ENDURER
. . . Tous les problèmes de la civilisation se posent à la fois sur une ligne de front qui va de la mer du Nord à l'Euplirate. Quel insensé pourrait croire qu'il suffirait d'un coup de fortune militaire pour les résoudre tous à la fois ? La destinée nous fait l'honneur d'une fortune plus haute. Elle nous veut plus grands. Haussons-nous jusqu'aux devoirs de notre énorme tâche. Nos fils donnent leur vie en souriant. Donnons avec sérénité ce qui nous reste de nous-mêmes. Qu'à la taxe du sang s'ajoute, d'un zèle immuable, notre contribution d'endurance.
L'Homme Enchaîné, 7 juillet 4915.
ENDURER î
Eh oui! « Apre et longue! » Pouvons-nous ne pas voir que c'est la condition fatale d'une guerre qui soulève des questions de vie ou de mort pour les peuples les plus nombreux, les mieux pourvus de ressources et les plus guerriers de la terre civilisée? Les invasions de barbares, les xUtila, les Gengis-Khan ont laissé dans l'histoire de légendaires frissons de terreur à l'extrême limite, semblait-il, de ce que la misérable humanité peut souffrir. Ne se découvret— il pas maintenant que ce faneux progrès de civilisation, dont les idéologues ont bercé notre enfance, — pour de meilleures installations de résistance à la brutalité des éléments, — s'accompagne d'un progrès de destruction dû à ce que la connaissance accrue remet aux hommes inchangés la disposition de forces dont ils peuvent faire, pour le bien et le mal, un usage toujours croissant?
... La providentielle loi des hommes étant de se haïr autant que de s'aimer, — un peu plus, même, pourrait-on croire, puisque, si les formules d'amour se multiplient, les hécatombes en viennent à dépasser toute mesure, — les, annales humaines ne furent guère, jusqu'à ce jour, qu'une
histoire de sang. Au lycée, les livres qu'on me remit ne parlaient point d'autre chose, et depuis, je vis bien que c'était, en effet, la principale affaire. Seulement, comme j'en suis venu à éprouver une indulgence pour le maudit qui ne commit qu'un seul meurtre, je ne puism'empêcher de regarder avec quelque dédain ces pâles conquérants des anciens âges, qui se contentaient d'une ville à raser, d'un peuple à emmener en servitude et de quelques troupeaux de femmes et d'enfants à passer au fil de l'épée.
Que de bruit pour de petits mouvements, parfois un peu brusques, de notre divine humanité ! Nous savons aujourd'hui de quels matériaux se peut approvisionner notre soif du grandiose. Les pauvres Africains, impropres à la civilisation, ne nous offrirent jamais que de très petites tueries. L'Asie, mère des hommes, nous donna le plus beau spectacle des massacres en grand. L'Europe fit de son mieux pour suivre, agrémentant sa paix de cirques et de cotisées misérables. De quoi s'agissait-il ? De reculer des limites au delà du fleuve ou delà montagne? De se faire payer des tributs en métal ou en bétail humain? Ambition mesquine, jusqu'au jour où un peuple de « culture » sélectionnée se présenta pour doctriner à son profit et essayer de faire ce qu'aucun conquérant, ce qu'aucune troupe d'hommes n'avait jamais rêvé : l'appropriation de toute la planète, à son usage, par l'asservissement de toute l'humanité.
Voilà donc un programme, et en attendant le jour où, par les progrès de la science, nous circulerons librement de planète en planète, la modestie de nos organisations de massacres pourra s'en contenter. L'Allemagne en effet, réclame tout de la terre d' autrui. Il ne faut pas moins pour suffire à son zèle, dans l'intérêt de l'espèce humaine. Ses philosophes, ses savants, ses industriels, tous guerriers, nous eu font modestement l'aveu. C'est pour notre bien qu'ils sont condamnés par la loi d'un vieux Dieu, ou Diable. en mal de civilisation, a s'emparer <l<i nos personn 'le nous manipuler mare german