BUDGET DE LA GUERRE
Pour atteindre le but que nous nous proposons , il faut , avant toutes choses, établir la force de Farmée et fixer les dépenses qu'elle a occasionées , puis les comparer à celles qu'il était juste et nécessaire de faire ; à cet effet, nous puiserons les chiffres que nous allons présenter dans les Documens statistiques publiés par le ministre du commerce, en 1^5, et dans les comptes-rendus par les ministres.
Avant 1818, l'effectif de l'armée en hommes et en chevaux n'a point été constaté. Ainsi , pour les années 1816 et 1817, nous établissons nos calculs d'après des probabilités, c'est-à-dire d'après l'effectif de 1818.
Quant à 1814' et 1815, années de guerre et de désastres pour la France , comme il serait impossible d'avoir aucune base exacte , nous ne les ferons pas entrer en ligite de compte.
Toutefois, nous ferons observer que l'armée a coûté :
En 1814 252,783,000 fr.
En 1815 328,245,000
Pour obtenir des bases fixes et irrécusables, nous additionnerons d'abord les termes moyens établis pendant une période de treize ans, de 1818 inclus à 1830 inclus , dans les comptes du ministre de la guerre, afin de fixer ce qu'a coûté au trésor l'entretien annuel d'un, homme de guerre et cdui d'un cheval.
Cette addition donne :
Pour un homme 8,895 fr., soit pour une année. . 684fr. 23.
Pour un cheval 6,255 fr., soil pour une année. . 481 fr. 15.
L'addition du nombre d'hommes et de chevaux pendant cette période a été
De 2,783.811 hommes, soit.
pour un an. . . 21(h,000hom., en somme ronde. De 584,857 chevaux , soit
pour un an. . . 45,000 chev., en somme ronde. D'après ces bases, 214,000 hommes, dont 4,000 d'état-major, à 684 fr. 23 Tun, produisent une somme annuelle de 146,435,000 fr.
Et 45,000 chevaux, à 481 fr. 15 1* un, produisent. 21 ,652,000
Pour une année 168,077,000
Pour trdze années 2,185,000,000
Durant cette période, les budgets de la guerre se sont élevés à 2,731,537,000
D'où résulte une différence de 546,537,000 fr.
employés à des dépenses étrangères à la solde et à l'entretien de l'armée , telles que frais d'administration centrale , approvisionnemens, matériel d'artillerie et du génie, retraites, invalides, etc. , etc.
Nous ne discuterons pas l'emploi de ces 546,537,000 fr. qui présentent une dépense annuelle de 42,041,000 fr., et sur laquelle cependant on trouverait à coup sûr de grandes réductions i opérer. Nous trouverons assez de faits et d'actes à censurer pour passer sur ces dépenses sans les critiquer.
Établissons maintenant ce que l'armée a coûté depuis la révolution de 1830, à deux époques différentes.
Elle se composait , en 1832, de 389,273 hommes, dont 4,045 d'étai-major.
La solde et l'entretien ont coûté, en moyenne, par homme 522 fr. n y avait en outre 83,712 chevaux qui ont coûté, en moyenne, par cheval 485 fr.
Le budget de la guerre s'est élevé à 338,598,000 fr., en 1832.
Celui de 1837 est évalué à ^^,428,000 fr., dont 41,026,000 fr. sont portés en dépenses étrangères à la solde et â Fentretien des hommes et des chevaux.
L'armée est portée i 302,583 honmies, dont 3,844 d'état-major, et à 56,678 chevaux.
La dépense moyenne est fixée, par homme, à 528 fr., soit pour
302,583 hommes, oq somme ronde, à 159,764,000 b.
et par cheval, à 483 fr., soit pour 56,678 chev. . 27,375,000 tr.
Total 187,139,000~
Calculoiis ensuite ce que Tarmée aurait coûté en 1837, si elle eût été payée au taux commun établi sous la restauration.
302,583 hommes à 684 fr. 23 Fun 207,036,000 fr.
56,678 chevaux à 481 fr. 15 27,271,000
Total 234,307,000
Elle coûte sous l'administration actuelle. . . 187,139,000
Différence, ou économie annuelle qui a été obtenue par la nouvelle administration sur Tancienne 47,168,000 fr.
Il nous reste à relever les budgets de la guerre, pendant les années 1816 et 1817.
pour l'armée pour roccapatlon
fraoçaise. étrangère.
En 1816 , les dépenses se sont élevées à 218,000,000 146,800,000rfr.
En 1817, les dépenses se sont élevées à 180,560,000 182,700,000
398,560,000 329,500,000 En 1818, les dépenses se sont élevées i 151,302,000 145,140,000
L'armée, en 1818, se composait ainsi :
3,397 officiers généraux et d* état-major. 2,039 officiers de la maison militaire du roi. « 10,856 officiers de Tarmée.
16,292 Généraux et officiers.
103,603 SouS'officiers et soldats.
119,895 honunes et 29,511 chevaux.
Mais Tannée 1818 étant comprise dans la période des treize nées dont nous avons donné les termes moyens en commençtirtcel
article, nous ne la rappelons M que pour servir de base aux cal^
* Docuraenf, page M3.
— ai8 -
eob que nous avons à faire sur les dépenses de la guerre en 1816 et en 1817.
Le budget général de la guerre s'est élevé, pour 1818, â 151,30a»000 fr.
D'après le terme moyen de 811 fr. par homme» et de 537 fr. par cheval , fixé par le ministre » la solde et Fentretien de l'armée ont coûté 113,083,000
Reste, pour dépenses étrangères à la solde et à l'enCretieD 38,219,000
Les comptes des ministres ne présentant pas l'eflectif de Tannée en 1816 et 1817» nous pensons être large dans nos calculs, en le supposant intérieur d'un sixième seulement à celui de 1818.
Cela posé , nous rappelons que les budgets de
1816 et de 1817 se sont élevés à 398,560,000 fr.
dont il convient de déduire 38,219,000 fr. pour les dépenses étrangères à la solde et à l'entretien de l'armée , ainsi que cela vient d'être expliqué pour 1818 , soit pour deux années . . . 76,4^38,000
Reste donc 322,122,000
pour h solde et l'entretien non de 120,000 hommes et de 30,000 chevaux, mais (en réduisant ces quantités d'un sixième seulement} de 100,000 honunes et de 25,000 chevaux, pendant les deux années de 1816 et 1817.
Maintenant, il reste à calculer ce qu'auraient coûté la solde et l'entretien de ces 100,000 hommes et de ces 25,000 chevaux au taux commun le plus élevé des budgets de 1832 et de 1837.
Soit 528 fr. par homme , moyenne de 1837
— 483 par cheval. — —
100,000 honunes, à 528 fr. par an, pour deux ans 1,056 fr., coûtent 105,600,000 fr.
25,000 chevaux, à 483 fr. par an, pour deux ans 966 fr., coûtent 24,150,000
ToUl 129,750,000
Les déjpenses pour ces deux années ont été de ^0,122,000 c'est-i-dire de 1,310 fr. par homme, et de 1,907
par cheval pour chaque année. __^
N^ 1. Diiïérence en perte pour la France. 192,372,000
Exptiquons cette dépense excessire :
Elle provient de sommes détournées du budget de la guerre et appliquées à d'autres destinations, et des indemnités accordées aux émigrés sur ces budgets. On se rappellera que tous furent replacés dans leurs anciens grades, et que quelques-uns en obtinrent même de plus élevés ; qu*un grand nombre d'entre eux reçurent leurs traitemens arriérés depuis vingt-deux ans, etc., etc. Aussi le gouvernement s'est bien gardé de rendre aucun compte clair et détaillé , pour les dépenses de la guerre , pendant les exercices 1816 et 1817.
Reportons-nous ensuite aux dépenses de Tannée pendant la période des treize années de 1818 à 1830, en nous livrant aux mêmes calculs.
Nous avons établi , d'après les comptes des ministres , que Teffectif de Farmée avait été en moyenne de 2H,000 hommes par an, et de Ul,000 chevaux,
Qui, au taux âe528fr. par honune, donnent. 112,992,000 fr. — — 403 par cheval 21,735,000
Par an 134,727,000
Pour treize ans 1,751,451,000
D'après les comptes du ministère de la guerre que nous avons rappelés , la solde et l'entretien de l'armée ont été pendant ces treize années de 2,185,000,000
DifTérence à la charge de la France 433,549,000
Qui, avec la somme de 192,540,000
portée plus haut comme différence en perte
pendant 1816 et 1817, donne pour perte totale. 626,089,000
Nous nous empressons de justifier cette différence , en prouvant que nous n'avons pas exagéré ces charges énormes.
Elles proviennent de diverses causes. Pour abréger , nous expliquerons les cinq plus importantes:
1° 11 faut porter en première ligne la oiaison militaire du roi , qui a coûté :
En 1816 5,614,000fr.
1818 ministère du maréchal St-Cyr. . 1,S00,000
Totel 43,092,000
2* Il but tenir état de la difTérence qui existait entre les traitemens des généraux, officiers et soldats de la garde et ceux des oîRciers et soldats de la ligne.
Cette différence était bien plus considérable encore pour les régimens suisses de la garde royale.
Les quatre maréchaux de France attachés à la garde recevaient 92,000 fr. de plus que leurs collègues.
Les lieutenans généraux de la garde recevaient par an. 8,000 fr. de plus que leurs collègues.
Les maréchaux de camp delà garde suisse ... 4,000 — que ceux de la garde.
Les maréchaux de camp de la garde française .... 5,000 — que ceux de la ligne
Les colonels de la garde suisse 8,000 —
Un officier de la garde suisse * 2,367 —
Un officier de la garde française 920 —
Un soldat de la garde française recevait par an. . . 119 f. de plusque celui de la ligQC.
Un ollicier d'artillerie de la garde. 2,000 —
3« Il faut aussi faire état du nombre immense d*oiTiciers maintenus dans les cadres , proportionnellement à Tefiectif de Tarmée.
Pour en donner une idée , rappelons qu'en 1818 r armée comptait 16,292 généraux et officiers pour 103,603homme9.
Qu'en 1837 Varmée ncUionale comptait 17,308 généraux et officiers pour 285,275 —
Si en 1837 on avait établi le nombre des officiers dans la même proportion qu'en 1818 , il se serait élevé à plus de ^3,600 !...
i" Ces charges proviennent aussi du nombre excessif d'officiers généraux en activité de service.
En 1828 il s'élevait encore à 483, tandis qu'en 1837 il était réduit à 339 , dont 160 seulement en activité de service.
5** De la solde attribuée aux états-majors sous la restauration. Elle s'est élevée à 23,475,000 fr. en 1823, tandis que cette somme a été réduite à 18,346,000 en 1832.
et à 15,133,000 en 1836.
Telles sont les causes principales qui ont porté les dépenses du ministère de la guerre sous la restauration à la somme de 626,089,000 fr. au-delà de ce à quoi elles auraient dû s'élever , si les intérêts de la France avalent été ménagés comme ils le sontau*jourd'hui.
Nous avons encore deux remarques bien essentielles à faire sur les budgets de ce département.
Sous la restauration , les dépenses du matériel de l'artillerie se
sont élevées annuellement de 7 à 8 millions.
tandis que , depuis 1830 ,
ces dépenses ont été de 52,000,000fr. en 1831.
de 30,000,000 188S.
de 7,265,000 en 1837.
Il en a été de même pour le matériel du génie.
Sous la restauration, ces dépenses se sont élevées aunuellenient
de 8 à 10 millions.
Depuis la révolution , en 1831. 20,000,000 fr.
en 1832. 16,000,000
en 1837. 11,277,000
Voilà des dépenses bien entendues, puisqu'elles servent à entretenir nos places fortes et à remplir nos arsenaux.
Quoi qu il en soit, il n'en résulte pas moins une augmentation de dépenses de 1 ,600,000 fr. par an, sur le matériel du génie, la construction et les réparations des places fortes, comparées aux dépenses analogues sous la restauration.
A partir de 1825, la cavalerie et les équipages comptaient 46 à 48,000 chevaux, dont la remonte a coûté de 2 A 4 millions annuellement, savoir 3,752,000 fr. en i822, et 4,260,000 en 1828.
Depuis la révolution, les frais de la remonte, calculés sur 83,712 chevaux, qui existaient en 1832, se sont élevés à 3,036,000f. et , en 1837, pour la remonte calculée sur 56,680 chevaux , on a porté au budget 2,735,000 fr.
Nous prions de remarquer que nous avons mis hors de ligne les années 1823 et 1831 , années exceptionnelles , puisque pendant Tune la campagne d'Espagne a eu lieu, et que pendant la seconde le gouvernement de juillet a dû faire de grands préparatifs de guerre.
Nos calculs ont dû démontrer que , sous la restauration , non seulement l'administration était d'une incapacité incroyable, mais que les intérêts de la France étaient entièrement sacrifiés A un parti.
Nous puiserons la même conviction dans l'examen du budget de la marine.
Br> 5.