DU CLERGÉ
Mon royaume n'est pas de ce monde ; rendei é César ce qui appartient à César.
Sous un gouvernement constitutionnel , ces paroles divines devraient former la base de sa conduite avec le clergé ; conduite qui
* Charles VI.
** Catherine de Médiris.
"• Louis XIII.
•••• Louis XIV.
LoolsXV.
demande à la fois fermeté et prudence. Si le gouvernement recule un moment dans la route qu'il a prise, s'il faiblit le moins du monde , les prétentions du clergé augmenteront à chaque instant, et les embarras du pouvoir deviendront tous les jours plus inextricd)le8. . Nous espérons justifier par des preuves irré<3usâd)les cette doctrine , que le pouvoir doit toujours se tenir armé contre un corps envahissant par nature, et que l'histoire nous a appris à considérer comme le plus ferme appui de l'aristocratie.
Proposons d'abord à la France un exemple remarquable du système de défiance que l'on doit observer à l'égard du clergé, dans les mesures adoptées par le gouvernement autrichien pour se défendre contre l'esprit essentiellement usurpateur de la cour de Rome.
Le cabinet de Vienne semble avoir hérité des traditions de la république de Venise ; il ne cède jamais aux prétentions des ministres de la religion ; au moindre écart, il le^ fait rentrer dans la ligne de leurs devoirs \ hâtons-nous de dire que , grâce à cette politique invariable, il n'a jamais à lutter sérieusement contre le clergé, qui, s'il n'aide pas à la marche du gouvernement, ne lui suscite au moins aucun embarras, et cela est beaucoup.
Nous ne sommes pas aussi sages en France ; cependant le clergé nous a donné tant de preuves d'aversion pour nos Ubertés et la révolution de juillet, que nous aurions bien dû songer à réprimer ses tentatives de prosélytisme absolutiste, surtout quand on songe qu'il n'a tenu aucun compte de la clémence du peuple victorieux, clémence qui s'était étendue aussi bien sur lui que sur les légitimistes.
Privés par leurs vœux des douceurs et des charmes de la vie intérieure, les prêtres contractent un esprit de corporation qui les isole chaque jour davantage de la société. Ne pouvant être chefs de famille, ils veulent dominer dans l'état. D'un autre côté, leur éducation particulière et leur soumission sans bornes à l'église romaine les rendent non seulement étrangers, en quelque sorte, à leur pays, mais encore ennemis naturels de la civilisation et de la Hbertél Ceci est surtout applicable à notre jeune clergé, qui, manquant d'instruction ou nourri de doctrines ennemies de tout progrès, s'efforce de détourner les masses de tout intérêt humain ; et comme, en même temps , il s'attribue le pouvoir d'ouvrir les portes du ciel, il prend sur lt*s faibles et les crédules un pouvoir presque illimité, et d'au—
— autant plus dangereux que les prêtres sont en hostilité systématique avec un gouvernement constitutionnel.
Par quel moyen le pouvoir doit-il neutraliser Tinfluence et les inimitiés du clergé ? par des rigueurs? elles provoqueraient nn résultat opposé à celui que Ton veut atteindre ; il faut les combattre par les lumières, la liberté de conscience et la stricte application des lois.
Les rois protestans et constitutionnels devraient réfléchir longtemps avant de s'engager avec le clergé par des concordats et d'autres concessions. Par un concordat , en effet, ils établissent des sièges épiscopaux , ils reconnaissent le pouvoir et les attributions de l'Église ; ils lui accordent des privilèges d'une certaine étendue ; enfin, ils traitent avec elle de pouvoir à pouvoir et lui abandonnent une part de leur autorité.* Voilà ce qu'accordent les gouvememens; que leur donne-t-on en échange ? Le pape ne fiait aucune concession ; il ne veut rien transmettre de son autorité ; de tdle sorte que le prince temporel est lié par ses concessions , tandis que le clergé reste libre et plus indépendant. Puis , quand il se trouve constitué par l'autorité civile qui n'a plus sur lui aucune action, il
'« Les papes étaient devenus an moyen-âge les souverains fieffeui des naonarchies et des évëchés , disons du monde entier. Ainsi les concordats relatifs aai prétentions de la cour de Rome supposent ou Vahtence , on Toac-
bli, ou LE MÉPRIS DES RÈ6LB8 BT DBS LOIS (p. 8). Si, de leUf CÔté , DOt
monarques, gardiens fidèles de l'indépendance et des droits des églitet , avaient voulu conserver la discipline des conciles œcuméniques sur les élections, et tant de lois nationales qui l'ont confirmée jusqu'en avril 1571, nous n'aurions Jamais connu les concordats apostoliques , et il n'y aaralt jamais eu en France de bulles collatives de nos évéchés. » De tous CCS malheureux pactes il n'est pas un teul qui n'ait eu poar but et pour effet direct le renversement des plus sages règles de l'Église , des meilleures lois de l'état et d'assurer la domination temporelle dss papes, en leur donnant le droit de se refuser arbitrairement à riostltnllon desévèques nommés par le pouvoir temporel... (p. 9.; Par une fatalité singulière , le concordat improvisé en 1801 est le seul qui n'ait pas, tacitement ou expressément , rétabli les exactions romaines condamnées par le texte de l'Evangile, traitées comme simoniaques par l'Eglise oniverselle, cl tant de fois réprouvées par nos rois et la nation entière. Eh bien ! c'est ce concordat même qn' on propose d'abolir en y subsUtuant le concordat de 1817 et celui de 1516 I... »
(Extrait d'une brochure publiée à Paris en 1817 et intitulée : j4ppréciQiian du projet de loi relatif aux troit concordats , par J. D. Lanjainais , pair de France). Voir de nombreux extraits du concordat de 1817 et de cette brochure aux pièces justificatives , n. 4.
s'appuie sur les concessions qui lui ont été faites pour augmenter son pouvoir spirituel. Il profite de toutes les circonstances pour faire des conquêtes ; chaque jour qui s'écoule ajoute à ses forces ; survient ensuite, quand il y a dissidence ou opposition, un combat à armes inégales , dans lequel l'autorité civile désarmée doit infailliblement succomber.
Napoléon a méconnu ces principes; lui, soldat, qui avait conquis un trône à la pointe de son épée, il a voulu être couronné par un pape et placer sa nouvelle dynastie sous la protection de l'Église. Eh bien I qu'en est-il résulté? Tant que l'empereur fut victorieux, le clergé, maintenu dans l'obéissance par un gouvernement attentif et jaloux, se montra souple, dévoué, reconnaissant; mais quand il sentit son pouvoir posé sur des bases plus solides, il devint difïîcile et remuant; plus tard, il donna des inquiétudes sérieuses; enfin , à l'époque de nos désastres, le clergé se rejeta tout-à-coup vers l'ancienne dynastie, oubliant les bienfaits de l'homme qui lui avait rendu ses églises et une partie de son ancienne influence.
Cependant, si Napoléon avait songé mûrement aux principes qui forment la base de la puissance de Rome , aux règles et aux tendances de l'Eglise, il aurait compris facilement que son gouvernement et le clergé étaient séparés l'un de l'autre par une incompatibilité absolue. Il se serait aussi é\1té d'amers repentirs s'il avait pris pour point de départ de sa politique les mesures hardies et décisives auxquelles recoururent deux grands princes engagés dans une lutte des plus vives avec la puissance ecclésiastique.
Pierre-le-Grand renversa le pouvoir du patriarche de Moscow, qui balançait le sien, pour s'instituer chef suprême de l'église
grecque.
Henri YIII rompit avec le pape qui voulait lui imposer sa suze-, raineté, et se fit chef de l'église anglicane qu'il parvint à fonder.
Nous ne disons pas que l'empereur devait instituer une église protestante; mais nous pensons qu'il aurait dû profiter de l'état de choses amené par la révolution pour constituer l'église française, avec les libertés gallicanes tout entières *, et la rendre plus indépen-
' « On doit recoiinattrc qye le christianisme fat dans son principe une so- » ciélé particulière qui chercha et qui, à la fin, réussit à s'enter sur la société » contemporaine ; on remarque qu'il se modela en tout point sur l'ordre de • choses qui était établi dans l'empire romain.
» Ce point de fait une fois établi, nous explique deux autres points
dante de Rome; rien n* était alors plus facile, et le joug des prêtres eût été i jamais brisé. Par ces sages mesures, il consolidait bien autrement sa puissance que par un concordat ; du moins, il ne la faisait pas reposer en partie sur des hommes dont rattachemeiit , très douteux d'abord, s'est changé plus tard en hostilité dédafée.
Le roi des Pays-Bas a traité aussi avec Rome; après de longs débats, il a signé un arrangement. A quoi cette transaction et la dissolution du collège philosophique de Louvain lui ont^eUes aervi? A perdre la Belgique.
Dans son royaume il n'existait plus qu'un archevêque; les dio— cèses étaient administrés par des vicaires-généraux sur lesquels l'autorité exerçait une grande inOuence, parce que, placés temporairement et ayant chacun une sphère d'action particulière, ils ne pouvaient et n'osaient se mettre en lutte ouverte avec le gouvernement. Un grand nombre de curés avaient déjà reconnu l'établissement du collège philosophique de Louvain, et plus de la moitié des curés du Luxembourg avaient adhéré aux volontés du roi Guillaume. Avec un peu de patience et de fermeté dans ses résolutions, Guillaume atteignait le but que s'était proposé sa prudente politique. Au lieu de cela, ce prince a traité avec Rome , il a institué ses adversaires et leur a concédé une partie de son autorité sans aucun profit pour lui et pour le peuple ; mais il n'a pas tardé à se repentir de cette faute grave. En effet , à peine le nouvel évêque de Namur fut-il institué , qu'il persécuta et maltraita les prêtres de son diode fait iur lesquels on a voulu quelquefois élever des doules : le premier, c'est Taction reconnue et constante de la touveraineii temporelle dans les affaires du christianisme ; le second, l'acUon constante de même et la participation du peuple,
» A regard de la souveraineté temporelle, les actes de Coostankifl, las lois de Tbéodose et de Justinien en sont des monumens irrécusables. Oo sait que c'est avec le consentement de Gharlemagne que furent décrétés et promulgués tous les actes religieux de son temps , Jusqu'aai réglenens monastiques.
» A l'égard de la participation du peuple, elle est constatée delà même manière : les docteurs laïques ont été constamment appelés aux coDcHes^ Us y ont eu voix, quelquefois déiibéralives , toujours consultatives. Originairement les éleclions appartenaient au peuple ; ce n'est que depuis le concordat de François !«' et de Léon X qu'elles ont été attribuées au monarque , et cependant, même encore aujourd'hui, aucune insUtuUoD de prêtre n'a lieu sans qu'on ait demandé auparavant au peuple solennellement son vœu et son approbation. • (Du prêtre et de $on ministère dont Céiat aetuel de la France, pat M. de Montloxier, pages 80 et SI; 1833.)
cèse, qui n'avaient eu d'autre tort que d'obéir au gouyememeni.
Le pouvoir sorti de juillet a également commis une grande faute en souscrivant au concordat de François P', si malheureusement exhumé par la restauration. Selon nous, c*eut été déjà une imprudence de faire revivre celui de Napoléon ; la France n'avait pas besoin de nouveaux traités avec Rome et devait renoncer i des engagemens qui lui ont été toujours onéreux.
En 1831, n'a-t-il pas failu aller chercher à l'étranger l'un des trois prélats nécessaires au sacre du premier évèque nommé par Louis-Philippe et institué par le pape*? Pourquoi cette résistance aux ordres du chef suprême de l'Église? C'est que le clergé savait fort bien que le pape agissait par des considérations purement po^ litiques , et que le secret de lui plaire était de lui refuser un concours qu il était loin de désirer; aussi la plupart des évèques se prononcent ouvertement contre le gouveraement de juillet , et refusent de faire chanter dans leur diocèse le Domine salvum foc rtgem pour Louis-Philippe.
D'autres soutiennent publiquement les prétentions de don Carlos et recommandent ses emprunts ; quelques uns même ont pris des actions dans celui de don Miguel.
Dans l'Est , un prélat respectable, en lutte avec un clergé insoumis , s'est décidé à quitter son siège épiscopal pour demander à la retraite un repos qu'il ne pouvait trouver au milieu de son diocèse.
*« On ne peut assez s'étonner des difficultés survenues récemment au sqje* » de quelques nominations royales. Quand on se rappelle avec quelle Tacilité » la cour de Rome accepta Tabbé Dubois pour un siégé qui avait été occupé D précédemment par Fénélon; quand on se rappelle, pour sa consécrallûn, la •> complaisance que montrèrent d'honorables évoques, parmi lesquels on voit n figurer Massillon, on ne peut expliquer ni Topposition qui s'est élevée  » cet égard dans ces derniers temps , ni les négociaUons auiquelles elle a » donné lieu.
b Une chose remarquable dans toutes ces négociations entre les deux puls- » sances , c'est que le chrétien y est toujours sacrifié. Les évéqnes, les rois » et les papes traitent entre eux comme s'ils étaient les seules parties du dén bat. Dans les négociations qui ont eu lieu récemment à la cour de Rome, » dans celles qiCon a jugé à propos d'ouvrir ensuite avec M. l'archevêque de
• Paris , on peut être sûr que les libertés chrétiennes {il ne faut pat les con^ » fondre avec les libertés gallicanes) n'y ont été pour rien. C'est alors proba-
• blemenl qu'il aura élé convenu, en compensation, de redonner au clergé, » dans nos alTaires temporelles , la participation qu'il avait perdue et qu'il « voulait absolument recouvrer. »
[Du prêtre, par M. de Monllozier, pages 143 et 144 ; 1833).
Dans le même pays, un évéque s est tcUemeiit compromis par Texal-' tation de sa conduite politique, qu il n*ose et ne peut retourner dans sa résidence.
Ce n est pas tout encore; les prêtres se mettent au dessus des lois, et cela par la faiblesse et l engourdissement de nos ministres. Pour démontrer jusqu où s étend cette coupable faiblesse, il suffira d'analyser les opinions qui ont été émises à la chambre des députés lort de la discussion de la loi sur Tinstruction secondaire.
Dans le but sage et politique de faire rentrer les écoles ecclésiastiques sous le régime commun, celui de Tuniversité, et de les soumettre au paiement de la rétribution universitaire, la commission avait proposé un article aussi mesuré que rationnel ; il portait :
« TITRE III. — Article unique. — Les établissomens connus sous » le nom d* écoles secondaires ecclésiastiques seront soumis aux D dispositions du titre I" de la présente loi , etc. »
Lors de F ouverture des débats, on a demandé aux ministres si les ordonnances de 1828 étaient exécutées dans leurs points principaux.
A ce sujet , M. le garde-des-sceaux a répondu : « Qu'elles étaient » exécutées, sauf, en ce qui concerne Thabit ecclésiastique]; qu'il D n'y a aucun moyen de contrôler renseignement* des écoles se- » condaires ecclésiastiques , ni la nature de celui des grands sémi- » naires ; qu'il serait à désirer qu'on pût imposer des conditions » sous ce rapport aux évoques , mais qu'aux questions posées par » le gouvernement à ces prélats , la grande majorité d'entre eux » avait répondu qu'ils voulaient la liberté avec les avantages du » privilège ; d puis le ministre a ajouté ces mots : «Messieurs, soyez » prudens, ne faites pas la guerre au clergé ; ne vous créez pas des )) affaires dont la conclusion vous serait difficile, d
Vainement on a objecté aux ministres que, dans son rapport de 1830 , M. de Broglie affirmait que , malgré les ordonnances, les supérieurs des petits séminaires ne présentent pas de diplômes ; qu'à cet égard , il y a résistance complète ; que , relativement aux conditions de l'enseignement ^ cinq évoques, sur quatre-vingts , se sont conformés aux ordonnances; les autres ont refusé nettement de les exécuter.
Vainement on a rappelé à la chambre qu'outre sa dotation au
budget, le casuel et les sommes votées par les conseils-généraux des départemens , le clergé reçoit, en dons et en legs, au moins trois millions par an , d'où s'ensuivait la nécessité de surveiller et de renfermer dans certaines limites les actes d'un corps aussi puissant.
Vainement M. le rapporteur a fait judicieusement observer qu'il ne suffisait pas de réconcilier la religion avec le pouvoir, qu'il fallait encore la réconcilier avec la liberté, pour les appuyer l'une sur l'autre.
Vainement il a fait remarquer que sous une administration aussi vacillante, aussi mobile et aussi passagère que la nôtre, ce n'était pas avec des ordonnances inexécutées et avec des réglemens méprisés qu'il était possible de lutter contre l'immutabilité de l'Église, mais que, pour soutenir cette lutte avec succès, ce n'était pas trop du pouvoir des lois.
Vainement, en présence de la complète inexécution des ordonnances avouée par le garde-'des-sceaux, finissait-il par demander que les collèges ecclésiastiques fussent institués au nom de la liberté et du droit commun.
Tous ses efforts ont été inutiles , tous ses raison nemens ont été sans succès ; la chambre a commis la faute grave de repousser l'amendement de la commission, et malgré l'insoumission du clergé et les nouvelles tentatives du jésuitisme pour se reproduire , M. le ministre de l'instruction publique a soutenu que : a En principe , ï) l'existence des écoles secondaire^ ecclésiastiques était* bonne, x> utile , nécessaire à la société actuelle, et d'une très heureuse in- D fluence. » Le même ministre a néanmoins déclaré : a Que s'il y » avait des points sur lesquels l'ordonnance de 1828 ne fût pas » exécutée , elle devait être exécutée ; que s'il y avait des points Ji> sur lesquels le gouvernement ne fût pas armé des moyens néces- » saires pour faire exécuter cette ordonnance , il devait demander » ces moyens , et qu'il les demanderait , etc.; que ce qu'il y a de » mensonger doit cesser ; que ce qu'il y a d'irrégularité, d'inexéî) cution des lois doit cesser, etc., etc. »
Voilà de belles paroles et de grandes promesses sans doute; mais ne devrait-on pas les considérer comme une habile tactique pour échapper au devoir de prêter main forte à la loi et de briser lo\iles les résistances élevées contre elle.
Nous le disons avec peine , on ne peut ajouter aucune fbi aux engagemens des ministres ; jamais il n'auront le courage ni la vo— lonté de proposer des mesures législatives contre les empiétemens du clergé , et encore moins la force de foire exécuter les lois i son égard. Loin de là, ils chercheront àje désarmer par des obséquiosités continuelles.^
Hais , de tous les princes de FEglise , celui qui s'est déclaré lo plus hostile à notre grande révolution , celui qui a frondé le plus audacieusement l'opinion publique , celui qui s'est montré le plua irrespectueux envers l'autorité royale , c'est sans contredit Farchevèque de Paris.
Au commencement do la restauration , M. l'archevêque frétait déclaré assee constitutionnel, peut-être même iroj^ libéral pour un prêtre ; mais ces beaux sentimens n'ont pas eu de durée, et monseigneur n'a pas tardé à retourner aux doctrines do l'absolutisme et de l'omnipotence du clergé. Faut-il attribuer ce changement subit au désir d'obtenir le chapeau de cardinal ? tout porte à le penser; ébloui par l'éclat de cette dignité , monseigneur a déserté le parti national pour se joindre à la congrégation qui gouvernait la cour et l'état. Quel qu'ait été le motif de sa conduite , l'ambitieux sacoes— seur du modeste du Belloy devint un des plus fervras adeptes du
* Au milieu de cet amalgame de biens et de maoi que laisse après elle une révolution , celle de 1830 , qui avait renversé un gouvernement voué an prêtres , nous avait laissé cet avantage de les voir relégués désormais dans leur ministère et placés en dehors de nos affaires ( page 9).
Des circonstances d'une nature extraordinaire viennent de les ramener.
A la demande du gouvernement, une première délil)ération de la chambre des pairs leur a ouvert la porte des conseils de département. Une seconde délibération a fait plus ; elle les a appelés, de droit» k rinstnictloa publique. Elle a con0rm6 ainsi, par une disposition légale , leur prétention connue à l'enseignement.
Actuellement, la voie est ouverte. Rien n'empêche qne nous ne les voyons bientôt, comme sous la restauration, promut au minbtère, aaeonteil d'èlat, à la chambre des pairs.
Cette mesure par laquelle le gouvernement s'est placé sur le terrain où s'est perdu le gouvernement précédent , m'a para d'autant pins Improdente, que les troubles élevés dans plusieurs parties de la France relativement aux prétentions des prêtres, annoncent A leur égard on grand fond d'irritation (pages 9 et 10).
Selon les apparences, Je n'en Irouveraii pas davantage (de faveur) dans un gouvernement qui s'étant placé imprudemmeni dont une fausse ligne, trouvera, selon l'usage de tous les gouvememens, qu'il est beau d'y persévérer.
(Dupritre, par M. deMonlIoxier, pag. 12; 1833.)
parti contre-révolutionnaire , et fut un des dangereux conseillers qui poussèrent activement Charles X à signer les fatales ordonnances. On pourra en juger par les extraits que nous allons donner de son mandement et de son discours an roi, à F occasion du Te Deum chanté pour la prise d'Alger.
( Mandement. ) « Trois semaines ont suffi pour humilier et ré- » duire à la faiblesse d'un enfant ce musulman naguère si su- » perbe; ainsi soient traités, partout et toujours, les ennemis de notre » seigneur et roi; ainsi soient confondus tous ceux qui osent se saule- » ver contre lui. »
(Discours.) (( Ainsi, le Tout-Puissant aide au roi très chrétien
» qui réclame son assistance ; sa main est avec votu, sire , que votre
» grande ame s'affermisse do plus en plus ; votre confiance dans le
» divin secours et dans la protection de Mane , mère de Dieu , ne^
» sera pas vaine, etc., etc. »
[Moniteur des It et 12 juillet 1830.)
Voilà comme on poussait aux coups d*état un vieillard faible, un prince superstitieux et imbu des doctrines du pouvoir absolu ; mais voilà aussi comment on a soulevé les tempêtes populaires. Aux excitations d'un prêtre qui aurait dû prêcher seulement la charité et la paix , le peuple indigné répondit par la destruction del'Archevêché; aux provocations des ultra par la célébration d'anniversaires outrageans, le peuple répondit par la dévastation de l'église de Saint-Germain-l'AuxerroisI Ce sont là sans doute de déplorables excès ; nous les blâmons aussi hautement que qui que ce^ soit ; mais quels sont les premiers auteurs du mal? les légitimistes et le clergé assez imprudens pour braver l'opinion publique avec tant de témérité.
Et pourtant ces leçons, quelque énergiques qu'dtes aient été, n'ont aucunement profité à M. l'archevêque ; bien au contraire , à Toc*^ casion de la loi présentée pour céder à la ville de Paris rancieo emplacement de l'Archevêché, il a jugé à propos de formuler une protestation , sous la date du k mars 1837. On y lit quelques plUf»^ ses fort singulières, comme cellesHÛ :
« Nous avons fait constater cspitulairement la violence et la » force majeure qui par deux fois ( en juillet 1830 et fevrier » 1831 ) ont envahi, pillé et dévasté notre palais archiéf»isc<^. i»
(( Nous avoDs, par toutes les voies possibles, fait toutes instances^ » réclamations et oppa$ition$^ nécessaires contre les ordonnances, » saisie , enchères , vente et démolition des terrains et bàtimens » en ruine de notre palais archiépiscopal ; et c'est nonobstant Vu- » pèce d'échange assigné , sans notre aveu et notre légitime inter- » vention , contre une maison située rue de Lille, n"" 2 , pour être » désormais aflectée à Thabitation des archevêques de Paris ; » échange aussi disproportionné qu'il est peu convenable, etc. »
« Le projet présenté , s'il était converti en loi , scellerait d'un » triple sceau et consommerait une aliénation à laquelle il ne » nous est pas permis de nous prêter.
» Nous demandons de rentrer en possession paisible du sol sur » lequel nos prédécesseurs avaient élevé l'habitation de l'évèque , » afin d'y réédifier, au moyen des secours de la charité, la nouvelle )> maison commune du clergé et des fidèles de Paris.
» Nous osons même l'assurer en cette circonstance , c'est au » nom de l'intérêt commun, c'est par respect pour le principe con- » servateur de toute propriété , que nous demandons la remise de » quelques arpens de terre, etc. »
Ici, monseigneur l'archevêque a oublié toutes les lois et ordonnances qui repoussent ses prétentions , depuis la délibération du clergé de France du 19 mars 1682 , jusqu'au concordat de 1801 , et à la loi du 18 germinal an x.
La délibération porte : « Que le chef de l'Église et l'Église même » n'ont reçu de puissance que sur les choses spirituelles , et non » pas sur les choses temporelles et civiles. »
Le concordat et les articles organiques de la loi du 18 germinal an X n'ont pas modifié les lois qui ont réuni au domaine de l'état les biens ecclésiastiques, sans en excepter certaines afTectations concédées , dans lesquelles les palais des évèques ne sont pas même compris.
Monseigneur l'archevêque a méconnu, en outfe, l'autorité de la charte constitutionnelle qui a déclaré toutes les propriétés inviolables , sans distinguer celles dites nationales, etc.
Que monseigneur l'archevêque ait oublié notre chatte, cela se conçoit : il n'est pas un de ses chauds partisans ; mais qu'il ait méconnu le concordat signé par le pape , son arbitre suprême, cela est plus extraordinaire et prouve, encore une fois, qu'en fait
de subordination, les prêtres ne donnent pas toujours le meilleur exemple.
Mais nous poussons les choses beaucoup plus loin , et nous dirons à monseigneur de Paris : pour vous complaire, nous supposons (]uc le gouvernement et les chambres vous accordent , non seulement le terrain que vous réclamez , mais encore les fonds nécessaires à la reconstruction de votre palais ; eh bien ! vous ne pourriez encore le réédifier ; une volonté toute-puissante s'y opposerait : celle du peuple I et les mêmes motifs qui l'ont poussé à d^'truirc l'ancien évèché le porteraient â s'opposer à la reconstruction du nouveau.
Là ne se bornent pas encore les prétentions de monseigneur l'arclievèque ; il a réclamé deux autres mesures : La restitution de Saint-Geneviève au culte ; La réouverture de Sainte-Germain-l'Auxerrois.
La première est impossible ; quant â la seconde , si elle n'a pas été prise sur-le-champ , c'est par sa faute uniquement ; monseigneur n'ayant pas voulu nommer un autre desservant dans l'intention de perpétuer le souvenir de la profanation de cette église.
On peut juger par les détails de la petite guerre que notre gou-r vememenl de juillet est forcé de soutenir contre un seul archevêque, l'extrémité â laquelle il serait bientôt réduit si les quatrevingts prélats de France se mettaient également en hostilité contre lui.-
Cependant , pour en finir avec une des discussions suscitées par M. de Quélen , celle qui est relative au\ terrains de T Archevêché, nous devons à la vérité de dire qu à la suite d'une décision solennelle du conseil d'état, une ordonnance a été rendue pour déclarer :
' • Et d'abord, à l'éfard de Grégoire YII. On ttil iTec quelle affecUtlon
• mon^igneur l'archeTéque de Paris le mit à Inférer dans ion nouveau bré- » >ialre l'éloge de ce ponlif*. On Mit avec quelle peine on put parvenir à fklre " reconnaître par ce prélat la déclaration de 168t, et comment elle fut iciii- » dée par le» évéques, à Tefrel d'en ipécifler lei termes sur le seul point des
• droits de la couronne. D'un autre côté, on sait avec quelle ferveur l'abbé
• de Lamennais , ainsi que M. de Bonald et M. de Maistre, ont prôné les doe-
• trines ullramontaincs et notamment les bulles in cœnam Dominé.
• Au temps présent, on voit que les prétentions du clergé sont demcuréta » les mêmes. * {Du prêtre , par M. de Montlosier* page S7; 1811.)
« Qu'il y a abus dans la déclaration de rarchevèqoe de Paris et » dans la déclaration du chapitre métropolitain ;
« Que ladite déclaration est et demeure supprimée, et que la » transcription qui en a été faite sur le registre du chapitre sera con- » sidérée comme nulle et non avenue, b
Mais que signifient ces débiles mesures ? Rien : elles ne rendront le clergé ni plus national ni plus tolérant ; elles ne rendront pas môme M. Farchevèque plus poli envers le trône de juillet; et s'il juge à propos de publier un mandement à l'occasion de la fête du roi, il n'en dira pas moins pour le désigner : Lt prince qui gouverne la France^ au lieu de s'exprimer comme il Ta fait dans le mandement que nous avons cité â l'égard de Charles X : Notre ieigneur et rot .
Les prêtres ont beau calomnier notre siècle et la liberté ; notre siècle n'en est pas moins fort au dessus de ceux qui Font précédé. Quant à la liberté, il ne faut pas la rendre complice desexcès révolutionnaires et de l'anarchie, car nous n'accusons pas la religion d'être complice des crimes de l'inquisition, de l'extermination des albigeois et des hussites, des massacres de la Saint-Barihélemy, de la révocation de Téditde Nantes, etc. Et cependant nous pountioiis
* L'archeTéqae de Paris, qui ne laisse échapper aocune oecasioii de «e mettre en hostilité aree l'opinion publique, vient d'adresser la lettrt toltaiilA A MM. les curés de son diocèse :
ABCHEVÈCHÉ DE PARIS.
Paris, le 7 septembre 1837.
Monsieur le curé,
A la vue du grand scandale qui vient d'éclater sous nos yeux et qui se montre à la face do soleil sur notre sainte montagne; en présence de (5eft emblèmes plus que profanes qui remplacent la croii rayonnante de Jésua-Clirist; devant ces images couronnées d'écrivains impies, licencieux et corrupteun, substituées à celle de l'humble et chaste bergère dont la protection délivra la capitale des plus grands fléaux, la foi de Clovis , de Charlemagne et de saint Louis, la foi de la France, la foi de la patrie pousse un cri de douleur ; les gémlssemens et les larmes du clergé , des pieux fidèles, de tons les chrétiens doivent lui répondre. Daigne le ciel se eontenler de cette expiation !
Pendant la ne u vaine de l'exaltation de la Sainte-Croix, c'est-è-dire depuis le 14 septembre jusqu'au 22 de ce mois inclusivement, on dira à toutes les messes les oraisons du jour de la fête de l'exaltation de la Sainte-Croix et celle du jour de la fête de sainte Geneviève (3 Janvier).
I^ecevez, Monsieur le curé, etc.
nvAGi^TRE , archevêque de Paris.
demander si ce sont des libéraux ou des prêtres qui ont armé le bras des Jacques Clément, des Ravaillac, des Jean Châtel, etc.; et cependant nous pourrions demander encore si le célèbre tableau tiré du couvent des jésuites de Riom, et déposé à la sainte-chapellOy représentant Henri III et Henri IV repoussés dans les enfers, tandis que Jacques Clément et Ravaillac vont en paradis, a été composé par des libéraux ou par des prêtres ?
Certes, personne plus que nous ne respecte et ne chérit un bon et vénérable curé de campagne qui enseigne à ses paroissiens la tolérance, la paix et la charité évangélique, et qui surtout prêche la vertu par ses exemples ; mais nous avons une profonde antipathie pour le jeune lévite qui, tout imbu des principes hostiles dont il a été nourri dans les grands et petits séminaires, n'arrive dans une cure de village que pour dénoncer la perversité du siècle, confondre la liberté avec Fanarchie, souffler le fanatisme , et tonner contre un monde qui lui est inconnu et que cependant il calomnie.
Et s'il nous était permis de citer aux hommes et même au clergé un prélat selon nos vœux et notre cœur, nous nommerions le cardinal de Cheverus , ce prêtre vénérable dont les protestans disaient, lorsqu'il quitta l'Amérique pour revenir en France :
« C'était le meilleur des prêtres ; il était temps qu'il partît, car il » nous aurait rendus tous catholiques. »
Le nom de M. de Cheverus est aussi connu que révéré en France; c'est un symbole de paix et d'union ; il avait mérité la popularité la plus vraie et la plus sûre , celle que donne la vertu.
Jamais ce digne prélat ne s'est plaint d'être persécuté, et ne s'est présenté comme une victime et un martyr de la révolution ; jamais il n'a profité de certaines circonstances qui lui étaient offertes pour présenter aux fidèles l'expression amêre de son mécontentement personnel.il a su rendre plus de justice à la révolution de juillet^ et respecter le gouvernement qu'elle avait établi.
Voilà, dirons-nous au clergé, le modèle que vous avez à Imiter^ si vous voulez au xix*" siècle, et dans un pays de lumières et de liberté , conserver votre influence sur les esprits, si vous roulez être. respectés et gagner les cœurs de vos ouailles.*
* Il y a ici une fâcheuse vérité qu'on ne peut taire : c'est que pour relerer aujourd'hui la religion en France, ce n'est ni la religion, ni la France qui of-^ Trent la grandp difficulté , c'est le prêtre. Comme il ne Toitde religion que
Mais oomme il est probable malheureusement que nos conseils ne seront pas entendus, et que peu d'évèques seront disposés à inarcher sur les traces de M. de Cheverus, nous conseillerons au jo;ouYemement :
1° De rétablir le concordat de Fontainebleau, ou tout au moins celui de Napoléon ;
2« De surveiller et de diriger les petits séminaires, et même de défendre certaines doctrines qui sont prèchées dans les grands ;
3" D'exiger des évèques, non seulement le serment d'obéissance et de fidélité aux lois, prescrit^par l'article 18 de la loi du 18 germinal an x, mais en même temps son accomplissement ;
k"* D'appliquer, au besoin, aux ministres du culte les articles 901 etsuivans du Code pénal.
Que le pouvoir y pense bien ; s'il ne peut maintenir le clergé dans le respect dos lois, tôt ou tard il sera dominé par lui et , aux jours d'épreuves, il trouvera un ennemi de plus, et un ennemi aussi implacable que puissant.
ARTICLE TROISIÈME