‹ La France depuis 1830Chapitre 89 sur 156 · US LA TROISIÈME RAC · texte numérisé non relu

US LA TROISIÈME RAC

Sous les princes de la troisième race (987), nos rois furentr-ils encore attaqués dans leur puissance par la noblesse et le clergé ligués sans cesse et soulevés contre leur autorité? L'histoire résout aflirmativement cette question.

Uugues-Capet, aidé par les leudes ou les grands seigneurs féodaux, ses pairs, usurpe le trône en taisant enfermer dans une tour le légitime héritier de Charlemagne, Charles de Lorraine.

Robert-le-Pieux est réduit à combattre sans cesse la révolte des grands.

La mère de Henri P' les soulève contre son fils, et, dans les temp9 qui suivirent ces deux règnes, nos annales ne sont remplies que des actes d'insubordination des seigneurs et souvent de leur alliance avec les ennemis de l'état.

Pendant le xi* siècle, l'histoire de l'aristocratie n'est qu'un tissu d'horreurs, de révoltes, d'assassinats et de guerres civiles ; on se bat de village à village, de ville à ville, de province à province ; les traités et les promesses les plus sacrés sont violés sans pudeur ; on s'attaque dans les temples ; on s'égorge au pied des autels ; cependant, comme il faut exister, on est forcé de s'arrêter et Ton convient d'une trêve qu'on appelle la paix de Dieu: c'ôst-à-dire qu'on jure, de se respecter et de rester en paix pendant deux ou trois jours par semaine; mais comment, avec de pareilles mœurs , garder la foi jurée? la paix de Dieu fut bientôt détruite, et, chose remarquable , ce fut un prélat qui la viola le premier 1

Rien ne peut être comparé aux maux qui accablèrent l'Eun^ et la France dans ce siècle funeste , noouné à juste titre le »iêcle de k^ féodalité ; jamais l'espèce humaine ne fut plus avilie, plus maltraitée et livrée à de plus cruelles misères ; on compta, pendant cette désastreuse époque, trois pestes et cinquante famines; la terre, sans cesse ravagée, était devenue inféconde.

Mais du milieu de tant de maux sortit cependant quelque bien.

Louis-le-Gros (1108) ne trouva d'autre moyen de résister è la féodalité qu'en diminuant les justices seigneuriales, en affranchi»-* sant les communes et les serfs. Ainsi, il opposa le peuple à Tambilion et à la jalousie de ses nombreux tyrans. ,

Pendant la minorité de saint Louis, les grands vassaux s'âp— puient sur T Angleterre pour attaqua* le roi.

Sous Jean~le-Bon, le roi de Navarre et les seigneurs . se joignent aux Anglais et soulèvent Paris contre le dauphin.

CharlesYmeurtàyincenneSyempoisonnéparCharles-le-MauYais.

n serait superflu de parler des malheurs de la France sous le règne de Charles YI, ils ne sont que trop connus.

Pendant ces temps affreux, les grands s'attaquent, s'assassinent entre eux , déchirent le royaume et finissent par Te livrer aux Anglais : on voit jusqu à la mère du roi, Isabeau de Bavière, se liguer avec eux et le duc de Bourgogne pour détrôner son fils.

Quelque temps après, dans la crainte d*ètre empoisonné par le sien, Charles YII se laisse mourir de faim.

Enfin, Louis XI, arrivé au trône en IMl, veut rétablir Fautoritéf royale ; aussitôt les grands forment la ligue au bien public et font' la guerre au roi, sous prétexte de soulager le peuple ; mais ils sont divisés et vaincus; dès ce moment, l'hydre de la féodalité a reçu une atteinte profonde.

Sous le règne de François II, les Guise s'emparent de Tautorité royale.

Le règne de Charles IX est rempli par les guerres de religion que termine la paix de 1570. C'est à l'ombre de cette paix trompeuse que Catherine de Médicis , les Guise et Rome conçoivent Tes m«9^ sacres de la Saint-Barthélémy (23—2^ août 1572) .

Trois ans plus tard les Guise établissent la sainte ligue , soutenue et soudoyée par l'Espagne.

En 1588, le duc de Mayenne est déclaré lieutenant-général dir royaume.

Le l^"* août 1589, le moine Jacques Clément assassine Henri III.

Henri IV, après avoir lutté long-temps contre les Guise, la ligue, Rome et l'Espagne, régne enfin ^orieusmnent; il préparait des jours de gloire et de bonheur à la France , lorsque après avoir échappé à vingt assassinats, il succombe sous les coups de Ravaillae (U mai 1610).

Après sa mort, les princes font la guerre i Louis XIII sous prétexte d'affranchir Tautorité royale usurpée par le maréchal d'Ancre. Plus tard, sa mère, Marie de Médicis, secondée par le duc d'Epernon , tente anssi de lever l'étendard contre le roi son fils. Mais.

Tillustre cardinal de Richelieu, le plus grand homme d'état qui ait jamais gouverné la France , acheva la tAche de Louis XI ; il sut soumettre et punir les grands. Gaston , firére du roi , fut vaincu , et Montmorency, son général, paya la révolte de sa tète. *

Enfin, sous la minorité de Louis XIV, on vit surgir la fronde et à sa tète un prélat factieux, l'archevêque de Paris. Turenne luimême , et le grand Condé plus long-temps encore , firent la guerre à leur souverain ; mais ce furent les dernières tentatives des prêtres et des nobles et, depuis ce grand monarque, l'autorité royale devint absolue. Aussi despotique que Richelieu , mais moins cruel parce qu'il était roi et investi d'une autorité incontestée, Louis fit passer les deux aristocraties sous le joug de son sceptre.

Après tous ces faits dont nous n'avons énuméré qu'une faible partie , les légitimistes viendront-ils se poser encore comme les seuls sujets fidèles, soumis et respectueux? viendront-ils affirmer qu'eux seuls sont et ont été les appuis de l'autel et du trdne? oseront-ils dire aux rois que les peuples seuls peuvent et veulent renverser les trônes?

Aujourd'hui les princes ont à choisir entre ces deux alternatives : régner pour l'aristocratie, ou régner pour la nation ; gouverner avec l'aristocratie, avec des ministres irresponsables, ou gouverner avec des chambres libremmt élues et des ministres responsables.

Aujourd'hui, ce sont les privilèges et non les trônes qui sont attaqués par la civilisation et les lumières.

Les légitimistes sont-ils plus fondés quand ils nous citent le bon VIEUX TEMPS, ce prétendu âge d'or où les hommes étaient classés, où chacun vivait heureux et content! Indiquez-nous de grâce le siècle où vous placez ce bon vieux temps, leur dirons-nous , et il nous sera facile de vous répondre. Serait-ce dans le moyenâge, ou sous la fin déplorable du règne de Louis XIY? sous le» saturnales de la régence et du cardinal Dubois? sous le régne hon^ teux de Louis XV et de la Dubarry?

Mais nous entendons les légitimistes nous opposer les horreurs et les crimes commis pendant la révolution française, tandis qu'ils oublient les bûchers des Albigeois, les massacres de la Saint-Barthélémy, les dragonnades des Cevennes et les calamités qu'a prodoi-> tes la révocation de l'édit de Nantes,

Entrer dans la diBcussion des actes odieux et des attentats qu^oot commis» réciproquement, les pards ennemis dans lachamement des guerres civiles ; opposer des crimes à des crimes , des cruautés i des cruautés serait nous entraîner beaucoup plus loin que nous ne le voulons et nous exposer à raviver des passions qui fermentent encore. Forcé de combattre des adversaires que nous respectobg» nous voulons le faire avec des armes courtoises, c'est-à-dire avec la force du raisonnement et de la conviction. Peut-être aussi est-ce le seul moyen de faire rentrer tous les Français dans le sein de la patrie qui les réclame comme ses enfans et les appelle à la servir. Nous abandonnons donc cette pénible discussion pour soumettre aux légitimistes quelques considérations qui nous paraissent pour eux de la plus haute importance.

Il faut le reconnaître, aujourd'hui il ne peut plus exister en France d'aristocratie de naissance et de privilège ; la seule qui soit possible désormais sera donnée par le travail, le courage et les. vertus, les talens et les arts. Aujourd'hui il ne suffit plus de nattre gentilhomme pour devenir colonel, ambassadeur, préfet, conseiller du prince, etc.; il faut se donner la peine d'apprendre, de travailler et de valoir quelque chose par soi-même.

La faible aristocratie qui a survécu aux révolutions de 1789 et de 1830 surnage et se débat en vain sur Focéan populaire ; chaque jour en voit engloutir quelques débris ; et si seize ans de restauration n'ont pu la reconstituer, malgré les efforts du pouvoir pour grefler sur elle la noblesse de F empire, comment, sans folie, oserait-on le tenter de nouveau après la révolution de 1830 !.

Ce ne sont ni nos révolutions, ni nos chartes qui ont commencé la démolition de l'élément aristocratique. Pour en connaître les auteurs, il faut remonter bien plus haut : à de grands ministres et à des rois eux-mêmes.

A Louis XI, qui porta aux grands et aux privilégiés les plus profondes atteintes.

A Richelieu, continuateur de Louis XI, qui leur imposa un joug de fer avec le glaive du bourreau.

A Louis XIV, qui les a tous abaissés sous le niveau de son sceptre ; à Louis XIV qui a ébranlé l'édifice aristocratique en épousant la veuve Scarron, en légitimant ses enfans adultérins, en

appelant la noblesse à Versailles et en lui donnant le goût du luxe et le besoin de la courtisanerie.

A la régence, qui, par la dissolution de ses mœurs et Timpiété la plus scandaleuse, a tourné en ridicule la religion et les vieilles institutions de la monarchie.

A la noblesse de cour principalement, qui , en se prostituant aux Pompadour et aux.Dubarry^ se donnait en spectacle et se tournait en ridicule devant un peuple spirituel et éclairé.

A cette même noblesse qui, n'obéissait plus qu'à deux passions : l'intérêt et les plaisirs ; et qui, pour rétablir sa fortune épuisée, se mésalliait avec les filles des pubbcains, etc., etc.

Voilà, dirons-nou# aux légitimistes, voilà les véritables -causes de votre renversement ; la révolution de 1789 n'a été que l'effet , que la conséquence des événemens passés et des fautes de vos pères.

Vous luttez apjourd'hui contre un fait accompli, et si vous voulez bien considérer que , depuis quarante-huit ans , vous en avez passé trente-deux dans l'exil et hors des affaires; que la population s'est augmentée , dans cette période , de neuf millions d'ames ; que le peuple est devenu propriétaire et éclairé ; que la classe moyenne est aussi instruite que grand nombre d'entre ivous; qu'elle est à la tête des ailaires, de l'administration, de l'industrie, des armées, du commerce, etc.; qu'au moyen des canaux, des routes, des chemins de for, de l'instruction répandue généralement, cette classe s'instruit et s'enrichit chaque jour davantage; d'un autre côté, si vous considérez que votre nombre tend sans cesse à se réduire; que vous n'avez plus ni majorats ni privilèges pour vous appuyer, et que le Code civil, en ordonnant l'égalité du partage des héritages entre les enfans, tend chaque jour à diviser les fortunes , yous penserer qu'il vous faut renoncer à de chimériques espérances et vous résigner à la plus inflexible des lois: cetUde la nécetsiié. Vainement vous lutteriez aujourd'hui contre elle; ce que vous n'avez pu reconstruire pendant la restauration, avec l'appui de la saintealliance , serait plus qu'impossible ai^ard'hui; vous mourriez tous à la peine, songez-y bieni Dans ce monde tout change, tout périt, tout se renouvelle: hommes, mœurs, lois et gouvomemeiis^ force donc est de suivre les siècles dans leur marche et dans leurs. fdées.

De ce que nous venons de dire, ne pensez pas que nous voulîona

Y0U8 proscrire, ou même vous repousser ; au contraire, nous dé— sirons tous éclairer et vous d^ider à rentrer dans le sein de la grande famille, à la senrir en vous y maintenant, à ne pas vous traiter vous-mêmes en ilotei, à ne pas vous classer en pariai. Vous voulez Henri V, non pour lui, mais pour vous; mais pour renou*veler la folie de reconstruire l'édifice de l'ancien régime , avec des éiémens de liberté et d'égalité. La cause du droit divin est perdue en France; cinquante années d'épreuves toutes contraires à vos vœux vous ont prouvé cette vérité Acceptez donc le gouvernement que la France a créé en 1830. Résolvez-vous à servir voire pays dans les différentes carrières qui sont ouvertes à vous et à tous les citoyens; sachez-le bien, il y a toujours honneur et profit dans l'accomplissement de ce devoir, et soyez persuadés que ceux qui agissent dans l'intérêt, la gloire et l'honneur de leur patrie, obtiennent toujours l'affection des peuples et la considération des gouvernans quels qu'ils puissent être. On a oublié la révolte de Turenne et du grand Condé ; on n'a pas oublié les services immenses (pi'ils ont rendus à leur pays, et la gloire qu'ils ont répandue sur ses armes. Comme ces grands honmies, et à leur exemple, servez la patrie franchement et sans arrière-pensée.

Que si vous hésitez encore, voici, ce nous semble, un motif qui

achèvera de vous convaincre :

II y a bientôt huit ans que la révolution de juillet est accomplie, et vous savez qu'au bout de dix ans les événemens passés sont du domaine de l'histoire, qu'au bout de dix ans une autre génératioD a remplacé l'ancienne. Vous ne pouvez le nier, le monde marche et le temps va plus vite encore; eh bien ! admettons que, quelques années de plus, vous bouderez la France de juillet et son gouvernement, que vous resterez confinés dans vos salons, dans vos terres et dans vos cercles ; qu'arrivera-t-il? Le voici :

Pendant ces dix ou douze années, la civilisation se sera développée, les inventions nouvelles se seront multipliées, les arts et les sciences se seront perfectionnés, etc., etc., et vousl vous serez restés étrangers à ce mouvement , vous n'aurez voulu être employés ni dans les armées de terre et de mer, ni dans la diplomatie, ni dans l'administration générale, ni dans les administrations dépars tementaleset municipales. Vous vous serez abstenus de toutes fonctions publiques ; cela sera fâcheux sans doute, mais pour qui? pour

vous seuls, car le pays aura marché , aura été gouverné sans penser à vous le moins du monde. La nation aura reconnu que, sans Tancienne noblesse, on peut trouver des ministres, des maréchaux, des amiraux, des généraux, des diplomates, des conseillers d'état, des préfets, des administrateurs et des employés de tous les grades et de toutes les classes. Peu à peu vous perdrez toute influence» et la nation vous oubliera.

Mais si vous envisagez cette question sous une autre face, vous trouverez une solution encore plus fâcheuse pour vous.

Admettons que, sans trahisons, sans des désastres pour la France, sans l'aide de Fétranger, des événemens imprévus rappellent, au bout de douze ou quinze ans d'absence, l'objet de tous vos désirs, le prince que vous nommez légitime ! Alors, que ferait-il de vous, et sur qui s'appuierait-il pour gouverner?

Si vous voulez qu'il régne glorieusement sur un peuple éclairé et brave , sur un peuple de 34 millions d'ames , il faudra qu'il emploie des hommes instruits, au courant des lois , des affaires , des besoins publics ; sous peine de faire une classe immense demécontens, il ne pourra renvoyer tous les honunes en place, et les remplacer par vous, messieurs, gens fort honorables, fort honnêtes sansdoute, mais alors étrangers tout-à-fait, et par votre faute, aux affaires du pays et à son administration.

S'il agissait au gré de vos désirs , il se perdrait , car la France ne pourrait vous supporter, et vous ne voudriez pas renouveler l'épisode de la Médute !

Croyez-nous donc, conservez vos sentimens, votre foi ; mais servez le pays ; c'est le meilleur moyen de servir votre cause, tous les cas réservés ; c'est le seul moyen de vous faire estimer des peuples, et de vous maintenir dans la haute position où le sort vous a placés.

Imitez l'exemple des Grammont, des Lafayette, des Lameth, des Larochefoucault, etc., et bientôt vous regagnerez en crédit et par le suffrage public bien au-delà de ce que les révolutions vous ont enlevé de privilèges et de droits féodaux.

Nous serons satisfait, si ces avis sincères et consciencieux sont appréciés par quelques uns d'entre vous ; que si vous les repoussez, nous vous dirons encore : « Mieux vaut un sage ennemi qu'un » impnident ennemi. »

Enfin, nous ajouterons que nous ne soknhies pas le^ adversaires quand même d'un gouvememeat despotique. Nous admirons, aii contraire, la manière sage, paternelle et éclairée dont le vieux et respectable roi de Prusse gouverne ses sujets ; et si un ange descendait sur la terré pour régner, nous voudrions vivre sous un rot ahêolu. Mais on n'a pas toujours de bons rois, et un ange ne descend plus sur la terre pour éclairer et gouverner les hommes.

Pour un bon prince, on en compte souvent dix de mauvais ; c'est pour cela que nous préférons le gouvernement constitutionnel^ tout difficile qu'il soit à établir et à taire fonctionner, surtout quand il rencontre de nombreux ennemis.

Nous le voulons ce gouvernement, pour ne plus voir, sous un roi qui a perdu la raison", une reine livrer le pays aux étrangers.

Nous le voulons, pour que, sous une reine italienne **, on n*ëiierve pas les princes, on n'en fasse pas des idiots, afin de régner en leur nom et d'ordonner de saints massacres.

Nous le voulons encore, pour ne plus voir, sous un rm fUble ***, une mère faire la guerre à son fils; sous la minorité du prince****, la révolte des grands contre son gouvernement, et , dans la vieillesse d'un grand roi, un jésuite et une femme ambitieuse faire révoquer l'édit de Nantes, et chasser du pays un million de Français.

Nous le voulons surtout, afin que, sous une régence, un premier ministre ne soit plus vendu à l'Angleterre, et que, sous un prince nul et voluptueux *****, le gouvernement ne tombe pas entre los mains de ses viles maitresses.

ARTICLE SECOND

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