A L'ETAPE
... Le ciel voulut bien mettre sur ma route, au matin, eertain bataillon où j'avais un petit sergent, inscrit, en bonne place, dans mes amitiés. Ainsi qu'il arrive dans la vie, je l'avais croisé, en vitesse, sans que rien m'eût averti que nos atomes crochus avaient été tout près de s'accrocher.
Les hommes, voluptueusement étendus sur des tas de pierres ou dans la boue, offraient un bel aspect de nonchalance militaire. Des officiers causaient. La conversation de la troupe était peut-être d'un ruban de trente-deux kilomètres qui s'offrait à leurs jambes rafraîchies dans les herbes mouillées. Je fixais mon regard sur ces jeunes troupiers doucement impassibles, ou sur la disposition des impedimenta, sans m'arrêter aux visages, — cela pour apprendre, quelques heures plus tard, que si je voulais trouver mon sergent, je n'avais qu'àrebrouser chemin.
Bientôt, je fais machine en arrière, et la fortune, qui m'était décidément favorable, me fait retrouver nos soldats, en halte, comme précédemment. Cette fois, on n'est pas très long à se reconnaître. D'un élan de joie, le petit homme, à la manche barrée d'un galon, s'élance pour fêter les siens. Puis :
— Je serai peut-être coincé. Je suis sorti du rai défendu, même au repos. Je n'ai pas réfléchi.
A quelques pas de là, l'officier, souriant, indique suffi-