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DES RÉPUBLICAINS

« Pour qa'un gouvemeinent se mainUenoe et se » soutienne dans un état populaire, il faut on » ressort de plus» qui est la vertu! »

C'est à Montesquieu que nous empruntons cette maxime dont |)ersonne, sans doute, n'osera contester la justesse.

Avant de rechercher s'il est possible de l'appliquer à la France, nous devons déclarer que, si des Caton, des Socrate, des Washington devaient toujours être les chefs de l'état, nous adopterions volontiers le gouvernement républicain. Mais la succession non interrompue de pareils chefs est-elle possible? Voilà la question qui s'élève naturellement ici.

Peut-on raisonnablement espérer que dans le siècle où nous

pour lui , c'est lui qui se met toujours à la place de la religion. Ce n'est pat la religion qu'on fuit en France, c'est le prêtre.

{Du Prêtre et de son minittèrt dans Vétat actuel de la Frawe, par M. le comte de Montlozier; 1833.)

Vivons, nous n'aurons, pour nous régir, que des modèles de lumière^ et de vertu? Nous ne le pensons pas ; au contraire, nous croyons que nos mœurs et nos passions sont telles que, si la France se con-» stituait en république, elle deviendrait la proie de deux fléaux : Tambition et l'intrigue.

Expliquons les causes qui ont entratné notre conviction à cet égard.

Pour qu'un état adopte la forme républicaine, il est indispensable qu'il ait les mœurs d'un gouvernement qui vit surtout de sacrifices et d'abnégation.

En effet, un républicain, suivant nous, est un homme sage et vertueux, qui place l'honneur et l'intérêt du pays au dessus de son intérêt et de celui de sa famille et de ses amis; toujours prêt à s'immoler à sa patrie, estimant les grandeurs et les richesses à leur juste valeur ; ennemi de l'intrigue, esclave des lois, il regarde les emplois publics non comme une faveur ou un avantage, mais comme une chargea supporter. A ces conditions, y a-t— il beaucoup de repu— hlicains en France? Croit-on que nos goûts et notre éducation puissent créer un grand nombre de républicains?

Dans une ville comme Paris, où chacun tend à sortir de sa phère, où nul n'est satisfait de son sort, où chacun recherche à tout prix les jouissances de la vie, où le patriotisme succombe chaque jour sous un affreux débordement de passions mauvaises, de tendances égoïstes, de désirs effrénés, où l'actualité est tout et l'avenir peu de chose, etc., etc., est-il bien possible d'établir un gouvernement dont les bases reposent sur la vertu?

Quoique cette soif vraiment fiévreuse des honneurs, de la fortune et du pouvoir qui dévore Paris, n'exerce pas une aussi grande in— lluence sur les départemcns, cependant la convoitise et l'ambition Y ont fait des progrès alarmans.

Ce n'est pas d'ailleurs dans les classes restées fidèles aux anciennes mœurs et composées, en grande partie, de citoyens paisibles qu'il faut aller chercher des républicains; elles veulent un gouvernement libre, mais calme, et s'alarment au seul nom de république (jui semble ne leur annoncer que des orages et des rcnverscmcns. Proposez l'établissement de la démocratie absolue! tous les honimes qui possèdent, ne fussent-ils que petits propriétain^s, ot vous exciterez infailliblement leur réprobation. Sur qui donc

8 exercera maintenaot le prosélytisme républicain 7 Sur uo petit nombre déjeunes gens exaltés et, malheureusement aussi, déji intéressés/

£n France, où l'égalité est devenue la passion générale, on donne à tous les enfans la même éducation , au lieu de Tapproprier aux vocations des élèves et à la fortune des parens : dans un pareU système, il y a plus d*un inconvénient; et plus nous avancerons, plus nous en sentirons le danger. Le fonds de Tenseign^nent présente aussi de grands sujets do réflexion aux hommes qui connaisseot r influence des premières impressions.

(c L'éducation que reçoit la jeunesse dans nos collèges ( dit arec » raison un écrivain distingué ) est fondée sur Téloge des répa— » bliques, sur une égalité complète et une rivalité d'amour-propre » qui lui donnent le désir de dépasser autrui et lui impriment le )» besoin de parvenir de prime-sabord.

» Notre existence, à partir de Fenfance, est une lutte de vanité ; » ainsi l'ont voulu nos pères et nos professeurs; et comme si ce » n'était pas assez du sentiment naturel d'envie qui existe dans le » cœur de l'homme, on l'excite, on le pousse, on le développe et )) on le force à se manifester au dehors par de fâcheux excès.

» Nos méthodes d'enseignement portent au plus haut degré la » preuve de l'imprévoyance et de l'inconséquence du gouverne—

9 ment.

» On n'a pas créé en réalité d'instruction intermédiaire entre n renseignement supérieur et les écoles primaires, comme si l'on » n'avait pour but que de fournir des chefs à la révolte et des sol- » dats à Tanarchie ; comme si l'on n'avait besoin que d'artistes, de » savans, de peintres, d'avocats, de médecins, d'écrivains, c4c.»

Trop occupé de ces classes privilégiées, on n'a pas asseï pensé à

* Nous citerooi à ce sujet ce qui s'est passé dans une grande ville de l'Est, lors de l'insurrection des 5 et 0 juin. Certains du succès, les républicains de la capitale avaient écrit é leurs amis dans les provinces pour leur annoncer la prochaine installation de la république. Partageant leur couTiction, les attdés d'un chef-lieu de département se réunissent au nombre de soixante environ. Quel est le premier objet qui attire l'attention de l'assemblée? Le salut du pays ? Non ; mais la distribution des places ! et comme chaque républicain mesurait ses ca|)acilés et ses talens â la hauteur de son patriotisme , chacun voulait les premiers emplois ; en sorte qu'il devint impossible de s'entendre ; on ne vil d'autre moyen de mettre un terme à ces débats qu'en votant au scrutin secret sur les choii à faire pour les postes les plus élevés.

former, ni d'habiles ouvriers, oi de» agriculteurs instruits, ni des hommes utiles dans les classes nioyennes. Mais voici bien d'autres sujets d'alarmes pour les pères de (amille, pour le gouvernement, pour les législateurs qui doivent veiller sur l'avenir de la jeunesse et assurer à l'état des sujets capables de le servir.

Sortis des collèges , où ils étaient tenus sévèrement , les jeunes gens sont livrés à eux-mêmes dans les grandes villes et surtout à Paris , pour y suivre les cours des Facultés de Droit et de Médecine, etc. Là régnent encore les mêmes principes , la même égalité , les mêmes tendances ; mais , ce qu'il y a de plus fâcheux , c'est que ces jeunes gens , dont les passions fermentent , sont placés , â Paris , en face des séductions de la fortune qui étale à tous les yeux son luxe et ses prestiges. N'y a-t-il pas daas ce spectacle continuel de quoi surexciter les plus froides imaginations ? Les pères de famille, comme le gouvern^nent, ne coaunettent-ils pas la plus grande imprudence en abandonnant ainsi la jeunesse à elle-noième], sans contrôle, sans frein , sans direction , souvent même sans but arrêté? Aussi, qu'arrive-t-il ? c'est qu'une partie de cette jeunesse tombe dans les plus déplorables excès et contracte de coupables habitudes qui influent sur le reste de la vie, en paralysant les plus heureuses dispositions. Ce n'est pasea— core le seul danger qu'elle ait à courir dans Paris ; en l'absence d'une sage direction poUtique , les jeunes étudiass de nos écoles prennent de fausses idées en législation et en administration.

Nous avons vu les fâcheuses conséquences de cet état de choses dans les trames ourdies par des conspirateurs imberbes , dans des révoltes préparées et exécutées par des jeunes gens de vingt ans qui trouvaient tout-à-coup sur la place publique des complices de douze à quatorze ans prêts à jouer leur vie avec toute l'imprudence d'un âge qui ne sait rien calculer. Mais ce qu'il faut redouter plus encore dans les jeunes gens qui viennent habiter Paris pendant quelques années , pour aller ensuite se répandre dans les départemens , c'est l'ambition dévorante qui s'allume en eux. Le spectacle de tant d'élévations subites, extraordinaires , depuis oeiie de simples soldats devenus généraux , et surtout depuis l'avènement du simple lieutenant Bonaparte à l'empire, sous le nom de Napoléon; enfin, les ascensions que la révolution de 1830 a vues» ont excité encore la plus vive et la plus dangereuse émulation ; cbaeiiii

Veut non pas s* élever au dessus de la place qu il occupe , mais eilcore franchir d'un saut tous les intermédiaires pourarriyer au premier rang ; et conune la république semble ouvrir la porte à toutes les espérances, on a voulu, on veut encore improviser un gouvernement républicain. A ce sujet, nous croyons devoir rapporter l'eD— tretien qu un homme sensé eut avec un des sous-officiers des régimens de Lunéville :

« Pourquoi vouliez-vous arrêter vos chefs et proclamer la république?— C'est, répondit le sous-officier, que nous étions fatigués de languir si long-temps dans nos grades et que nous voulions devenir officiers. — Cela se conçoit, repartit l'interlocuteur; mais, ditesmoi, pensiez-vous qu'il ne serait plus nécessaire d'avoir des sousofficiers dans vos régimens de cavalerie? — Au contraire, répliqua le maréchal-des-logis, ils sont indispensables, ils sont l'ame d'un régiment.— S'il en est ainsi, ajouta l'homme raisonnable, votre révolte était insensée, car qui vous dit qu'au bout de deux ans ati plus les nouveaux sous-officiers, ennuyés de ne pas avancer en grade et entraînés par votre exemple, n'auraient pas, à leur tour, tenté une insurrection pour vous chasser et devenir officiers ? »

Mais, du moins, les républicains sont-ils unis dans leurs principes , sont-ils organisés ?

Non ; ils sont divisés entre eux par un assez grand nombre db systèmes politiques, tous reposant sur des bases différentes.

l"" Les uns, honnêtes et vertueux comme Lafayette , voudraient le système américain ;

2° D'autres voudraient le régime de quelques anciennes républiques italiennes, avec cette dilTércnce qu'il y aurait une aristocratie de talenset de capacité , au lieu d'une aristocratie de naissance;

3' Ceux-ci évoquent les traditions du directoire et du consulat ;

4* Ceux-là appellent la république de 93 et la loi agraire ;

«V Enfin , un grand nombre pousse à la république pour opé-^ rer un bouleversement complet, qui leur permettrait de partager avec ceux qui possèdent.

Que les républicains de bonne foi y prennent garde ; il y a cin(| à six partis au milieu d'eux et le dernier est terrible , car il coml>attrait les premiers ; ici , nous entendons parler de ces honuncs tarés, débauchés, sans principes, sans moralité, mauvais ouvriers.

êtres paresseux, condamnés libérés, hommes qui abondent dans les grandes villes et principalement à Paris où l'on en compte plus de 60,000.

C'est pourtant sur ce dernier parti , si dangereux, que les républicains de conviction seraient en définitive forcés de s'appuyer; en efTet, obligés de faire face à un nombre infini d'adversaires tant à l'intérieur qu'à l'extérieur , comment pourraient-ils repousser des hommes qui forment leur {>rincipale force? Quels moyens auraient-ils de diriger ces hommes ? aucun.

Et qu'on ne dise pas qu'ici nous portons un jugement téméraire; M. Carrel, lui-même, dans une lettre adressée à un de ses amis de Lyon et qui a été publiée dans les journaux , écrivait ces mots : « Nous avons affaire à des fous furieux et indiscipli- « nables. » Il reconnaissait donc que , derrière lui et bien loin de lui, il y avait des hommes sans frein qui lui résisteraient et le briseraient à son tour.

Républicains véritables, voyez la fin des Girondins qui , les premiers , avaient proclamé la souveraineté, non pas du peuple , mais de la populace ; écoutez les paroles de M. Carrel ; croyez que , tôt ou tard, vous seriez débordés par le parti dont il signale l'existence , et que le sort des Bailly et des Lafayette vous serait réservé.

Nous posons encore un autre principe :

L'instruction des masses, comme base de la liberté, est nécessaire à l'existence d'un gouvernement républicain.

Sous ce rapport, nous dirons avec plus de fondement que la république est impossible ; en effet , dans les campagnes on sait à peine écrire ; le système métrique et décimal est même repoussé ; les désordres qui ont eu lieu à Clamecy, en 1837, viennent d'en donner la preuve la plus déplorable. D'après les rapports'du ministre de l'instruction publique , plus de 10,000 communes sur 31,000 ont refusé d'établir des écoles primaires ; il faudra les forcer d'en ouvrir.

Comment ces hommes qui refusent les lumières , pourraient-ils remplir avec quelque intelligence et quelque profit pour le pays tous les devoirs du citoyen et surtout ceux du magistrat? comment pourront-ils comprendre que la liberté, c'est la souveraineté des lois ?

Reportez-vous en outre à ce qui s* est passé et se passera k>fig4eBip6 encore dans la Grèce et dans les Amériques, et yous yerrez quelles sont les conséquences d'un gouvernement républicain avec des hommes fanatiques et étrangers aux lumières et à la civilisation.

En Grèce, où le peuple a été courbé et avili, pendant trois siècles, sous le plus affreux esclavage, nous avons tu des peuplades délivrées des Turks, autant par leur courage que par des secours étrangers, ne pouvoir ni s'entendre, ni vivre en paix entre elles; nous avons vu Gcscr les abandonner souvent et livrer aux Turks les Philhellènes qui étaient venus partager leurs dangers. Dans les courts intervalles de repos que les Ottomans leur accordaient , ils ne pensaient qu'à se déchirer mutuellement; enfin, lorsqu'une armée française est venue les délivrer du joug d'Ibrahim , comment ont-ils reconnu les services de nos soldats ? En les harcelant, en leur faisant la guerre comme à des ennemis.

Débarrassés enfin des Turks et des Égyptiens , ont-ils pu s'entendre et former un gouvernement? Nullement. La Grèce était une arène où chaque chef se battait contre un autre, où le pays appartenait au plus fort et était rançonné par le vainqueur. Chaque palicare voulait commander et vivre indépendant; personne n'obéissait aux lois et au gouvernement. Pour (aire ceaaet cet état d'anarchie , pire cent fois que la servitude , il a fallu non seulem^it maintenir des garnisons étrangères en Grèce, mais encore y envoyer pour roi un prince allemand. Enfin, il a fallu prêter i ce souverain 60 millions, et malgré ce puissant secours et la proteo-tion des trois premières puissances de l'Europe» ce monarque ne gouverne que difficilement ses sujets.

Preuve irrécusable que donner, sans transition, une liberté complète et instantanée à des esclaves sortant des fers et à des hommes ignorans , c'est les livrer au désordre et à Tanarchie ; trop heureux si le despotisme d'un soldat couronné par la vidoira vient mettre un terme à tant de maux.

Mais , si de T Europe nous passons en Amérique, nous aurons pour appuyer nos convictions des preuves Uen plus concluantes encore.

Ecoutons ce qu'a écrit sur ce sujet un homme qui a habité les nouvelles républiques :

a La tranquillité et l'ordre ne peuvent renaître de long-temps

» dans ces vastes régions où les populations , mêlées et iiatorelle- B ment ennemies, étaient si clair-semées que, dans plusieurs proyiu- » ces, on ne comptait pas toujours deux habitans par chaque mille » carré ; tous les élémens sociaux de ces pays sont entièrement hé- » térogénes : chaque district, chaque petit village doit être considéré » comme un état indipmdani ou, si l'on veut, comme une rêpubli- )> que: chaque soldat se croit officier, chaque officier veut être gé- » néral , et chaque général veut être le président de la république.

» L'Amérique méridionale continue à être en proie à l'anarchie » et parait destinée à rester peut-être encore, jusqu'à la fin du siècle, » plongée dans ce désordre.

» Malgré la reconnaissance des républiques du sud, où l'on » pousse l'Espagne, celles-ci n'en seraient pas pour cela plus près » d'un état de tranquillité , et leur discorde et leur anarchie n'en )> continueraient pas moins leur cours.

» Les élémens de trouble , de discussion et de guerre civile exis- » tent dans le caractère d'une population de races différentes et » ennemies, population dispersée sur une immense surface, avide )) de commander, adonnée au jeu , naturellement paresseuse et en » proie à tous les vices. »

On aurait pu ajouter qu*à Mexico, au Pérou, au Chili et surtout à Buénos-Ayres Ton a vu jusqu'à trois et quatre révolutions par an et que, dans ces prétendues républiques, les habitans n'ont joui de quelque trêve , n'ont goûté quelque repos que sous le gouvornement militaire d'un général vainqueur, jusqu'au moment où un rival plus habile ou plus heureux parvenait à le renverser.

Le seul empire où il existe un gouvernement assez bien établi^ cest le Brésil; et pourquoi cela? Parce qu'il y a un empereur, c'est-à-dire un chef constitutionnel , et que le trdne ou le pouvoir suprême n'est pas une place élective et un objet de convoitise pour chaque ambitieux.

Si nous portons ensuite nos regards sur les Antilles, que d'affireux souvenirs n'aurons-nous pas à réveiller 1

D'honnêtes gens, sans doute, mais des philantropes absurdes, donnèrent sans préparation, sans gradation aucune une liberté illimitée aux noirs de Saint-Domingue ; et le premier usage que les nègres firent de la liberté fut d'égorger tous les blancs.

Que CCS exemples éclairent les républicains consciencieux; qu'ils

so pénètrent bien de cette vérité : les mêmes causes amëneroDl toujours les mêmes eiïets, dans tous les temps et dans tous les lieux. La liberté ne vient et ne fleurit qu avec un long laps de temps et le progrès des lumières; elle veut être comprise et désirée , mais jamais imposée par la violence; elle ne se propage que dans la paix. En France , il a fallu huit ou dix siècles au peuple pour conquérir sa liberté.

Ne pensez donc pas , leur dirons-nous , que les réformes dans les institutions ne puissent se faire que par les révolutions; les chan— gemens avantageux sont ceux qui s'accomplissent graduellement. Un des grands dangers des insurrections , c*est que presque toujours le mouvement dépasse le but proposé , et la conséquence de ce ùÀi est d'amener une réaction dans un sens contraire ; surtout n'entreprenez pas de réformer la société avant de l'avoir éclairée et étudiée , et quand vous aurez reconnu les réformes utiles dont elle est susceptible, n'invoquez, pour les faire triompher, que l'appui du temps , de la raison et de l'instruction.

Gardez-vous de la force brutale , et , nouveaux disciples de Mahomet , ne venez pas implanter chez nous la république â coups d'émeutes , comme les Turks et les Arabes imposaient le koran aux vaincus, à coups de cimeterre.

Soyez bien persuadés que les tentatives insensées des légitimistes et des républicains, loin de l'ébranler, n'ont fait qu'affermir le pouvoir. Dieu veuille qu'à son tour, les fautes du pouvoir ne rendent pas à ces partis des chances favorables I...

Si l'on n est pas républicain parce que l'on est mécontent ou ambitieux, on ne persuade pas non plus aux hommes qu'ils sont malheureux et esclaves parce qu'il nous convient de dire qu'ils doivent l'être.

Aujourd'hui , après tant d'épreuves, les peuples sontdéfians et, avant de croire, ils veulent bien connaître les orateurs et les excitateurs ; ils veulent savoir principalement les motifs qui les dirigent et le but qu'ils cherchent à atteindre , quelque caché , quelque mystérieux que puisse être ce but.

Ainsi, les habitans de Paris et de la banlieue, réunis sous les armes , dans les momens de trouble , se demandaient : ce Mais qu'ont » donc ces écrivains , ces chefs de la république, pour vouloir nous » faire mécontens et républicains malgré nous? Quels motib les

» poussent i attaquer le gouyernemeDt en notr&nom? Qui leur a » donné mission et pouvoir d'intervenir pour un peuple qui se » trouve heureux et satisfait de son sort? o

Croyez-nous donc , la France a tout autant de liberté que les mœurs, les habitudes , Tinstruction de ses habitans le comportent. Lui en accorder davantage aujourd'hui, ce ne serait pas lui imposer une république , mais ce serait y implanter l'anarchie.

Direz-Yous que la liberté de la presse est en danger? Entrez dans le premier cabinet de lecture, parcourez les trente ou quarante feuilles périodiques qui s'impriment chaque jour, et dites-nous ensuite si chaque parti craint d'exprimer sa pensée, si Ton se garde de blâmer indirectement le prince , d'attaquer les ministres et les gens en place?

Ce n'est pas en 1837 que la liberté peut courir en France le moindre danger; c'est l'ordre public seul qui est menacé.

Et puis, d'ailleurs, est-ce qu'un peuple qui a la Uberté de la presse , des élections et de la tribune a quelque chose à craindre? Est-ce que l'armée ne sort pas do nos rangs? Est-ce que nous n'avons pas 3 à ^ millions de gardes nationaux?

Et avec de telles garanties vous penseriez qu'un prince éclairé , appelé par le peuple au trône , pourrait méconnaître les principes de son origine et attenter à nos droits , et vous croiriez que , dans son aveuglement, il voudrait tenter ce que Charles X a osél.... des coups d'état.

Des coups d'état I ils ont si bien réussi à ce malheureux prince ,. comme nous l'avons exposé dans notre avertissement,... que leur retour ne peut se supposer, car cette supposition serait une absurdité.

Ainsi , vous le voyez , l'établissement de la république est impossible ; les bases pour l'asseoir manquent complètement ; vous n'avez ni les élémens nécessaires pour ta constituer, ni une majoriténationale pour la défendre; renoncez donc à cette utopie, à cette chimère ; pour la.réaliser attendez tout du temps , d'un long espace^ do temps ; au lieu d'entraver la marche du gouvernement constitutionnel , de TeiTrayer et d'effrayer la nation par des excès que In lois et les mœurs repoussent , unissez-vous aux libéraux constitutionnels ; au lieu d'encourager et d'exciter les légitimistes par vos attaques sans cesse renouvelées , abandonnez cotte alliance coupa-

ble et moDstrueuse, alliaDce qui fait tort aux deux partis , et aideznous A marcher dans la voie lente, mais sûre, du progrès.

Soyez^n convaincus, notre gouyernement est une espèce de répuUique, si ce n'est que nous n'avons pas le malheur d'avoir un directoire ou un premier consul , ou un président électif pour nous gouverner.

Surtout, estimons-nous heureux de voir la place du pouvoir suprême fermée à tous les cheis , A tous les généraux , A tous les tribans ambitieux. Félicitons-nous de n* avoir pas établi en France une guerre civile périodique , une guerre impie qui se renouvellerait A chaque élection du chef de Tétat.

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