PIAILLEMENTS DE PAIX
découvre, et tout cela pour s'arrêter à mi-chemin du voyage de Riga à Bagdad, et nous dire, à nous, hommes armés dé Belgique, de France, d'Angleterre, d'Italie, de Russie, non pas : Voici ce que je veux, mais tout modestement : Voulezvous ?
Mais non, sire, nous ne voulons pas. Nous n'avons jamais voulu, nous ne voudrons jamais : voilà toute l'affaire. Tenez-vous-le pour dit. Nous ne voulions pas quand vous étiez sur la Marne. Nous continuons de ne pas vouloir quand vous n'y êtes plus. Vos propositions ? Mais nous ne consentons môme pas à les connaître. Elles ne nous intéressent pas. Nous ne voulons rien de tout ce que vous voulez. Comprenez-vous comme c'est simple ? Et pour achever, voici que nous voulons, d'une volonté irred uctible, tout ce que vous ne voulez pas : le droit, l'indépendance dans la dignité, la liberté pour les peuples, comme pour les individus, des choses qui ne sauraient avoir de sens pour votre entendement. Vous voyez bien que ce n'est pas la peine de discuter. Faites-nous donc grâce, je vous prie, de vos effets de costume, et de vos amplifications guerrières . Nous n'avons dans la tête que d'écraser le rêve monstrueux, dont vous êtes porteur, d'une humanité saignante sous l'imbécillité brutale d'une race capable d'apprendre tout ce qui se peut savoir, mais incapable d'en faire autre chose que de l'avilissement et de la mort.
. . . J'avoue, sans embarras, qu'avec nos grands soldats, dont je ne peux pas vous dire le mépris pour les vôtres, nous aurions pu, sans des fautes dont les' moindres' sont déjà connues, vous rejeter depuis longtemps sur votre territoire. Mais nous avons autre chose à faire, en ce moment, que le procès de la destinée et de ses sous-agents. Nous sommes ce que nous sommes, et tels nous sommes, sachant très bien que vous tuerez encore beaucoup de nos enfants, et que vous nous imposerez de terribles souffrances, nous irons jusqu'au bout de l'extrême endurance, parce que nous valons mieux que vous, parce que nous avons
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une conscience plus haute, un plus ferme courage, une plus dure volonté'; parce que nous vous tuerons plus de monde, comme il nous est arrivé jusqu'ici, parce que nous vous briserons toutes vos armatures de résistance, parce que quelque chose qui ne peut p as mentir nous dit que nous vous aurons finalement.
. . . L'excès systématique de violence et la force supérieure d'une résistance indéfinie : voilà les deux éléments aux prises. A vos miracles d'offensive, nous opposerons, à défaut d'une chance plus belle, une résistance active qui ne finira pas. Hier, un soldai, qui me décrivait ses premières souffrances de l'hiver, concluait par ces mots: « Je prends tout ça comme il faut faire, puisque nous ne céderons pas. » Voilà la meilleure réponse à vos propositions de paix. Nos soldats ne veulent pas céder. Les chefs les suivent. Faute de mieux, nous saurons nous en contenter. Il faudra bien que ce soit assez. Vous y aurez mis du temps et de la peine, mais vous avez fini par nous enrager de guerre, à notre tour.
Gomme ces morts, qu'Ulysse voyait s'abreuver de-
pour revivre, nous avons bu de notre propre sang, à la
façon du légendaire Beaumanoir, et nous y ajouterons de
telles mares du vôtre, que vous y serez noyés. Au lieu
d'éparpiller imbécilement nos hommes, il nous suffit de
les garder, avec soin, pour cette œuvre décisive du front
iranco-anglais, le seul point où se pourra fixer l'issue de la
guerre. Alors, mais alors seulement, chef des Boches, nous
consentirons à causer.
L'Homme Enchaîné, 22 novembre 191 5.