CHAPITRE OUATRIÈME
ARTICLE UNIQUE
hh> VKRITABLKS BAî»ES Dl GOUVERNEMENT DE JUILLET.
La liberté, c'est la looveraiocté des loés.
Nous avons rempli une tâcho diflicilc dans le chapitre qui prénVle , en parlant des partis qui divisent la France , et qui se sont avoués hautement les ennemis de la révolution de 1890 et de la dynastie qu'elle a fondée. Les ennemis francs et déclarés ne toot pas toujours le plus à craindre : les plus dangereux sont ceux qui» sous un masque d'amitié, attaquent sans cesie toutes les mesures du gouvernement sans exception , dans le but de défendre leurs alliés secretsetde faire une utile diversion ; il faut compter, parmi ces faux amis , les républicains honteux qui se disent partisans do la rliarte et de la dynastie élue , et certains légitimistes qui se déclart^nt républicains pour avoir les moyens de pousser aux oxoès , (4 d'attaqu<^ le gouvernement avec une sorte d'impimité ; ces deux rla^^ses d'hommes sont plus nombreuses qti'on ne le |>ense I
El maintenant , que nous avons rempli un pénibb' devoir, que
nous sommes heureux et satisfait de n'avoir plus à parler que de la masse nationale , de ce bon et excellent peuple , étranger à tous les partis , qui travaille dans les champs , dans les ateliers, qui paie les impôts, remplit les cadres des armées de terre et de mer, forme la garde nationale, nomme les conseillers de ville, d'arrondissement et de département , choisit les députés et qui , par son poids et son intervention , comprime tous les partis , repousse tous les excès et maintient Tordre et le repos dans^le pays ; voilà, voilà seulement le peuple français, voilà celui qu'il faut consulter et auqud le pouvoir doit obéir, mais non à celui des émeutes , des rues et des sociétés secrètes.*
Nous le disons avec la conviction la plus entière , la révolution est faite d'une manière complète dans les intérêts moraux et matériels du peuple ; seulement ses bienfaits ne sont pas évidens pour tout le monde , et n'ont pas encore porté tous leurs fruits.
Il y a de F agitation dans certaines positions humiliées, dans les amours-propres froissés, dans les ambitions déçues; il y en a encore dans les partis ennemis , dans les esprits remuans ; mais la masse du peuple est satisfaite.
La révolution de 1830 a complété celle de 1789 ; la nation a conquis tout ce qu'elle pouvait désirer, tout ce qu'eUe pouvait prétendre en égalité et en liberté.
En égalité : Par la plus sage et la plus prévoyante exception , il n'y a plus qu'une famille privilégiée ; la famille royaU, et cda dans l'intérêt bien entendu du pays et de toutes les familles.
En liberté : Toute la partie éclairée de la nation est appelée â l'exercice des droits pdiiUques.
Le plus grand bienfait de la révolution de 1789 , celai qui a consolidé , sans contredit , la tranquillité publique , c'est d* avoir rendu le peuple propriétaire ; ainsi, le riche et le pauvre veulent
* Dirons-nous avec M. Thiers : la nation fhmçaùe; on bien afec M. Barrot : le peuple français? Peu importe, suivant nous; car, la nation françaiie^ c*e$i le peuple Trançaii ; et le peuple français, c'est la nation française : l'une et l'autre dénomination peuvent donc se prendre dans la même accepUon. Toutefois, nous nous garderons bien de dire avec un autre orateur : la claue moyenne; car ces mots désignent Implicitement une classe supérieure et une rlasxe inférieure, et cette qualification blesserait, à Juste titre, nos sentimens d'égalité.
également le maintien de l'ordre et des lois , car tous les deux ont à défendre et à conserver leurs propriétés.
D*un cdté, le code civil qui veut T égalité de partage des successions entre tous les en fans , et les spéculateurs qui vendent , par parcelles, les grandes terres , tendent chaque jour à augmenter le nombre des propriétaires.
Enfin , la philantropique création des caisses d'épargne contribue, non seulement à augmenter la masse des propriétaires , c'està-dire des capitalistes, mais encore à acerottre le nombre des défenseurs du gouvernement, puisque leur modeste fortune est déposée dans le trésor public. La crise passagère et accidentelle qu a éprouvée cette institution , par suite de la loi qui a ordonné (|ue les fonds des déposans seraient reversés par le trésor à la caisse des dépôts et consignations , ne nous alarme aucunement. Tôt ou tard, le bon sens public fera raison de cette panique, et les intéressés comprendront que verser leurs fonds au trésor, ou à la caisse des consignations sous la garantie du trésor, c'est absolument la même mesure.*
Qu'on ne dise pas que nous appuyons nos raisonnemens sur (le vaines théories , loin de là ; ils reiy)sent sur des faits authentiques.
Los documens statistiques , tirés du cadastre et publiés par le gouvernement, constatent qu'il y a en France 10,896,000 propriétaires ; avec l'augmentation du nombre des caisses d'épargne et le développement incroyable qu'elles acquièrent, elles produiront un autre million de petits capitalistes.
En eiïet, T Angleterre seule peuplée de ik millions d'habitans compte 590,000 déposans, et le montant de leurs dépôts s'élevait, en novembre 1836 , à i^69 millions. Nous pouvons donc hardiment conclure de ce fait qu'avant peu d'années il y aura en France un million de déposans, et 6 à 700 millions confiés au gouvernement par des ouvriers , de petits employés, des serviteurs à gages, etc. (]e sera donc 1 million de propriétaires nouveaux à ajouter aux 1 1 millions existant déjà.
D'où nous concluons que si , avec des bases aussi larges, aussi * Gela a éié écrit au commcncemeDl de l'année 1837.
fortes, un gouvernement succombe , ce sera uniquement par sa
faute.
Si les partis voulaient se pénétrer de cet état de choses, ils renonceraient à leurs funestes projets y car ils verraient qu'ils sont inexéeutables : ce sont les mêmes causes qui ont (ait échouer h tentative insensée de la duchesse de Berry dans la Vendée, el les insurrections républicaines à Paris et à Lyon.
Mais il faut aussi que le pouvoir soit conséquent avec le$ principes de son origine , et que, soumis lui-même à ces principes , il répète avec le peuple :
La liberté c'est la iouveraineté des loi$. Oui , tant que les lois et notre charte seront respectées par tous , depuis le roi jusqu'au dernier citoyen, tant que le gouvernement n'aura d'autre but, d'autre intérêt que celui du pays, une contre-révolution est impossible.
Que l'étranger le sache aussi , la révolution est faite et complète en France , la nation est plus libre, plus heureuse que les peuples voisins , que l'Angleterre par exemple , pays où l'on trouve des prêtres intolérans et trop riches , une noblesse orgueilleuse, privilégiée et possédant à elle seule presque toute la fortune territoriale du pays , des majorats^nombreux et un peuple de parias qui est le peuple irlandais 1
Notre sort est cent fois préférable à celui de l'Angleterre , car notre avenir et notre repos sont bien plus assurés que ceux de la Grande-Bretagne.
Que le gouvernement de juillet s'appuie donc sur cette basse impérissable formée par douze millions de propriétaires et de travailleurs; qu'il gouverne par eux et pour eux ; que leurs intérêts et leurs vœux soient exclusivement les siens ! qu'aucune aflfectîon particulière , aucun intérêt de famille ne le fasse dévier de ce devoir , et le trône bravera sans crainte la haine et les coups des factions.
Le gouvernement doit donc se rappeler sans cesse :
Qu'en juillet 1830, le peuple a entendu opérer une grande et complète révolution en sa faveur, et non au profit d'une seule famille.
Qu il n'a jamaîâ voulu que cette glorieuse révolution fût regardée plus tard conune un heureux iténement , ou un accident
qui aurait fait passer le pouvoir des mains de la branche atnée dans celle de la branche cadette des Bourbons.
Que le peuple, en appelant au trône le duc d'Orléans , a prétendu relever par sa puissance souveraine et non reconnaître une quasi'4égitimité provisionneUef en attendant la mort du duc de Bordeaux.
Qu*il a voulu que le roi appelé par les vœux de la nation régnât exclusivement par eUe et pour elle , et qu*il n'eût d'autres amis , d'autres ennemis et d'autres intérêts que les siens.
Le peuple a entendu , surtout :
Que, fidèle au souvenir de son origine, le roi s'entourât de citoyens d'un patriotisme éprouvé , de ceux qui ont pris part à la révolution soit par leur concours soit par leur adhésion , et qu'il repoussât loin de lui les hommes qui sans s'être montrés ouverte* ment les adversaires de cette révolution en ont cependant désavoué les conséquences , et surtout ce parti dangereux qui a servi, flatté et trahi tous les gouvemcmens précédons.
Qu'il comprit bien que , de même qu'il ne peut y avoir de liaison durable qu'entre les hommes qui partagent les mêmes opinions et ont embrassé les mêmes vues politiques , il no peut aussi y avoir d'alliance solide et durable qu'entre les gouvememens unis par une affinité d'institutions , d'intérêts et de principes.
Voilà des vérités incontestables , malheur à ceux qui les méconnaîtront !