autant par Falliance qui s*y forma entre le peuple et ses représentans , que par les déterminations décisiTes qui y furent prises.
ÈAî Andty de Payhttèau, Mlf . Maugulh, 3 Baillot, 17 Méchin,
3 Bavoust. 18 llatk^eu-Domas (mort),
4 Berlin dé Vaux, 19 Milleret,
5 Bérard, 20 Odier, dÇtordeU 21 Persil,
7 Dapin alnë, 22 Périer (Casimir) (mort),
8 Dupin (Charles), 23 Périer (Camille),
9 Delessert, 2^ Salverte,
}0 Gi^izot^ , ; ^ Saint-Aiçian,
1 baron Louis (mort), 26 Sébastiani, 18 Làbey de Pômpières (dort), 27 de Schonen,
13 Laborde» 28 Vassal (mort),
14 J. Lefèvre, 29 Voysin de Gartempe,
15 raàreschal, 30 ViUemain.
La réunion était présidée par M. Labey de Pompières: la discussion s'ouvrit aussitôt sur la situation où les ordonnances plaçaient la France et la chambre des députés , et sur les moyens A employer pour combattre et arrêter les funestes conséquences des résolutions royales. Plusieurs avis, diverses observations furent successivement présentés et vivement discutés, sans amenet* aucun résultat; personne ne voulait poser la question sous sa véritable face.
Frappé de cette vérité , et reconnaissant qu'on passait à délibérer un temps perdu pour Faction , un député de la IfodèUe demanda la parole, et dit :
« Messieurs , il faut hardiment aborder la difficulté ; le temps » presse, je pose ainsi la question sur laquelle nous devons déli-* » bérer avant toutes choses.
» Reconnaiiionê-4ioui ou ne nconnaùsont-nom pas la ùfdoH'^ » nanceê ? Si nous les reconnaissons , nous ne sommes plus dépu- » tés ; dés-lors , nous n'avons plus qu'à nous retirer dans noa » foyers et i subir le joug.
» Si, conuneje le pense, nous ne reconnaissons pas les or- ^ donoances , protestons contre elles, présentons-nous à la cham*
» bre le 3 août et employons tous nos eiïorts pour empêcher » les électeurs de se rendre aux prochaines élections , car tant )) que nous n'avons pas été légalement dissous, nous restons les )) véritables représentans du pays ; et, à ce titre , nous saurons » défendre ses droits à nos risques et périls. »
Une proposition aussi tranchée rencontra de grandes oppositions; mais elle fut énergiquement appuyée par M. Mauguin qui , dans le cours de ces graves événemens , montra le dévouement le plus courageux. Un autre député surtout* se prononça contre cette proposition , avec la plus grande vivacité, en la qualifiant de réooluiionnaire; Fauteur lui répondit: « Quand on proclame. si au- » dacieusement la contre-révolution , nous ne savons qu'un moyen » de la combattre, c'est défaire une révolution. »
Engagée sur ce terrain, la question était débattue avec chaleur, lorsqu'on >int annoncera l'assemblée qu'une députation des électeurs de Paris demandait à être entendue. D'un avis presque unanime , elle fut introduite : H. Mérilhou la présidait et était accompagné de quatre autres citoyens , parmi lesquels foraient M. Gisquet, M. Boulay de la Meurthe fils et M. L. Féron.
Voici , en peu de mots , le résumé de son allocution :
« Nous sommes envoyés vers vous , messieurs les députéa, par » les électeurs de Paris et les nombreux citoyens qui marchent i> avec eux : l'arrivée au pouvoir de M. de Polignac nous avait 1» tenus en garde contre les coups d'état ; aussi, à l'apparition » des ordonnances , et sur l'invitation qui leur fut adressée, les » membres des bureaux des précédentes élections se sont spontané* » ment réunis ; dans cette assemblée , les citoyenset les électeurs D ont déclaré qu'ils reconnaissaient l'autorité des bureaux et qu'ils )> étaient prêts à obéir à leur impulsion. C'est donc au nom de » tous ces citoyens généreux , formant l'immense majorité de la » population de Paris , que nous venons vous déclarer : *
» Que nous ne reconnaissons pas les ordonnances ;
» Que nous protestons contre elles ;
» Que dés ce jour nous refusons de payer l'impôt ;
» Que tous les ateliers vont être fermés ;
» Que MM. les journalistes qui étaient à hi réumon des élec- ^ teurs ont pris, à l'unanimité, la résolution de protester contre
* r.e pa>s.-igp a éW soumis: à M. Mérilhou qui l'a reronnu fiacl.
» les ordonnances qui suppriment la liberté de la presse, et df » no pas s* y soumettre ;
» Et que nous sommes déterminés à résister à F oppression » par tous les moyens qui sont en notre pouvoir. x>
Uorateur termina en disant :
« Messieurs, le peuple vous reconnaît conmie les seuls dépu-* x> tés , les véritables mandataires de la France ; il a placé en vous » toute sa confiance ; peiU-il compter sur vous ? »
Oui! ouil s'écrièrent avec enthousiasme la plupart des députés.
« Eh bien! répliqua M. Mérilhou en se retirant, comptez $mr » toute la population de Paris. »
Dans ce moment , nous nous approchâmes de la députation pour lui recommander de bien dire aux citoyens que la réunion comptait déjà 150 représentans , tant nous craignions que le petit nombre de membres venus à cette assemblée ne produisit uq fâcheux eflet, si on venait à le connaître.
Après le départ de ces messieurs , nous dîmes au collègue qui avait traité notre proposition de révolutionnaire : « Vous voyez » bien qu'il fallait en venir à reconnaître ou à rejeter les ordon- » nanccs. »
Au même instant , on annonça qu'une députation des jeunes gens des écoles venait offrir aux membres de la chambre de les protéger et de les défendre ; la réunion chargea plusieurs de ses membres de remercier ces jeunes citoyens et de les prier surtout de ne pas s'exposer ; on leur donna l'assurance positive que les députés ne craignaient rien pour leurs personnes , et qu'ils MêXt^ raient remplir leurs devoirs.
Il fut arrêté ensuite qu'une protestation contre les ordonnaDces serait faite , signée et publiée , et que la rédaction en serait eon-^ fiée à M. Guizot. On l'invita i la soumettre à rassemblée qaà devait se tenir le lendemain matin chez M. Audry de Puyraveau } puis, dans la crainte de surprise ou de trahison, il fut convent» qu'on ne se réunirait jamais deux fois dans le i^ôme local.
Telle est l'entière et l'exacte vérité sur cette mémorable «étDce qui a cimenté entre les députés et le peuple une alliance indltaio^ lubie , qui a donné Timpulsion à la population » et enfin foi t décidé le mouvement de résistance changé, bientôt aprèi, en une
yietoire complète. DéjA , même avant la clôture de cette séance , des charges de cavalerie avaient eu lieu daps la rue Neuve-du- Luxembourg; dès le mardi soir, le combat s^engagea dans la rue Saint-Honoré et dans d'autres quartiers de la capitale. Plusieurs corps de troupes refusaient de tirer sur les habitans ; on vit des barricades s* élever sur tous les points, et chacun se préparait à la lutte décisive du lendemain.
On a dénaturé ces détails par esprit de parti et d'envie. Mids il iaut que la vérité se fasse jour; il faut surtout que ceux qui ont engagé une pareille lutte et ceux qui y ont concouru , en jouant leurs tètes contre Us deux œmmimons miUtam$ créées par 11. de PoUgnac, recueillent le fruit de leur dévouement, au moins par la publicité de leur conduite.
Pendant la nuit du mardi au mercredi, et dés le point du jour, nous recevions, par des voies souvent tnen opposées, des renseignemens sur la marche des événemens. Des païennes attachées au chftteau et A rétat-major-général et d'autres citoyens veoaieiit nous faire part de tout ce qui se passait dans divers quartiers de la capitale. A ce sujet, nous citerons seulement deux rapports qui nous donnèrent les plus grandes espérances.
Un de nos braves compatriotes, ancien capitaine de la garde impériale , vint nous dire qu'il était chargé de la défense d'un point important , celui du carrefour de la Porte Saint-Martin. D expliqua conunent il avait disposé les nombreux combattant qu'il avait réunis dans des maisons avantageusement situées , pour obtenir des feux croisés ; d'après ce qui est arrivé hier, ajouta-lr-il, je réponds aujourd'hui de la conservation du poste que je iéfmh et de nos succès.
Accourut ensuite du faubourg Saint-Germain, la figure toute renversée, un de nos parens , grand légitimiste.
« Tout est perdu , dit-il; un régiment a refusé de tirer, et on a v> été trop heureux de le taire rentrer dans sa caserne. » Nous lui ftmes remarquer que la peur grossit les objets , qu'A pouvait avoir été induit en erreur. « Cela n'est que trop vrai, répUqua-l* » il, je le tiens d'un des ministres. » On doit imaginer avec quelfe satisfaction nous reçûmes cette dernière nouvelle; aussi ce fàt avec les plus grandes espérances que nous nous rendtmes, le mer-
credi 38^ chez M. Audry de Puyraveau, à travers les soldats et les flots d'une population soulevée.
L|i réunion des députés était plus nombreuse que la veille : ^e pouv^t s'élever à quarante membres ; parmi eux , on remarquait, avec la plus vive satisfaction , MM. Laffitte et Lafayette, arrivés de leyr campagne pendant la nuit.
La protestation rédigée par M. Guizot fut adoptée ; M. Coste, direçteiur du journal le Temps, voulut bien se charger de l'impression.
Dans le désir d'arrêter l' effusion du sang, l'assemblée nomma une députation composée de MM. Laffitte, Delessert, Casimir Péner, du général Lobau et du général Gérard , à l'eflet de présenter des propositions d'acconunodement à M. le duc de Raguse et à If. le prince de Polignac. Les députés offraient de se porter intermédiaires entre le peuple et le gouvernement , sous la condition que les ordonnances seraient retirées ei que le ministère serait chaujgé. La députation fut reçue poliment par le duc de Raguse , qui fit observer que, comme militaire, son seul devoir était l'obéisa^Dce, mais qu'il allait communiquer à M. de Polignac les ouvertures qui lui étaient faites.
Ce ministre les rejeta vivement et refusa de recevoir les députés. Qd assure même qu'il ajouta ces mots : « On ne traite pas pendant > le combat; quand il sera fini, on avisera à ce qu'il y aura à faire.»
Telle fut la réponse communiquée dans la soirée aux députés réunis chez M. Bérard.
Cependant, la lutte s'étendait sur tous les points de la capitale; l'ardeur des citoyens et le nombre des combattans augmentaient avec leurs succès ; les régimens de ligne ne void^ent plus se battre; la garde seule soutenait le feu , et encore avec une certaine répugnance. Pei^dant la nuit du mercredi au jeudi, l'engagement étajt général ; on n'entendait dans tous les quartiers que le bruit du tocsin, du canon et de la fusillade !
Enfin, la victoire se fixa du côté de la justice et de la cause nationale. La garde royale et les Suisses repousses de toutes parts, n'occupaient plus, le jeudi matin, que le Louvre et les Tuileries; ces postes leur furent enlevés avant deux heures de Taprès-midi.
Cependant, le 29 juillet, à midi, les députés, au nombre de trentesix à quarante, s'étaient rendus à l'hôtel de M. Laffitte, qui devint le quartier-général de la révolution.
— 22i — Dans ce inoineiit encore incertain, nous pressâmes vivement le général Gérard de revêtir son uniforme et de se mettre i la tète des troupes ; mais il déclara qn'il ne se rendrait i nos instances qu'autant qu un régiment viendrait se ranger sous ses ordres. Aussitôt de généreui citoyens allèrent bherchcr le 35«, stationné sur la place Vendôme, et ramenèrent dans la rue d'Artois , où il se mit en bataille. Alors le général Gérard monta A cheval , prit le commandement de ce corps et des autres régimens, qui ne tardèrent pas à suivre Texemple de leurs camarades , aux acclamations d*uhe foule immense qui accourait de toutes parts.
Pendant ce temps, la réunion des députés reçut dans son sein le géhéral Lafayetto qui s'exprima ainsi : a Messieurs , comme en D 1789 , les citoyens de Paris me font F honneur de m' appeler au » commandement de la garde nationale , mais avmU de fépomdre à » leurs vceux, j'ai cru devoir prendre votre aasentiment. n
Nous prions le lecteur de remarquer ces dernières paroles, elli*$ nous serviront à prouver plus tard que l'on a calomnié le général Lafayette en prétendant que, de son propre mouvement, il avait imposé au duc d'Orléans, à T Hôtel-do- Ville, le fBimeux programme imaginé à plaisir par quelques personnes.
Et certes, ce citoyen vénérable qui avait vu et admiré le zèle et le dévouement avec lesquels un petit nombre de députés s* était empressé , malgré tant de dangers , à défendre la cause de la liberté, n'était pas homme a s'ériger en dictateur sans avoir reçu ni invitation des députés, ni mandat du peuple.
Après avoir prié le général lafayette d'accepter une marque de confiance qu'il méritait à tant de titres, la réunion s'occupa de nommer une commission municipale chargée d'administrer provisoirement la capitale, et de rassurer la France en l'éclairant sur ce qui se passait.
Les députés dont les noms suivent obtinrent la majorité des suffrages:
•'-IIM. LàlBttc 29
^^ Casimir Périer ^ ... 27
Le général Gérard 2G
Le général Lobau 20
* - ^^^^ n'ayant pu accepter, parce (pi'il était (li*«jà
chargé du commandement des troupes , et M. Odier ayant donné sa démission , on remplaça ces deux commissaires par IIM. de Schonen et Audry de Puyraveau ; H. Mauguin fut adjoint i la commission.
Dans rassemblée du soir, M. d*Argout demanda à être introduit ; il apportait de Saint-Gloud un projet de capitulation : Charles X offrait de retirer tes ordonnances et de remplacer le ministère Polignac par un autre ministère que présiderait H. de Mortemart, et où entreraient le général Gérard et M. Casimir Périer, etc. M. d' Argout se retira à dix heures, en annonçant la visite de M. de Hortemart, que quelques députés attendirent vainement jusqu'à une heure du matin.
Voilà l'analyse exacte et impartiale de ce qui s est passé à la réunion defl^^putés , pendant les grandes journées des 27, 28 et 39 juillet.
Maintenant, nous arrivons aux séances publiques dé la chambre; comme elles ont été reproduites dans le Moniteur et les autres jour* naux, nous n*én parlerons qu autant que les faits et les actes se rapporteront à l'objet que nous traitons.
Le vendredi 30 juillet, à huit heures du matin , quarante-cinq députés environ se trouvèrent à l'hôtel de M. Laffitte ; en ce moment le chirurgien de ce dernier étant venu pour panser une foulure dont il souffrait beaucoup, l'assemblée fut présidée en son absence par M. Bérard. Plusieurs de nos collègues communiquèrent en arrivant la pièce suivante , qui avait été répandue et affichée avec profu* sion dans Paris. De qui émanait cette pièce? Qui l'avait fait pubHert C'est ce que nous avons toujours ignoré , car les auteurs ne se sont jamais fait connaître.^
«Charles X ne peut plus rentrer dans Paris ; il a fait couler le » sang du peuple. La république nous exposerait à d'afl\reuses di^ D visions ; elle nous brouillerait avec l'Europe. Le duc d* Orléans » est un prince dévoué à la cause de la révolution ; le duc d'Or— D léans ne s'est jamais battu contre nous ; le duc d'Orléans était à » Jemmapes ; le duc d'Orléans est un roi citoyen ; le duc dX>rn léans a porté au feu les couleurs tricolores ; le duc d* Orléans peut
* On nous a assuré dernièrement qo*eUe était sortie da cabinet de H. LaffiUe.
n seul les porter encore ; nous n'en voulons pas d* autre : le duc j» d'Orléans ne se prononce pas , il attend notre vœu; proclamons » ce yœu, et il acceptera la cbarie comme nous Tavons toujours B entendue et voulue ; c'est du peuple français qu'il tiendra sa cou- » ronne. ».
Un grand nombre de député» approuva cette proposition ; on la regardait comme le vœu général des Français. Dans la position où nous étions placés, entre Charles X devenu impossible et la république qui commençait à gronder, on était trop heureux de trouver, pour former la clé de la voûte constitutionnelle^ un prince pareil au duc d'Orléans.
Cependant, comme une telle proposition devait être traitée avec une mûre réflexion et toute la solennité convenable, il fut décidé que nous nous réunirions, à midi, dans la chambre des^^tés.
La séance ouverte à l'heure fixée , M. Laffitte préside l'assemblée ; MM. Benjamin Constant , Guizot , Villemain et Béràrd sont désignés comme secrétaires.
tlne députation de cinq membres est envoyée à la chambre des pairs, pour nous mettre en rapport avec elle.
En ce moment, on introduit M. de Sussy , pair de France , qui se présente, au lieu de M. de Mortemart , pour communiquer à la chambre les nouvelles ordonnances de Charles X ; elles étaient datées du 25 et nommaient au ministère MM. de Mortemart» le gêné» rai Gérard et Casimir Périer ; après avoir entendu la lecture de ces ordonnances, la chambre refuse de les recevoir et renvoie M. de Sussy à la commission municipale.
Au retour des commissaires envoyés à la chambre des pairs, l'assemblée vota une adresse au duc d'Orléans, pour le prier de venir exercer les fonctions de lieutenant-général du royaume. Sur cinquante députés présens, quarante-sept votèrent pour et trois contre l'adresse. •>
Une conunission de douze membres, chargée de porter cette adresse au prince, n'ayant pas trouvé son altesse au Palais— Royal, lui fit connaître, par une lettre, l'objet de son message, en le pressant de se rendre dans la capitale. Le duc céda enfin à ces instances, et arriva au Palais-Royal i onze heures du soir.
Nous exprimerions difficilement qu elle fut notre satistACtion lorsque , pendant la nuit , on vint nous annoncer l'arrivée du
cn^nioiis 9011 refos d nous «n caktilkNis a^piac toiÉte les flcfaciises coosècpieiKes. Défà iMN^ s'Scwer et meacr k a néle ranaidiie, k «em et Ti»-
HemeaseoMol œs Ûcheax pronostics dispaiuRol, et le lende-^ I, le duc d*Orlé«Ds fit coimltre à k dwnkro et «q peuple
Ak sémee de ce jour, 31 juillet, k duunkre» après «Toîr entendak lecture de kprockmatioo du pnnce^, crat nécessaire dTy répondre ptr un manifeste adressé au peuple français.
Cet acte important qui rappelait toutes les modifications i faire i k cliaite, toutes les garanties nécessaires au maintien de nos li-bertés, est trop connu pour que nous le rapportions ici ; il suffira de dire qu'il fut signé par quatre-ringt-onze députés et porté au prince par k chambre en corps.
Nous renonçons à peindre les transports d*allégresse et d*en~ thousiasme avec lesquels les députés se virent accueillis sur leur pass^^. Cétait en eflet un sujet de joie immense pour cette héroïque population, d* apprendre qu*une aussi grande et une aussi juste révolution allait se terminer par T avènement d*un prince environné de Festime et de la confiance publiques.
Du Palais-Royal, le duc d^Oriéans à cheval, entouré de tous les députés,9e rendit i rHôtel-de-yille;les mêmes acclamations éclatèrent sur son passage et redoublèrent encore à la lecture de la proclamation de la chambre.
Voilà le seul, U véritable programme de V Hôid-^e-Yme ^ voUà celui qui a été rédigé par les représentans du peuple, par ceux-li seuls qui avaient^ssion pour le faire ; voilà le programme qui a été reçu avec reconnaissance et transport par la presque totalité de la population de Paris et de la France entière.
A Tappui de nos assertions, nous rapportons ce qu*a écrit notre collègue H. Bérard, dans ses souvenirs historiques, sur la révolude juillet:
a Je n'entends point parler ici d'un programme sur lequel on a » cherché à épiloguer et à jeter du ridicule, parce qu'il ne repo- » sait, s*il a existé^ que sur des paroles, plus ou moins vagues , » plus ou moins fugitives. »
Tout autre programme n*a pu être conçu que beaucoup plus tard
et par des hommes qui n* avaient aucune mission pour contracter avec le prince, lui impoeer des engagemam^ et recevoir de lui des promesses qui ne devaient être faites qu'à la^pation.
Au surplus, voici le pn^ramme qui a été dressé et publié seulement eu juin 1681, par T organe le plus avancé du parti républicain (THbunt, 16 juin 1831].
Ses principales dispositions étaient les suivantes :
« 1 * La souveraineté nationale reconnue en tête de fat constito- » lion comme le dogme fondamental du gouvernement;
» 2^ Point de pairie héréditaire \
y> 3 Renouvellenient complet de la magistrature;
ut h' Loi municipale et communale sur le principe le phis large n'de r élection. Pas de cens d* éligibilité^
» 5* L'élection appliquée à toutes les magistratares inférieures;
» G"" Plusieurs autres dispositions touchant les privilèges et les » monopolesqui paralysent Findustrie, etc., etc. ;
» V Tout cela adopté provisoirement et devant être soumis à la » sanction de la nation^ seule capable de s'imposer le système de M'igouvernement qui lui conviendra, o
Le 7* paragraphe, qui met la charte au provisoire, renfermait i lui seul tout un avenir gros de révolutions et de guerres civiles.
Certainement ce n'est pas le général Lafayette qui aurait reçu de ces messieurs un tel acte, et qui, au mépris des droits des dé— pûtes de la France, se serait permis, de son autorité privée, deTimposer au prince ; n'est-ce pas ce citoyen modeste et vénérable qui avait dit aux Parisiens dans sa proclamation du 30 juillet (voir le Moniteur du 31 juillet) : «Mes chers concitoyens et braves » camarades, la confiance du peuple de Paris m'appelle encore une » fois au commandement de la force publique. J'ai accepté avec » dévouement et avec joie les devoirs qui me sont confiés, et, de » môme qu'en 1789, ^e me sens fort de Vapprobation de mes hono- » râbles coUègueSy aujourd'hui réunis à Paris, etc. ! »
Après des déclarations aussi loyales, le général Lafayette pouvait-il pousser l'oubli de ses devoirs et le mépris pour ses collègues jusqu à vouloir usurper leurs pouvoirs?
Mais voyons ce que faisait Charles X pendant le cours de ces événemens. Efirayé de se trouver dans un palais trop rapproché
de la capitale» il se rendit, le samedi 31 juillet, à Trianon , les portes de Versailles lui ayant été fermées. »
Pendant 1q repas, affectant une certaine gafté, il dit aux per^ sonnes qiii Teùtotitaient : « Il fku(t se résigner ; Forage sera passa^ » ger : cè'^^tit, djbuta^-il, lés œnH jours dti HMrd/inna, mab ils » ne dureront pas autant que ceux de Temperéi/r. »
Malgré cette as^m^ance affectée, la famille royale n*en éprouvait pas moins mrai grande terreur: aussillBe décida«*lr-eile à partir dans la nuit pour Ramboaîllet. Tout le monde contait la marche des volontaires parisiens sur cette résidence royale et T influence que cette démonstration exerça sur T^sprit du roi. Dans cette circonstance décisive, la fermeté qu'il avait montrée lorsqu'il se croyait sûr de vaincre les Parisiens et de les punir, l'abandonna tout-àfait ; il parut à Rambouillet tel qu'il fut à l'armée des princes, tel qu'il fut à riiee-Diçu, lors de la guerre de la Vendée.
Le petit-fils de Henri IV, àla tète d'une garde de 25,000 hommes, avec huit régimens de cavalerie d'élite et soixante pièces de canon attelées, pouvait se retirer dans la Vendée, et y combattre; dès le 29 juillet, c'était l'objet de notre plus vive appréhension ; en effet, une fois arrivés dans cette province dévouée, les membres de la famille royale auraient pu appeler et voir arriver à leur secours les armées de I9 Prusse, de l'Autriche et de la Russie. Qu' avions-nous à opposer 4 de si formidables auxiliaires? il ne restait plus en France que la moitié de qos régimens d'infanterie et presque tous désorganisés. * Nos places étaient désarmées et sans approvisionnement , notre cavalerie peu nombreuse et mal montée, notre artillerie sans attelages, etc., etc. Le crédit public était en outre ébranlé dans ses fondemens; une^crise commerciale sans exemple paralysait les manufactures et entraînait la ruine des premières maisons de banque et de commerce.
Sans doute, Charles X ne trouva autour de lui, au moment du danger, aucun conseiller dévoué, aucun honrnie capable d'une résolution énergique, car il consentit, le 3 août, sur les dix heures du soir, i sortir de France et à s'embarquer au port de Charbourgl...
' Ondoil te rappeler qa'i cette époque, plus de trente règiiii,$iit étaient diiféminés à Alger, tai Antilles et en Grèce.
Nous étions loin de croire à une détermination qui dénotait une faiblesse aussi inconcevable ; car, dés le 31 juillet^ craignant que les trésors de la Casauba, qui étaient encore dans la rade de Toulon sur les vaisseaux qui les avaient transportés d'Alger, ne reçussent une destination pour les côtes de Bretagne, nous envoyAmes dans ce port les dépèches tél^rapbiques suivantes.
Au payeur de la marine^ à Tbuhm.
« Je vous ordonne de ne tbus dessaisir des fonds d'Alger que » pour les envoyer à Paris quand je vous le prescrirai. »
Au préfet maritime, à Toulon»
a Je vous prie de veiller à ce que les fonds d'Alger ne sortent de » Toulon que pour être envoyés à Paris quand je l'aurai prescrit. »
Le lendemain, on nous répondit» par la même voie» que ces ordres seraient exécutés.
n y avait à Toulon, sur quatre vaisseaux, 50 millions ea or et 12 millions dans la caisse de réserve. Avec de telles ressources et une année de 25,000 hommes de troupes d'élite, on pouvait tenter encore le sort des armes ; on devait résister et combattre quelque temps, ne fût-ce que pour dire ensuite conune François I*' : a Tout est perdu, fors l'honneur. »
Pour donner une idée de la cour de Charles X dans des circonstances aussi graves, nous joignons aux pièces justificative» un rapport succinct et rédigé à la hâte de ce qui s'est passé à Saint- Cloud pendant les derniers jours de juillet. Ces notes nous ont été remises par un des chefs de di\iision de la maison civile du roi» et pour nous assurer de leur exactitude, nous les avons soumises à un dés premiers officiers de la couronne qui les a trouvées conformes A la vérité. C'est par ces motifs que nous les taisons imprimer sans y faire le moindre changement. (Voir pièces justificatives» n"* 1.)
Rq)renons la suite des événemens qui se consommaient à Paris.
Le 1" août, la commission municipale vint résigner ses pouvoirs entre les mains du lieutenantr-général ; le même jour» le prince nomma :
MM. Dupont, ^u département de la justice ; Général Gérard, i celui de la guerre ; Baron Louis, à celui des finances ; Gui2ot, i celui de l'intérieur.
Il se résenra de pourvoir plus tard aux autres ministères. Le 3 du même mois, il fit l'ouverture des chambres.
L'heureux et prompt succès de cette révolution, le dévouemeiitet le patriotisme des députés, ainsi qae la sagcjsse des mesures qu'ils avalent prises, devaient mériter la confiance des citoyens e( Uipser la capitale jouir, avec calme, d'un aussi beau triomphe. Il n'enfqt pas ainsi: des hoBunee^ exaltés et.mécQ(iteiis ^agjitaient^ toutes parts e|t s^ réunissaient souvent : <|éjà ils formaient des clubs , cherchant à entraver, par tous les moyens, l'organisation du gouvernement, afin de provoquer rétablissement de la république. Heureusement, ces projets furent déjoués par la fermeté des chambres^
Après la vérification des pouvoirs de ses membres, qui eut lieu les 4 et 5 août, la chambre des députés se constitua par la npiçination. de son bureau définitif.
Enfin, à la séance du 6 août, M. Bérard présenta la fameuse pioposition sur la réforme de la charte.
Son projet fut renvoyé à une double commisnon qui, vu l'urgence des circonstances, dut Caire son rapport le jour même dans une séance de nuit fixée à neuf heures. Il Callait se hâter, car l'orage grondait^ autour de nous.
En effet, les républicains, un instant comprimés , reprenaient de la consistance, et les royalistes-ultra, fidèles à leur vieux système, venaient augmenter le nombre de nos adversaires, en se présentant sous la livrée de républicains rigides.
Déjà leur influence se faisait sentir ; dans la soirée^ plusieurs centaines de jeunes gens, animés sans doute de sentioiens gêné-* reux, mais excités par de funestes conseils, obstruaient Fentrée de la chambre, du côté de la rivière, et blâmaient hautement les pro-* jets présentés à la discussion ; entre autres mesures politiques, ils réclamaient fortement et avec menaces la suppression de l'hérédité de la pairie. Ce fut avec peine que le géBéral Latayette, que Benjamin - Constant et d'autres députés parvinrent à les éloi^ gner.
Après cet incident, la séance s'ouvrit ; la chambre» avant d'en^. tendre le rapport présenté par M. Dupin, au nom de la commission,, reçut communication de Facte d'abdication de Charles X et du dauphin, et en ordonna le dépôt dans ses archives. Ensuite, elle
vota rimpression du rapport et s'ajourna au lendemain mathi, 7 août, pour le discuter.
Dès huit heures, le Palais-Législatif était encore entouré par les jeunes gens de la veille, mais en nombre plus considérable. Après avoir envoyé une députation conCérer avec le général Lafayette et d* autre» députés, ils promirent de faire accueillir sana réclamation ce que k chambre voterait ; mais ils a\joutôrent qu'ils ne pouvaient répondre de ce qui arriverait, si toui n'était pas ier--. mùU dani la journée.
Après une discussion qui dura jusqu'à cinq henres du soir, la nouvelle charte fut adoptée à la majorité de 219 boules blanches contre 33 noires. Nous en parlerons au chapitre deuxième»
Enfin, sur la proposition de son président, la chambre décida que, sur-le-champ, elle irait en corps présenter au duo d'Orléans Tacte par lequel la France libre et indépendante l'appelait au trône.
Ainsi se termina, en douze jours, la plus glorieuse, la plus grande et la plus juste des révolutions ; ainsi, par la fermeté et la sagesse de quelques députés, furent déjouées et renversées les tentatives Kberticides des légitimistes et les projets anarchiques des républicains. Ainsi, grâce à la rapide exécution de ses réformes» la chambre des députés donna une charte libérale à la France, appela une nouvelle dynastie fondée sur la souveraineté du peuple» et ferma Fabtme des révolutions ! . . .
Sans doute l'acte constitutionnel de 1830 n'est pas parfait, mais il a sauvé la France de l'anarchie et, par suite, de la guerre étrangère et d'une invasion à laquelle nous n'aurions pu résister dans l'état de désorganisation où étaient nos forces militaires.
Quant au choix du duo d'Orléans pour ro^ nous répétons qu'aucune insinuation n'a été faite à ce sujet, ni à nous, ni à aucun des collègues avec lesquels nous sommes lié. Le nom du prmce était dans toutes les bouches ; son avènement a été imprévu ; son élection a été faite spontanément par tous les citoyens.
Un seul homme, le général Lafayette, dont les républicains vou-r laient exploiter le nom et la popularité, pouvait se vanter d'avoir sauvé la Franco de l'anarchie ; il a, du moins, contribué puissamment à son salut, en se ralliant franchement aux vœux de la population parisienne et aux travaux de ses collègues, et en
rejetant les tentatives des républicains qui lui offraient la présidence du gouvernement nouveau. Quant aux autres députés, ils n'ont ni plus ni moins fait que leors collègues.
On a pu juger aussi par cette narration fidèlb s^ïl eût été possible à un député d'oser mettre en avant le nom de Henri Y, cooune quelques royalistes le voulaient.
Quant à noos, noua déclarons aroir voté pour Favénement à la royautédn doc d*0rléans, non parce qu'ilétait du sang desBourbons, mais, l"" parce que, jeune encore, il avait porté la cocarde nationale et combattu , sur les champs de bataille, contre les ennemis de la France; %* panie qtie , élevé à l'école du ipalhèur, il s'était montré grand dans l'adversité ; 3° parce que, enl815, les royalistes lavaient attaqué et persécuté comme indigne du rang de prince français ; 4» parce que, en acceptant le trône, Louis-Philippe ne pouvait être mu par aucune considération d'intérêt, sa position comme prince français lui offrant plus de sécurité que celle d* un roi issu d'une révolution, ayant à lutter contre deux partis également intéressés à le renverser ; 5« parce qu'il nous a semblé que c'était pour le peuple français un avantage incontestable de trouver dans la famille chargée de présider à ses destinées, autant de vertus et surtout d'union. En effet, n'y avait-il pas dans les cinq jeunes princes, ayant tous reçu une éducation nationale et publique, d'immenses garanties pour le trône de juillet et nos libertés? 6"* enfin, parce que nous avions la conviction que le roi se rappellerait toujours l'origine de son élévation.
Et la preuve que la chambre des députés avait parfaitement compris sa position et qu'elle a dignement rempli son mandat, c'est que les partis légitimiste et républicain l'ont attaquée itee un rare acharnement et ne lui ont jamais pardonné sa conduito feftne, hardie et habile à la fois.